Très peu de buts marqués sont commentés unanimement. Soit il s'agit du gros exploit individuel d'un surdoué ( Lionel Messi passant toute une défense en revue) et tout le monde est d'accord pour être baba. Soit il s'agit d'une monstrueuse erreur strictement individuelle ( Gomes, le gardien de Tottenham, se trouant comme un gosse sur la frappe de Cristiano Ronaldo) et tout le monde est d'accord pour stigmatiser le fautif malhabile. Mais dans leur grosse majorité, les buts inscrits font l'objet de commentaires différenciés : là où le supporter de l'équipe qui marque va féliciter ses joueurs, admirables parce qu'ils ont bien bougé et fini par trouver l'espace pour frapper au but, le supporter adverse va déceler l'erreur des siens... coupables d'avoir laissé un espace qui n'aurait pas dû être ! En foot, bien souv...

Très peu de buts marqués sont commentés unanimement. Soit il s'agit du gros exploit individuel d'un surdoué ( Lionel Messi passant toute une défense en revue) et tout le monde est d'accord pour être baba. Soit il s'agit d'une monstrueuse erreur strictement individuelle ( Gomes, le gardien de Tottenham, se trouant comme un gosse sur la frappe de Cristiano Ronaldo) et tout le monde est d'accord pour stigmatiser le fautif malhabile. Mais dans leur grosse majorité, les buts inscrits font l'objet de commentaires différenciés : là où le supporter de l'équipe qui marque va féliciter ses joueurs, admirables parce qu'ils ont bien bougé et fini par trouver l'espace pour frapper au but, le supporter adverse va déceler l'erreur des siens... coupables d'avoir laissé un espace qui n'aurait pas dû être ! En foot, bien souvent, un but magnifique pour les uns est un but ridicule pour les autres. That's all folk, le c£ur a ses passions que la raison ignore : y compris dans les médias lorsque ceux-ci se laissent aller à prendre parti pour l'équipe de leurs lecteurs ou téléspectateurs... Plus curieuse est l'attitude des journalistes ou consultants dans un contexte de neutralité, lorsqu'ils sont amenés à commenter un match ne nécessitant aucun parti-pris cocardier. On s'attend alors à une objectivation, c'est-à-dire une analyse recto-verso des buts inscrits... mais la tendance penche fortement vers la dissection des erreurs commises : lors du visionnement d'un but, que de fois ne déclare-t-on pas aberrants tel joueur libre de tout marquage, ou telle absence de marquage incompréhensible à ce niveau ! En culpabilisant le défenseur, on minimise l'effort ou l'intelligence de l'attaquant : alors qu'à tous les niveaux et pas moins au top que plus bas, c'est simplement l'éternelle histoire conjuguée du chat et de la souris ! La propension à décrypter une erreur lorsqu'un but est inscrit atteste ceci : les consignes idéales pour bien défendre se définissent plus aisément que celles pour bien attaquer ! Une illustration très tendance de tout cela concerne les buts inscrits sur coup de coin. Quand Daniel Van Buyten nous en pète un au fond, nous admirons en nous réjouissant du jeu de tête et de l'efficacité aérienne de Big Dan, point/barre ! C'est très différent quand pareils buts émanent de Franz Schiemer ou Ruslan Abushev. Hein, qui ? Mais ce sont l'Autrichien du 4-4 et l'Azerbaïdjanais du récent 4-1, qui nous firent douter en égalisant ! Là, nul émerveillement pour la qualité du geste : juste un ébahissement fort à la mode, comme on s'ébahirait d'un gruyère, et consistant à critiquer la défense en zone sur coup de coin : celle que préfère adopter Georges Leekens... qui n'est pourtant pas con et n'est pas seul à l'adopter, loin de là ! De par l'actuel surpeuplement du rectangle lors du botté, la zone sur coup de coin est la seule option défensive légale possible ! Car lorsque six ou sept gars d'en face s'amènent poser leur candidature pour un heading victorieux, il faut bien imaginer ce que représentent six ou sept marquages individuels subséquents : c'est un magma de duos en mouvement, qui s'entrechoquent dans un espace restreint en péchant avec bras et doigts ! Au moment du botté, c'est alea jacta est, qui vivra verra. Souvent tu écartes le danger, et parfois tu encaisses : mais tu n'encaisses pas moins en individuelle qu'en protégeant une zone, foutaise ! SAUF QUE, en individuelle, tu risques davantage le péno pour tirage de maillot ou autre manutention malsaine : car faut pas oublier que dorénavant, il y a souvent un sbire arbitral supplémentaire pour zyeuter les vicelardises dans le secteur ! En zone sur corner, tu ne t'occupes guère de chipoter l'adversaire qui a la bougeotte, tu n'essaies pas qu'il se tienne coi. Tu t'installes à un point précis, et tu ne penses plus qu'au p'tit carré de 5m sur 5m qui est devant toi, dans lequel il faudra bondir et triompher si le ballon s'y amène. Souvent tu écartes le danger, et parfois tu encaisses : ce n'est ni plus ni moins efficace que l'individuelle, mais tu risques moins la pénalisation avec carton en prime pour avoir tripoté l'opposant... C'est donc accessoirement plus moral. Mais je n'ai pas dit que Long Couteau avait choisi l'option pour sa moralité. PAR BERNARD JEUNEJEANLes consignes idéales pour bien défendre se définissent plus aisément que celles pour bien attaquer !