Il préfère qu'on l'appelle Sebbe : " Quand on dit Sébastien, j'ai l'impression d'avoir fait une bêtise ". Il vaut mieux éviter une question : ses ambitions pour Athènes. Sur son site Internet, Godefroid est clair : Quest For Gold, en référence à la quête du Graal au Moyen Age : " Parfois, le chemin est aussi important que l'objectif ".
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Il préfère qu'on l'appelle Sebbe : " Quand on dit Sébastien, j'ai l'impression d'avoir fait une bêtise ". Il vaut mieux éviter une question : ses ambitions pour Athènes. Sur son site Internet, Godefroid est clair : Quest For Gold, en référence à la quête du Graal au Moyen Age : " Parfois, le chemin est aussi important que l'objectif ". Lors de ses premiers JO, en 1996 à Atlanta, Godefroid était un outsider. " Participer était l'essentiel : un rêve se concrétisait ". Après la course, il s'est retrouvé seul avec sa médaille d'argent, à Savannah, à 400 kilomètres d'Atlanta. Quatre ans plus tard, à Sydney, il a terminé septième. Maintenant, il vise l'or, avant de s'autoriser une pause. Sébastien Godefroid : A cause de la pression constante. Je dois respecter un programme, je dois sans cesse prester et tout donner. J'en ai marre. Avant, on me demandait pourquoi j'étais relax aux examens, à l'université. C'est simple : il suffisait d'avoir 60 ou 70 %. Il ne fallait pas tout savoir, juste avoir sa moyenne. En compétition, il faut être meilleur que les autres. La pression est plus forte. Pas du tout. C'est le pire à mes yeux. Il y a beaucoup de vent moyen et il est difficile de faire la différence. Je préfère les circonstances extrêmes. J'ai cependant travaillé dur et je pense être prêt. Pour compenser ce handicap, je me suis beaucoup entraîné dans des conditions similaires. Sur papier, Sydney me convenait. J'y ai passé trois hivers mais la quatrième année, les conditions ont changé ! Au Mondial de septembre 2003, tous mes concurrents avaient un autre matériel. Je n'ai pas été bon et j'ai adopté le même matériel que les autres mais je savais que le Mondial de Rio, cette année, serait mauvais. C'est le pire en dix ans. Comme j'avais le même matériel, une conclusion s'imposait : Sebbe ne savait plus naviguer. J'ai compris que je ne devais pas calquer mon style sur celui des autres mais rester moi-même. Faute de moyens. J'ai appris à travailler dur avec ce que j'avais et j'ai progressé tandis que d'autres achetaient ce dont ils avaient besoin pour atteindre la même vitesse avec un minimum d'efforts. Même en ayant plus d'argent, j'ai conservé mon style : je bouge beaucoup dans le bateau. Peu m'importe. L'essentiel est de passer la ligne en premier. Non, par respect pour ceux qui me soutiennent, les sponsors mais aussi ceux qui me considèrent comme un modèle. Tant de gens aimeraient être à ma place... Une fois, j'ai voulu raccrocher : en 1995. Ma relation sentimentale avait pris fin, ça n'allait pas à l'école ni en voile. Des amis m'ont raisonné : -Tu ne vis que pour ça ! Tout est rentré dans l'ordre : une nouvelle amie, des résultats en sport et aux études. Je ne peux prester que si mon univers est en ordre. Mon entraîneur est avant tout un ami. Il veille à ce que je me concentre sur la seule voile et règle tous les problèmes. Par exemple quand un journaliste m'embête (il rit). Je voudrais parcourir les océans. C'est compatible avec les JO si je reste en classe Finn car deux ans me suffisent pour préparer les prochains Jeux. Mais je n'y songerai qu'après Athènes. Je vise l'or. J'échouerai peut-être mais je dois être sûr d'avoir tout mis en £uvre pour réussir. L'aventure, être loin du monde, faire ce que je veux. J'aime la liberté. Je me suis senti mieux à l'université qu'en humanités, pour cette raison : on n'est pas obligé d'assister aux cours. Il m'est même arrivé de passer des examens à la VUB avant que le cours ne soit dispensé. En voile, on lutte contre soi-même et les éléments comme le vent, les courants. On ne peut pas en prédire la force. Il faut en permanence jauger les risques. La tête est importante. On peut éliminer un adversaire tactiquement. Si mon concurrent, à la dernière étape, ne peut pas terminer dans le Top 5, je peux faire en sorte qu'il échoue. Le moins bon résultat ne compte pas au général. C'est pour ça qu'aux Jeux, on ne peut aligner qu'un bateau par pays : sinon, un jouerait le résultat et le second empêcherait les autres de gagner. Les muscles comptent mais à un certain niveau, la condition n'est pas une garantie de résultats. Il faut prendre les bonnes décisions au bon moment. J'en mets ma main au feu pour mes collègues belges. D'après les statistiques, en amateurs, la voile est un des sports les plus en proie au dopage, parce que le sirop contre la toux est interdit et qu'en plein vent, on risque plus vite de se refroidir. Au plus haut niveau, il y a tant de facettes, la condition est si peu importante qu'on est moins tenté. On s'investit plus dans le matériel que dans le développement physique. Je m'entraîne autant que Philippe au fitness mais son poids idéal avoisine les 80 kilos contre 100 pour moi. Or, nous avons la même taille. Je ne parviens pas à transformer la graisse en muscles. Quand j'étais en Laser, j'avais le même poids que Philippe. En changeant de catégorie, j'ai dû manger pour grossir, que je le veuille ou non. En voile, un gramme de graisse n'est pas un inconvénient, au contraire : il faut du poids dans le bateau. De 15 à 20.000 euros, pour la compétition. Une voile coûte 1.000 euros et elle ne tient qu'une semaine, au plus haut niveau. Ce n'est pas un sport élitiste en amateurs mais bien en compétition. Tous frais compris, ça me coûte 50.000 euros par an. Depuis ma médaille à Atlanta, je rentre dans mes frais. Le Bloso a réglé le problème. Pas assez. Cela dépend aussi de l'encadrement. Je n'ai été champion du monde qu'une seule fois et je m'étais alors entraîné avec l'équipe anglaise, qui a un encadrement parfait. Je me suis endurci parce que mon père ne pouvait pas investir grand-chose dans mon sport. J'ai dû me battre pour arriver. J'ai été si heureux d'acheter du matériel d'occasion à Philippe Rogge et de le battre ensuite... Mais sans parents fortunés, on n'arrive pas aux compétitions internationales et on ne progresse pas. Mes parents ont compris que j'étais passionné. Mes grands-parents et les voisins m'ont aidé aussi. Quand je demandais une nouvelle voile, c'est parce que l'ancienne tombait en morceaux. En voile aussi, on est à la limite des frontières. On contourne les règles. En course aussi, on fait des choses qui ne sont pas sanctionnées : nous savons où se trouve le jury. Ils sont à deux pour observer 60 voiliers. Oui. Je suis deux mois par an à la maison. Je ne sais pas à quoi ressemble une vie normale. Je fais de la compétition depuis l'âge de huit ans, ma vie n'est qu'une compétition. Je n'ai pas envie de mener une vie professionnelle régulière. L'inconvénient, c'est que nous sommes sous pression aux mêmes moments. Aux Jeux, nous ne serons pas ensemble à cause de ça. Nous n'avons pas de temps à nous consacrer pendant une compétition. Je dis que j'entreprends une quête. L'or est une métaphore de la vie. L'or, c'est essayer d'être le meilleur. La médaille en elle-même ne représente rien, même si elle m'aiderait pour la suite de ma carrière et profiterait à mes successeurs. Le COIB consacre plus de moyens à la voile depuis Atlanta. Geert Foutré" LA VOILE, C'EST L'AVENTURE, une porte sur le monde. Seul, JE FAIS CE QUE JE VEUX "