Georges Leekens vous a accordé une permission après la victoire contre le Standard. Avez-vous accompagné vos coéquipiers en ville ?

Adekanmi Olufade : Non, quand même pas. J'habite Lille. Je suis parti tôt pour rejoindre ma femme française et notre fille. Après un match, de toute façon, je suis tellement crevé que je préfère me reposer.
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Adekanmi Olufade : Non, quand même pas. J'habite Lille. Je suis parti tôt pour rejoindre ma femme française et notre fille. Après un match, de toute façon, je suis tellement crevé que je préfère me reposer. Oui. Des clubs du Qatar et des Emirats me convoitaient mais ma fille a deux ans et demi. Elle entame sa scolarité en France. Je voulais donc jouer à proximité de Lille. En France, je n'intéressais que des clubs de D2. J'ai donc préféré Gand. En outre, j'y retrouve des connaissances de Lokeren : Georges Leekens, Freddy Heirman, Davy De Beule. C'est aussi un facteur important pour relancer ma carrière. J'ai commencé dans un centre de formation de Lomé. Cadet, j'ai été transféré au Dynamique Togolais en D1. De là, j'ai émigré en Espagne. Pendant trois mois, je me suis morfondu en attendant le grand club promis par des managers. Ne voyant rien venir, j'ai décidé de me produire pour un plus petit club, Ténériffe, afin d'entretenir ma forme. Il évoluait en D5 d'Espagne, la Preferente. Au bout d'un an, à défaut d'opportunités, je suis retourné au Togo puis je suis allé en Côte d'Ivoire. Après un semestre, j'ai été prêté pour trois mois à Nyon, en Suisse. Je me suis blessé au premier entraînement et j'ai moisi dans une chambre de dix mètres carrés. J'étais cassé : ma deuxième tentative en Europe avait échoué. J'ai achevé la saison en Côte d'Ivoire. Non. A la fin de la saison, j'ai poursuivi mes entraînements pour être fin prêt à Lokeren. J'y connaissais des joueurs, comme Mamadou Coulibaly, un ancien coéquipier, et il y avait d'autres Africains. Plus un entraîneur qui me faisait confiance : Georges Leekens. La première saison au LOSC a bien débuté. Ensuite, une blessure à l'épaule a brisé mon élan. Ce fut le moment le plus pénible de ma carrière. L'épaule s'est déboîtée dans un duel et cette blessure m'a posé des problèmes jusqu'à ce que je me fasse opérer. Entre-temps, Lille avait remplacé son entraîneur, Valid Halilhodzic. Le nouveau, Claude Puel, avait amené ses hommes et préférait me louer. J'ai rejoint Nice, où j'étais réserve. J'ai quand même marqué quelques buts. Peu satisfait de mon sort, je suis retourné à Lille, qui voulait encore me louer. Ayant peu joué à Nice, j'ai souffert de nombreuses blessures musculaires au Sporting mais j'ai surtout eu de problèmes avec les managers d'Espagne. Ils m'ont menacé : à 15 ans, je leur avais signé un papier. A chaque fois que je changeais de club, ils brandissaient ce document. Ils demandaient des sommes incroyables. Les clubs se sont posés des questions. Finalement, j'ai été convoqué par un juge en Espagne. J'ai retrouvé le fameux contrat et décidé, avec un avocat, de quitter l'Europe au terme de ma saison à Charleroi, pour échapper à la coupe de ces gens. C'est ainsi que j'ai atterri au Qatar et aux Emirats. Non, j'y ai gagné en deux ans l'équivalent de ce que j'avais accumulé en Europe. Le niveau sportif me convenait. Au Qatar, j'ai eu un coach brésilien puis un français. Ce fut ma chance : ils m'ont fait travailler comme en Europe. Chaque club compte six étrangers, parmi lesquels une majorité de Sud-Américains. Je m'y plaisais, avec ma femme et ma fille. Aux Emirats, je n'y suis resté que trois mois. Mon club du Qatar m'avait loué pour aider cette équipe à assurer son maintien. Nous y sommes d'ailleurs parvenus. Ce club m'a proposé un contrat de deux ans mais j'ai préféré revenir en Europe, d'autant que mes problèmes avec les managers étaient résolus. Il m'a trouvé le Qatar et Gand mais je n'ai signé aucun contrat avec lui. Plus jamais ! Ce problème m'a coûté ma réussite à Lille, et a freiné ma carrière. Trois joueurs ont subi ce chantage. L'un d'entre nous a préféré renoncer au football. Je ne fais plus confiance aux managers. Je suis libre. C'est mon principal atout. Il est partiellement naturel. A Lomé, nous courions beaucoup sur la plage. On est bien plus rapide quand on se retrouve ensuite sur le gazon. Et puis, j'ai un certain gabarit. Quand on est rapide, on conserve moins bien sa vision du jeu. J'ai tendance à trop dribbler avant de céder le ballon. On ne peut tout avoir : on est rapide ou fin technicien. Je préfère la vitesse. C'est un meilleur atout pour un attaquant. Je suis là pour démanteler une défense, marquer, aider mon équipe à placer sa pression. Oui. Gand a une formation solide, collective. Ma vitesse lui permet de jouer le contre. Dominic Foley est moins véloce mais a un meilleur jeu de tête. Nous sommes complémentaires. En effet. En plus, nos mères viennent du même village. Nous avons grandi ensemble. Mais il est difficile de jouer au Togo. Le sélectionneur ne peut faire son boulot car des gens veulent toujours pousser leur footballeur. C'est l'Afrique, quoi. Justement, grâce à notre Mondial, nous sommes devenus l'équipe à battre. Nos adversaires se préparent longtemps à l'avance, ils nous connaissent. S'il y a, à nouveau, des problèmes, j'arrête les frais. Je n'ai pas l'intention de mettre en péril ma carrière en Europe. Le Togo le sait. Nous avons conclu un accord : je ne réponds pas aux sélections pour faire banquette. En Allemagne, je ne suis monté au jeu qu'à la 59e minute du troisième match contre la France. Ceci doit être ma saison. Il faut que je casse la barraque. Je me sens frais, bien dans ma tête, je n'ai plus de problème physique. Rien ne peut donc m'empêcher de réussir. Je suis dans un bon club, avec un entraîneur que je connais. Leekens ne pense qu'au groupe. C'est sa force. Il se donne la peine de faire la connaissance d'un joueur, il nous rassemble, sans nous placer sous pression. C'est pour ça que je l'apprécie tellement. J'ai suivi une préparation physique spécifique pendant une semaine et je me sens très bien. Terminer parmi les cinq premiers et marquer 15 buts, ce serait formidable ! Je rêve toujours de décrocher un contrat dans un véritable grand club et d'y rester plus longtemps qu'un an. Changer constamment de club est embêtant, y compris pour ma famille. RAOUL DE GROOTE