La vie d'Ali Lukunku, 29 ans, ressemble un peu aux romans d'Hervé Bazin. Il s'est battu contre des tas de problèmes pour se faire une place dans la société. Cet homme a connu des hauts et des bas, fréquenté de grands clubs, galéré entre deux blessures, pleuré de joie et de douleur. La balance a penché, le 2 avril, à Charleroi, du côté des larmes, mais il le jure : " Je puise dans tout cela une nouvelle énergie. Je reviendrai, sûrement plus fort qu'avant. Plus mûr. J'ai déjà vécu pas mal de choses et ma carrière aurait pu être plus brillante. Mais je ne regrette rien. Le docteur Nebojsa Popovic, par ailleurs médecin du Standard, a opéré mon tendon rotulien et me l'a certifié : je rejouerai en D1. Et je prouverai que Gand a eu tort de m'abandonner, de me trahir, de tenter de m'attirer dans un piège, de rompre mon contrat sans raison valable, uniquement dans le but de faire l'économie d'un gros salaire afin d'acheter de nouveaux joueurs ".
...

La vie d'Ali Lukunku, 29 ans, ressemble un peu aux romans d'Hervé Bazin. Il s'est battu contre des tas de problèmes pour se faire une place dans la société. Cet homme a connu des hauts et des bas, fréquenté de grands clubs, galéré entre deux blessures, pleuré de joie et de douleur. La balance a penché, le 2 avril, à Charleroi, du côté des larmes, mais il le jure : " Je puise dans tout cela une nouvelle énergie. Je reviendrai, sûrement plus fort qu'avant. Plus mûr. J'ai déjà vécu pas mal de choses et ma carrière aurait pu être plus brillante. Mais je ne regrette rien. Le docteur Nebojsa Popovic, par ailleurs médecin du Standard, a opéré mon tendon rotulien et me l'a certifié : je rejouerai en D1. Et je prouverai que Gand a eu tort de m'abandonner, de me trahir, de tenter de m'attirer dans un piège, de rompre mon contrat sans raison valable, uniquement dans le but de faire l'économie d'un gros salaire afin d'acheter de nouveaux joueurs ". Le monde de la D1 ressemble parfois à un ring de boxe thaï : tous les coups sont permis. Les Buffalos ne se sont pas gênés alors qu'Ali Lukunku était dans les cordes. Le joueur n'est pas décidé à se laisser faire : " Je m'en tiendrai aux faits qui sont suffisamment éloquents. On ne traite pas des êtres humains comme Gand l'a fait avec moi "... Ali Lukunku : Je commence tout doucement à voir le bout du tunnel mais ce sera encore très long. La reprise du travail avec un groupe est prévue pour le mois d'octobre. Pour le moment, je suis un programme de revalidation à Saint-Raphaël où il y a le même centre de remise sur pied qu'à Capbreton. J'en ai encore pour cinq semaines. Je fais un peu de vélo, des kinés améliorent matin, midi et soir la souplesse de mon tendon rotulien, etc. C'est éprouvant, et le soir, à l'hôtel, je ne tarde pas à m'endormir. Je dois passer par là, comme d'autres sportifs de haut niveau qui fréquentent ce centre : je n'ai pas le choix. Mais pendant que je suis cloué ici, certains me jugent sans connaître mon cas. Georges Heylens a déclaré dans Sport/ FootMagazine que je m'autodétruisais. C'est ridicule. Il estime que j'ai été viré de Gand parce que je ne m'étais pas présenté à un examen médical. C'est la version que le club tente d'accréditer mais ce n'est pas la vérité. On me taille un costume de joueur difficile à gérer alors que ce n'est pas le cas. J'étais dans la merde et, dès le soir de ma blessure, Gand m'a laissé seul. Il est inadmissible d'abandonner un joueur avec un tendon rotulien détruit : c'est ce qui m'est arrivé. Sans l'aide du médecin de Charleroi, je ne sais pas comment j'en serais sorti. Les Buffalos sont rentrés tranquillement chez eux... Sur un centre, je me suis détendu afin de reprendre un ballon de la tête. Dès l'impulsion, j'ai entendu un bruit horrible. Je n'ai pas eu mal tout de suite mais, par réflexe ou parce que mon inconscient savait déjà que c'était grave, je suis retombé sur le dos. Sans cela, les dégâts auraient été encore plus dramatiques. Je ne paniquais pas puis j'ai vu que ma rotule était à hauteur de ma cuisse. Là, j'ai compris et j'ai lu plus que de la panique dans le regard du jeune kiné de Gand. A son attitude, je me suis rendu compte qu'il ne savait pas quoi faire. J'avais besoin de soins immédiats et le staff médical gantois était sans réaction, dépassé. Le médecin de Gand n'était même pas au match. Il fallait que je réagisse alors que je souffrais le martyre. J'ai demandé le GSM de Matthieu Verschuere et j'ai moi-même téléphoné au docteur Nebojsa Popovic, du Standard. Je le connais bien, c'est un grand chirurgien, un ancien champion sportif (médaillé d'or olympique en handball), il a opéré beaucoup de célébrités sportives. Je lui ai tout expliqué alors que le match Standard-Germinal Beerschot, où il était, venait de se terminer. Il m'a conseillé d'immobiliser le genou et de le rejoindre le plus rapidement possible, en pleine nuit, à Liège. Il m'attendait. Je devais tout faire. Le staff médical de Gand était toujours pétrifié alors que chaque minute comptait. Quand le manager du club, Michel Louwagie, m'a demandé vers 22 heures ce que j'allais faire, son staff médical lui a répété tout ce que j'avais dit. Perdus, ils étaient perdus, comme s'ils avaient peur. J'ai heureusement été pris en charge par le médecin de Charleroi. Sans lui, je serais resté longtemps dans le vestiaire du Mambourg. J'y serais peut-être encore car Gand a repris le bus en disant au médecin de Charleroi : -On vous le confie. Le toubib des Zèbres m'a accompagné à l'hôpital de Charleroi où on m'a fait une infiltration pour calmer la douleur. Puis, il m'a accompagné à Liège. Je ne le remercierai jamais assez. A deux heures du matin, Nebojsa Popovic a examiné les radios : le tendon rotulien était bien rompu. Je suis passé sur le billard deux jours plus tard. Michel Louwagie m'a fait savoir que cette intervention serait à mes frais. Il a été clair : c'était pour ma pomme car cela s'était passé à Liège. J'avais été opéré par le docteur Popovic. C'est une sommité, pas un gynécologue. Quand on est dans le trou, on pense à autre chose, à la rééducation, au retour. J'avais une tête comme une citrouille et Louwagie songeait à tout mais pas à moi. Gand ne m'avait pas aidé à Charleroi et me parlait subitement d'argent, de frais. Le jour de l'opération, le même Louwagie me fit aussi savoir via mon avocat de l'époque, Maître Laurent Denis, qu'il fallait trouver une solution. C'était bizarre comme encouragement mais je n'imaginais pas qu'il songeait à une rupture de contrat. Ne s'agissait-il pas d'un accident de travail ? C'était en fait le début des grandes man£uvres de Michel Louwagie. Le docteur Nebojsa Popovic m'avait, lui, rassuré : -Tu rejoueras en D1. C'était le discours que j'attendais. Il était tenu par le médecin du Standard. Du coté des toubibs de Gand, c'était le silence. Ils ne sont jamais venus, n'ont pas contacté le docteur Popovic. Or, trois semaines avant l'accident, le staff médical de Gand m'avait encore infiltré le genou. C'était comme si je n'existais plus alors que j'étais un joueur de ce club. A mon avis, Genk n'a pas agi de la même façon après la blessure de Thomas Chatelle. Et ce n'était que le début. Je n'ai plus jamais eu de contact direct avec Gand. Tout est passé par mon avocat après l'opération. J'ai un domicile à Lille, mais, pour des raisons familiales, afin de voir ma fille, j'ai un appartement à Liège. Gand le sait et c'est d'ailleurs à Liège, chez moi, que nous avions trouvé un accord pour mon contrat de trois ans. Michel Louwagie et Georges Leekens y étaient venus. Gand s'est fait un plaisir de m'envoyer du courrier à Lille. Michel Louwagie savait que je n'y étais jamais, surtout pas après mon opération. J'étais immobilisé et soigné à Liège. J'ai été convoqué par le médecin conseil de l'assurance qui a compris la gravité de la situation avant de déplacer le rendez-vous. Il m'était interdit de me déplacer durant les six premières semaines suivant l'opération. Michel Louwagie n'a pas tardé à me convoquer dans son bureau. Impossible. J'étais cloué sur place. Au lieu de me convoquer, Louwagie aurait pu venir à Liège. Non, trop loin peut-être pour un homme valide ? Moi, je ne pouvais pas bouger, marcher ou rouler en voiture. Je risquais une rechute en cas d'imprudence. Gand concoctait quelque chose. Il faut croire mais je ne savais pas encore que c'était une man£uvre. Non, moi non plus jusqu'à ce moment-là : je n'imaginais alors pas ce qui se tramait dans la coulisse. Le 15 mai, Gand s'est déplacé au Standard lors de l'avant-dernière journée du championnat. C'était le moment idéal pour enfin me rendre visite. Mais Michel Louwagie et les autres dirigeants de Gand n'ont pas trouvé le temps de venir chez moi. Même pas une minute. Je rêvais. Je ne comptais plus pour eux. Les Gantois avaient fait une croix sur moi. Les médecins de Gand n'ont pas pris de nouvelles auprès du docteur Popovic qui était sur le banc du Standard, comme d'habitude. Ils sont passés à côté de mon chirurgien sans rien lui demander à mon propos. Là, c'était enfin clair : cela cachait quelque chose. Michel Louwagie m'a demandé à nouveau de venir dans son bureau. Je lui ai téléphoné pour lui affirmer que c'était impossible. J'avais un certificat du docteur Popovic. Louwagie m'a répondu : -Tu fais comme tu veux. Je pensais qu'il m'avait compris. Non, son piège se refermait. C'était une stratégie. Il a fait venir un huissier qui a constaté mon absence dans son bureau. Pour lui, l'affaire était terminée : c'était une rupture de contrat pour faute grave. Cela m'a été notifié le 20 mai. Je croyais rêver. J'avais été livré à moi-même depuis le 2 avril et Gand m'accusait d'abandon d'emploi alors que j'étais dans l'impossibilité de me déplacer. Je ne suis pas d'accord et je réclamerai, de plus, réparation, suite au dommage moral. Michel Louwagie a alors demandé à Laurent Denis de trouver une solution. Comme Laurent Denis est également l'avocat de Gand, j'ai logiquement confié mon dossier à un autre avocat, Maître Luc Misson. L'affaire sera examinée par le tribunal du travail. Je ne suis pas difficile mais, là, je ne pouvais pas me laisser faire. Certains ont tout mélangé : cette affaire, le problème du contrôle antidopage positif de Lille à propos duquel je me suis suffisamment expliqué, etc. A la longue, à force de mauvais renseignements, certains ont propagé une image qui ne correspond pas à ma personnalité. Matthieu Verschuere, Maâmar Mamouni, Nordin Jbari et Davy De Beule m'ont contacté. Cela m'a fait plaisir. Je me sentais bien à Gand mais, je ne suis pas dupe, ce club a voulu faire des économies sur mon dos. Ça ne marche pas comme cela. D'autres footballeurs se sont manifestés : Daniel Kimoni, Toni Brogno, Gonzague Vandooren, Alexandre Teklak, Nenad Jestrovic, Régis Genaux, etc. Si j'étais aussi difficile que certains le disent, ces confrères n'auraient pas été aussi gentils avec moi. Je suis confiant. A 29 ans, on revient. A cet âge-là, on gère mieux ces moments délicats qu'à 20 ans. Je n'ai pas souvent eu de chance. J'ai été blessé à Monaco, au Standard, à Lille. Je suis chaque fois revenu. Ce sera encore le cas. Si je regarde dans le rétro, c'est vrai, j'aurais dû vivre plus de grands moments. Mais je n'ai pas toujours eu le brin de chance nécessaire. N'empêche, je ne retiens que le positif. Ainsi, j'ai été heureux au Standard. L'offre de Galatasaray, je ne pouvais pas la refuser, sportivement ou financièrement. J'assume tout et je sais que je prendrai encore beaucoup de plaisir dans le football. Pierre Bilic" L'encouragement de Gand ? - L'OPÉRATION EST À TES FRAIS " !