Petit village de Hesbaye namuroise installé à deux pas du fameux centre Perex de l'info routière, Leuze tient son nom du mot wallon Lutosa. " C'est comme les frites, sauf que ça signifie boue ", lance Jacques Maloteau.
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Petit village de Hesbaye namuroise installé à deux pas du fameux centre Perex de l'info routière, Leuze tient son nom du mot wallon Lutosa. " C'est comme les frites, sauf que ça signifie boue ", lance Jacques Maloteau. Emmitouflé dans un gros pull jaune, le CQ du club local jette un oeil sur le terrain. Mois de janvier oblige, il est évidemment un peu vaseux, mais majoritairement praticable. À 1h15 du coup d'envoi du match du jour, les joueurs ont déjà entamé leur échauffement. " À mon époque, on arrivait 45 minutes avant l'heure du début et c'était très bien comme ça ", se marre Michel Baudouin, un membre du comité au bonnet noir vissé sur le crâne. La rencontre de ce samedi est programmée à 19h30. Un horaire qui arrange totalement le gardien, Raf, DJ dans le privé et qui emmène ses platines une fois sa douche prise pour commencer sa nuit. " Et puis bon, ça offre 30 minutes de plus à chacun à la buvette ", ajoute Jacques Maloteau. Derrière lui, un gros champignon en bois orne l'étagère du bar. La trace d'une époque où les joueurs ramenaient un souvenir de chaque club qu'ils visitaient. " Je ne me souviens plus d'où il vient, mais c'est un des derniers qu'on a gardés ", poursuit le CQ. Depuis, l'eucaryote pluricellulaire inspire régulièrement les joueurs lors des soirées arrosées. Quitte à terminer affublé d'un string. À quelques minutes du début du match, les supporters affluent encore. Dans la petite cahute de réception, Fred classe les billets de cinq euros qu'il échange avec un ticket d'entrée. " D'habitude, on est content quand il y a 15-20 spectateurs. Mais il fut un temps où on devait s'y mettre à plusieurs pour pouvoir suivre ", lance-t-il en plaçant ses mains sur une petite chaufferette électrique qui rend sa soirée moins polaire. Fred n'est pas un membre officiel du club : il donne un coup de main par amitié pour le président, avec lequel il faisait déjà partie du comité des fêtes du village dans les années 70. Un esprit rassembleur sur lequel les Leuzois aiment insister. " 12 joueurs de l'équipe habitent dans le village, dont cinq sont titulaires ce soir ", précise Michel Baudouin. " Tous les clubs n'ont pas la chance d'avoir une bande de potes qui font tout ensemble. Mais quand on est né à Leuze, on y reste. Cela ne s'explique pas... " Dans les années 80, alors que le club joue sa montée en P1, c'est tout le village qui se presse autour du terrain. La promotion est célébrée en - vraie - fanfare et par une authentique parade dans les rues du patelin. " Dommage qu'on n'avait pas de caméscope avec nous parce que des fêtes pareilles, on n'en fait plus ", estime Jacques Maloteau. Aujourd'hui, Leuze est toujours autant fédérateur, notamment grâce à son école primaire, qui accueille 300 jeunes issus de la région entière. Du coup, quand la question de l'inscription à un club de foot se pose, ils vont automatiquement au RAC. Aux portes du top 5 en P3, Leuze n'a pas le droit à l'erreur en recevant Éghezée... son voisin de 5 kilomètres. " Il y a une vraie rivalité ", confie Michel Baudouin. " Nous avons une association de jeunes qui fonctionne très bien, mais l'esprit de clocher reprend le dessus quand les deux équipes premières s'affrontent. Surtout qu'Eghezée a parfois un petit sentiment de supériorité. " Pendant le match, les supporters locaux envoient quelques saillies aux joueurs adverses, parfois d'anciens Leuzois. " Hé, Renard, t'aurais jamais dû partir... ou venir ici ", lance un fan à l'adresse du 9 éghezéen après un tir de ce dernier. Mais l'ambiance reste bon enfant. Le derby est disputé, mais aucune des deux formations ne prend le dessus sur l'autre. Envoyés à l'échauffement par leur coach, deux remplaçants leuzois discutent le coup. " Il reste combien de temps ? ", demande le plus jeune. " 20 minutes ", répond son coéquipier, proche de la quarantaine. " Et il te faut combien de temps pour être chaud ? ", relance le premier. " 25 minutes. " Ils ne monteront finalement pas sur la pelouse...