Le Français se présentera en janvier face à l'actuel président de l'UEFA, le Suédois Lennart Johansson. Le vainqueur dirigera pendant quatre ans la plus riche fédération du monde...
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Le Français se présentera en janvier face à l'actuel président de l'UEFA, le Suédois Lennart Johansson. Le vainqueur dirigera pendant quatre ans la plus riche fédération du monde... Michel Platini : Je conçois mon travail comme un trait d'union entre toutes les familles du football, avec une charte européenne dont nous discuterons afin d'y coucher toutes les règles de gouvernance du football dans le futur. Je ne veux pas que nos règlements soient dictés par des juges de certains tribunaux ou de cours de justice, comme l'arrêt Bosman ou la façon dont le cas Charleroi a été décidé. Nous avons besoin de réguler le football. Par nous, j'entends l'UEFA, la FIFA, les associations nationales, les clubs, les joueurs, les présidents. J'ai rempli à peu près tous les rôles possibles au sein du football et mon expérience m'a appris que nous pouvons nous organiser sans dépendre de technocrates ni de politiciens. Ce ne sera pas facile. Il nous faudra sans doute dix ans pour atteindre ce stade mais c'est crucial pour l'avenir du football. Ce n'est qu'en gouvernant notre sport que nous pourrons déterminer comment réinvestir nos propres revenus dans le travail des associations nationales. C'est le principal point de ma campagne. J'apprécie Lennart Johansson. Je le trouve courageux mais il y a deux ans, au congrès de Marrakech, il m'a confié son intention de se retirer pour prendre des vacances, passer plus de temps avec ses enfants et petits-enfants, pêcher. Puis, quand j'ai annoncé ma candidature, il a brusquement décidé de se présenter contre moi. C'est une décision courageuse pour un homme de son âge mais je pense que d'autres personnes qui ne le sont pas autant l'ont incité à se présenter... J'admets qu'il est nécessaire de collaborer avec les politiciens mais nous ne devons pas être sous leur contrôle. C'est ce que pensent aussi Sepp Blatter, le président de la FIFA, et Jacques Rogge, le président du Comité Olympique international. Ce n'est cependant pas le point de vue de l'UEFA. Quand je parle de l'UEFA, je pense aux 52 associations nationales car ce sont elles les patrons de l'UEFA. En fait, je ne suis pas sûr qu'elles soient toutes d'accord avec ça. Ce n'est pas ce que je dis. Le football doit maintenir son droit de prendre ses propres décisions. C'est pour cela que nous devons trouver un bon compromis afin de nous présenter munis d'une bonne charte, pour le bien du football, charte que l'UEFA pourra montrer à la FIFA, au CIO et aux politiciens. Pour l'instant, il me semble que les associations nationales sont en train de lutter contre les clubs, les clubs contre les joueurs et certaines associations nationales contre la FIFA. Chaque fois qu'il se passe quelque chose, nous devons aller en justice pour trouver une solution alors qu'il serait préférable de chercher un moyen de résoudre ces problèmes au sein de la famille du football. Que les politiciens finissent par décider que, par exemple, les coups de réparation doivent être bottés dès 18 mètres et plus du point de penalty. Peut-être le football se retrouvera-t-il un jour sous le contrôle des ministres des Sports mais je préfère ne pas voir ce jour. Ma vision est d'être président d'une UEFA qui s'oppose à cela, main dans la main avec la FIFA et le CIO. Je tente de prouver aux associations nationales que je suis un bon candidat, c'est tout. Je ne dis pas que Lennart Johansson n'a pas été un bon président, il l'a été. Maintenant, bien sûr, j'ai tenté d'estimer ce dont j'ai besoin. Je pense même m'être assuré suffisamment de votes. Donc, je peux gagner, même si je n'ai pas effectué de décompte exact ! Ce qui est étrange, c'est qu'en cas de victoire, je mènerai une vie plus difficile que maintenant. Si je perds, je pars en vacances. Si je l'emporte, le jour même, je devrai me mettre au travail. Existe-il une seule autre personne au monde à avoir une perspective aussi bizarre ? Je ne sais pas qui décidera des lois et règles régissant l'avenir du football. Dans le pire des cas, ce seront des juges ou des sponsors. Je veux que nos enfants continuent à pratiquer le même football dans 20 ou 30 ans. Vous savez, je ne fais sans doute pas preuve de modestie en le disant, mais il n'y a pas tellement de voix comme la mienne dans le football actuel. Je ne m'occupe pas du business mais du football que nous laisserons à nos enfants, des championnats dans lesquels ils se produiront, de la préservation de l'essence traditionnelle du jeu, de ce qui a fait sa popularité. Je sais ce que la Ligue des Champions représente pour tout le monde. Je n'ai pas l'intention de tuer dans l'£uf ma candidature à la présidence ! J'ai certaines idées mais je suis conscient de devoir respecter le principe de solidarité financière. Néanmoins, il y a un problème : il n'y a pas assez de champions nationaux parmi les 32 formations qui disputent la phase par poules et on ne peut laisser perdurer une situation qui fait que des pays comme la Pologne ou la Roumanie ne sont jamais représentés à ce stade. Je veux que tous les grands clubs se produisent dans tous les autres pays car - je me souviens de mon déplacement en Islande avec la Juventus - leur venue provoque une émulation, une excitation et une promotion incomparable pour le football local. Je trouve donc qu'il est exagéré d'offrir quatre places en Ligue des Champions aux grandes nations. Ce système exclut d'autres pays et d'autres clubs. Les grandes nations - l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne - devraient avoir au maximum trois billets pour cette compétition. Evidemment, même si je deviens président, je ne pourrai imposer ce changement puisque nous avons des commissions et des comités qui prennent ce genre de décisions, mais c'est mon idée. Je serai un président exécutif. J'en fais le serment aux associations nationales. J'irai vivre à Genève - le plus difficile a été de convaincre mon épouse ! Ce serait comme à la FIFA. Quand vous vous rendez dans les bureaux de celle-ci à Zurich, vous y trouvez Blatter. Par contre, quand vous allez à l'UEFA, vous n'y voyez pas le président. J'estime qu'il faut représenter et défendre l'UEFA depuis ses quartiers généraux. Je demande donc qu'on accorde plus de pouvoirs au président mais aussi au Comité exécutif et à ses membres. Tout a changé à l'UEFA en 2000 lorsqu'on a modifié la constitution pour accorder plus de pouvoir à l'administration - trop à mon avis. Je veux que des membres de l'exécutif dirigent les différentes commissions. Pour le moment, en tant que membre de l'Exécutif de l'UEFA, je ne suis qu'un observateur de la commission technique. Je ne fais rien du tout. Pourtant, je suis président de la commission technique de la FIFA ! Non, je comprends que le football professionnel soit devenu un business mais je pense qu'il faut effectuer un pas en arrière et reconnaître sa responsabilité sociale. Quand nous étions jeunes, nous faisions du sport pour notre santé, notre divertissement, etc. Nous ne pratiquions pas de sport pour devenir partenaires d'échanges commerciaux ! Voyez ce que le business signifie si on va trop loin : les grands clubs souffrent parce qu'ils ont les meilleurs footballeurs. Ils paient de plus en plus et ont de plus en plus de problèmes financiers. Ils ont besoin d'aide pour résoudre un problème qu'ils ont créé eux-mêmes. Je n'aime pas le concept du G14. J'aime les grands clubs - Manchester United, Arsenal, la Juventus, Milan - mais je n'apprécie pas de les voir au sein de leur propre organisation. Le discours plus modéré du nouveau président du G14, David Dein, d'Arsenal, m'a toutefois mieux plu. J'espère qu'il comprend que les grands clubs doivent s'engager aux côtés de l'UEFA dans les discussions sur l'avenir du football au lieu de s'opposer à elle. Le problème dans l'affaire Charleroi se résume à assurer les joueurs quand ils se produisent en équipe nationale. J'ai été le premier à soulever ce problème il y a dix ans. Ce n'est pas simple. Je ne peux pas demander à mon club de me payer si je suis sur la touche pour six mois, suite à une blessure encourue alors que je jouais pour mon équipe nationale. D'autre part, je ne pense pas que Chelsea, par exemple, devrait payer la fédération tchèque parce que le gardien Petr Cech va être longtemps indisponible, s'étant blessé en jouant sous le maillot londonien. Je ne trouve pas non plus que les associations nationales devraient payer pour avoir leurs joueurs, mais c'est un problème différent. Je suis traditionaliste. J'aime l' International Board et sa façon de protéger les lois du jeu. Après la Coupe du Monde 1990, nous avons supprimé la passe en retrait au gardien, ce qui a modifié la philosophie du jeu, ce qui était important. C'était mon idée. Quand je jouais, j'étais vidé à force de pourchasser le défenseur chaque fois qu'il passait le ballon à son gardien ! Mais je suis contre l'utilisation de la vidéo par les arbitres. Par contre, il ne serait pas mal d'avoir deux officiels de plus, soit de l'autre côté des juges de touche soit derrière les lignes de but, pour aider les arbitres, qui ne peuvent quand même pas tout voir. Mais ce sont des dossiers qui concernent la FIFA et pas l'UEFA. Je suis un leader, pas un expert. Je ne suis pas un homme de loi ni un comptable. J'ai interrompu ma scolarité à l'âge de 16 ans. Je n'ai donc pas de diplôme universitaire. Je sais néanmoins où je veux conduire le football. Je suis mon c£ur. J'ai besoin d'être entouré par une équipe. Il me faut un gardien pour arrêter les ballons, de bons défenseurs pour protéger le but, des médians qui me passent le ballon et des attaquants qui marquent. Comme quand j'étais footballeur. Parce que la FIFA a un président, Blatter, qui veut le rester alors que l'UEFA a un président qui a déclaré qu'il ne le voulait pas. Donc, je me présente. KEIR RADNEDGE, ESM