Le PlanPreud'homme a été élaboré il y a dix mois et les négociations se poursuivent pour essayer de le mettre en £uvre, mais il n'est pas toujours bien compris et on a parfois tendance à tout mélanger. La réduction de la D1 à 14 équipes, par exemple, c'est autre chose. Alors, que faut-il retenir ? " On l'appelle le PlanPreud'homme, mais en réalité, c'est le plan de la Ligue Pro ", précise Michel. " Ce qu'il faut en retenir, c'est qu'il a essentiellement pour objectif de trouver des moyens financiers susceptibles d'encourager les gens à faire de la formation ".
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Le PlanPreud'homme a été élaboré il y a dix mois et les négociations se poursuivent pour essayer de le mettre en £uvre, mais il n'est pas toujours bien compris et on a parfois tendance à tout mélanger. La réduction de la D1 à 14 équipes, par exemple, c'est autre chose. Alors, que faut-il retenir ? " On l'appelle le PlanPreud'homme, mais en réalité, c'est le plan de la Ligue Pro ", précise Michel. " Ce qu'il faut en retenir, c'est qu'il a essentiellement pour objectif de trouver des moyens financiers susceptibles d'encourager les gens à faire de la formation ". " Deux fonds seraient créés : l'un pour le foot rémunéré, l'autre pour le foot amateur. Comment alimenter le fonds du foot amateur ? On pourrait faire appel à la Ligue Pro, qui rétrocéderait une partie de ses droits de télévision dans le fonds du foot amateur (elle s'est déjà mis d'accord, par vote, sur la somme de 450.000 euros). On pourrait aussi faire appel à la fédération, puisque la mesure vise le football belge dans son ensemble (on espère qu'elle sera disposée à verser la même somme). On pourrait également faire appel à des institutions parastatales, comme la Loterie Nationale par exemple, ou à d'autres sponsors qui ne seraient pas intéressés par le sponsoring des clubs pros mais pourraient l'être par une aide financière à la jeunesse). Enfin, on pourrait alimenter ce fonds de formation par des subsides des deux communautés, à partir du moment où l'on n'aurait pas un splitsing communautaire mais une identification régionale ". Pas question d'avoir un splitsing complet, avec deux fédérations et deux compétitions distinctes ", affirme Preud'homme. " Mais bien une séparation horizontale. L'URBSFA resterait un organe unique, mais on ferait une distinction entre football rémunéré (D1 et D2) et football amateur : à partir de la D3, plus les jeunes du foot rémunéré qui seraient regroupés sous forme d'ASBL distinctes de leur club. Par exemple, les jeunes du Standard seraient regroupés dans l'ASBL 16J (le matricule 16 du Standard, plus J pour Jeunes) et repris dans le foot amateur, au contraire des Professionnels du Standard qui seraient repris dans le foot rémunéré. Nos instances ont questionné le monde politique pour voir si cette identification horizontale ne pouvait pas se faire à partir des Provinciales et non des D3. A ce moment-là, les D3 et Promotions auraient aussi leurs ASBL de jeunes. L'identification à l'une ou l'autre des communautés se passerait seulement à partir du football provincial. C'est un consensus qui s'est dégagé lors des réunions du comité exécutif de la fédération, et on proposera cette adaptation aux ministres. On leur demande : - Acceptez- vousquel'identification nesoiteffectivequ'àpartirdessériesprovinciales ? " . C'est sur ce point, à notre avis, que le plan Preud'homme risque de se heurter au monde politique. Le sport est une matière communautarisée dans notre pays. Les ministres des Sports des différentes communautés accepteront-ils de subsidier le football amateur si les équipes (en D3, en Promotion et en jeunes) continuent à disputer des compétitions nationales ? " La question a été posée et j'attends la réponse ", rétorque Preud'homme. " Si les ministres n'acceptent pas, on ne mettra pas le plan en application. Car si on n'est pas subsidiés, cela ne sert à rien. C'est un ballon d'essai qu'on lance en direction du monde politique. On lui fait comprendre jusqu'où on était prêts à aller. C'est aux politiciens à démontrer que, comme ils le prétendent, ils veulent réellement aider le football ". Si le plan Preud'homme est accepté, les D3 et Promotions resteront donc des compétitions nationales, où se mêleront clubs flamands et wallons. Il en ira de même pour les compétitions de jeunes. " Effectivement, rien ne changerait. Sauf, peut-être, dans les catégories de jeunes les plus basses. Je ne sais pas s'il est vraiment utile d'obliger des gamins de huit ans à traverser tout le pays pour jouer deux fois 20 minutes ". Et qu'adviendrait-il des clubs bruxellois ? " Rien ne changerait pour eux non plus, sauf qu'ils devront sans doute choisir une identification à l'une ou l'autre des communautés. J'entends déjà certaines méchantes langues affirmer : - Ilschoisironttouslacommunautéflamande, puisquelessubsides yserontplusimportants ! Et bien non, détrompez-vous ! L'un de nos objectifs est de faire en sorte que les subsides alloués par les communautés - si elles en allouent un jour - soient proportionnels au nombre de clubs existant dans chaque communauté. Prenons un exemple : il y a environ 1.800 clubs en Belgique, dont 1.100 néerlandophones et 700 francophones. Si la Communauté flamande donne 2,5 millions d'euros, il faudrait que la Communauté française débloque 1,8 million. Si l'une donne 3 millions et l'autre 1, on a un problème. Pas question de créer un déséquilibre entre les clubs flamands et les clubs francophones. La même qualité de formation en Flandre et la même qualité de formation en Wallonie devront être rémunérées de la même manière. On veut l'équilibre partout et la justice pour tout le monde. Si ce n'est pas le cas, il faudrait trouver le moyen de rééquilibrer les fonds. Comment ? Pourquoi pas avec l'argent de la Ligue Pro ? ". Comment alimenter le fonds du football rémunéré ? " On part du principe que les joueurs sont formés de 12 à 19 ans. S'ils bénéficient d'un contrat entre 16 et 19 ans (en Belgique, on ne peut pas signer de contrat avant 16 ans), tout un processus se met en marche où l'on tient compte de leur trajectoire à partir de 12 ans. Le club acquéreur paiera, par exemple, 5.000 euros par année de formation. Si un jeune est formé à Eupen de 12 à 17 ans - soit cinq années de formation - et signe un contrat au Standard à 17 ans, le Standard paiera cinq fois 5.000 euros, soit 25.000 euros. Il ne paiera pas cette somme à Eupen, mais au fonds de formation du foot rémunéré qui, en fonction du label de qualité attribué au travail de formation effectué à Eupen, rétrocédera une certaine somme (peut-être 20.000 euros, peut-être... 26.000 euros) ". Dans le cas précité, il s'agit du passage d'un jeune joueur d'un club du foot rémunéré vers un autre club du foot rémunéré (D2 vers D1). Et si le jeune joueur provient d'un club du foot amateur (non plus Eupen, mais Visé par exemple ? " Dans ce cas, les cinq fois 5.000 euros seront versés au fonds de formation du football amateur ". Reste à voir comment les labels de qualité seront établis. Car les indemnisations doivent être équitables. " Un groupe de travail de la Ligue Pro se charge actuellement de réaliser un audit de tous les clubs, amateurs compris, en analysant les critères du Dexia Foot Pass qui existent déjà. En fonction du label de qualité établi, le club aura droit à une somme plus ou moins élevée. Autant pour le critère A, pour le critère B ou pour le critère C. Il y aura des labels différents pour chacun des trois secteurs. Car il n'est pas question qu'un club de Provinciale ait les mêmes exigences qu'un club de D1 ". Pourquoi faut-il créer un fonds de formation du foot rémunéré ? " Pour éviter que les clubs se volent les joueurs. Aujourd'hui, Saint-Trond (ou Westerlo, ou Lokeren) peut voir l'un de ses jeunes joueurs partir gratuitement dans un autre club lorsqu'il a atteint ses 16 ans, alors qu'il l'a formé pendant huit ans. Grâce au fonds, le club formateur recevra tout de même une compensation financière ". En France, un joueur doit signer son premier contrat dans le club qui l'a formé, mais en Belgique cela n'existe pas. " Un tel règlement ne serait pas légal dans notre pays. Des avocats se sont penchés sur la question, mais en vain ". Preud'homme aimerait aussi pouvoir mettre les jeunes joueurs sous contrat à 15 ans, au lieu de 16 ans comme actuellement : " Afin d'harmoniser les législations avec les Pays-Bas et la France et car beaucoup de nos jeunes sont ainsi attirés de l'autre côté de la frontière. C'est un gros problème. On a fait une proposition de modification de la loi aux ministres, libre à eux d'accepter ou pas ". Que ce soit à 15 ans ou à 16 ans, on ne peut évidemment pas obliger un jeune à signer un contrat. " S'il signe dans le club qui l'a formé, il n'y a évidemment pas d'indemnités de formation à payer. S'il signe dans un autre club, le mécanisme des indemnités de formation se met en route. S'il ne signe pas et continue à jouer comme amateur sans contrat, le mécanisme des indemnités de formation ne se mettra pas en route lorsqu'il partira ". Autre idée : le régime fiscal. " On propose ceci : si le joueur signe dans le club qui l'a formé, on demanderait qu'il puisse être taxé à 18 %, comme c'est déjà le cas pour les joueurs étrangers, et pas au tarif normal. Par contre, s'il signe dans un autre club, il sera taxé au tarif normal. Cela procurera un avantage au club formateur. Prenons l'exemple d'un jeune joueur formé au Brussels, qui signe au Brussels. Le Brussels ne devra, forcément, pas payer d'indemnité de formation. En outre, si le Brussels lui offre un salaire de 2.000 euros bruts, il sera taxé à 18 % de taxe et percevra 1.640 euros nets. Prenons l'exemple d'un autre jeune joueur formé au Brussels, qui signerait à Gand. Si Gand veut aussi lui offrir 1.640 euros nets, il ne devra pas lui proposer un salaire de 2.000 euros bruts mais de 2.600, puisqu'il sera taxé au tarif normal. En outre, Gand devra verser des indemnités de formation au Brussels, via le fonds de formation ". Et si le joueur en question, au lieu de partir à Gand, part à... Lille ou à Roda JC ? " S'il choisit un club étranger, on aura droit aux indemnités de formation FIFA, mais le seul moyen d'éviter un départ est de pouvoir proposer un contrat au jeune joueur dès l'âge de 15 ans, comme cela se fait en France et aux Pays-Bas ". Et cette fameuse taxation de 18 % pour les étrangers, qui irrite beaucoup de monde ? Pourrait-on la revoir et placer chacun sur un pied d'égalité au niveau fiscal ? " Je ne pense pas que ce soit souhaitable, dans un premier temps. Si les joueurs étrangers ne bénéficiaient pas d'un régime fiscal intéressant, ils seraient impayables pour les clubs belges. On ne pourrait plus engager des footballeurs de qualité dans notre championnat ". Et tous ces étrangers de troisième zone qui prennent la place des joueurs belges ? " Si le plan est appliqué jusqu'au bout, on prendra d'autres mesures. On proposera, par exemple, la présence obligatoire d'un certain nombre de joueurs belges sur la feuille de match, qui comporte 18 noms. Mais il faut procéder dans l'ordre. On ne peut pas, d'abord, prendre des mesures pour empêcher les étrangers de venir alors qu'on n'a pas pris des mesures pour éviter que les meilleurs Belges partent ". Imposer un certain nombre de Belges sur la feuille de match, est-ce compatible avec la libre circulation des travailleurs au sein de la Communauté Européenne ? " Apparemment oui, à partir du moment où l'on adopte certains critères. On se fixe une norme de quatre à partir de la saison 2006-2007, dont deux au moins devraient être formés en Belgique, et les deux autres dans l'Union européenne. On passerait à six joueurs pour 2007-2008, et à huit joueurs pour 2008-2009. Quatre, six et huit joueurs sur un total de 18, cela peut paraître dérisoire, mais il faudra prévoir des départs et donc des remplaçants. Précision : la moitié d'entre eux doit être formée en Belgique et l'autre moitié dans des pays de la Communauté européenne, cela devient important. Car, dites-moi : dans quels pays de la Communauté européenne peut-on encore aller chercher des jeunes joueurs ? Ils sont tous plus riches que nous ! Dans les faits, 90 % de ces joueurs seront donc formés en Belgique, mais c'est une manière de s'adapter à la loi ". Pour avoir une bonne formation, il faut de bonnes infrastructures mais aussi de bons entraîneurs. Et pour avoir de bons entraîneurs, qui ont le temps de prendre des cours, il faut avoir les moyens de les payer. " Actuellement, pour pouvoir entraîner des jeunes, il faut être titulaire du diplôme UEFA B (deux années de cours). En passant ma Licence Pro, j'ai obtenu le diplôme UEFA B, mais ce n'est pas pour autant que je suis devenu un bon formateur de jeunes, car on ne peut pas voir toute la matière en deux ans. Former des jeunes, c'est une spécificité. J'ai demandé à l'école fédérale des entraîneurs de créer, à partir de l'UEFA B (qui permet d'entraîner les jeunes et les clubs de Provinciale), une spécialisation. L' élève se verrait offrir, soit la possibilité de poursuivre son cursus avec l'UEFA A et la Licence Pro (ce qui sous-entendrait qu'il se dirige vers une carrière d'entraîneur d'équipe Seniors), soit la possibilité de s'orienter vers la formation des jeunes. Actuellement, beaucoup d'entraîneurs ont tendance à se diriger vers l'UEFA A (2 ans de plus) et éventuellement la Licence Pro (un an de plus), car - c'est humain - ils ont envie de gagner un peu d'argent. Il faut donc essayer de trouver des moyens financiers qui permettraient de mieux payer les entraîneurs de jeunes, via les méthodes expliquées plus haut ". DANIEL DEVOS