L'apothéose enclenche le souvenir. En 1964, La Gantoise décrochait son premier trophée en battant Diest, c'était la Coupe de Belgique. Putain de temps, comme chante Sardou, ça fait plus de 50 ans et j'y étais ! Je ne m'en souviens pas comme si c'était hier, faut pas charrier, mais quand même : c'était un dimanche, plein soleil sur un stade pas plein, mon père m'avait trimballé train et tram, je découvrais le Heysel, j'avais sûrement des culottes courtes, et l'écusson gantois était fatalement mon préféré. Après balbutiements et interruptions, la Coupe de Belgique venait d'être remise sur pied, pour qu'un club belge participe enfin à la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe, instaurée en 1960 : ce que feront les Gantois quelques mois plus tard en matchant West Ham. Elimination honnête (0-1, 1-1), les Hammers alignaient Bobby Moore, Martin Peters et Geoff Hurst, trois gars q...

L'apothéose enclenche le souvenir. En 1964, La Gantoise décrochait son premier trophée en battant Diest, c'était la Coupe de Belgique. Putain de temps, comme chante Sardou, ça fait plus de 50 ans et j'y étais ! Je ne m'en souviens pas comme si c'était hier, faut pas charrier, mais quand même : c'était un dimanche, plein soleil sur un stade pas plein, mon père m'avait trimballé train et tram, je découvrais le Heysel, j'avais sûrement des culottes courtes, et l'écusson gantois était fatalement mon préféré. Après balbutiements et interruptions, la Coupe de Belgique venait d'être remise sur pied, pour qu'un club belge participe enfin à la Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupe, instaurée en 1960 : ce que feront les Gantois quelques mois plus tard en matchant West Ham. Elimination honnête (0-1, 1-1), les Hammers alignaient Bobby Moore, Martin Peters et Geoff Hurst, trois gars qui brandiraient la Coupe du Monde en 1966 ! J'eus du bol au Heysel, il y eut des prolongations, et décisives. Diest mena 0-2, par la grâce de Jos Van Camp, petit attaquant râblé, tifs courts en brosse et galopades tous azimuts. La Gantoise recolla au score pour s'imposer 4-2 au bout des 120 minutes, dont trois buts d'Eric Lambert, le frère aîné de Raoul dont vous vous souvenez tous. Le sachem buffalo, je veux dire le meneur de jeu, s'appelait Lucien Ghellynck : il me faisait rêver comme tous les numéros 10 de l'époque, Pol Vandenberg, Pol Van Himst, Pierre Carteus, Frans Vermeyen, Henri Depireux, Odilon Polleunis... J'en reste là, vous n'en avez rien à battre si vous n'atteignez pas mon âge ou celui de Bruno Govers, c'était ma séquence troisième âge : elle m'a fait du bien et ne me dites pas qu'elle sent l'urine, elle fleure bon la nostalgie, rien d'autre. Ainsi me ramène-t-elle au temps où Arsène Vaillant, privilégié parce qu'il était sur place, approfondissait pour nous ce que l'exiguïté de l'écran-télé ne nous permettait pas de constater. Aujourd'hui, c'est l'inverse : à l'issue des mi-temps, les causeurs en studio dissèquent sur écran ce qui a échappé aux commentateurs in situ ! Le progrès a de curieux dribbles... Mais je m'égare : retour vers le futur et 2015. Premier titre buffalo, décroché un siècle et demi après la création d'un club omnisports (1864) qui n'intégrera le foot qu'en 1900 ! One shot ou avènement d'un cador, l'avenir nous le dira. En comblant les Gantois, ce titre fait surtout du bien au foot, comme tous ces cas d'exception où un second couteau nique les favoris : de Vérone 1985 à Montpellier 2012, du RWDM 1975 au Lierse 1997, de Burnley 1960 à Wolfsburg 2009, de Cagliari 1970 à La Corogne 2000, ces titrés nous disent que le foot cesse parfois d'être chasse gardée pour nantis : que survivent des accidents, des brèches, des naissances, des exploits ! De tristes footeux font pourtant la moue en parlant de petits champions, et ils ont grand tort. Si La Gantoise devance Bruges et Anderlecht avec des joueurs moins connus, moins cotés à l'argus, cela ne veut pas dire qu'ils sont moins bons et ont crevé de chance. Cela signifie surtout que l'argus du foot cote souvent à côté de la plaque, qu'on y est vite décrété meilleur parce qu'on preste dans un plus grand club : mais je défie quiconque de démontrer par A+B que Daniel Milicevic est intrinsèquement inférieur à Dennis Praet quoique Soulier d'Or ; ou que Laurent Depoitre ne vaut pas Tom De Sutter ; ou que Nana Asare n'est qu'une pâle réplique de Laurens De Bock ; ou que Sven Kums n'est pas à la hauteur de Youri Tielemans ! Balayée aussi, l'injustice prétendue des play-offs ! Aucun système comptable n'est parfait, et celui-ci n'est pas plus blâmable que la punition du match nul (la victoire à 3 points), la prépondérance des buts inscrits away, ou l'invention des tranches et tours finals. Gand talonnait Bruges en fin de phase classique, puis l'a dépassé en lui fauchant 4 points sur 6 au passage, il n'y a là rien d'amoral. Certes, Michel Preud'homme peut flipper car il a souvent fait la course en tête, mais pareil dépit est siamois de la grandeur du sport ! Un Preud'homme consolé (?) par son élection d'entraîneur de l'année, ouf pour lui que nos 360 pros aient dû voter avant l'issue de ces play-offs ! M'étonnerait que ça dépite Hein Vanhaezebrouck...Si Gand est champion avec des joueurs moins cotés à l'argus, ça ne veut pas dire qu'ils sont moins bons. Seulement que l'argus du foot cote souvent à côté de la plaque.