V iens, Roger, viens nous rejoindre ! Tomislav Butina, dites Tommy, veut absolument que le responsable du matériel soit aussi sur la photo de l'équipe. Pendant les prises de vues, Tommy n'arrêtera pas de crier, rire, danser, chanter, etc. " Non, pas de ce côté-là, la photo. Vous avez vu mon grand nez ?" David Rozehnal et Ivan Gvozdenovic sont pliés de rire, et ce n'est sans doute pas la dernière fois cette saison.
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V iens, Roger, viens nous rejoindre ! Tomislav Butina, dites Tommy, veut absolument que le responsable du matériel soit aussi sur la photo de l'équipe. Pendant les prises de vues, Tommy n'arrêtera pas de crier, rire, danser, chanter, etc. " Non, pas de ce côté-là, la photo. Vous avez vu mon grand nez ?" David Rozehnal et Ivan Gvozdenovic sont pliés de rire, et ce n'est sans doute pas la dernière fois cette saison. Ivan Gvozdenovic (24 ans, Croate, back gauche) : J'avais deux autres propositions, une d'Espagne, le FC Séville et une de Russie, le Dynamo Moscou. Mais j'ai choisi Bruges parce que mon rêve est d'évoluer en Ligue des Champions, ce qui sera le cas ici je pense. Tomislav Butina (29 ans, Croate, gardien) : Les propositions ne manquaient pas à mon égard : de Russie, d'Ukraine mais aussi d'Hanovre ou de Leverkusen, en Bundesliga par exemple. Mais il faut dire que je suis un excellent gardien (il reste sérieux). Gvozdenovic : Je n'en connais pas de meilleur, c'est vrai (il rit). Butina : Je viens à Bruges pour disputer des grands matches. Peut-être même la Ligue des Champions. Pour l'instant ce n'est pas envisageable en Croatie. Mon choix a aussi été clair dans la mesure où mes amis Mario Stanic, Robert Spehar et Josip Simic m'ont chaudement conseillé le club et la ville. David Rozehnal (23 ans, Tchèque, stopper) : Le Club Brugeois est une chance pour moi. Je viens du Sigma Olomouc, où nous avons perdu la moitié de nos matches la saison dernière. Ici je reçois la chance de lutter pour le titre et de jouer l'Europe. En hiver, j'aurais pu partir au Sparta Prague mais cet été leur intérêt s'est éteint. Il y avait bien des touches avec Munich 1860. Enfin, ce ne fut rien de concret, juste un coup de téléphone. Gvozdenovic : Moi je me suis informé sur le Club Brugeois auprès de Bratislav Ristic. J'en ai aussi parlé avec Nenad Lalatovic, de l'Etoile Rouge de Belgrade, qui était sur le point de signer à Bruges mais qui a finalement préféré aller au Shaktar Donetsk, pour des raisons financières je pense. Il était venu deux jours ici, avait rencontré Monsieur Vanhove et Monsieur Jacques De Nolf, et n'avait que des compliments au sujet de l'équipe et de la ville. Chez moi, Bruges est d'office très connu parce que de nombreux gars de l'Etoile Rouge sont passés ici. Je connais bien Darko Anic, Milan Lesnjak et mon coach de l'an dernier, Zoran Filipovic, a également joué ici. Gvozdenovic : Très belle ville, très beau stade, très bonne équipe, très bon entraîneur... Butina : Même le temps est très beau... Mais je n'en dis pas trop. Gvozdenovic : Oui, je sais, il faut plutôt voir et savoir, comme on dit chez nous. Mais sérieusement, j'apprécie le football pratiqué ici, en une touche de balle, et tous les entraînements se font avec ballon. Rozenhal : C'est une bonne chose pour un footballeur. Seulement, je suis parfois très fatigué après les entraînements et les matches. Je ne me suis pas encore tout à fait adapté au rythme. Je n'avais jamais connu un tempo aussi soutenu, j'étais habitué à tout autre chose. Butina : En Croatie, nous nous entraînions à 9 heures et à 17 heures, ici c'est à 10 h et à 14 h, il y a moins de temps de récupération entre les sessions. Rozenhal : Après deux heures d'entraînement au rythme brugeois, nous aurions reçu deux jours de congé ! Butina : J'ai l'impression qu'on joue aussi plus vite. En Croatie, on préfère dribbler, ici on cherche le chemin le plus court vers le but. J'aime ce concept de football concret. Rozenhal : Les actions sont collectives, tout le monde participe. A Olomouc, je ne pouvais jamais délaisser ma position. Je n'aimais pas ce style. La saison dernière, je n'ai pas marqué un seul but, même pas délivré un assist. Ici je peux aussi m'exprimer offensivement, lors du premier match de préparation j'ai déjà donné deux assists décisifs. Gvozdenovic : Vous savez qui est un bon coach ici ? Dany Verlinden. (il rit) ! Butina : Oui, tout à l'heure il m'a encore fait souffrir deux heures durant. He killed me !. Normalement je pèse 88 kg, maintenant à peine 85 ! Rozenhal : Je ne connaissais que Marek Spilar, avec qui j'ai joué pendant quatre mois à Olomouc. Gvozdenovic : Moi, je connaissais Mendoza, Srebrennikov et Dany Verlinden. Butina : J'avais rencontré les internationaux, De Cock, Martens, Simons et Clement dans les duels entre la Croatie et la Belgique. Gvozdenovic : Butina, je ne le connaissais que par le biais de la télévision. Butina : Oui, il a un poster géant de moi dans sa chambre. Il espère un jour devenir un aussi grand joueur que moi. Gvozdenovic : Mais comme je l'ai connu ici, je ne m'imaginais pas du tout qu'il était comme ça. (il rit)Butina : Cet homme ne peut pas rester sérieux, il doit toujours blaguer. Il est fou. Il faut au moins avoir la politesse de rester sérieux pendant une interview. Gvozdenovic : C'est un bon gardien, très sérieux et très professionnel. Butina : Moi je connais Ivan aussi via la télé. Il était capitaine de l'Etoile Rouge, cela en dit long. Rozenhal : En Tchéquie, je n'ai jamais vu un flanc gauche comme lui, tout du pied gauche, hein ! Gvozdenovic : Je n'utilise mon pied droit que pour enfoncer l'accélérateur de ma voiture. J'étais médian gauche dans un système de jeu en 3-5-2 : Bruges m'a acheté comme back gauche, mais ce n'est pas un problème. Je peux jouer à toutes les places sur la gauche du terrain. Rozenhal : J'ai eu la chance que mon père m'apprenne depuis tout petit à jouer des deux pieds. J'apprécie dès lors le football technique. Je sais que je vais devoir m'endurcir dans les duels si je veux jouer avec Bruges en Coupe d'Europe, tous mes entraîneurs me l'ont déjà dit. J'y travaillerai. Mais je n'aime pas les joueurs qui ne savent que botter le ballon et jouer de la tête. Ivan n'a qu'un pied gauche mais il sait très bien manier le ballon, je pense que c'est un bon transfert. Seule la venue de Butina me semble bizarre (il éclate de rire). Butina : Attends qu'on soit à l'hôtel (il tape du poing dans sa main). Rozenhal : C'est une blague, Tomislav, je pense que tu es un bon gardien. Gvozdenovic : David est un joueur intelligent, très bon passeur, et il coache sur le terrain. Butina : Je trouve important qu'un défenseur sache jouer au football, qu'il ne doive pas à chaque fois toucher la balle à l'emporte-pièce. David sort facilement de sa défense, aussi bien du gauche que du droit, sait également donner de longs ballons très précis, ce que je trouve également très important à l'arrière. Gvozdenovic : Il y a beaucoup de concurrence dans le groupe mais c'est une bonne chose, pour le coach, les supporters, le club dans son ensemble. On ressent aussi très fort cette concurrence. Rozenhal : Pour moi c'est nouveau. Butina : Pour moi de même. A l'Etoile Rouge, cela faisait cinq ans que j'étais dans le noyau de base, alors qu'ici je ne jouerai peut-être pas. Rozenhal : J'ai le désavantage de venir d'une équipe qui perdait beaucoup de matches. Ce n'est pas bon pour un joueur. Ce qui m'attend ici, c'est d'abord beaucoup de bon travail. Si l'entraîneur estime que mon jeu est bon, je me retrouverai peut-être immédiatement dans le onze de base. Butina : Oui, l'entraîneur a bien dit que ce sont les meilleurs qui joueront. Butina : Je pense que ce que nous avons en commun en tant qu'Européens de l'Est, c'est la langue. Rozenhal : Spilar les comprend mieux que moi, parce qu'à l'athénée j'ai suivi deux ans de russe. Mais je pense que globalement, nous sommes les mêmes personnes. Nous apprécions la gentillesse. Nous aimons également être réunis, avec femmes et enfants, d'aller en ville, boire un verre ou manger un bout et discuter. Je suis comme ça et eux aussi, c'est ainsi que j'apprécie leur compagnie. Lorsqu'on joue à l'étranger, c'est d'autant plus important. Gvozdenovic : Exact. Butina : Oui, mais moi je meurs de faim. Devez-vous encore en apprendre beaucoup ? Gvozdenovic : Depuis que j'évolue en équipe Première à l'Etoile Rouge, soit depuis cinq ans, je cueille quelques brins de gazon avant la rencontre et je fais un signe de croix en les tenant dans ma main. Butina : Je crois en Dieu. Je suis catholique et je porte une croix sur mon torse, mais je n'ai pas vraiment de rituels. Rozenhal : Je ne suis absolument pas croyant, mais j'ai quelques gestes de superstition. Je commence toujours par mettre mes chaussettes et mes chaussures au pied gauche. Et sous mon maillot, je porte constamment deux t-shirts, l'un noir et l'autre blanc, avec les mots For You. Pour ma copine. Je porte l'un pendant la première mi-temps et j'inverse à la pause. Butina : Etre gardien, c'est comme mon premier amour, parce que mon père était gardien dans un petit club de Croatie. Si je n'étais pas devenu keeper, je serai sans doute devenu... beau et riche (il rit). Je blague, évidemment, car je me serais probablement tourné vers une carrière artistique. A Zagreb, je possède une galerie d'art qui héberge six ou sept jeunes artistes que je soutiens, parce que je comprends leurs problèmes. Ils n'ont pas d'argent. Ce côté artiste, je l'ai hérité de ma mère dont deux ou trois membres de la famille sculptent et peignent. Rozenhal : Ma mère joue au handball, mon père et mon frère, de cinq ans mon aîné, au foot. J'ai commencé par tâter du handball, mais après six mois j'ai commencé le foot à Olomouc. Mon frère y évolua aussi, jusqu'en Juniors. C'est alors qu'il eut subitement des problèmes au foie et qu'il dut arrêter. Depuis lors, il évolue à Kozusany, un petit club où il s'entraîne deux fois par semaine. Il est défenseur central ou demi défensif. Moi-même j'ai pendant longtemps été un joueur à vocation offensive qui marquait 20 goals par saison, jusqu'à ce que je recule dans le jeu, en Juniors. Gvozdenovic : Ma mère voulait absolument que j'étudie. Mon père quant à lui me voyait continuer dans le football. Il jouait dans un petit club et c'est lui qui m'a transmis la fibre du ballon rond. Butina : Je suis né à Zagreb et j'y ai toujours joué. A trois reprises, le Dynamo m'a prêté pour une saison : en 93 à Karlovac, en 94 à Samobor et en 95 à Slaven Belupo. Avec le Dynamo, j'ai remporté sept titres de champion et six coupes nationales. A deux reprises, nous avons pris part à la Ligue des Champions : en 1998, nous avons récolté sept points dans le groupe de Manchester, Marseille et Sturm Graz. Et en 1999, nous en avions glané huit dans un groupe qui comprenait également l'Ajax, l'Olympiakos et Porto. Les plus beaux résultats furent le 0-0 à Manchester et le 0-1 à Amsterdam, but de Josip Simic d'ailleurs. J'ai toujours été repris en sélection nationale chez les jeunes et à présent je compte 18 sélections en équipe A. Rozenhal : J'ai toujours évolué à Olomouc, sauf une saison et demie où je fus prêté à Kozusany, j'avais alors 17 ans. J'ai signé mon premier contrat professionnel en 1999. Avec Olomouc, j'ai joué deux matches en Coupe UEFA : nous fûmes éliminés après deux défaites contre le Celta Vigo. J'ai été sacré champion d'Europe Espoirs avec la Tchéquie, mais je n'ai pas encore de sélection nationale. Gvozdenovic : Je suis né à Bor, à 200 km de Belgrade. A 14 ans déjà, j'ai déménagé à l'Etoile Rouge de Belgrade. J'y ai effectué mes débuts en équipe Première à 20 ans. En cinq saisons, nous avons remporté trois titres et deux coupes. Comme Tomislav, j'ai connu les honneurs des sélections nationales chez les jeunes mais je ne compte que sept chez les A, en raison de la concurrence de Dejan Savicevic, avant et d'Ivica Dragutinovic à présent. Butina : Peut-être une des finales de coupe de Croatie entre le Hajduk Split et le Dynamo. Gvozdenovic : Etoile Rouge-Leicester City en Coupe UEFA. Aux Iles, nous avions fait match nul (1-1) et nous l'avons emporté 3-1 en Serbie, et j'ai marqué. Rozenhal : Peut-être n'y ai-je pas joué à mon meilleur niveau, mais mon plus beau souvenir reste la finale remportée face à la France aux Championnats d'Europe des -21 ans. Butina : Devenir riche (il rit). Non, jouer dans un grand club comme Bruges, disputer la Ligue des Champions, jouer en sélection nationale croate. Gvozdenovic : Je rêve de disputer la finale de la Ligue des Champions. Rozenhal : Ma plus grande ambition est d'être heureux dans la vie. Pour ma carrière dans le foot, cela signifie jouer chaque rencontre avec Bruges, remporter le titre, jouer la Ligue des Champions, être aligné en équipe nationale. Mais le plus important est de vivre heureux avec mon amie. Rozenhal : 42. Mais mes chaussures de foot sont une demi-taille plus grandes. Gvozdenovic : 43. Butina : 47. Des grandes chaussures pour un gardien ! Gvozdenovic : Je n'en ai pas. J'aimerais bien un chien ou un chat mais en appartement, ce n'est pas possible. Rozenhal : Nous voulons un très petit chien, comme dans le film Mad Max 2. Butina : Moi-même je n'en ai pas mais ma femme oui : moi ! (il rit) Gvozdenovic : Vladimir Jugovic. Rozenhal : Zinedine Zidane. Butina : Mon joueur favori ? Gvozdenovic : Mais oui, tu sais bien : Higuita, le gardien fou de la Colombie (il rit). Butina : Non, disons Zidane. Gvozdenovic : Je n'en ai pas. Ou alors le Real Madrid, ou un club du top en Italie. Rozenhal : Le Real Madrid. Butina : Le Dynamo Zagreb. Gvozdenovic : La Grèce, l'Italie, l'Espagne. Bref, le sud de l'Europe. Rozenhal : L'île Maurice. Butina : La côte croate. Rozenhal : Depuis un an, Petra est mon amie. Nous allons emménager ensemble à Bruges. Gvozdenovic : Je suis marié à Natacha. Elle est enceinte, c'est notre premier enfant. L'accouchement est prévu pour le 25 septembre et le docteur dit que c'est un garçon. Butina : Ma femme s'appelle Anna-Maria, ma fille de cinq ans Magdalena. Gvozdenovic : Je suis toujours correct. Je ne me souviens même plus de ma dernière carte rouge. Je me colle parfois une jaune, parce que je suis un joueur impulsif. Rozenhal : Je ne me souviens pas avoir été exclu. La saison dernière, je n'ai même pas pris un seul bristol jaune, l'année d'avant deux ou trois. Butina : Pas une seule carte rouge et une seule jaune en 11 ans ! Ca y est, je peux partir maintenant ? Ou devez-vous encore savoir le groupe sanguin de ma femme ? C'est O négatif. Avec plaisir, mais si vous voulez encore une fois parler longuement avec moi, je vous propose de venir loger quelques semaines en Croatie pour les vacances. J'aurais davantage de temps à vous consacrer. " Vous savez qui est un bon coach ici ? Dany Verlinden " (Ivan Gvozdenovic)