Anciens défenseurs emblématiques d'Anderlecht et du Standard, Gilbert Gille Van Binst et Nicolas Nico Dewalque se sont retrouvés avec énormément de plaisir afin de préfacer le match que toute la Belgique attend avec impatience. Et si ce dimanche, à leur image, c'était jour de fête tout au long d'Anderlecht-Standard ?
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Anciens défenseurs emblématiques d'Anderlecht et du Standard, Gilbert Gille Van Binst et Nicolas Nico Dewalque se sont retrouvés avec énormément de plaisir afin de préfacer le match que toute la Belgique attend avec impatience. Et si ce dimanche, à leur image, c'était jour de fête tout au long d'Anderlecht-Standard ? " Même si la tension fut souvent assez vive autrefois entre les deux clubs, je n'ai jamais ressenti une aussi grande animosité qu'aujourd'hui ", relève Dewalque. " La rivalité s'est transformée en haine. C'est dommage et il faut que cela cesse. A mon époque, les dirigeants des deux clubs ne partageaient pas toujours le même point de vue mais les joueurs, eux, étaient des amis. Nous jouions pour la gagne mais, après, on prenait souvent le verre de l'estime. "Actif dans le secteur immobilier, Nico est plus que jamais un supporter acharné du Standard. Il rigole en affirmant que " Gille ressemble un peu à Michel Daerden ". Van Binst n'apprécie que du bout des lèvres et allume une cibiche : " Un jour, au Standard, au bout d'une montée, j'ai percuté Christian Piot, blessé sous l'£il. La foule était en colère car Piot était un de ses chouchous. Après le match, Christian m'a personnellement accompagné jusqu'à notre autobus. Comme j'étais protégé par le gardien du Standard, personne n'a osé m'adresser le moindre reproche. En 1973, j'ai joué mon premier match en équipe nationale contre la Norvège et Dewalque me rassura tout de suite : - T'en fais pas. En cas de problème, je serai là pour fermer la porte. " Gille est intarissable. Auteur d'un best-seller édité en néerlandais ( Circus Voetbal), il est aussi un consultant très apprécié du quotidien Het Nieuwsblad et surtout de Sport-Voetbal Magazine, le pendant néerlandophone de Sport-Foot Magazine. Gille et Nico aimeraient déjà être dimanche car Anderlecht-Standard n'est pas le Clasico du football belge pour rien... Van Binst : Il s'agit davantage d'un match de prestige que d'une rencontre au sommet, vu l'écart entre les deux équipes au classement. Je donne Anderlecht favori car il joue à domicile et que le Standard est moins performant en déplacement cette saison. Il a déjà reçu des tripotées partout. Mais je ne dis pas que ce sera le cas au Parc Astrid car les Rouches voudront se sublimer. Ils l'avaient fait à l'aller d'ailleurs en l'emportant par 5 buts à 1. Comme quoi les confrontations entre ces deux-là restent toujours spéciales. Nico Dewalque : Anderlecht a l'avantage du terrain mais les statistiques démontrent qu'il cartonne rarement lors des matches à enjeu chez lui. C'est toujours très serré. Cette fois les Mauves ont quand même les armes pour l'emporter car les Liégeois se présenteront déforcés. Avec une demi-équipe seulement, ce sera dur. Il faut espérer pour eux que l'adversaire sera crispé, étant donné que la machine doit être remise en route après la reprise. Par contre, si le RSCA joue de façon libérée, bonjour les dégâts. Van Binst : Je lui promets beaucoup de plaisir. Si Axel Witsel avait été de la partie, il en aurait pris moins pour son grade. A présent, tout va lui tomber dessus. Il va en prendre plein la tronche. Le public va d'autant moins lui pardonner qu'il avait déjà flirté avec les gars de Sclessin alors qu'il portait encore les couleurs de la maison mauve. Ça lui a été pardonné une fois mais il n'y en aura pas de deuxième, j'en ai bien peur pour lui. Il n'a pas choisi la solution de facilité. A sa place, je serais revenu chez les Bruxellois. Dewalque : Compte tenu de ses qualités, il cadre mieux avec le Standard. Il lui sera d'ailleurs d'autant plus utile que mon ex-club a perdu globalement en puissance, en particulier dans l'entrejeu avec des petits gabarits tels Witsel, Steven Defour et Mehdi Carcela. Son appoint ne sera pas un luxe superflu. Hormis sa puissance, c'est aussi un leader. Et force est de constater qu'en l'absence de Defour l'équipe n'a plus de guide. Van Binst : Si Van Damme était resté, le Sporting aurait disputé la phase finale de la Ligue des Champions cette saison. Il a singulièrement manqué lors des matches de qualification contre le Partizan Belgrade. Et je maintiens qu'il serait toujours utile à l'heure actuelle. Il apporterait de l'équilibre dans l'entrejeu. Pour moi, le trio formé de Cheikhou Kouyaté, Lucas Biglia et Van Damme était l'idéal la saison dernière. Le premier avait pour lui son volume de jeu, l'autre son inspiration et le troisième son physique. A présent, Biglia et Jan Polak se marchent sur les pieds. Et Sacha Kljestan n'est pas Van Damme. Dewalque : C'est vrai qu'Anderlecht a perdu beaucoup avec lui. Et ce, à un moment crucial de la saison car le Sporting était en passe de jouer son avenir européen face aux Serbes. Il a perdu quinze millions sur ce coup-là et on sent fort bien qu'il aspire à les récupérer par la vente de l'un ou l'autre joueur à présent. Il est clair que le club ne s'opposera pas au départ d'un Biglia ou d'un Jonathan Legear. Il a même donné une indication de prix : entre quatre et six millions d'euros. On ne fait pas mystère non plus, au Parc Astrid, que Romelu Lukaku n'y fera pas long feu, avec plus de 25 millions d'euros espérés. C'est peut-être prometteur mais n'aurait-il pas mieux valu passer le tour face au Partizan Belgrade et utiliser l'argent récolté en Ligue des Champions pour tenter de conserver ses meilleurs joueurs ? A la place de la direction, j'augmenterais le contrat de Mbark Boussoufa, question de le garder absolument. Car sans lui, les Mauves risquent de connaître une fois de plus une nouvelle mésaventure lors des tours préliminaires. Et cette élimination-là fait nettement plus mal à la trésorerie. Van Binst : D'un autre côté, c'est peut-être maintenant qu'il faut vendre Boussoufa. Il va avoir 27 ans cette année, la fleur de l'âge. Dans deux ans, il vaudra moins. Bous est évidemment un joueur très important pour le Sporting. La preuve par son total de buts et de passes décisives sur l'ensemble des deux dernières saisons. Sans lui, Anderlecht s'est pourtant débrouillé aussi au cours du récent premier tour. Idem quand il a fallu se passer de Biglia. Et le même raisonnement est d'application à Legear. J'en conclus que les Mauves sont quand même moins dépendants de leurs individualités que le Standard, par exemple. Là, sans Defour, c'est le désert. Dewalque : Gille a raison. Si tu enlèves un joueur-clé au Sporting, la machine ne va pas se gripper pour autant. Si Bous n'est pas là, Biglia prend la relève et vice-versa. Au Standard, Defour sait peut-être se passer d'un Witsel mais le contraire n'est pas vrai. Et ce qui vaut pour lui l'est également pour les autres. Au Standard, on est trop tributaire de Defour. Van Binst : S'il avait été de la partie, c'est sûr que les foudres du public se seraient abattues sur lui. Il lui était sans doute préférable de louper ces retrouvailles à la fois avec le joueur et avec les fans anderlechtois. Son exclusion au Cercle n'aurait pu mieux tomber. Dewalque : Certaines méchantes langues prétendent que Witsel a cherché la rouge à l'occasion de ce match. C'est n'importe quoi. Franchement, son intervention ce jour-là méritait la jaune, sans plus. Pour bien le connaître, ce n'est pas un mauvais gars. Et sa faute sur Wasyl n'était pas voulue, croyez-moi. Axel a simplement tort, quand il est en pleine extension, de mettre la semelle en lieu et place du bout du soulier. C'est une erreur de jeunesse. Il y remédiera, j'en suis sûr. Van Binst : Que d'anciens Standardmen tels que Régis Genaux ou Marouane Fellaini s'y soient résolus est peut-être compréhensible, car ils ne pouvaient finalement plus rien faire sans s'exposer aux foudres arbitrales. Dans ce cas-ci, c'est différent. Witsel est franchement un beau joueur. Je trouve qu'il s'était d'ailleurs bien repris ces derniers mois après une moindre période, liée sans doute à l'affaire. Il est d'ailleurs symptomatique de constater qu'il a repris du poil de la bête au moment où il était acquis que sa victime reviendrait sur les terrains. Pour le Liégeois, il s'agissait là à coup sûr d'un soulagement. Dewalque : Qu'on se mette donc à sa place : ça doit quand même être terrible de se concentrer sur son sujet quand on sait qu'on a peut-être brisé la carrière d'un collègue. Même si ce n'était pas voulu. Dans le même cas, je n'aurais d'ailleurs pas agi autrement. Au même titre qu'Axel, j'aurais essayé de jouer le ballon en tendant le plus possible la jambe, tout en maintenant mon corps vers l'arrière, pour éviter le contact avec les coudes de Wasyl. Car, au départ, ce n'est pas le joueur liégeois qu'il faut montrer du doigt mais le Polonais. La preuve par les coups qu'il a mis à Igor de Camargo lors des play-offs. Pour en revenir à présent à la question, dites-vous bien que Witsel ne va pas rester éternellement au Standard. Je ne serais pas surpris qu'il parte en fin de saison. D'autant plus qu'il ne gagne pas des masses. L'Espagne, voire l'Italie seraient de bonnes destinations pour lui. Van Binst : Encore un qui va partir et revenir la queue entre les jambes comme Van Damme. Dewalque : Je ne suis pas d'accord. Van Damme a tout simplement eu tort d'aboutir à Wolverhampton, où les joueurs de même calibre que lui sont légion. Mais d'autres, avec des qualités techniques plus prononcées, ont réussi. Comme Thomas Vermaelen à Arsenal et Vincent Kompany à Manchester City. Van Binst : Et barbe-à-papa. Dewalque : Qui ? Van Binst : Barbe-à-papa, qui joue à Everton. Dewalque : Fellaini, tu veux dire ( il s'esclaffe). Celui-là n'a pas fini de nous étonner. Il a peut-être coûté vingt millions mais son club va le revendre pour 30 ou 35, j'en suis sûr. Dewalque : La question est de savoir si elles y aspirent vraiment. Du côté du Standard, je sais qu'il y a eu cette volonté. Mais, au Sporting, on dit que la décision est plutôt du ressort du joueur. Je veux bien, mais le club est au-dessus du joueur, non ? Alors, je m'interroge. J'ai l'impression qu'à Anderlecht on ne veut pas trop s'abaisser et à Sclessin, les fortes têtes ne manquent pas non plus. Je comprends que le Standard ne se laisse pas faire. Stratégiquement, le Sporting a le beau rôle en Belgique. En raison de sa situation géographique, il est avantagé par rapport au club liégeois. Celui-ci a l'avantage d'avoir une direction plus influente. Peut-être pas toujours en Belgique mais en Europe et dans le monde, le nom de Lucien D'Onofrio est plus influent que celui de Roger Vanden Stock. Et il se double d'un parfait connaisseur du milieu footballistique. Par rapport à son père, Constant, qui était lui aussi un véritable spécialiste, Roger n'a pas la même dimension. Van Binst : C'est un connaisseur aussi. Mais plutôt dans le domaine du golf. Ceci dit, Lucien n'a pas toujours été inspiré non plus. Anderlecht lui a quand même fourgué des gars comme David Brocken ou Tibor Selymes, qui n'avaient pas le niveau. Et il a vendu Mémé Tchité à Anderlecht, ce qui était un cadeau. Dewalque : Le Standard a fait une affaire similaire avec Dieumerci Mbokani, qui n'était plus en odeur de sainteté à Anderlecht. C'est donc kif-kif. D'accord, il n'y a pas eu que des coups fumants. Mais les Rouches sont quand même passés maîtres dans l'art d'acheter des joueurs à bas prix et de les revendre au prix fort. Comme Dieu ou Milan Jovanovic, pour ne citer que ces deux-là. Van Binst : Ce serait une manière de rétablir l'équilibre. Il est évident que le Serbe pourrait être d'un grand apport pour Anderlecht. Avec lui sur le flanc gauche et Bous dans un rôle plus central, le spectacle serait garanti. Mais est-ce réalisable ? J'ai cru comprendre que le joueur gagnait 280.000 euros par mois à Liverpool. Certains n'arrivent pas à ce total en une année au Parc Astrid. Dewalque : Je n'exclus pas une surprise de dernière minute, de part et d'autre. Pour Anderlecht, le coup serait jouable si les Reds continuaient à prendre à leur charge une partie du salaire du joueur. Reste à voir évidemment s'ils seraient disposés à le prêter ou s'ils veulent le vendre. Il n'empêche qu'ils doivent trouver une solution vu que leur banc coûte un pont. Mais je ne serais pas étonné non plus que le Standard frappe in extremis. D'Ono a surpris tout son monde en faisant revenir Tchité. Je ne sais pas pourquoi mais je m'attends à ce que du lourd débarque à Sclessin en fin de mercato, quand les prix sont généralement revus à la baisse. C'est toujours à ce moment que le boss du Standard frappe. Van Binst : On l'a vu aussi avec Mbaye Leye et Aloys Nong. Enfin soit, je ne vais pas trop me vanter car au Sporting, on a bien acheté Vaseline. Dewalque : Veselinovic, tu veux dire ( il rit). Le Standard était dessus aussi. Mais sans doute pour faire monter les enchères uniquement. Van Binst : J'espère que le club sera aussi heureux avec lui qu'avec Jan Koller jadis. Dewalque : Parfois, tu as de bonnes surprises. Cyriac, que personne ne connaissait, en était une. Dommage qu'il soit indisponible car il formait un tandem de choix avec Tchité. Van Binst : Silvio Proto s'est sensiblement bonifié ces derniers mois. Aujourd'hui, il gagne des points à lui seul alors qu'il en coûtait parfois à ses débuts. Je trouve qu'il s'est vraiment métamorphosé après le départ de Daniel Zitka. Il joue de façon plus libérée depuis que le Tchèque n'est plus là. De fait, pour un gardien, plus que pour tout autre joueur, tout est une question de confiance. Pour moi, d'ailleurs, la forme, c'est avant tout la confiance. Dewalque : Au même titre que Cyriac, il est regrettable que Sinan Bolat soit lui aussi blessé. A l'image de Proto, il respirait aussi la sérénité. De part et d'autre, il y a un numéro 1 qui ne se discute pas. Le reste est plus flou, qu'il s'agisse de Michael Cordier ou Davy Schollen à Anderlecht ou Kristof Van Hout et Srdjan Blazic du côté du Standard. Van Binst : Anderlecht est quand même plus gâté que le Standard, dans un secteur qui a toujours fait sa force. Car les Rouches ont pu tabler sur des gardiens de grande classe comme Jean Nicolay, Piot, Michel Preud'homme et Gilbert Bodart. Vedran Runje, c'était déjà un cran en dessous, et le reste aussi, tel Aragon Espinoza. Même Sinan Boulette n'est pas toujours à l'abri de tout reproche. Avantage au Sporting. Idem pour la défense. J'ai toujours connu des arrière-gardes intransigeantes à Sclessin. Nico a toujours joué dans un fauteuil là-bas car il lui suffisait de ramasser les miettes laissées par les trois tueurs qui sévissaient à ses côtés : Jacky Beurlet, Léon Jeck et Jean Thissen. Aujourd'hui, on est très loin du compte. Le danger pour ceux qui composent la défense liégeoise, ce ne sont pas les blessures mais les refroidissements, tant il y a des courants d'air derrière ( il rit). Dewalque : Le Sporting est effectivement bien paré car il possède en Roland Juhasz le meilleur défenseur central du pays avec Joao Carlos de Genk. A ses côtés, il peut compter sur du solide aussi avec Ondrej Mazuch. Le Tchèque ne m'avait pas laissé une bonne impression lors du match aller à Sclessin, mais il s'est repris depuis lors. Les Mauves peuvent tabler aussi sur de bons flancs, notamment Jan Lecjaks qui constituera à court terme une menace pour Olivier Deschacht. Au jeu des comparaisons, c'est vrai que le Standard est moins fourni. De quoi expliquer sans doute qu'il s'exporte mal cette saison. Van Binst : Anderlecht a l'embarras du choix avec Lukaku, Tom De Sutter, Matias Suarez et, qui sait, Vaselinovic, sans oublier ceux qui évoluent en retrait comme Legear, Boussoufa ou Kanu. Au Standard, c'est plus limité, surtout compte tenu de l'absence de Cyriac. Et ce n'est pas Luigi Pieroni qui va faire la différence. Dewalque : Gille a raison : Anderlecht baigne dans l'opulence à ce niveau, tandis que du côté des Rouches, c'est limite. Il faut compter sur la deuxième ligne, avec Carcela. Mais cette division-là est plus forte encore côté mauve avec Bous, Legear ou Suarez. PAR BRUNO GOVERS ET PIERRE BILIC" Un salaire de 280.000 euros par mois pour Jova, c'est plus que certains Sportingmen en un an. " (Gille Van Binst) " Roger VDS est un connaisseur. Mais plutôt dans le domaine du golf... " (Gille Van Binst) " Je n'ai jamais ressenti une aussi grande animosité qu'aujourd'hui. " (Nico Dewalque) " Si Van Damme était resté, le Sporting aurait disputé la Ligue des Champions. " (Gille Van Binst)