Le printemps n'est pas encore là mais je trouve que le temps est magnifique. Le soleil brille sur ma conviction que le monde peut être bon. Je retrouve foi dans le foot. Grâce aux supporters. Le week-end dernier, des élans de classe et de dignité ont irradié les tribunes.
...

Le printemps n'est pas encore là mais je trouve que le temps est magnifique. Le soleil brille sur ma conviction que le monde peut être bon. Je retrouve foi dans le foot. Grâce aux supporters. Le week-end dernier, des élans de classe et de dignité ont irradié les tribunes. J'avais déjà apprécié l'hommage des supporters d'Anderlecht pour mon pote DominiqueD'Onofrio. Une vraie minute d'applaudissements sincères. Merci les gars et merci au club d'avoir pris le risque. Dimanche, du côté de Zulte, vlà les fans Hurlus qui invitent les locaux à chanter avec eux. Et c'est parti pour l'unisson. Si si. Dans les deux langues qui ne faisaient plus qu'une. Elle offrait un vrai message. Très compréhensible. La joie et le bonheur sont rassembleurs. Le foot est un " exaltateur " de saveurs. Parfois aussi rédempteur. Sûr que, si Zulte avait condamné Mouscron ou les Hurlus empêché Waregem de jouer les PO1, ça n'aurait sûrement pas été la même communion d'enfants de choeur. Sûr que les supporters de Zulte se seraient rappelé les insinuations de Saint Dury. On lui donnerait le bon Dieu sans confession à Francky mais quand l'évangile n'est pas récité comme il le voudrait, il est capable de frôler, du bout des mots, le blasphème. Cool Francky. Y a pas de complot, y a que des hommes. Style VictorValdés. Arrivé comme Dieu le père, le voilà redevenu curé de campagne. Habitué au Saint-Siège, il arrive à l'église de Sclessin. Une église toujours aussi fréquentée mais dont les paroissiens se posent de plus en plus de question sur la foi. Et c'est Victor qui ramasse. Très liégeoise, l'attitude des fans Rouches. " Rentre chez toi grosse biesse ". T'es qui toi ? ". Ben, c'est un footballeur qui a tout gagné mais qui a plongé avec les autres. Les Miracles, c'est au Saint-Siège qu'on les valide, pas place Cathédrale. Pas de miracle, par contre, à Dortmund. Un fan s'explose le coeur à trop aimer son équipe. La nouvelle se propage dans le stade. Silence total lors de la 2e mi-temps. Même lors du deuxième but du Borussia, pas d'explosion de joie, mais bien une implosion contrôlée de l'émotion. Les joueurs ne comprennent rien. Mis au courant dès la fin du match, la communion se fait hommage sublime. La tradition de venir saluer le Mur jaune devient un recueillement touchant. Le stade entonne un " Youneverwalkalone " qui n'a jamais si bien porté son nom. Il ne le chante pas, il le murmure. L'écho vient aussi de la tribune des supporters visiteurs. Le murmure est en fait un cri venu de l'intérieur. De ce que l'homme a de meilleur à offrir. Et un rappel éclatant : la mort d'un supporter a rappelé que sans eux, c'est le foot qui meurt. A Darmstadt, c'est la mort d'un autre fan qui a secoué. JohnnyHeimes avait 22 ans. Grand espoir du tennis allemand et grand fan du club. Atteint d'un cancer, il se savait condamné. Jusqu'à la fin, il est venu, a récolté des fonds pour la recherche et servi de " guide " à tous. DirkSchuster, le coach, s'est fait l'écho des tribunes : " Sans lui nous ne serions pas en Bundesliga. Sa force nous a servis pour monter deux saisons de suite. " Au Bayern, la masse a remis la crasse à sa place. Une banderole homophobe à l'égard des fans d'Arsenal avait sali la réputation du club. En réponse, d'autres mots ont donné la leçon. Des banderoles rappellent aux chers décideurs que, non, les élus n'ont pas encore élu domicile dans la pompe à " savoir-vivre " des fans du sport le plus rassembleur au monde. " Bienvenue aux réfugiés ". " Les mots de nos hommes politiques sont des cocktails Molotov. Vous êtes des racistes pathétiques. Nous vous haïssons ". Haïr ceux qui ne sont plus nous, pour mieux aimer les autres. Ceux qu'une certaine " élite " appelle toute la misère du monde. Et si c'était toute la richesse du monde. Qu'elle soit footballeur ou non ? Du coup, le club embraye. Don d'1 million d'euros aux réfugiés. Camps d'entraînement pour les jeunes réfugiés. Equipements offerts et cours d'allemand en prime. L'exemple est venu des tribunes. Notre sport a encore une âme... PAR FREDERIC WASEIGE