Je suis trop sensible, j'ai un coeur d'enfant, je vais avoir 50 ans mais je n'arriverai à rien dans la vie avec un coeur puéril comme ça! Vous savez par exemple à qui je pense quand j'apprends que Charleroi transfère Pivaljevic, sans même parler de Di Gregorio? Je pense à un gars comme Stephane Martine. Ou dans la peau de qui je me glisse quand j'apprends que Mbo come-back? Dans celle d' Empoke. Ou pour qui j'ai une pensée illico émue quand j'entends que Spehar débarque à Sclessin, sans même citer Cavens le navetteur? Pour Mohamed El Yamani. Ce...

Je suis trop sensible, j'ai un coeur d'enfant, je vais avoir 50 ans mais je n'arriverai à rien dans la vie avec un coeur puéril comme ça! Vous savez par exemple à qui je pense quand j'apprends que Charleroi transfère Pivaljevic, sans même parler de Di Gregorio? Je pense à un gars comme Stephane Martine. Ou dans la peau de qui je me glisse quand j'apprends que Mbo come-back? Dans celle d' Empoke. Ou pour qui j'ai une pensée illico émue quand j'entends que Spehar débarque à Sclessin, sans même citer Cavens le navetteur? Pour Mohamed El Yamani. Ces incessants mouvements de joueurs en cours de saison, qui me gonflent ainsi que je vous l'expliquais récemment, c'est toujours à de braves petits gars comme Martine, Empoke ou El Yamani que ça spolie le moral. Voilà des gars qui, en début de saison, s'imaginent signer en connaissance de cause un contrat de cinquième roue de charrette. Ils ne seront pas titulaires au départ, ils ont bien examiné le noyau, ils le savent: d'autres les précèdent à leur poste sur la liste de force présumée, ils l'acceptent. Leur challenge est d'être prêts si la petite occasion se présente de faire leur petit trou: si le titulaire se blesse, si le onze de base ne donne pas satisfaction. C'est pour ça qu'on les a engagés, non? Non. Ils ont été engagés avec pour rôle précis d'être les entubés de service: car quand un titulaire se blesse pour longtemps ou quand l'équipe cafouille, les dirigeants ramènent de nouveaux joueurs potentiellement supérieurs, et mes braves petits gars passent de cinquième à sixième roue de charrette! La peau de banane, j'ignore si c'est la faute à Bosman, mais c'est pour leur pomme. Et pour les petits coeurs comme le mien, c'est insupportable. Spehar? Bof. Une chance sur deux que ça rapporte, une chance sur deux que ça foute la merde. Coup de poker. Chat dans un sac: tu ressors le chat du sac, ça fait plus de quatre ans qu'il n'a plus griffé, mais tu paries sur le fait qu'il ait gardé son coup de patte. Spehar est-il un vrai buteur? Re-bof, et réponse double. A un niveau de jeu supérieur au championnat belge, la réponse est non: 11 buts en quatre saisons et demie hors de chez nous, que ce soit parce que tu aies peu buté ou parce que tu aies peu saisi ta chance, ce ne sont pas précisément des statistiques de goal-getter hors-normes. Au niveau moins élevé de notre championnat belge, la réponse est oui: Spehar a mis 40 buts au fond en 50 matches de sa période brugeoise, c'est une fameuse moyenne, à laquelle je place toutefois mon bémol en trois temps. Un, Spehar était seulement le 12e homme du Bruges champion en 95/96. Deux, Spehar était le meilleur buteur du Bruges pas champion en 96/97. Trois, Bruges est redevenu champion sans Spehar en 97/98 et le collectif brugeois fut soulagé de voir se tailler celui qu'il considérait comme un individualiste difficilement supportable. Enfin voilà, ça ne sert à rien que Michel Preud'homme se tracasse en lisant tout ça, le mal est fait, il est écrit que le Standard aime les Robert croates. Et je le répète, il y a une chance sur deux que ce mal fasse du bien, que Spehar plante ses 10 buts d'ici mai, avant de repartir globetrotter ailleurs nanti d'une carte de visite réévaluée! Mais à tout prendre et si la mode est aux ex-buteurs brugeois, j'aurais personnellement trouvé plus exotique et plus fun de rapatrier Daniel Amokachi: je viens de lire étonné que le Nigérian n'a que 29 ans (deux de moins que Spehar) et s'en allait, lui, globetrotter aux States. Bernard Jeunejean