Derrière Rome, Naples et Milan, la ville de Florence respire encore un peu, allégée des centaines de cars de touristes qui abondent chez ses consoeurs. Pourtant, la " Cité au lys rouge " a de quoi séduire, entre les rives romantiques de l'Arno, les ruelles médiévales et son impressionnante cathédrale Santa Maria del Fiore.
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Derrière Rome, Naples et Milan, la ville de Florence respire encore un peu, allégée des centaines de cars de touristes qui abondent chez ses consoeurs. Pourtant, la " Cité au lys rouge " a de quoi séduire, entre les rives romantiques de l'Arno, les ruelles médiévales et son impressionnante cathédrale Santa Maria del Fiore. Kevin Mirallas a succombé. " La ville, le club, la Serie A, c'est le top ", envoie-t-il, assis dans un hôtel du centre. Harassé par une nouvelle séance d'entraînement énergivore, mais heureux de s'être lancé un nouveau défi avec La Viola. Tu savais que tu avais été l'idole d'Eden Hazard ? Kevin Mirallas : Ouais (sourire). Il me l'a dit plusieurs fois et j'ai toujours été proche de lui, que ce soit maintenant ou à l'époque de Lille. J'étais jeune et belge comme lui, mais j'étais aussi le premier à évoluer en Ligue 1, il devait donc me voir comme un exemple à suivre. Il n'aimait pas forcément travailler à l'entraînement, donc c'était assez compliqué pour lui. J'ai vraiment dû le protéger par rapport aux anciens, pour qui ça ne passait pas. Je lui ai beaucoup parlé et il a retenu la leçon. Tu as un jour confié que tes débuts en pro à Lille t'avaient bouleversé...Mirallas : En sortant des classes de jeunes, j'étais plus dans un esprit de camaraderie et de rigolade. Quand je suis arrivé dans le monde pro, je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas d'amis, que c'était chacun pour soi, que les plus anciens voyaient les jeunes comme des ennemis alors que dans mon esprit, quand on voit un jeune plein de qualités, on le tire avec soi. À une époque, quand je me levais, je n'avais pas envie d'aller à l'entraînement alors que j'avais 16-17 ans et tout pour moi pour réussir en pro. Peu de joueurs me parlaient, on me criait dessus à l'entraînement dès que quelque chose n'allait pas, même si ce n'était pas de ma faute, on me mettait des coups alors que je n'avais rien fait... J'en étais dégoûté du foot. Plus de dix ans plus tard, tu t'es habitué à cet univers pro ? Mirallas : Le mauvais ressenti est passé, mais c'est sûr qu'à l'heure actuelle, je ne me vois pas forcément rester dans le foot après ma carrière de joueur. J'ai tellement donné à ce sport que je veux pouvoir souffler. C'est un monde difficile : quand tu dis ce que tu penses, certains t'en veulent et quand tu te tais, on te reproche de ne pas t'exprimer... Tu es plutôt à l'aise avec ton point de vue. Tu as d'ailleurs manifesté ton mécontentement lors des périodes compliquées à Everton.Mirallas : J'étais un des plus anciens du groupe et donc, lors des moments plus difficiles, je n'ai pas hésité à le dire et à pointer les responsables. Ça ne plaît pas toujours, mais à un moment donné, joueurs, dirigeants et entraîneurs doivent pouvoir se regarder dans une glace. Tu as un exemple en tête ? Mirallas : Pendant la première saison de Ronald Koeman (2016-17, ndlr), j'ai hésité à prolonger mon contrat : est-ce que je voulais vraiment m'inscrire dans la durée à Everton ou découvrir autre chose ? L'épanouissement de mon fils à l'école, le bonheur de ma femme et mon bien-être au club m'ont finalement fait prolonger pour trois ans. Le club nous avait prévenus, avec l'exemple de Ross Barkley, qu'il transférerait des concurrents uniquement si on n'allongeait pas notre contrat. Ross ne l'a pas fait, moi oui. Mais, au final, ils ont acheté Davy Klaassen, un n°10 pour suppléer Barkley, puis deux semaines après Sigurdsson, un autre n°10, puis 3-4 ailiers... On s'est tous regardé entre joueurs sans comprendre : la priorité était de remplacer Romelu, parti à ManU, mais ça n'a pas été fait. Le coach a acheté, acheté, acheté et au bout du compte, on a vécu six premiers mois catastrophiques. Ce sont des petits détails, mais quand je suis arrivé à Everton, c'était un club familial. À mon départ, j'avais l'impression que c'était devenu un business où on achetait sans savoir quoi faire. Comment tu réagis quand tu vois tous ces transferts débarquer ? Mirallas : Au début, je les accepte, la concurrence fait partie du foot. Et puis, même si on ne se parlait pas forcément avec Koeman, tout se passait bien avec lui, j'étais titulaire trois matchs sur quatre. Mais tout change lors des barrages pour l'Europa League. On remporte le match aller contre Ruzomberok (1-0), mais au retour, je suis le seul à quitter le 11 de base. Le lendemain, je vais trouver le coach pour savoir si j'ai fait quelque chose de mal et il me répond : " Si tu n'es pas content, tu peux appeler ton agent et partir. " Et ça s'arrête là. Lors des matchs suivants, je passe du banc au terrain sans explications. Le président rassure mon agent en disant que Koeman veut tester ses nombreux joueurs. La veille d'un match face à Chelsea (le 29 août, ndlr), alors que je ne suis de nouveau pas repris, je vais voir le coach pour lui demander pourquoi je ne joue pas une minute. Comme c'est une saison d'avant Coupe du Monde, j'ai vraiment envie d'avoir du temps de jeu. Il me répond : " Si tu veux partir, pars, mais je n'ai pas d'explication à te donner. " C'est alors que l'Olympiacos me contacte. Je sens que c'est pas plus mal d'y aller pour retrouver la confiance. Mais le président d'Everton refuse de me laisser partir, sous prétexte qu'il m'a prolongé deux mois plus tôt. Le mercato clôturé, j'annonce à Koeman que je vais me donner à fond pendant les six mois qui suivent jusqu'à la trêve hivernale. Je dois quand même attendre la mi-octobre avant d'être à nouveau titulaire, alors que c'est déjà chaud pour Koeman. Le match suivant, je ne joue pas une minute. Le lendemain, il est viré. C'est l'assistant, David Unsworth, qui prend le relais pour quelques matchs.Mirallas : Dès sa prise de fonction, il me fait jouer. Mais après une défaite à Leicester, je disparais de l'équipe en même temps que Aaron Lennon. C'est là qu'on commence à voir que des joueurs du " clan Martinez " sont de moins en moins alignés : Schneiderlin, Lennon, Vlasic, Klaassen, Lookman et moi... Tous ceux-là étaient logés à la même enseigne ? Mirallas : En quelque sorte. À un moment donné, on est six à s'entraîner seuls, complètement à l'écart du groupe ! C'était bizarre mais, dans ma tête, je m'étais de toute façon fixé un départ au mercato de janvier, quoi qu'il se passe. Puis, à la veille du match contre l'Atalanta, en Europa League, Unsworth m'annonce qu'il va me mettre au 10... alors que je ne joue plus depuis des semaines. Idem trois jours plus tard contre Southampton, où je suis titulaire. Avant de disparaître à nouveau de l'équipe. C'est pratiquement de la torture psychologique...Mirallas : Les six derniers mois passés à Everton, c'était Texas Ranger ! Tous les jours, on se disait entre joueurs qu'un d'entre nous était susceptible de sauter et de ne pas s'entraîner avec le groupe. On en rigolait presque. Mais intérieurement, cette histoire m'a bouffé. J'ai pris beaucoup sur moi sans m'en rendre compte. J'aurais très bien pu refuser la prolongation pour m'en aller ailleurs en gagnant plus d'argent. Mais je ne voulais pas partir comme un voleur après tout ce qu'Everton m'a donné. Sous Unsworth, certains médias ont parlé d'un entraînement dont tu as été exclu avec Morgan Schneiderlin pour manque d'implication...Mirallas : Je ne veux pas expliquer l'histoire en détails. Ce que je peux dire, c'est que tout ce qui est sorti dans la presse est faux. (Ndlr : Selon nos informations, la veille d'un match contre Watford, le fameux groupe des six " bannis " a dû s'entraîner à part, à dix kilomètres du centre d'entraînement, et faire un match à 3 contre 3. Le coach qui les accompagnait les aurait alors autorisés à rentrer au vestiaire. Mais la version officielle du club évoque une réaction inappropriée de Mirallas et Schneiderlin due à leur frustration de ne pas jouer).L'arrivée de Sam Allardyce fin novembre n'a rien changé à ta situation ? Mirallas : Pour son premier jour, il regarde cinq minutes de l'entraînement des gars qui n'ont pas joué la veille. Par la suite, il ne fait pratiquement jouer que des Anglais. À plusieurs reprises, il me reprend dans sa sélection avant de m'envoyer en tribune le jour du match, ce qui ne se fait pratiquement pas en Angleterre. À l'entraînement, je me retrouve parfois à l'arrière gauche. Début décembre, Allardyce convoque les six joueurs mis de côté pour un entraînement avec les U18. Il nous apprend que le lendemain, c'est ce groupe-là qui va à Chypre pour le dernier match d'Europa League pour du beurre. Sérieusement ? Les six pros avec les U18 pour un match officiel ? C'est un manque de respect ! Surtout que Allardyce ne vient même pas nous voir à Chypre, il envoie son troisième adjoint. On fait malgré tout le boulot en disputant un gros match et on gagne 0-3. Le lendemain, lors de la séance vidéo, Allardyce dit " Bravo pour la victoire d'hier " et enchaîne directement sur le match suivant. Il restait un mois avant le mercato, je ne voulais pas créer de problèmes. Fin décembre, je lui demande pour m'entraîner à part pour me préparer à partir. Il me répond " Ok ". Dans les rares interventions publiques qu'il a faites à ton propos, Allardyce semblait ne pas trop se soucier de toi.Mirallas : Maintenant, quand on me demande comment c'était avec Sam Allardyce, je réponds : " On ne s'est jamais parlé. " À l'approche du mercato, je demande au directeur sportif qu'on avance dans les transactions. Il réagit en disant qu'il accepte de me vendre uniquement en Angleterre pour récupérer beaucoup d'argent. C'est un peu chaud pendant 2-3 jours avant, surprise, que Sam Allardyce me demande de m'entraîner avec le groupe suite aux nombreuses blessures. La veille d'un déplacement à Bournemouth, je ressens une douleur à la cheville, sauf que Allardyce me dit que je suis titulaire le lendemain. Il ne m'a ni parlé ni regardé pendant un mois et tout d'un coup il veut me faire jouer ? Non, je ne vais pas prendre de risque alors que je suis prêt à partir. Wolfsburg me veut absolument, mais je suis vraiment focalisé sur l'Olympiacos. Où l'attente des supporters est énorme.Mirallas : C'est normal. Après tout ce que j'ai fait là-bas et en Angleterre, ils pensaient que j'allais tout casser. Moi aussi... Mais après pratiquement six mois sans jouer, je n'étais pas bon et j'étais à la rue physiquement. J'avais beau enchaîner les matchs, j'avais l'impression que c'était de pire en pire. En fin de saison, j'étais complètement cuit, j'étais mort. Est-ce que retrouver Athènes t'a aidé personnellement ? Mirallas : Même si ça ne s'est pas bien passé au niveau du foot, ça m'a fait du bien mentalement de me retrouver dans un endroit où je me sentais aimé. Les supporters voulaient que je reste, mais le président avait peur que je sois fini. Je n'étais pas fini, j'étais simplement à court de forme dans une équipe qui n'a pas tourné. Le club n'a pas voulu te garder ? Mirallas : Il n'y avait pas d'option d'achat. Dès le départ, le président m'avait dit qu'il ne pourrait pas me faire signer pour des raisons économiques. À côté de ça, Yaya Touré est arrivé cet été. Probablement pas pour rien...Mirallas : Connaissant le président, c'est une question de publicité pour les supporters. Il savait l'engouement que mon retour allait provoquer... et les problèmes que mon départ allait créer. Il s'est donc dit qu'il fallait ramener un joueur connu pour calmer les supporters. Ton contrat terminé, tu reviens à Everton. Est-ce que tu envisages alors de reprendre ta place ? Mirallas : Je fais la prépa : quelques séances, quelques jours puis quelques semaines et ça se passe super bien, j'ai un bon rapport avec le coach Marco Silva, les supporters sont contents de me voir motivé, etc. C'est après un match amical à Rennes où je joue peu que je comprends que ça n'ira pas plus loin. Deux jours après, le coach me convoque : " Tu as fait une super prépa, mais il faut que je parte de l'avant avec un nouveau groupe, on va tourner la page des anciens. " J'ai vraiment apprécié son honnêteté, d'ailleurs Phil Jagielka et Leighton Baines, les deux autres plus anciens qui sont restés, ne jouent presque plus. Le lendemain, mon agent m'annonce l'intérêt de Fenerbahçe, de clubs du Moyen-Orient et de la Fiorentina. Le surlendemain, tout est signé avec les Italiens. Le coach Stefano Pioli a l'air d'apprécier que tu manifestes ton ressenti...Mirallas : Fin septembre, alors qu'il m'avait fait comprendre que je débuterais contre SPAL, il change ses plans la veille et voit dans mon regard mon mécontent. (Pioli s'est alors félicité dans la presse que Mirallas soit en colère contre lui, ndlr). Il a apprécié cela parce qu'il a vu que j'avais du mordant, que je voulais vraiment tout faire pour jouer. Mais je suis encore en période d'adaptation. Ici, on travaille beaucoup, on n'a quasiment aucun jour de congé, on bosse la force de musculation, ce qui change complètement par rapport à l'Angleterre. Je ne suis plus habitué à travailler comme ça : la Premier League est un championnat intensif mais la semaine l'est moins. En Italie, ça bosse autrement : deux jours avant les matchs de Serie A, on dispute des rencontres de 2x 30 minutes ! Heureusement, le coach a dit qu'il me laisserait le temps de m'adapter. Cette Serie A te plaît ? Mirallas : Franchement, j'aime bien. J'avais beaucoup d'a priori parce que quand tu regardes du foot italien à la télé, c'est spécial, tactique et défensif. Mais quand tu es dedans, tu vois que tout est réfléchi. Parfois, on a l'impression que le coach est fou quand il nous donne certaines consignes de gestes et de placement, mais en match tout se passe comme il l'a dit. Tu as de fameux concurrents sur les ailes avec Marko Pjaca et Federico Chiesa.Mirallas : Ça booste ! Si j'avais voulu être au calme et gagner de l'argent, je serais parti au Moyen-Orient, tranquillement. Mais ce n'était pas mon but : là j'ai une option de trois ans derrière, donc je dois faire en sorte que ça se passe bien pour qu'elle soit levée.