Dimanche soir, le Standard était content de ne pas avoir dû se farcir Romelu Lukaku durant tout le match. En 17 minutes de présence seulement sur le terrain, il a plus montré que Tom De Sutter durant tout le match. " Que durant tout le début de la saison ", disent des mauvaises langues... Mais qu'attend-donc Ariel Jacobs pour plus aligner son teen-ager ?
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Dimanche soir, le Standard était content de ne pas avoir dû se farcir Romelu Lukaku durant tout le match. En 17 minutes de présence seulement sur le terrain, il a plus montré que Tom De Sutter durant tout le match. " Que durant tout le début de la saison ", disent des mauvaises langues... Mais qu'attend-donc Ariel Jacobs pour plus aligner son teen-ager ? Romelu a de qui tenir. Son père, Roger, fut jadis le leader d'attaque, en D1, du FC Boom (1992-93), de Seraing (1993-95), du Germinal Ekeren (1995-96) et du KV Ostende (1998-99) après une parenthèse d'un an en Turquie, à Gençlerbirligi (1996-97) et un séjour d'une saison dans l'antichambre de notre élite au FC Malines (1997-98). Le prénom Romelu est d'ailleurs le résultat de l'adjonction des premières syllabes du patronyme complet du papa : ROger MEnama LUkaku. " A l'état civil de la ville d'Anvers, où l'aîné a vu le jour, ils n'avaient évidemment jamais entendu ce nom-là, et pour cause ", rigole le paternel. " Mais un des employés s'est montré bon prince en disant que si Romulus et Rémus avaient bel et bien existé autrefois, il ne voyait pas d'inconvénient à ce que j'opte en faveur d'une variante. Un an plus tard, j'ai eu moins de difficultés à faire accepter Jordan pour mon deuxième fils. Le préposé à la mairie était un fan de basket. Comme moi, d'ailleurs, même si je tenais à ce que mes deux garçons marchent sur les mêmes traces que moi. Le jour où ils sont nés, mon premier geste aura été de déposer un ballon dans leur berceau. J'ai sans doute été bien inspiré car je constate quand même qu'ils jouent à Anderlecht, l'un dans le noyau élargi de la Première et son cadet chez les moins de 15 ans. " Avant d'aboutir au RSCA, une autre forme de superstition a toutefois joué. Comme Lukaku senior avait effectué ses premiers pas en Belgique chez les Briquetiers de Boom, il avait pensé affilier ses fils dans ce qui était devenu, entre-temps, le FC Rupel Boom : " La logique aurait voulu que j'inscrive Romelu à Wintam, une toute petite bourgade située non loin de Bornem, où je me suis installé à mon retour de Turquie. Mais je tenais vraiment à ce qu'il débute où tout avait commencé pour moi parce que les banlieusards anversois me servirent de tremplin. Grâce à eux, j'ai pu gravir un à un les échelons de la renommée, au point de jouer en coupes d'Europe et d'Afrique avec ce qui était encore le Zaïre. Mais mon épouse Adolphine et moi avons choisi la facilité en le faisant évoluer dans l'équipe de notre hameau. C'est là que le Lierse l'a repéré deux ans plus tard. " A Kessel, où évoluent les jeunes lierrois, Romelu ne tarda pas à faire flèche de tout bois : 54 goals en 34 rencontres durant sa première saison, en 2003-04 et 76 buts, sur un même total de matches, l'année suivante. Une prolificité qui suscitait d'autant plus de questions que le gaillard faisait une, et même deux têtes de plus que les autres. Sans compter qu'il accusait invariablement 20, voire 30 kilos de plus aussi. " C'était toujours le même refrain ", intervient la maman. " Les gens se demandaient s'il avait réellement le même âge. En réalité, non... puisqu'il évoluait la plupart du temps dans une catégorie supérieure à la sienne, il était le plus jeune sur le terrain. C'était franchement gag et nous avons vécu avec lui quelques scènes cocasses. Comme ce jour où Romelu était allé jouer au football dans un village voisin avec quelques ados. A un moment donné, la maman de l'un d'entre eux s'était adressée à lui en ces termes : - Mais Monsieur, quel plaisir prenez-vous donc à taper dans un ballon avec tous ces enfants ? Elle fut surprise quand l'un d'entre eux lui répondit : -M ais Madame, il a 13 ans et est plus jeune que nous. Elle n'en revenait pas ( elle rit). Après trois années chez les Lierrois, Romelu fut approché pour la deuxième fois par Anderlecht. Un an plus tôt, sa cellule scouting s'était heurtée à une fin de non-recevoir de la part du clan Lukaku car les Mauves ne voulaient pas prendre en charge le déplacement du joueur et de son frère à Neerpede. Un autre problème concernait la scolarité : le papa et la maman tenaient absolument à ce que leurs fils concilient foot et études. Le Sporting ne pouvait cependant le leur garantir en 2005. Mais l'année suivante, la donne allait subitement changer... " Quand je suis devenu directeur du centre de formation un an après avoir fait mon entrée comme entraîneur des jeunes en 2004, j'ai remarqué à quel point il était difficile de combiner foot et études ", souligne Jean Kindermans. " Surtout au moment de la post-formation, quand il faut passer de 4 à 8 entraînements par semaine. Grâce à la persuasion du manager général, HermanVanHolsbeeck, et à la compréhension de Guy Vanhengel, le ministre des Sports, nous avons pu obtenir des facilités avec plusieurs établissements sur le territoire de la commune : les Instituts Saint-Nicolas et St-Guido, de même que le CERIA. Leurs horaires prévoient en effet 4 heures de sport par semaine. Grâce à cet aménagement, nous avons pu mettre sur pied le Purple Talents Project qui vise à une symbiose parfaite des études et du foot. Actuellement, 38 jeunes sont soumis à ce régime, ce qui constitue un maximum pour un développement harmonieux. Romelu peut être considéré comme la première réussite de notre projet. Elle va sûrement en appeler d'autres. " En 2006, plus rien ne s'opposait au passage de Romelu et de son frérot à Neerpede. Même si le Lierse fit l'impossible pour les conserver via la direction d'abord, puis une pétition signée par leurs coéquipiers en classe d'âge. Mais, dans la mesure où les contingences extra-sportives avaient changé, la décision de la famille Lukaku était irrévocable. " Ces adieux furent une véritable déchirure ", se souvient Adolphine. " Des parents et des enfants pleuraient. Ils étaient tristes mais ils comprenaient notre décision. La preuve : en guise de cadeau-souvenir, Romelu eut droit de la part de ses partenaires à une vareuse anderlechtoise floquée à son nom. C'était touchant. J'en ai eu moi-même les larmes aux yeux. Aujourd'hui encore, bon nombre de papas et de mamans nous demandent des nouvelles. Comme quoi il a laissé une chouette trace là-bas. D'ailleurs, dès qu'il en a la possibilité, Romelu se retrempe dans l'ambiance lierroise. Et il n'oublie jamais, non plus, d'aller saluer ses autres bons potes à Rupel Boom ou, chez nous, à Wintam. Il est resté très proche de tout le monde. "Au Sporting, Romelu fut d'abord versé chez les moins 15, puis, quelques mois plus tard, chez les moins 17. Malgré une opposition de plus en plus corsée, la jeune promesse continua à empiler les buts, au point de susciter les premières convoitises hors frontières. De l'Inter au LOSC en passant par les ténors britanniques que sont Manchester United, Arsenal et Chelsea, tous lui firent les yeux doux. " Les plus insistants auront été les responsables de Chelsea ", dit le père. " Après bon nombre d'opérations de visionnage, ils firent même une proposition très alléchante. Certains quotidiens ont cité une somme d'un million d'euros pour sa mutation chez les Blues. Je ne tiens ni à confirmer ni à infirmer ce joli montant, mais je ne cache pas que l'offre donnait effectivement à réfléchir. Dans un premier temps, j'ai pesé le pour et le contre avec Christophe Henrotay, le manager de mon fils. Le hasard aura voulu qu'à la même époque, un club moscovite, le Dinamo, s'intéresse à un autre Sportingman, Jonathan Legear. J'avoue avoir apprécié l'attitude de cet homme de confiance dans les deux dossiers. Alors qu'il aurait pu réaliser une opération pour le moins juteuse avec les départs de ses deux poulains à l'étranger, il a d'abord songé à leur bien-être. A ses yeux, Jona allait s'enterrer en Russie. Il lui préconisa d'attendre, persuadé qu'un club d'un pays limitrophe se manifesterait tôt ou tard. Dans le cas de mon fils, il m'a conseillé de bien réfléchir aussi et de songer, notamment à l'exemple de Mbark Boussoufa. Celui-ci s'était lié en bas âge au club de Stamford Bridge, avant d'aboutir à La Gantoise. Ce n'était donc pas l'idéal ". " Je n'avais pas trop envie non plus que Romelu signe là-bas ", renchérit Adolphine. " Dans ce club qui brasse des millions pour attirer les meilleurs, quel avenir aurait été réservé à un gamin de 15 ans ? Il n'aurait sans doute pas eu la chance de s'y épanouir. Comprenant nos réticences, Frank Arnesen, big boss des jeunes londoniens, nous promit une entrevue avec le président Roman Abramovitch. D'après lui, il y avait moyen de discuter des modalités d'une compensation financière au cas où Romelu ne percerait pas dans son club mais nous n'avons rien voulu entendre. Pour nous, il était important que Romelu continue à progresser. Et comme cette perspective n'était pas garantie chez les Blues, nous avons abandonné l'idée. " Après Londres, c'est au centre de formation de Lille que papa et maman Lukaku furent conviés en cours d'année passée. Les Nordistes avaient quelques arguments de poids car c'est chez eux qu' Eden Hazard s'était épanoui, au point de devenir international belge. Sans compter qu'un jeune Sportingman d'origine africaine avait déjà emprunté quelque temps plus tôt la route : OulareJr, le fils de l'ancien attaquant de Genk Souleymane Oulare. " C'était tentant mais on a également refusé ", poursuit Roger. " Le tableau était idyllique mais Romelu est un gars qui doit pouvoir se retremper journellement dans le cocon familial. Il a besoin d'un contact régulier avec ses parents et son frère. Je n'ai pas l'impression non plus que les conditions y étaient meilleures qu'au Sporting. Et comme la direction du RSCA était prête à faire un beau geste aussi, sous la forme d'un contrat de trois ans assorti d'une option pour deux années de plus, j'ai donné ma parole aux dirigeants le 19 janvier dernier : Romelu allait signer cet accord le 13 mai, jour de ses 16 ans. "Dès l'annonce de cette intention, un autre club s'empressa de revenir à la charge : Arsenal, qui s'était déjà manifesté quelque temps plus tôt par l'entremise de son chef-scout Steve Rowley. Les Gunners voulaient à tout prix obtenir le concours du joueur et demandèrent à son père de revoir sa position. " Quand Arsenal est revenu, Christophe Henrotay m'a dit : - Alors, que fait-on ? Car les Rouge et Blanc, c'est évidemment une tout autre philosophie que les Blues. A l'Emirates Stadium, les jeunes joueurs ont toujours eu voix au chapitre grâce au travail en profondeur réalisé par Arsène Wenger. Je le savais et Christophe aussi. Tant que rien n'était mis sur papier, il y avait moyen de privilégier une autre orientation. Notre homme de confiance était tenté, en raison de la personnalité du coach français, justement. Et, à vrai dire, je n'y étais pas insensible non plus, pour des raisons identiques. Mais comme j'avais fait une promesse à la direction du Sporting, quelques heures plus tôt, il n'était plus question de changer d'avis. Pour moi, la parole c'est sacré. Marquez pas de chance pour Arsenal. Si le club s'était montré persuasif plus tôt, il n'est pas interdit de penser que j'aurais été séduit par ses arguments. " Depuis ce fameux mois de janvier, tout est allé très vite pour Romelu, passé d'abord en Espoirs puis en Première pour les besoins du deuxième test-match au Standard fin mai dernier. Il avait à peine 16 ans et 11 jours à ce moment. C'était mieux qu'un certain Paul Van Himst, icône des Mauves, qui avait effectué sa grande entrée contre Beringen, le 27 décembre 1959, à 16 ans et 86 jours. Au plan de la précocité, seul le Ghanéen Nii Lamptey aura fait mieux que les deux précités puisqu'il comptait très exactement 16 ans et 6 jours quand il fit ses débuts face au Cercle Bruges, le 16 décembre 1990, et qu'il fêta l'événement en inscrivant un but. Au même titre que Popol, (face à La Gantoise, le 3 janvier 1960) Romelu, lui, scora son premier but lors de son deuxième match en équipe fanion, à Zulte Waregem, le 22 août dernier. Il avait 16 ans et 101 jours à ce moment-là. Le quadruple Soulier d'or, lui, avait 16 ans et 93 jours quand il perfora les filets des Buffalos. Les événements continuent à se bousculer pour Romelu, qui vient d'être convoqué en sélection Espoirs. En attendant, dans un futur proche sans doute, de faire ses premiers pas chez les Diables Rouges. C'est le v£u le plus cher de toute la famille Lukaku. " S'il a la chance de faire une carrière internationale, ce sera avec la Belgique ", dit papa Roger. " Il est exclu qu'il représente ses racines congolaises. Je suis passé par là et je sais ce que c'est : des billets d'avion et des primes non payés, sans compter les foudres qu'on subit du public en tant qu'expatrié. J'ai vécu tout ça personnellement au cours des années 90 et je ne tiens plus à le subir par mon fils interposé. Ma femme et moi ne sommes d'ailleurs allés, en tout et pour tout, qu'une seule fois au Congo avec les garçons. Ils avaient trois et deux ans et on les avait présentés à la famille restée au pays ". Adolphine : " Lui et son frère sont parfaits bilingues français-néerlandais. En revanche, ils ne baragouinent que quelques mots en lingala. Leur voie semble toute tracée ici et non au Congo. ""Si Arsenal s'était montré persuasif plus tôt, j'aurais été séduit par ses arguments. (Roger Lukaku)""130 buts en 68 matches avec les jeunes lierrois."