Ces trois-là, c'est quelque chose, un trio qui hante les nuits de tous les défenseurs adverses qui ne savent que faire quand ils sont dans un bon jour. Igor De Camargo est doté d'une présence phénoménale dans les airs. Quand Milan Jovanovic se lance dans un raid en profondeur, ses dribbles décoiffent. Et si Dieumerci Mbokani a décidé de garder le ballon en attendant des renforts, il résiste à toutes les charges avec une facilité démentielle. Cette attaque est le résultat d'une addition très intéressante : atouts athlétiques, vitesse, lecture du jeu, intelligence, charisme et registre technique. Cet éventail de qualités et ces complémentarités font penser aux plus grandes lignes offensives de l'histoire du Standard mais le trio actuel a une dimension spéciale, peut-être unique.
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Ces trois-là, c'est quelque chose, un trio qui hante les nuits de tous les défenseurs adverses qui ne savent que faire quand ils sont dans un bon jour. Igor De Camargo est doté d'une présence phénoménale dans les airs. Quand Milan Jovanovic se lance dans un raid en profondeur, ses dribbles décoiffent. Et si Dieumerci Mbokani a décidé de garder le ballon en attendant des renforts, il résiste à toutes les charges avec une facilité démentielle. Cette attaque est le résultat d'une addition très intéressante : atouts athlétiques, vitesse, lecture du jeu, intelligence, charisme et registre technique. Cet éventail de qualités et ces complémentarités font penser aux plus grandes lignes offensives de l'histoire du Standard mais le trio actuel a une dimension spéciale, peut-être unique. A 27 ans, Milan Jovanovic est de loin le plus expérimenté de la triade. Il a déjà pas mal voyagé et a vécu des galères qui lui ont procuré un bien précieux : le vécu. C'est le Jupiter de cette attaque qui porte la foudre dans les défenses adverses. " Cette attaque, c'est d'abord le fruit de beaucoup de travail. ", souligne Jova. " Je suis au Standard depuis deux ans et demi et Igor était déjà actif à Sclessin. Dieumerci n'est arrivé que la saison passée mais a tout de suite trouvé ses marques à nos côtés. Nous sommes totalement différents l'un de l'autre. En Belgique et aux alentours, je ne connais pas un attaquant qui soit aussi fort de la tête que De Camargo. C'est un plaisir de le servir dans le rectangle car il s'élève très haut et son timing est excellent. C'est comme si on plaçait soudain un gratte-ciel en rase campagne. Sa détente est phénoménale et il y ajoute la puissance, la précision et de plus en plus de sérénité. Quand il monte, tout le monde sait que ce sera dangereux. L'altitude, c'est le domaine de cet aigle. Sa force de travail est très intéressante et il met la main à la pâte. C'est dans sa nature. Le coach lui demande de reculer quand le Standard chasse le porteur du ballon. Igor apporte sa taille au centre de la ligne médiane, même jusque devant sa défense. Son physique y est d'autant plus utile depuis le départ de MarouaneFellaini qui écartait tous les nuages devant la défense. Je suis impressionné par son état d'esprit mais je suppose que certains aspects de sa production sont provisoires. Quand il y aura un autre Fellaini au Standard, Igor retrouvera sa zone de prédilection : le rectangle adverse. Moi, je pense qu'il doit toujours jouer en pointe, pas ailleurs. C'est un pivot qui préfère s'exprimer via son jeu de tête que de multiplier les raids ou les remontées de la deuxième ligne. Quand il vient de loin, Igor surprend aussi mais perd forcément une partie de sa fraîcheur. Un sauteur en hauteur ne gagne pas le marathon aux Jeux Olympiques ! Pour moi et les autres, Igor constitue un atout. Son jeu court n'est pas son point fort mais il y a en d'autres pour cela. Il pèse de tout son poids et on peut profiter des brèches ou du deuxième ballon pour faire la différence. " Si Jova apprécie les atouts d'Igor, on peut affirmer sans se tromper qu'il a un faible pour Mbokani : " Il est évidemment pétri de classe. Mais, lui aussi, est un homme de rectangle. Dieumerci a un nez formidable. Il anticipe et devine bien avant les autres où le ballon va arriver. Il signe la plupart de ses buts devant le gardien de but adverse. Notre Congolais y émerge en vitesse et en finesse. Tout semble très simple avec lui. Il a tout compris en une fraction de seconde et c'est un plaisir de combiner avec lui. Je n'ai pas souvent noté une telle limpidité sur un terrain de football. De plus, il protège remarquablement son ballon. Dos au but, il résiste bien aux charges, s'en sort avant que nous lui prêtions main forte. C'est remarquable mais lui aussi recule trop sur l'échiquier. C'est quand même un de mes petits sujets d'inquiétude. Cette attaque est la plus complémentaire de D1 mais c'est aussi celle qui bosse le plus. Je reste un partisan du 4-4-2. Et c'est possible comme ce fut déjà le cas avec Igor, Dieu et moi à gauche mais assez haut quand même. "" Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait mais un jour nous nous séparerons Igor, Dieumerci et moi. Je me souviendrai avec émotion d'eux. Mbokani jouera un jour dans un grand club à une condition : il doit accélérer son jeu. Il a un peu tendance à trop garder la balle, ce qui ralentit. Mbokani peut jouer dans tous les championnats étrangers. Beaucoup destinent Igor à l'Angleterre ou à l'Allemagne. Ce n'est pas mon avis. Il peut y réussir mais on y croise quand même pas mal de joueurs dotés des mêmes atouts que lui. Je le vois plus en Espagne où il apporterait ce que les équipes ont moins là-bas : la taille et la facilité dans le trafic aérien. Sa différence y serait très appréciée. "Jova : " Le système mis au point par Laszlo Bölöni a dégagé des succès magnifiques et mérités en Coupe d'Europe. Mais s'il est agréable d'évoquer et d'analyser les victoires, on apprend encore plus dans les moments difficiles et les défaites. A Stuttgart, le Standard avait massé cinq éléments dans la ligne médiane mais ce sont le quatre médians allemands qui ont fait le jeu. Selon moi, le Standard n'a pas de meneur de jeu. Cette absence est compensée par le recul de deux des trois attaquants, du travail, de l'engagement, de l'agressivité, le soutien offensif des arrières ailes et je suis pour ce système dans les grandes occasions, pas dans les duels largement à notre portée en D1. Au bout du compte, chez nous, ce sont souvent les attaquants qui préparent et marquent les buts. Les autres grands de D1 n'ont pas une attaque comme la nôtre mais ils ont un meneur de jeu, nous pas. " " J'estime que ce serait plus facile pour les attaquants si le Standard avait aussi une rampe de lancement. Steven Defour peut devenir ce stratège. C'est le plus gros travailleur que je connaisse. Au Club Bruges, il a franchi un cap, joué plus haut, percuté, distribué : c'était magnifique et c'est à ce genre de playmaker que je songe pour nous faciliter la vie. " C'est toujours un plaisir de causer un peu avec Mbokani car il n'aime pas trop s'épancher dans la presse. Dieumerci ne sera jamais l'avocat de sa cause et il laisse la toge aux autres. La saison passée, il a assumé un rôle important dans l'essor du Standard. Sa technique et sa vista ont été prépondérantes dans la lutte pour le titre. En fin de campagne, Igor était le plus souvent sur le banc et l'attaque liégeoise était composée de Dieu et de Jova. A deux, ils ont tout dévasté comme les soldats de Gengis Khan. Il ne restait pas grand-chose des défenses adverses retournées par ce duo. L'herbe ne repoussait pas après le passage de cet ouragan puisant sa force dans la technique de l'un et les raids de l'autre. Et, dans un rôle désormais assez différent, Mbokani confirme et empile les buts comme d'autres réalisent de bons cartons aux stands de tirs des kermesses. Sur un terrain, l'attraction c'est lui. A la Foire de Liège aussi mais c'est une autre histoire... Son ambition reste la même : bien jouer, se retrouver un jour dans un grand championnat. Ultra complet, il y arrivera plus que probablement. " Cette saison, je veux absolument être sacré meilleur buteur de D1 ", lance-t-il. " Moussa Maazou sera-t-il un redoutable adversaire ? Mais je m'en fous de Maazou. Je ne me soucie pas du tout de lui. Maazou joue à Lokeren, moi au Standard, et nos défis ne sont pas les mêmes. Je suis évidemment bien entouré au Standard. Ce n'est pas à moi de définir une occupation de terrain ; je laisse cela au coach. J'ai trouvé mes marques dans les deux approches, que ce soit celle de Michel Preud'homme ou de Laszlo Bölöni. Pour moi, ce sont deux techniciens qui devinent très bien les atouts et les manquements. Ils parlent beaucoup et chaque joueur connaît ses exigences. Le titre a permis à tout le monde de franchir un cap, moi y compris. Même si on jouait le plus souvent à deux en pointe, les trois attaquants ont acquis plus de métier, le goût et l'habitude du succès. Si on sait comment faire, c'est important. Dieu : " Jova fait peur à tout le monde. Quand il se lance dans un raid, on ne l'arrête pas. Il est unique en son genre et même si on ne parle pas la même langue, sur un terrain, le courant est tout de suite passé entre nous. J'aime bien quand il joue près de moi car il devine les coups, a le sens de la profondeur et des espaces à exploiter. "" Igor a toujours rendu service, qu'il joue une minute ou tout un match. Jova et moi, on pense au collectif, c'est important, mais on peut aussi y aller en solo. C'est nécessaire aussi. Igor bosse beaucoup pour les autres. Si Jova file, Igor est un vrai pivot qui met toujours sa boule plus haut que les autres. C'est vrai : Preud'homme utilisait généralement deux de ses trois attaquants en 4-4-2. Maintenant, Bölöni utilise les trois dans un concept différent ou je suis plus seul en pointe. Je suis plus un point d'appui et moins un joueur de rupture. En 4-4-2, à la longue, le Standard serait devenu assez prévisible. Cette saison, avec trois attaquants, on présente plus d'armes car on peut défendre nos chances en 4-4-2, en 4-3-3, en 4-5-1, en 4-4-1-1. "" Cette variation dans notre arsenal offensif, c'est quand même pas mal. Cela nous a beaucoup aidés, surtout en Coupe d'Europe mais aussi en D1. Je travaille plus, c'est sûr, mais je ne suis pas le seul. Quand il le faut, Igor et Jova se replient aussi. Ma position de point d'appui ne m'empêche pas de marquer des buts. Après avoir été un relais, je peux me retourner et surgir de loin en zone dangereuse. J'ai besoin de beaucoup toucher le ballon et je n'aime pas le rendre n'importe comment. Il faut que ce soient des ballons de différences qui éclaircissent le jeu. J'aime bien utiliser les qualités de chacun. A la longue, le travail paye. Jova adore recevoir le ballon dans les pieds, dans les intervalles, en profondeur. Igor est différent et quand on peut utiliser son jeu de tête, c'est le max. Si je bosse plus, on peut en dire autant pour les deux autres attaquants. Igor aide les deux médians défensifs et, quand il faut, Jova garde la balle, signe la passe qui fait mal et ses coups francs sont parfois des perles. Nous sommes tous les trois plus forts et plus complémentaires que la saison passée. "Quand il déplace sa longue silhouette, le Prince Igor ne passe pas inaperçu. Si ses deux compères ont vite trouvé leurs marques en Belgique, De Camargo a parcouru un chemin bien différent. Ce Brésilien atypique a eu du mal à imposer son style car les puristes ne trouvent aucun air de samba dans son football. C'est plus un bûcheron de la Forêt Noire qu'un artiste du carnaval de Rio. Il a eu des hauts et des bas à Genk et à Heuden-Zolder avant de décoller au FC Brussels. Le Standard chipa cet ascenseur sous le nez du Club Bruges. A Sclessin, une fracture de la jambe coupa son élan. Mais l'homme est courageux et tenace. La saison passée, il a serré les dents en prenant souvent place sur le banc. Un peu délaissé, Igor est finalement devenu indispensable. Il a dû en baver d'envie, peut-être de jalousie, mais il a eu la sagesse et la grande intelligence de travailler et d'attendre son heure. Maintenant, il profite sereinement de son importance retrouvée auprès des deux stars de l'attaque du Standard. A la place des deux étoiles, il y a désormais trois vedettes. " Je ne cache pas que c'est un plaisir de jouer avec eux. ", affirme De Camargo. " Nous sommes tous les trois totalement différents et je songe autant à nos caractères qu'aux spécificités de notre jeu. Je suis né au Brésil et j'apprécie une forme d'insouciance même si je suis très appliqué et sérieux sur le terrain. A trois, le Standard est plus fort à la finition. La preuve en a été faite en Coupe d'Europe et au Club Bruges. A Bruges, les trois attaquants ont bien joué, évolué dans des styles différents et, surtout, marqué chacun un but. Cette diversité est une richesse. Oui, je travaille, je recule, je me dépense. Sur un terrain, on ne peut pas manger et parler en même temps. Par là, je veux dire qu'on ne peut pas tout faire. Quand je me replie trop bas, je manque forcément de fraîcheur à la finition. Mais, bon, en ce qui me concerne, le principal est d'accomplir le travail que le coach m'a confié. Si c'est bon pour le collectif, j'en profite aussi. Je ne sais pas si le Standard aura le même trio offensif à la reprise. Je le souhaite mais nous sommes des professionnels et les carrières des joueurs varient du jour au lendemain. Il faut l'accepter. Si l'un d'entre nous s'en va, il faudra tourner la page en disant que c'est le travail qui nous avait permis d'atteindre ce résultat à trois. "" Jova est un joueur charismatique et très expressif ", dit Igor. " S'il faut dire quelque chose sur un terrain, il ne se gêne pas. Il est exigeant pour lui et pour les autres. Quand il est dans un grand jour, je ne sais pas comment il faut s'y prendre pour l'arrêter. Je crois que c'est impossible sans une faute. On ne l'appelle pas le Serpent pour rien. Il a un style unique en Belgique. "Igor : " Mbokani est plus effacé dans la vie de tous les jours mais il sait ce qu'il veut croyez-moi. Dieu est un incroyable footballeur, un surdoué, un monstre qui n'est jamais en difficulté sur un terrain. Il peut recevoir un ballon dans les pires conditions, Mbokani en fait presque toujours bon usage. Et quand il rend le cuir, c'est toujours une bonne passe, une transversale de qualité, une trouvaille dans la profondeur. Je suis souvent ébahi par tout ce qu'il apporte et je ne sais pas où il s'arrêtera. Pour moi, Dieu est le candidat idéal pour succéder à Steven Defour au palmarès du Soulier d'Or : ce serait une juste récompense pour ses progrès et son importance chez nous. "par pierre bilic - photos : reporters/ gouverneur