Ce jeudi, c'est le big day pour Marouane Fellaini. Il va enfin découvrir Everton, son âme, son stade d'un autre âge dans un quartier déprimant, sa légende et l'attente énorme des supporters des Toffees (les bonbons) qui, depuis son transfert la semaine dernière, n'ont qu'une question à la bouche : " Who is Fellaini ?".
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Ce jeudi, c'est le big day pour Marouane Fellaini. Il va enfin découvrir Everton, son âme, son stade d'un autre âge dans un quartier déprimant, sa légende et l'attente énorme des supporters des Toffees (les bonbons) qui, depuis son transfert la semaine dernière, n'ont qu'une question à la bouche : " Who is Fellaini ?". Ils ignorent tout de l'homme qui pèse 18,5 millions. En attendant son arrivée et sa présentation officielle, le coach (ici on dit manager) David Moyes fait mousser les fans des Blues. Il le répète dans toute la presse anglaise : il est fou de son nouveau géant belge. Moyes : " Un des plus grands talents européens, et en plus il est tout jeune. Il fallait faire vite parce que plusieurs autres grands clubs se préparaient à casser leur tirelire pour lui. " Briser le cochon, Moyes l'a fait : 18,5 millions d'euros, c'est la plus grosse dépense de l'histoire d'Everton. C'est l'équivalent d'un Daniel Van Buyten+un Emile Mpenza de la grande époque ! A quoi Fellaini doit-il s'attendre ? Et le Standard ? Quel genre de club va-t-il rencontrer en Coupe de l'UEFA ? Nous avons respiré à pleins poumons l'ambiance de ce club historique, celui qui a disputé le plus de matches de D1 dans toute l'histoire du foot anglais. Première impression. Le centre de Liverpool est chargé d'histoire et n'est pas moche. La ville est Capitale européenne de la culture 2008. A moins de 10 km de là, par contre, c'est moins enthousiasmant. Goodison Park et les abords du stade d'Everton, c'est beaucoup plus du style de Sclessin, Tilleur ou Saint-Nicolas. Petits commerces qui ne ressemblent à rien, population en panne de moral, maisons mal entretenues, bâtiments industriels désaffectés : c'est un peu la zone. Et le stade... euh... Pas super. Il a été construit en 1892 et cela se voit. Les rénovations successives ont surtout été des emplâtres sur une jambe de bois. Une consolation pour les fans des Blues : quelques centaines de mètres plus loin, à Anfield, les alentours du stade de Liverpool ne sont pas beaucoup plus joyeux. Dans les kiosques, c'est Everton qui fait la une ; pas Liverpool. Le transfert de Fellaini a été réglé deux jours plus tôt. Le Daily Mirror, journal national, titre Moyes on his £15M man. A l'intérieur, on explique que le manager d'Everton a fait un saut " désespéré " à Bruxelles, le dernier jour de la période des transferts, pour " cajoler " Luciano D'Onofrio. Et Moyes justifie la dépense : " J'ai toujours recherché des joueurs qui amènent un retour sur investissement. C'est une dépense record mais Fellaini est chez nous pour très, très longtemps. " En une du Liverpool Daily Post, Fellaini a aussi son portrait, et ce titre : Why he's worth £15M. En pages intérieures, on signale que le montant du transfert est de 18,5 millions et que le Standard percevra encore de l'argent durant les cinq ans de contrat de Fellaini. Moyes y reconnaît que ce fut le transfert le plus difficile à régler depuis son arrivée à Everton, en 2002 Et il dit encore : " Nous le suivions depuis longtemps et les deux matches pleins qu'il a joués contre Liverpool ont prouvé qu'il était prêt à franchir un palier. Malheureusement, ces rencontres-là ont encore fait grimper sa valeur marchande. " Le reporter qui suit Everton pour ce journal analyse le transfert : " Si Moyes n'avait pas réussi à acheter Fellaini, sa cote de popularité en aurait pris un coup car une fois de plus, Everton avait misé plus sur la quantité que sur la qualité : un prêt (Segundo Castillo, Etoile Rouge Belgrade), un joueur libre (Lars Jacobsen, Nuremberg), un gardien vétéran (Carlo Nash, Wigan) et un blessé (Louis Saha, Manchester United). Comment est-il possible que le club n'ait pas tiré les leçons des dernières saisons ? Everton a l'habitude de faire son marché en catastrophe lors des derniers jours de la campagne des transferts et ce fut encore le cas cet été. Aujourd'hui, la pression est forte sur David Moyes et toute la direction. Ils savent qu'on ne les ratera pas si les joueurs transférés n'apportent pas une vraie plus-value à l'équipe qui a loupé son début de championnat. Avec sa grande taille, Fellaini doit être capable d'apporter une présence qui manquait en milieu de terrain. On espère aussi que ses qualités offensives soulageront un peu des joueurs d'attaque à qui on en demandait trop. "Une légende vivante nous propose une visite guidée des installations. Graeme Sharp, un Ecossais qui a été la mitraillette d'Everton entre 1980 et 1991 : 159 goals (en 426 matches), soit le meilleur buteur du club de l'après-guerre et le deuxième, toutes périodes confondues. Et dire qu'il était encore plus réputé comme passeur ! Il a notamment formé un duo de feu avec Gary Lineker. Avec les Toffees, il a été deux fois champion d'Angleterre, il a aussi gagné une Cup et le seul trophée européen du club : la Coupe des Coupes en 1985. Il fait partie de l'équipe idéale de l'histoire d'Everton, formée à l'occasion de son 125e anniversaire. Et il a été 12 fois international écossais, participant à la Coupe du Monde 1986. Il a terminé sa carrière à Oldham. " Ensuite, je suis devenu joueur-entraîneur d'Oldham, puis coach de Bangor City, au Pays de Galles. Mais j'avais toujours Everton dans la peau. C'était donc logique que je revienne finalement ici. " Il est responsable des multiples actions menées par le club au bénéfice d'£uvres diverses. " Nous recevons en moyenne entre 400 et 500 demandes par semaine et nous donnons toujours la priorité aux enfants déshérités. "Le tour du propriétaire commence par la boutique, en face du stade. Un océan de bleu et blanc, un va-et-vient incessant de supporters et une caissière qui n'arrête pas. Le merchandising fonctionne à fond et c'est visible partout en ville : les maillots et vestes aux couleurs d'Everton pullulent. On a même l'impression que sur ce plan-là, Liverpool est à la traîne. On n'a pas perdu de temps : le maillot floqué Fellaini trône déjà en bonne place. Le responsable du rayon signale qu'il en a déjà écoulé une trentaine. On est mercredi, le transfert a été annoncé la veille ! Les plus vendus sont ceux de l'attaquant nigérian Yakubu et du médian australien Tim Cahill. Au coin du parking du stade, une énorme statue : Dixie Dean, un attaquant d'Everton... dans les années 20 et 30. Durant le championnat 1927-1928, il a marqué 60 buts en 29 matches : ce record national tient toujours. Dean est le meilleur buteur de l'histoire du club : 383 goals. On longe une tribune et on découvre une première particularité : une église relie deux tribunes. " C'est le seul stade du monde qui a une église dans son enceinte ", explique Sharp. Mais quel lien entre le foot et la religion ? " Pas de lien direct, mais beaucoup de supporters viennent dans cette église pour honorer leurs morts. Pendant de nombreuses années, des fans qui décidaient de se faire incinérer demandaient que leurs cendres soient dispersées sur le terrain. Ils avaient droit à une plaquette commémorative collée sur la bordure en béton qui sépare le terrain de la zone neutre. Les jours de matches, les familles déposent toujours des fleurs près de ces plaquettes. Mais il y avait de plus en plus de demandes et cela devenait ingérable. La pelouse en souffrait. Le club a alors trouvé une autre solution : les cendres étaient enterrées sous le terrain, puis on remettait de la terre au-dessus. Mais là encore, c'était difficile à organiser. Alors, il y a environ trois ans, il a été décidé que les cendres seraient dispersées dans le petit jardin de l'église qui fait partie du stade. "Graeme Sharp nous fait ensuite entrer dans le saint des saints : les vestiaires. Nous découvrons celui où les Standardmen se changeront la semaine prochaine : rien d'extraordinaire. Par contre, celui des Blues est plus animé. Le responsable du matériel trie ses maillots. Il y en a des dizaines, plusieurs pour chaque joueur. Après les vestiaires, on part vers le terrain. On traverse d'abord un long couloir aux parois bleues et blanches, puis on bifurque en angle droit vers le tunnel qui mène à la pelouse. Juste avant de pénétrer sur le gazon, les joueurs doivent descendre quelques marches puis en grimper d'autres. Et ceux d'Everton respectent le même rituel depuis la nuit des temps : en passant sous une plaque où est gravé Everton FC, Goodison Park, ils frappent tous un bon coup dessus. Un peu partout dans le stade, le logo du club et sa devise latine : Nis satis nisi optimum. Sharp traduit : " Only the best is good enough. " On découvre la pelouse et les tribunes : 40.000 sièges. Sold out lors de chaque match de championnat. Pour un adulte, le prix d'un abonnement oscille entre 618 et 740 euros. Ils partent comme des petits pains et la liste d'attente est interminable. Pour le match contre le Standard, les places tournent autour de 25 euros pour un adulte. " Je ne prévois pas un stade plein ", dit Sharp. Bon signe pour le Standard ? Une des tribunes, derrière un des buts, est beaucoup plus récente que les autres. Mais celle où seront installés les Liégeois est de loin la plus vieillotte et mal située, dans un coin, avec un plancher en bois, des sièges peu confortables et des poteaux métalliques qui gâchent la vue. La visite se poursuit par le passage dans des loges qui portent le nom d'une ancienne gloire du club. Dans un grand couloir, une photo de l'équipe de chaque saison depuis le début du siècle. Il y a eu du beau monde à Everton ! Pêle-mêle : Sharp, Alan Ball, Peter Reid, Howard Kendall, Neville Southall, Daniel Amokachi, Tomasz Radzinski, Wayne Rooney, Slaven Bilic,... Sharp s'installe et nous dresse le profil d' EvertonFC, The People's Club... le club des gens. Graeme Sharp : Personne ne l'attendait, ici. Les supporters sont tombés des nues en apprenant son transfert, et surtout la somme énorme déboursée par Everton. Mais ce n'était que la concrétisation d'un travail de sape qui a duré près de deux ans. Depuis qu'il a débuté en D1 belge, David Moyes le tenait à l'£il. Cet été, il ne comptait plus dessus, il pensait que Fellaini était devenu inabordable pour un club comme le nôtre. Il a porté son attention sur deux autres joueurs : Joao Moutinho, du Sporting Lisbonne, et Stéphane M'Bia, de Rennes. Mais il n'a pu avoir aucun des deux et a donc repensé à Fellaini, en sachant qu'il devrait mettre le paquet pour l'arracher au Standard. Everton n'avait jamais mis autant d'argent dans un joueur mais Fellaini correspond parfaitement au profil souhaité par notre manager : il est jeune, doué et efficace, et il a accepté de signer pour une longue période. Dès que Moyes a été nommé ici, il a viré progressivement des trentenaires parce qu'il croit beaucoup plus aux jeunes qui ont faim. Après les matches du Standard contre Liverpool, il a appris indirectement que Tottenham, Manchester United et Chelsea (notamment) étaient sur Fellaini : il n'y avait donc plus de temps à perdre. Il fallait remplacer d'urgence Lee Carsley, qui était parti à Birmingham en fin de saison passée. Fellaini a un peu son profil. Moyes voulait absolument un grand qui en impose dans l'entrejeu et qui mette le pied. Il compare Fellaini à Patrick Vieira, qui a d'ailleurs presque la même taille et le même poids. La taille, c'est un des problèmes de l'équipe actuelle. Prenez trois titulaires presque indiscutables dans la ligne médiane : Tim Cahill, Steven Pienaar et Mikel Arteta. Aucun des trois n'arrive à 1,80m. Lors du dernier match de championnat, Everton s'est fait bouffer ici par Portsmouth : 0-3. En face, il n'y avait que des médians de grande taille et ce fut une des clés du match. Après cette défaite, Moyes était plus que jamais convaincu qu'il devait transférer un géant de toute urgence. Nous ne donnons jamais d'infos sur les salaires. Mais ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les journaux. Je peux seulement dire que Fellaini fera partie des top class players avec Yakubu, Mikel Arteta et Andy van der Meyde. Nous connaissons toutes ses statistiques. He's a young boy. La passion, c'est beau, mais nous espérons qu'il va vite comprendre. Nous l'avons acheté pour le voir sur le terrain, pas dans la tribune. Le coach avait prédit que ce serait mission impossible avec le groupe qu'il avait pendant l'été. Il nous manquait trop de bons ingrédients pour que la sauce prenne. Contre Portsmouth, cinq des réservistes n'avaient pas 18 ans : il fallait absolument profiter des dernières heures du mercato pour affiner le groupe. Parce qu'il fait un travail remarquable. Quand il est arrivé, Everton se battait le plus souvent pour ne pas descendre. Aujourd'hui, nous visons chaque saison un bon classement derrière the big four : Chelsea, Arsenal, Manchester United et Liverpool. Moyes nous a rapprochés du top. C'est un fou du travail bien fait. Les joueurs qui se donnent chaque jour à 200 % n'auront jamais de problème avec lui. Si tu rentres dedans, il t'aime ! De tous les coaches du championnat anglais d'aujourd'hui, il est troisième au classement de la longévité derrière Alex Ferguson et Arsène Wenger : ici, c'est un dieu. Rafael Benitez entraîne Liverpool : un Espagnol. Arsène Wenger est à Arsenal : un Français. Luis Felipe Scolari bosse à Chelsea : un Brésilien. Dans les clubs du top, on hésite à donner une chance à des coaches britanniques. Alex Ferguson est l'exception. Moyes, Ecossais comme lui, en est conscient et il ne se fait pas d'illusions. Glamour... ça n'a rien à voir. Le premier critère pour nos supporters n'est pas la beauté du geste mais le rendement. Si Saha est fainéant sur le terrain, ils ne vont pas le rater. Il était frustré parce qu'il ne parvenait pas à recruter les joueurs qu'il voulait. A chaque fois, ça capotait in extremis. Le championnat a commencé et il n'y avait toujours pas de renfort. Finalement, Moyes a eu cinq nouveaux joueurs entre le 26 août et le 1er septembre ! A lot of money... Aussi longtemps que nous n'aurons pas un tout gros investisseur, il ne faudra pas rêver. C'est im-pos-si-ble ! Donnez-nous un Roman Abramovich et tout sera plus simple. La reprise de Manchester City par le groupe Abu Dhabi, ça nous fait flipper. Même Liverpool craint pour sa place dans le carré des grands. City va vite s'élever dans le classement. Avec des moyens pareils, c'est écrit. Notre président, Bill Kenwright, l'a compris et il en a tiré ses conclusions : il est prêt à s'effacer si un poids lourd de la finance veut mettre des billes à Everton. A la base, c'est un artiste. Il a été comédien. Aujourd'hui, il est producteur et imprésario dans le milieu du théâtre. Kenwright n'est pas idiot. Il sait que l'âme du club est à Goodison Park mais ce n'est pas avec des sentiments qu'on progresse. Le seul projet viable est celui d'un nouveau stade de 50.000 places à quelques kilomètres d'ici. Avec nos 40.000 places actuelles, nous n'avons que la moitié de la capacité de Manchester United, par exemple. Prenez les prix des abonnements et calculez le manque à gagner sur une saison. Tenez compte aussi de l'impossibilité d'organiser des événements à Goodison alors que les stades des grands clubs européens sont multifonctionnels. L'évolution d'Everton passe par un déménagement. Nous avons mis un peu moins de 20 millions d'euros pour Fellaini : c'est le record de l'histoire du club et nous ne pourrons pas l'améliorer à court terme si nos rentrées restent ce qu'elles sont aujourd'hui. Manchester City vient de mettre le double pour Dimitar Berbatov, Manchester City a déboursé encore plus pour Robinho : des marchés pareils ne sont pas pour nous si nous ne faisons pas exploser notre budget. Je suis sûr d'une chose : le dixième titre d'Everton n'est pas pour demain. Je ne suis même pas certain que ce club sera encore, un jour, champion d'Angleterre. Même Liverpool est aujourd'hui condamné à se battre dans l'ombre de Manchester United et Chelsea. Alors, nous, vous pensez bien... Il faut garder les pieds sur terre : l'objectif annuel d'Everton doit être simplement une qualification européenne. Oh... Very bad ! Nous avons vu, contre Liverpool, ce que les Belges avaient dans le ventre. Nous aurions préféré un club chypriote ! Exact, mais le seul responsable, c'est lui. Il a été formé ici, et quand il avait 15 ou 16 ans, tous les connaisseurs du club étaient sûrs qu'il allait devenir un des meilleurs footballeurs anglais de l'histoire. Nous avons tout fait pour le garder mais Manchester United a débarqué avec 28 millions d'euros. C'était normal que Rooney et Everton acceptent le deal, comme Fellaini et le Standard viennent de le faire. A l'époque, personne ne lui a reproché d'être parti. Mais quand il a nargué nos supporters ici après avoir marqué avec ManU, il est devenu l'ennemi numéro 1, et pour longtemps. Il a serré bien fort le logo qu'il avait sur son maillot de Manchester et nos supporters ont directement ressorti des photos d'archives où il portait un T-shirt d'Everton avec la mention Once a Blue, always a Blue. Pour nous, le geste qu'il a fait après son but était une trahison. Le genre de truc qu'on n'oublie pas à Everton. Mais ce que Rooney vit à chacun de ses retours ici, c'est plutôt exceptionnel. Les anciens joueurs sont toujours bien reçus. Quand j'étais revenu avec Oldham et que j'avais marqué, tout le stade m'avait applaudi. Non parce que Neville a tout ce qu'il faut pour être accepté par nos supporters. Il va au charbon de la première à la dernière minute, c'est un professionnel fantastique sur le terrain et en dehors. Un véritable ambassadeur pour Everton. (Il rigole). Ouais... Ce serait évidemment très chouette et prestigieux s'ils étaient des mordus d'Everton et s'ils venaient régulièrement à nos matches. Mais on est loin du compte. Stallone était venu pour promouvoir un de ses films, c'était une démarche intéressée. Il a dit ce jour-là qu'il adorait ce club. Mais on ne l'a plus jamais revu. Et McCartney... Il est né à deux pas d'ici, mais s'il avait déjà assisté à un match à Goodison Park, je le saurais, quand même ? par pierre danvoye - photos : reporters / gys