Le match des Diables en Ecosse l'a encore démontré : la Cité Ardente est une pourvoyeuse de talents d'exception. AxelWitsel, KevinMirallas, NacerChadli, ChristianBenteke, SébastienPocognoli : ils étaient cinq issus de Liège (et de ses environs) à avoir foulé la pelouse d'Hampden Park. Sans oublier, GuillaumeGillet, resté sur le banc, ou le petit dernier, ZakariaBakkali, blessé. Et en poussant le bouchon (de Lîdj) un peu plus, la gouaille souriante de StevenDefour à l'issue du match avait de forts accents liégeois également. La statistique a de quoi étonner pour une ville de 200.000 habitants au coeur d'un pays qui en compte plus de 10 millions. Sport/Foot Magazine s'est donc penché sur le phénomène liégeois. Avec comme symbole de cette réussite, un quartier en particulier : Bressoux-Droixhe, d'où sortent Christian Benteke, MehdiCarcela, Zakaria Bakkali, et où Axel Witsel venait user ses semelles au moindre temps libre.
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Le match des Diables en Ecosse l'a encore démontré : la Cité Ardente est une pourvoyeuse de talents d'exception. AxelWitsel, KevinMirallas, NacerChadli, ChristianBenteke, SébastienPocognoli : ils étaient cinq issus de Liège (et de ses environs) à avoir foulé la pelouse d'Hampden Park. Sans oublier, GuillaumeGillet, resté sur le banc, ou le petit dernier, ZakariaBakkali, blessé. Et en poussant le bouchon (de Lîdj) un peu plus, la gouaille souriante de StevenDefour à l'issue du match avait de forts accents liégeois également. La statistique a de quoi étonner pour une ville de 200.000 habitants au coeur d'un pays qui en compte plus de 10 millions. Sport/Foot Magazine s'est donc penché sur le phénomène liégeois. Avec comme symbole de cette réussite, un quartier en particulier : Bressoux-Droixhe, d'où sortent Christian Benteke, MehdiCarcela, Zakaria Bakkali, et où Axel Witsel venait user ses semelles au moindre temps libre. Pour nous guider sur le bitume, on est accueilli par IsmaëlElGhoulbzoury (26 ans), international belge de futsal et joueur de Faymonville (Promotion D), et AzizAitHmad (31 ans), animateur de l'émission foot fair-play sur 48 FM, avant d'être rejoint par JosephOlongo (24 ans), dit Jojo, cousin de Christian Benteke et AdamCarcela (22 ans), petit frère de Mehdi. Ils connaissent le quartier comme leur poche. Ils y ont grandi et ont taquiné le cuir " un peu comme tout le monde ici, le foot est quasiment la seule occupation ", raconte Jojo. Hissé sur la rive droite de la Meuse, Droixhe et ses tours imposantes " à la française " offrent un décor brutal, quasiment coupé du reste de la ville. Et pourtant, de la fin des années 50 au début des années 80, le quartier incarnait une image de la modernité urbaine à l'architecture inspirée du Corbusier. En 1958, EdmondLeburton (dernier Premier ministre wallon avant Elio DiRupo) clamait : " Droixhe est une synthèse vivante de ce que doit être la cité de l'avenir. " Pendant deux décennies, les classes moyennes s'y installent, le parc au coeur de la cité est même un lieu où les mariés viennent se faire prendre en photos. En 30 ans, tout a bien changé, le tableau n'a plus rien d'idyllique. Le quartier s'est paupérisé, ghettoïsé, pour basculer, dans les années 90, dans la délinquance et atteindre des proportions très importantes. Aujourd'hui, Droixhe relève quelque peu la tête, notamment grâce à ses trois étendards. Exemples de réussites, Carcela, Benteke, Bakkali, n'ont pas délaissé leurs racines avec le succès. Bien au contraire, dès que l'occasion se présente, ils retournent tous trois chez eux, saluer leur famille, leurs amis. Jojo : " Quand Christian atterrit en provenance d'Angleterre, il passe chercher mon frère et puis file vers le quartier, nous rejoindre. Ici, il est chez lui, personne ne le calcule, il n'est pas une star de Premier League, c'est Christian, tout simplement. " Notre parcours débute par le coeur de la cité. Place de la Libération, avec son école, sa bibliothèque, sa plaine de jeu. En ce mercredi après-midi ensoleillé, les enfants sont de sortie, et l'humeur est encore aux vacances. Des couleurs qui contrastent avec les infrastructures vieillotes de la plaine. Des amis à Carcela, entourant deux belles berlines, nous le rappellent d'ailleurs. " Ça fait des années qu'on demande aux autorités communales de rénover l'endroit. Mais on attend toujours. " Trois barres métalliques font figure de but alors que le sol est cabossé et recouvert de gravats. " Quand je regarde mes jambes ou celles de Christian, on dirait qu'on a grandi en Afrique tant elles sont recouvertes de cicatrices à cause notamment des bouts de verre qui pouvaient traîner sur le sol ", ironise Jojo. " La plaine est un lieu mythique pour tous les jeunes de Droixhe ", poursuit Ismael. " Les petits venaient y jouer comme les plus grands. Et le talent était nombreux. " Vaut mieux tard que jamais, le lifting tant attendu devrait, semble-t-il, voir le jour. C'est en tout cas ce qu'annonce PatriceLempereur, président du conseil de quartier de Bressoux-Droixhe. " Avec un terrain recouvert d'un gazon synthétique et d'un toit design. Un éclairage particulier sera installé et les abords immédiats aménagés. Il y aura également des bancs, des poubelles, des rateliers pour les vélos et une plaine de jeux pour les enfants ", peut-on lire sur le blog de Bressoux-Droixhe. Manquerait plus qu'un permis de bâtir pour mettre en route l'espace " Mehdi Carcela ", en hommage à l'enfant du quartier. Mais c'est un peu plus loin, à une centaine de mètres de là que le néo-Standardman avait davantage l'habitude, petit, de fignoler sa brillante technique. Au FC Lidl, plus précisément, un agora-space baptisé en raison du jaune et bleu des barrières et du supermarché situé juste derrière. " On était tout fou quand ce terrain a enfin vu le jour. D'ailleurs, on était tellement pressés de jouer sur ce terrain qu'à plusieurs, on a mis la main à la pâte et aidé les ouvriers afin que les travaux se terminent le plus vite possible ", raconte Jojo qui habitait plus jeune, en face, à la Tour 17, aujourd'hui abattue, tout comme les quatre autres imposants immeubles qui se trouvaient à côté, laissant place à un terrain vague où touffes d'herbes et déchets s'amoncellent. " Essayez de trouver une poubelle ici, il n'y en a pas ! ", balance l'un des jeunes pour illustrer l'abandon dans lequel se trouve le quartier. Sur le terrain défraîchi du FC Lidl, les futurs Carcela tricotent et re-tricotent ballon au pied. " C'est ici qu'Axel (Witsel) venait jouer avec Mehdi quand ils n'avaient pas entraînement ou match avec le Standard. Il lui arrivait de dormir tout le week-end chez nous pour jouer tant et plus ", raconte Adam. " Tout le monde voulait avoir Axel dans son équipe ", se rappelle Jojo. " Il jouait déjà comme maintenant, il récupérait, remontait la balle, distribuait le jeu simplement, alors que " nous ", on préférait le dribble, le beau geste à l'efficacité ", enchaîne Jojo. " Dans le foot de rue, le foot des quartiers, le petit pont a parfois plus de valeur qu'un but ", sourit Ismael, figure marquante du futsal dont la modestie semble être à la hauteur de son talent (" Jouer pour l'équipe nationale belge n'a rien d'exceptionnel. Ce n'est pas grand-chose... La Belgique est encore loin des grandes nations "). La maison familiale de Witsel se trouvait alors à Vottem, un quartier plus huppé de Liège. Mais les tournois de mini-foot, c'était à Droixhe que ça se passait. " La dernière fois que j'ai vu Axel, je lui ai rappelé que sa conduite de balle avec la semelle, c'est à Droixhe qu'il l'a apprise. " " Quant à Mehdi, il a appris sur ce terrain à encaisser les coups ", explique Adam dont des problèmes d'asthme l'ont empêché de jouer au foot. " Il avait beau être frêle, il restait toujours sur ses pattes. " " Je me rappelle d'un Bosniaque bien plus grand que lui qui n'arrêtait pas de la tackler, ça ne le déstabilisait pas, il souriait même ", évoque Jojo. " Mehdi a toujours été un peu fou. C'est un vrai joueur d'instinct, il ne calcule pas. Le joueur qu'il est aujourd'hui me rappelle celui du quartier. " Christian Benteke, lui souffre plus jeune d'un problème de taille. Ou plutôt de sa grande taille. " Vers 10 ans, il était déjà plus grand que beaucoup de jeunes de son âge ", explique son cousin. " Et il était intimidé par le regard des autres, surtout par celui des parents qui le soupçonnaient de mentir sur son âge. C'est pourquoi il hésitait à aller au contact. A cet âge, Christian était plutôt indiscipliné et turbulent. Son père, qui était un ancien militaire du Congo, était strict et ne supportait pas le laisser-aller de son fils. Quand il a appris que Christian avait raté sa quatrième primaire, il est venu chez moi où se trouvaient Christian et ses affaires de foot. Il a alors pris ses chaussures de foot, a coupé le bout, puis les a jetées dans la Meuse. Aux yeux de nos parents, les études étaient bien plus importantes que le foot. C'est pour ça notamment qu'il est parti du Standard pour rejoindre Genk à 16 ans alors que tout le monde prétendait que c'était une histoire de sous. Genk lui permettait de s'entraîner une fois par jour alors que le Standard dispensait deux séances quotidiennes. Vers l'âge de 12 ans, mon cousin s'est totalement métamorphosé. Sa vie était organisée en fonction du foot, des matches alors que beaucoup d'entre nous ne pensions qu'à nous amuser, à sortir. Lui restait avec nous jusqu'à 22 h, puis il rentrait chez lui, tranquillement. C'est ce qui a fait la différence avec pas mal d'autres jeunes du quartier tout aussi doués que lui mais qui n'ont jamais percé. Tout comme Mehdi, il faisait partie des meilleurs joueurs mais il ne sortait pas spécialement du lot. " Le troisième terrain de jeu du meilleur centre de formation " underground " de Belgique nous amène à Bressoux. On quitte les immeubles à appartements de Droixhe pour de petites maisons typiquement ouvrières qui rappellent plusieurs scènes de la filmographie des frères Dardenne. Au sortir d'une petite ruelle, nous débouchons sur la Cour Jacquet. C'est ici que Zakaria Bakkali a grandi, ou presque, tant il était collé à ce terrain de fortune entouré de murs de briques rouges. Encore aujourd'hui, il est fréquent de retrouver la dernière merveille du football belge dribbler tout son monde. " Lui, c'est un phénomène ", pointe Ismael. " Et on est beaucoup à le savoir depuis pas mal d'années. Sa réussite actuelle ne surprend pas grand-monde. " " Quand je jouais à Liège, il accompagnait son frère. Et on voyait rapidement qu'il avait ce truc en plus ", confirme Jojo. Une vivacité hors-norme, une technique en mouvement lumineuse en ont humilié plus d'un dans le quartier. La famille, elle, a toujours été derrière. Son oncle le poussait même à porter des poids aux chevilles afin de travailler sa frappe lors de séances improvisées sur le béton de la Cour Jacquet. La dernière étape nous emmène de l'autre côté de la Meuse, rive gauche. Derrière le Parc Astrid (version Tchantchès), on tombe sur un quatrième terrain, toujours aussi bétonné et des plus rudimentaires. A notre arrivée, quatre jeunes traînent sur un banc, le ballon abandonné quelques mètres plus loin. Ici aussi, les jeunes du Bressoux-Droixhe et d'autres quartiers de Liège se sont retrouvés pour se disputer la gonfle. Khalid, maillot d'Aston Villa floqué Benteke sur le dos, nous montre ses talents de freestyler. Arrive sur place, Kevin, aka K-Sociaux, rappeur de Droixhe accompagné d'un de ses acolytes. " Kevin était clairement le plus doué d'entre nous ", assure Jojo. " Si quelqu'un devait réussir, c'était lui. " Seulement le parcours est plutôt sinueux, trois séjours en prison le privent d'une carrière au Standard. " Jamais, je n'aurais pensé que je pouvais réussir dans le foot. Il n'y avait pas de modèle pour nous. Aujourd'hui, les jeunes ont des exemples de réussite auxquels ils peuvent s'identifier ", résume " K-Sociaux ". Ceux qui avancent que la Belgique n'est pas une terre de foot devraient passer une après-midi au coeur de Bressoux-Droixhe pour s'en convaincre. Ici le foot est dans toutes les têtes et les maillots du Barça ou du Real s'affichent avec fierté sur le dos des minots. Jojo : " Le foot était une religion pour nous. Je me rappelle que Christian avait cassé la vitre de chez mes parents pour voir le match Brésil-Chine à la Coupe du Monde 2006. Il ne pouvait pas rater ce match, d'ailleurs il ne ratait rien, il était au courant de tout. Il avait tenté de faire croire à mon père qu'on avait tenté de le cambrioler... On ne ratait jamais un Match of the Day qu'on se matait souvent ensemble, pour nous c'était l'émission culte. Quand Christian a marqué son premier but pour son premier match avec Villa, on m'a directement mis au courant. Mais je n'ai pas osé regarder Match of the Day le soir même. Je sais que lui non plus n'a pas osé regarder. Ce qui " nous " arrivait avait quelque chose d'irréel, de très fort, de trop fort. " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ KETELS" A Droixhe, Benteke n'est pas une star de Premier League. Il est Christian, tout simplement. " Jojo, son cousin " Dans le foot de rue, un petit pont a parfois plus de valeur qu'un but. " Ismaël El Ghoulbzoury, international belge de Futsal " Sa conduite de balle avec la semelle, c'est à Droixhe qu'Axel Witsel l'a apprise. " Adam Carcela, petit frère de Mehdi