Tout commença avec une offre de reprise amicale, même adorable... Mais, un an après, les vrais fans de Liverpool gardent un goût amer de l'accueil réservé par le public à Tom Hicks et George Gillett lorsque ceux-ci foulèrent la pelouse d'Anfield, portant des écharpes rouge et blanc après avoir racheté le club de la Mersey.
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Tout commença avec une offre de reprise amicale, même adorable... Mais, un an après, les vrais fans de Liverpool gardent un goût amer de l'accueil réservé par le public à Tom Hicks et George Gillett lorsque ceux-ci foulèrent la pelouse d'Anfield, portant des écharpes rouge et blanc après avoir racheté le club de la Mersey. Ils étaient alors adulés comme les hommes qui allaient refaire de Liverpool un candidat au titre en Premier League, qui leur échappe depuis maintenant 18 ans. Ces hommes d'affaires nord-américains - Gillett est Canadien, Hicks est un magnat texan des fusions acquisitions - allaient aussi financer la construction du nouveau stade sur le terrain voisin de Stanley Park, projet reporté depuis 10 ans. A présent qu'ils avaient eux aussi des milliardaires à la tête de leur club, les fans ont cru que Liverpool allait enfin se battre à armes égales avec ceux qui les avaient mis sous l'éteignoir ces dernières années : Manchester United, Arsenal et Chelsea. Le plan initial du club, qui a aussi connu des imperfections dans sa gestion, était de trouver de nouveaux riches propriétaires, prêts à racheter les parts des actionnaires existants. Les Reds auraient alors, pensait la direction, l'envergure financière pour supporter l'emprunt colossal nécessaire à la construction du nouveau stade de 60.000 places, dont le coût estimé avait grimpé à 500 millions d'euros. Liverpool avait d'abord négocié puis s'était disputé, rompant finalement tout contact avec un certain Steve Morgan, supporter et businessman. Il affirmait vouloir payer le moins possible les actionnaires afin d'allouer davantage d'argent au projet de nouveau stade. Le club se mit ensuite à la recherche de nouveaux partenaires et fin 2006 une fuite dans la presse, confirmée ensuite, faisait état de discussions avancées avec un acheteur a priori étrange, Dubaï International Capital. Le directeur général de Liverpool Rick Parry et son président David Moores, deux fans du club dont la fierté était d'avoir maintenu la " manière Liverpool " de discrétion et de dignité dans leurs négociations, avaient du mal à être convaincus que DIC honorerait cette tradition. Le fonds d'investissement était pour ainsi dire aux mains du cheikh Mohammed bin Rashid Al-Maktoum, descendant de la famille régnante à Dubaï. Le fonds investissait principalement dans les gisements pétroliers grâce auquel le cheikh avait fait fortune. Son directeur général, Sameer Al Ansari, est un supporter de Liverpool qui avait rencontré Parry en 2005 à Istanbul, lors du triomphe des Reds en finale de la Ligue des Champions. Il l'avait convaincu qu'à Dubaï, on fait bien les choses et la direction de Liverpool pouvait faire confiance à DIC pour gérer le club. Un autre rapport parut ensuite, qui décrivait comment DIC comptait retirer un rendement maximal de tout investissement fait dans le club anglais. Le deal prit du plomb dans l'aile lorsque DIC parut prendre tout son temps... C'est alors, soudain, que George Gillett tenta une approche et présenta Tom Hicks au club comme le plus fortuné des deux. Le duo fit une offre plus élevée que celle de DIC et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les deux Nord-Américains foulaient le terrain, promettant de respecter les traditions et l'honneur de Liverpool comme un héritage. Bien que Hicks ait admis qu'il connaissait très peu le club et encore moins le football britannique, la paire savait ce que les supporters voulaient entendre : qu'ils ne voulaient que le meilleur pour Liverpool et qu'ils n'avaient pas racheté le club pour en obtenir un rendement rapide. Très vite, les nouveaux propriétaires s'asseyaient dans le box de la direction pour une soirée européenne passionnante contre Barcelone en première phase de la Ligue des Champions. Ils furent séduits par la magie de Liverpool qui, après avoir sorti les Catalans, le PSV et Chelsea, se qualifia pour la finale. Hicks avait également déclaré que Gillett et lui avaient appris de la famille Glazer comment gérer les relations publiques. Des Glazer qui avaient choisi la discrétion après avoir repris Manchester United en 2005, au grand dam des supporters et du comité de direction. Mais les Glazer avaient aussi montré la voie financière au duo, démontrant comment il était possible de faire des fortunes avec les clubs anglais, en particulier grâce aux montants astronomiques des droits télévisés pour la Premier League. Hicks et Gillett ont bien étudié leur dossier, les " Reds " étant aussi un grand nom. Les deux hommes affirmèrent aussi qu'ils ne concluraient pas le deal à la manière des Glazer à Manchester, qui avaient tellement affligé leurs opposants après avoir imposé au club le coût de sa reprise. En effet, la famille Glazer emprunta 675 millions d'euros pour acquérir Man U... en demandant au club de payer les intérêts. 52,7 millions d'euros rien que pour 2007 ! A Liverpool, lorsque les documents officiels de Hicks et Gillett arrivèrent, on découvrit que le duo avait aussi dû emprunter pour racheter le club. Et alors que les Glazer avaient financé une partie - 341 millions - de leur poche pour racheter United, la paire de Liverpool avait dû emprunter la totalité du montant de rachat : 218 millions via un prêt de la Royal Bank of Scotland. A 6.275 euros l'action du club, les repreneurs envoyèrent un beau chèque de 112 millions d'euros au président David Moores, qui détenait 51,5 % des parts du club. Cela n'a pas empêché Parry de déclarer que c'était " le pire jour de la vie de Moores ", dont le rêve avait toujours été de diriger Liverpool. Hicks et Gillett empruntèrent 14 millions supplémentaires pour payer les frais d'avocats et d'études sur le rachat, 56 millions pour absorber les dettes de Liverpool et encore 85 millions pour garder en vie le projet de nouveau stade et donner au club de l'argent pour des transferts. Au total, cela faisait 374 millions. Les supporters furent ravis de voir arriver à l'été 2007 l'attaquant espagnol Fernando Torres pour 33 millions et le talentueux espoir néerlandais Ryan Babel pour 14 millions. Hicks et Gillett furent acclamés pour avoir " mis la main à la poche ". En fait, l'argent utilisé provenait du prêt bancaire de 85 millions consenti par la banque. Le montant total de 374 millions ayant été prêté pour un an, Hicks et Gillett négocièrent à la fin de 2007 de nouvelles conditions de refinancement. A cette époque on entendit les premiers mécontentements dans le Kop, alors que le manager RafaëlBenitez s'était vu refuser par Hicks de l'argent pour de nouveaux joueurs. Benitez est adulé par les supporters de la cité des Beatles parce qu'il a décroché avec ses joueurs la Ligue des Champions 2005 et la Coupe d'Angleterre 2006 avec des moyens nettement inférieurs aux trois rivaux traditionnels. Les fans des Reds rêvent d'un entraîneur à long terme qui serve la tradition. Ils organisèrent même une manifestation pour démontrer leur attachement au coach espagnol. En janvier, le malaise tourna même à l'hostilité lorsque Hicks, dans une interview au Liverpool Echo, déclara que depuis un certain temps Gillett et lui avaient des " problèmes de communication " avec Benitez et qu'ils avaient pris contact avec Jurgen Klinsmann pour le poste de manager. A priori, il n'y a pas d'objection à cela. Klinsmann se trouvait entre deux jobs et donc il ne fallait rien forcer. Et quoiqu'en pensent les fans, les propriétaires du club pouvaient se justifier de ne pas vouloir être mis sous pression par Benitez, qui réclamait de l'argent juste avant le mercato d'hiver... alors qu'il avait pu faire de belles emplettes l'été précédent. Mais Benitez a-t-il encore ce golden touch qu'il semblait avoir par le passé ? On peut avoir le sentiment que sa maestria tactique s'exprime à merveille dans les compétitions de coupe mais qu'il est trop stressé par le sens du détail lorsqu'il s'agit des matches de championnat. Il change ainsi trop souvent son équipe et obtient en Premier League des résultats qui ne reflètent pas la qualité intrinsèque de son noyau. Cependant, l'erreur de Hicks - qu'il a reconnue - fut de parler publiquement de son intérêt pour Klinsmann. Benitez est marqué, depuis, et c'est ressenti comme une injustice à son égard et pas du tout dans la lignée de la politique du club, qui a toujours géré en interne et avec discrétion ses dissensions. L'indignation fut générale à l'égard de Hicks et Gillett au moment où ils finalisaient le refinancement de leur emprunt. Soudain, le nom des investisseurs de Dubaï refit surface et la rumeur affirma que DIC projetait de reprendre les parts du duo nord-américain. La société du Moyen-Orient n'a jamais confirmé officiellement mais il est certain qu'elle a tenté une approche, repoussée par Hicks qui croit toujours fermement que son investissement sportif va lui rapporter beaucoup d'argent. Le 25 janvier, l'annonce fut faite. Kop Football Holdings, la société de Hicks et Gillett qui possède Liverpool, a emprunté 440 millions d'euros pour refinancer l'ancien emprunt de 374 millions et un porte-parole de Hicks dut bien l'avouer : Liverpool prendrait à sa charge le paiement des intérêts annuels de l'emprunt, et ce inclus les 218 millions empruntés par Hicks et Gillett pour racheter le club. Bref, on ne distingue pas très bien ce qui les différencie des Glazer à Manchester. Or, Liverpool doit encore se doter d'une nouvelle arène moderne, dont le coût est estimé à 375 millions d'euros ! Conclusion : jusqu'à aujourd'hui, la quête de nouveaux propriétaires a jeté Liverpool dans les bras de messieurs Hicks et Gillett qui, en l'espace de 12 mois, sont passés du statut d'oncles d'Amérique bien-aimés à celui de personnalités haïes en bord de Mersey. Ils ont emprunté déjà 439 millions d'euros avant même qu'une pelleteuse soit entrée en action sur le terrain du nouveau stade de Stanley Park. Cette fable du football moderne peut-elle réellement bien se terminer ? david conn (esm world soccer)