0 point sur 12. Depuis le mercato, Charleroi prend l'eau. Samedi, après un match courageux face au Standard (0-1), Felice Mazzu semblait abattu. Un an après avoir vécu pareille situation avec le White Star, le voilà de nouveau saboté par sa direction (le mot est à mettre dans la bouche même de Mehdi Bayat dans les colonnes du Soir de samedi). Pourtant, ne comptez pas sur lui pour se plaindre. " Pourquoi me mettre en porte-à-faux avec la direction alors que j'ai adhéré au projet ? Je suis affaibli mais à moi de me battre. Ça fait partie du jeu et je le connaissais avant de signer. "
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0 point sur 12. Depuis le mercato, Charleroi prend l'eau. Samedi, après un match courageux face au Standard (0-1), Felice Mazzu semblait abattu. Un an après avoir vécu pareille situation avec le White Star, le voilà de nouveau saboté par sa direction (le mot est à mettre dans la bouche même de Mehdi Bayat dans les colonnes du Soir de samedi). Pourtant, ne comptez pas sur lui pour se plaindre. " Pourquoi me mettre en porte-à-faux avec la direction alors que j'ai adhéré au projet ? Je suis affaibli mais à moi de me battre. Ça fait partie du jeu et je le connaissais avant de signer. " Pourtant, en vendant ses trois meilleurs éléments et en privilégiant le financier à la place du sportif, Charleroi a peut-être vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Alors que le maintien semblait assuré, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et voilà comment une mécanique parfaitement huilée, délicieuse à voir jouer par moments lors du premier tour, pourrait se retrouver dans les play-offs 3 avant même d'y avoir pensé. La défaite contre le Standard n'a pas modifié l'ambiance générale pessimiste. Elle n'a fait qu'amplifier une sourde colère et une incompréhension de plus en plus générale. Pour désarçonner la bombe, voilà donc MehdiBayatobligé de sillonner plateaux de télévision et clubs de supporters pour vendre la soupe. Mercredi 12 février, deux clubs de supporters ont rejoint le stade pour entendre l'administrateur délégué du Sporting. Tel un politicien en campagne, Mehdi Bayat tient le crachoir 1 h 10 non-stop. Son discours a un mélange de sincérité, d'émotion, de mobilisation et surtout d'économiste. " Lorsqu'on reprend le Sporting en septembre 2012, on reste sur une perte de 4,8 millions d'euros. Les fonds propres sont en négatif, à hauteur de trois millions d'euros. Ce qui signifie qu'à n'importe quel moment, un fournisseur peut nous assigner en justice et nous conduire à la faillite. Dans le cahier des charges de la reprise, nous avons insisté sur cinq points. 1. Maintien du club en D1 par une politique de transferts. 2. Amélioration de l'image du club. 3. Mise en place d'une structure performante. 4. Redynamisation de la cellule commerciale. 5. Accroissement des revenus liés à la vente des joueurs. Tous ces points ont été scrupuleusement respectés. Nous avons réussi à limiter la perte à 700.000 euros mais cela signifie toujours que les fonds propres continuent à baisser. Ils étaient toujours en négatif, à hauteur cette fois-ci de 3,7 millions d'euros. " Ce préliminaire lui permet alors de défendre les différentes ventes, d'Onür Kaya, Danijel Milicevic et David Pollet. " Nous avons été rassurés par la vente de Kaya et par contre, nous n'avons pas vu venir la proposition de Gand pour Milicevic. J'ai été rattrapé par l'intérêt de clubs plus riches et plus influents pour nos joueurs qui sont sous-payés. Je me retrouve alors à table avec Danijel et je lui explique que je viens de laisser partir Kaya. Il me répond - OK, j'entends bien ton discours mais tu ne peux pas dire non à tout. Tu dois fixer un montant libératoire. Je lui donne raison. Je fixe une clause de départ assez élevée. Si Gand met la somme, il peut partir. Sinon, il aurait reçu une revalorisation de contrat. Gand est revenu à la charge trois fois avant finalement de mettre le montant de la clause, à mon grand étonnement. A ce moment-là, je ne fais que subir les lois du foot. Si je ne laisse pas partir le joueur, je le tue car il pourrait alors se dire que Charleroi n'est pas correct. Finalement, je prends les choses avec philosophie et je me dis qu'on est en avance sur le projet financier puisqu'il fallait vendre un joueur par an. " Le discours est le même pour Pollet. " Il n'est pas venu à Charleroi diviser son salaire par deux pour le plaisir mais avec la promesse de pouvoir rebondir par après dans un club plus ambitieux. C'est important pour les joueurs de voir que Charleroi respecte sa parole ". Non seulement pour les joueurs en place, afin d'éviter qu'ils ne traînent les pieds à Charleroi, mais également pour les futurs transferts. La direction pourra alors leur tenir un discours du style - voyez un tel et un tel, ils sont venus à Charleroi et ont obtenu un bon transfert par la suite. Cependant, le discours de Mehdi Bayat a ses limites. Il martèle qu'il a subi le transfert de Pollet et qu'il a été pris de court. " A ce moment-là, j'ai agi comme un manager de crise. Je savais que les supporters allaient gronder, que les fantasmes allaient ressurgir. Moi, je devais trouver des solutions rapides de remplacement. " Cependant, comment peut-il être pris de court dans le transfert de Pollet alors que l'attaquant carolo est courtisé par plusieurs clubs depuis la mi-décembre ? Comment croire que " Charleroi subit " quand on sait que le joueur possède la plus grosse cote financière (et que le Sporting ne cache pas son obligation de vendre) et lorsque l'on voit que son agent, Mogi Bayat, l'exhibe à Genk et à Anderlecht pour faire monter les enchères ? Il est impossible, dans ce dossier, avec l'agent du joueur qui est son propre frère, que Mehdi Bayat ait été pris de court ! Impossible. Le club carolo a joué la montre et a habilement négocié pour obtenir un deal inespéré puisque bien loin de la valeur marchande de Pollet. Mais pourquoi, alors que le club négocie la poule aux oeufs d'or, ne pas déjà avoir un remplaçant sous la main ? C'est la limite du mercato de Charleroi. Car, alors que le Sporting s'évertuait de mettre sur les rails une politique de rupture au niveau des transferts par rapport à la présidence précédente, en mettant l'accent sur des choix ciblés, raisonnés et des transferts susceptibles de plaire aux supporters, tout cela a volé en éclats en un mercato. L'hiver dernier et cet été, le club avait misé sur du jeune qui doit se développer (Jamal Thiaré, Habib Daf, Jonathan Vervoort), sur les divisions inférieures (Sébastien Dewaest) mais également sur du Belge (Pollet et Guillaume François, l'hiver dernier), tout en ne négligeant pas quelques bonnes affaires (Stergos Marinos et Damien Marcq). Il y avait une lisibilité et un fil conducteur dans cette stratégie. Mais en un mercato, la direction a eu recours aux ficelles reprochées sous la législature Abbas Bayat-Mogi. Les trois principaux transferts sont tous Français et à part celui de Clément Tainmont, ont été ficelés dans l'urgence. Or, si Charleroi s'était montré précurseur en exploitant le filon français, la source s'était quelque peu tarie les dernières années. Aux Bertrand Laquait, Sébastien Chabaud, Majid Oulmers et Fabien Camus avaient ainsi succédé Steeve Théophile, Rémi Sergio, Michael N'Dri ou Maxime Brillault. La faute aux clubs concurrents désormais présents sur le marché. Pourtant, Mehdi Bayat a raison. Sans assainissement des finances, point de salut. Le déficit aurait freiné le développement du club, agissant comme une épée de Damoclès. Si Charleroi grappille les points qu'il lui manque pour se sauver, tout le monde louera la politique financière de Mehdi. Alors, pourquoi s'en prendre à lui ? Car les supporters ne sont pas aveugles. Ils ont vu que cette équipe dépendait principalement de quatre joueurs (Kaya, Milicevic, Pollet et Parfait Mandanda) et qu'elle n'aura donc pas le même rendement sans trois d'entre eux. Les nouveaux arrivants sont peut-être bons mais en attendant qu'ils s'acclimatent et qu'ils trouvent leurs marques, les autres menacés reviennent au galop. En un mois, Charleroi s'est déjà vu dépassé par le Lierse, Malines et Ostende. Ne restent que Waasland et OHL, qui se rapprochent dangereusement. L'équipe la mieux balancée de la deuxième partie de tableau pourrait donc, en un mois, tout perdre et se retrouver dans les play-offs 3. Et si ce scénario catastrophe prend forme, le plan financier de Mehdi Bayat tombe à l'eau. Lui qui martèle que Charleroi doit être capable de viser les PO1 dans deux ans pourrait tâter de la D2. Mais si le public a pris à parti l'administrateur délégué et qu'une partie des supporters croit au retour des fantômes, c'est en grande partie... à cause de son frère. Mehdi refuse qu'on le juge sur son nom de famille mais pour cela, il devra s'affranchir de son frère. " Je ne vais quand même pas bannir mon frère pour montrer que je n'agis pas comme lui ", se défend-il. Bannir non mais ne pas lui donner les clés du magasin, si. Deux des trois transferts sortants et trois des quatre transferts entrants portent la griffe de Mogi. Comment, dans ces conditions-là, éviter l'amalgame entre les deux frères ? " Certes, mais quand je vends Pollet, j'appelle quatre ou cinq agents pour qu'ils me proposent un remplaçant. Ils n'arrivent qu'avec des joueurs qui viennent de Hongrie ou de pays dans ce style-là. Quand j'appelle Mogi, 20 minutes plus tard, il me sort 10 CV de joueurs vraiment intéressants. " En un an, Charleroi s'est amélioré sur le plan financier et commercial mais pas sur le plan sportif. Mehdi Bayat explique que cette première saison de Felice Mazzu, dans un plan de trois ans, est une saison de transition. Le problème, c'est qu'on a déjà entendu ce discours la saison dernière. A l'époque, cela tenait parfaitement la route puisque la reprise avait été entérinée, une fois la saison déjà débutée, et qu'il fallait d'abord colmater les brèches d'un bateau en perdition. Dans un mois, si Charleroi est sauvé, on pourra crier au génie en parlant de la stratégie du mercato. Les caisses pleines, Charleroi aura alors quatre mois pour tester les nouveaux et six pour construire une équipe en vue de la saison prochaine. En attendant, la menace d'une relégation en D2, via les PO3 et le tour final, se fait de plus en plus pressante...PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Quand j'appelle Mogi, 20 minutes plus tard, il me sort 10 CV de joueurs vraiment intéressants. " (Mehdi Bayat)