La mine de Nicolas Penneteau est aussi grise et basse que le ciel liégeois. Le gardien français a la tête des mauvais jours, ceux où il faut aller chercher trois ballons au fond de ses propres filets. Une mésaventure qu'il n'avait connue qu'une seule fois cette saison. Face au Standard, déjà. Mais au Mambour, les Zèbres avaient marqué deux fois. À Sclessin, " on aurait pu attaquer pendant dix ans qu'on n'aurait pas réussi à marquer ", diagnostique le dernier rempart carolo.
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La mine de Nicolas Penneteau est aussi grise et basse que le ciel liégeois. Le gardien français a la tête des mauvais jours, ceux où il faut aller chercher trois ballons au fond de ses propres filets. Une mésaventure qu'il n'avait connue qu'une seule fois cette saison. Face au Standard, déjà. Mais au Mambour, les Zèbres avaient marqué deux fois. À Sclessin, " on aurait pu attaquer pendant dix ans qu'on n'aurait pas réussi à marquer ", diagnostique le dernier rempart carolo. Avec 32 petits buts marqués en 27 matches, Charleroi a indubitablement du mal avec le chemin des filets. Les Zèbres font partie des quatre moins bonnes attaques de l'élite malgré un 4-4-2 résolument tourné vers l'offensive, avec le seul Damien Marcq comme élément de protection défensive au milieu de terrain. " Le gros problème de cette saison n'est pas dans le contenu, mais devant le but adverse ", analyse Felice Mazzù. Difficile de lui donner tort. Ce Charleroi est claustrophobe. Dès qu'il est enfermé dans le rectangle, le Zèbre perd ses moyens, à l'image d'un David Pollet incompréhensible de maladresse face à Guillaume Hubert en début de rencontre. Le Sporting est battu 3-0 en donnant l'impression d'avoir dominé la rencontre. Un vieil adage de tribune veut que le nombre de corners obtenus en dit souvent long sur la lecture d'un match. Le Standard n'en a eu que quatre. Et Charleroi ? Quatorze. Sans la moindre situation réellement dangereuse au bout du compte. Les Carolos n'ont marqué que trois buts suite à un corner depuis le début de saison. Et parmi eux, un seul s'est déroulé de façon " classique ", car les deux autres proviennent d'un deuxième ballon (Dorian Dessoleil contre OHL) et d'un exploit de Clément Tainmont sur le côté (Dessoleil, encore, à Westerlo). Beaucoup trop peu, évidemment, quand on sait que la majorité des équipes inscrivent entre 25 et 31 % de leurs buts sur phase arrêtée. Le Sporting pointe à 21 %, bien aidé par les coups francs d'un Enes Saglik pourtant décrié pour éviter le marasme. Il est clair que le groupe de Felice Mazzù souffre d'un problème de taille. Au sens propre. Le mètre 88 de Sébastien Dewaest a quitté le Pays Noir, et seul David Pollet dépassait les 185 centimètres sur la pelouse de Sclessin. Suffisant pour expliquer ce manque de réussite ? Un peu léger, si on constate que six des douze derniers buts carolos ont été marqués à la suite d'un coup de tête. Le problème est donc ailleurs. Peut-être au bout du pied d'un Sotiris Ninis franchement médiocre sur corner samedi dernier. Ou dans un manque de combinaisons qui débouche sur des coups de coin sans autre surprise qu'un éventuel jeu " à la rémoise ". Sans centimètres, il faut de l'inventivité pour faire la différence sur coup de pied arrêté. Et à Charleroi, on n'en voit pas. Du haut de son mètre 84, Dorian Dessoleil a déjà fait assez de miracles. Si le Sporting marque autant de la tête (un but sur quatre) malgré des chiffres indigents sur phase arrêtée, il le doit à une philosophie de jeu bien déterminée. Pour profiter de la présence conjointe de Pollet et de Jérémy Perbet aux avant-postes, la surface est arrosée de centres partis des bons pieds de Tainmont, Dieumerci Ndongala, mais aussi Francis N'Ganga - sous-estimé dans le domaine - et Clinton Mata. Une stratégie souvent payante quand le centre est effectué après un ballon dans le dos de la défense adverse, mais qui touche ses limites avec des ballons lointains. Milos Kosanovic et Alexander Scholz, très à l'aise quand ils peuvent défendre de la tête sans reculer, s'en sont donné à coeur joie dans une configuration idéale pour leurs qualités. Ils savaient que Charleroi procéderait de la sorte. Parce qu'hormis sur les réalisations de Cristian Benavente, les Zèbres n'ont marqué que sur des centres depuis la reprise. En Ligue 1, la saison dernière, d'aucuns avaient pointé une faille dans le jeu offensif spectaculaire de l'OM de Marcelo Bielsa : les nombreux centres envoyés par les Phocéens ne traduisaient pas en assez d'occasions dangereuses les moments forts passés dans le camp adverse. Car le centre est, statistiquement, peu rémunérateur. Précurseur et ardent défenseur de la méthode toujours décriée des expected goals (une " science " qui estime la chance de marquer sur un tir entre 0 et 1 en fonction du lieu et du contexte de la frappe), le Britannique Michael Caley a compilé une base de données de plus de 50.000 occasions de but et en a déduit qu'un centre repris de la tête hors du petit rectangle ne débouchait sur un but que dans 8 % des cas. Si l'on peut raisonnablement douter du caractère empirique d'une telle science, il reste certain qu'un centre aérien demande de nombreux paramètres réussis (qualité du centre, présence des défenseurs, lieu et puissance de la reprise...) pour terminer sa course au fond des filets. Certes, elle est bâtie en fonction des qualités du noyau, mais Charleroi n'a pas choisi la voie la plus facile pour alimenter le marquoir. " Avec ou sans Perbet, on a du mal à mettre des buts ", constate Felice Mazzù. Surtout sans, quand même. Car le buteur français a inscrit 34 % des roses carolos depuis le début de la saison. Parmi les équipes qui sont en lutte pour une accession en play-offs, aucune n'est à ce point dépendante de son meilleur buteur (26 % pour Mbaye Leye, 22 % pour Ivan Santini et seulement 15 % pour Igor De Camargo). Derrière Perbut, seul DieumerciNdongala, pourtant pas franchement réputé pour sa force de frappe, est parvenu à marquer plus de trois buts depuis le mois de juillet. Une situation loin d'être dramatique... tant que Perbet marquait. Mais le Français concède lui-même qu'il " traverse une période un peu compliquée. Il y a des moments comme ça où tout va mal. " Ce genre de match où vous frappez le montant et où un but vous est refusé pour un hors-jeu inexistant. Le point commun interpellant entre ces deux seules actions abouties de Jérémy Perbet à Sclessin, c'est qu'elles se sont produites après la sortie de David Pollet, quand l'ancien Taureau d'or s'est retrouvé seul en pointe. Et ce n'est peut-être pas un hasard. Le meilleur buteur des Zèbres est censé être sublimé par ce jeu de centres vers la surface, Il a d'ailleurs inscrit quatre de ses onze buts de cette manière, mais toujours quand il était seul devant. Il n'y est jamais parvenu en 4-4-2, que ce soit avec Pollet ou avec Florent Stevance à ses côtés. Le flair de Perbet semble disparaître à partir du moment où il doit partager le rectangle avec un coéquipier. Pollet coupe souvent le ballon au premier poteau, ce qui est la zone de prédilection du buteur-maison pour alimenter son compteur. Privé de sa ligne de course favorite, Perbut ne trouve pas les sensations qui lui ont permis de tromper William Dutoit, Matz Sels et Rudy Riou depuis le début de saison. " On a vu aujourd'hui que le fait de jouer avec deux attaquants n'était pas une garantie de marquer des buts ", glissait un Felice Mazzù qui a longtemps oscillé entre le 4-2-3-1 et le 4-4-2 avant d'installer le duo Perbet-Pollet en pointe. Un système qui, pour l'instant, sublime principalement les qualités d'un David Pollet qui multiplie les courses dans le dos de la défense et donne une grande satisfaction à son entraîneur. Pollet brille partout, ou presque. Charleroi l'attend toujours au tournant dans les seize mètres. Car c'est dans le rectangle qu'il faudra aller chercher les play-offs. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE