L e 27 décembre, Enzo Scifo a reçu le plus beau des cadeaux de Noël. Celui dont il rêvait sans avoir osé le demander. Il avait la forme d'un contrat d'un an et demi (avec option pour une saison supplémentaire) comme entraîneur de l'Excelsior Mouscron. Le président Philippe Dufermont voulait à tout prix choisir le successeur de Marc Brys avant le départ pour le stage hivernal organisé dans la région de Valence. L'ancien Diable Rouge l'a mis à profit pour faire connaissance avec le groupe, cerner les problèmes qui le rongeaient et trouver - du moins l'espère-t-il - les remèdes susceptibles de le guérir. Après deux années dans l'ombre, Enzo Scifo a retrouvé la lumière.
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L e 27 décembre, Enzo Scifo a reçu le plus beau des cadeaux de Noël. Celui dont il rêvait sans avoir osé le demander. Il avait la forme d'un contrat d'un an et demi (avec option pour une saison supplémentaire) comme entraîneur de l'Excelsior Mouscron. Le président Philippe Dufermont voulait à tout prix choisir le successeur de Marc Brys avant le départ pour le stage hivernal organisé dans la région de Valence. L'ancien Diable Rouge l'a mis à profit pour faire connaissance avec le groupe, cerner les problèmes qui le rongeaient et trouver - du moins l'espère-t-il - les remèdes susceptibles de le guérir. Après deux années dans l'ombre, Enzo Scifo a retrouvé la lumière. Enzo Scifo : Si tout le monde l'affirme, cela doit être vrai. J'avais volontairement pris mes distances avec le monde du football, pour des raisons personnelles. J'avais perdu ma motivation. Aujourd'hui, j'estime que le recul que j'ai observé m'a été bénéfique. J'ai pu faire mon introspection, j'en ai tiré certaines conclusions et je suis revenu plus motivé que jamais. Je pense même que j'étais le premier choix du président. Mais, apparemment, je ne faisais pas l'unanimité dans tout le club. C'est ce qui a été annoncé. Mais j'espère avoir d'autres atouts. Entre autres. Je suis le premier à le reconnaître : ce n'est pas parce qu'on a été un grand joueur qu'on deviendra forcément un grand entraîneur. Mais si l'on estime que le vécu est un handicap, où va-t-on ? J'ai parfois l'impression qu'aujourd'hui, les anciens Diables Rouges sont condamnés avant d'avoir commencé. J'ai une petite idée derrière la tête, mais il est trop tôt pour la dévoiler. Je veux, dans un premier temps, en discuter avec les joueurs. J'aimerais aussi savoir s'ils se sentent bien, actuellement, dans la position qu'ils occupent. Le stage en Espagne m'a permis de les sonder à ce niveau-là, mais il est clair qu'au bout du compte, la décision finale me reviendra. A priori, l'objectif est de jouer de manière offensive et d'adopter une attitude conquérante, mais il faudra voir si c'est compatible avec les moyens disponibles. Car le but ultime reste de prendre des points. Pas question, donc, de partir à l'assaut la fleur au fusil, si cette tactique n'apporte pas de résultat concret. Au club, Geert Broeckaert possède ladite licence. Dans un premier temps, il prendra donc place sur le banc. On a aussi évoqué la possibilité d'une solution externe, mais je n'arrive pas à Mouscron avec l'intention de tout révolutionner. J'accepterai donc la solution que le staff me propose. Cela se situait durant la période où je ne me sentais pas bien. J'étais éc£uré, je n'avais plus la tête au football et j'ai tout laissé tomber. Mais je reprendrai les cours en juin. Ces gens sont d'abord des passionnés. Leurs lacunes, physiques ou techniques, les ont empêchés de devenir de grands joueurs, et ils ont rêvé de devenir de grands entraîneurs. Certains ont réussi, car ils sont intelligents, comprennent le football, ont une bonne élocution et sont très méthodiques. Je n'ai rien contre eux. Mais faut-il pour autant oublier les anciens grands joueurs ? Certes, tous n'ont pas la vocation de devenir entraîneur. Certains ont consenti tellement de sacrifices au cours de leur carrière qu'ils préfèrent se reconvertir différemment. Mais beaucoup aspirent à rester dans le football. En parlant avec certains collègues, j'ai senti que l'envie était autant présente chez eux qu'elle l'était chez moi. Le football belge aurait bien besoin de gens comme Marc Wilmots, Franky Van der Elst et d'autres, qui attendent toujours de recevoir l'opportunité qui m'a aujourd'hui été offerte. Si tout allait bien, je pourrais comprendre qu'on les ignore. Mais ce n'est pas le cas. C'est ce que j'espère. Il n'est pas normal que des gens qui ont tant apporté au football belge restent aujourd'hui sur le carreau, alors que d'autres entraîneurs sont arrivés de je ne sais où, probablement parce qu'ils avaient un bon agent. Il paraît que cela fonctionne de cette manière. Malheureusement, je fonctionne différemment. Tout le monde me disait : - Ilfauttefairevoir ! Cela n'a jamais été dans mes habitudes. Ma chance, c'est qu'un homme a compris que le football appartenait aux footballeurs et que le vécu n'était pas un handicap. Je lui dis : - Merci président ! Je suis persuadé qu'au fond d'eux-mêmes, les anciens Diables Rouges actuellement sans emploi sont contents que j'ai été engagé. Car les questions que je me suis posées, ils se les posent également. Je veux aussi réussir pour eux. Je ne le pense pas. Et même si c'était le cas, cette expérience m'a servi. Au même titre que le passage précoce de Georges Leekens à Anderlecht lui a sans doute ouvert les yeux. Vous savez, pour certaines personnes, c'est toujours trop tôt. Lorsque je suis parti jouer à l'Inter Milan à 20 ans, on a aussi affirmé que c'était trop tôt. J'ai, certes, connu des moments difficiles en Lombardie. J'ai pris des coups. Mais ce sont peut-être les leçons tirées de cette expérience qui m'ont permis de réussir la carrière qui fut la mienne. J'espère que ce sera pareil comme entraîneur. J'ai mûri depuis cette période à Charleroi. Je ne suis pas d'accord lorsqu'on parle d'échec. Pendant des années, Charleroi avait joué le maintien. Sous ma direction, l'équipe a terminé 9e puis 12e. Ce n'est pas exceptionnel mais c'est très acceptable compte tenu des circonstances. Il y avait encore beaucoup de problèmes au club et j'avais plusieurs casquettes. Au niveau de la gestion du groupe, j'estime m'en être très bien sorti. A Tubize, c'était pareil. L'équipe était 14e. 11 matches plus tard, elle était 4e. Elle avait encore besoin d'un point pour participer au tour final, alors qu'il restait quatre matches à jouer. Ce point, on ne l'a jamais obtenu. Bizarre. Je l'ignore. Mais je me suis posé beaucoup de questions à ce sujet. Pourquoi a-t-on perdu les quatre derniers matches alors qu'on se trouvait dans une spirale positive ? Si l'on jouait mal, ces défaites auraient été compréhensibles. Mais là, on jouait bien et la machine s'est subitement enrayée. Après cet épisode, j'ai eu envie de tout arrêter. Le président Raymond Langendries a trouvé les mots justes pour me remotiver. Il y a d'abord un principe général : lorsqu'on devient entraîneur, à quelque niveau que ce soit, l'ambition est toujours de gagner. Il n'en ira pas autrement à Mouscron. J'espère qu'on prendra rapidement des points, car cela rendra le reste plus facile. Je veux que les joueurs retrouvent leur niveau. Je travaille beaucoup au feeling. Le football, c'est de l'intuition. Pas uniquement, mais en grande partie. Les plus belles choses que j'ai réussies - sur les terrains mais aussi dans la vie - ont souvent découlé d'intuitions. J'étais un joueur créatif, et j'apprécie forcément le beau jeu, mais ce n'est pas incompatible avec la rigueur. Elle est nécessaire pour réussir. Mais il faut aussi s'amuser. On peut être très rigoureux tout en s'amusant. J'estime même que les deux vont de pair, car si l'on ne s'amuse pas, on perdra de sa rigueur. L'une de mes premières préoccupations sera de veiller à ce que les joueurs se sentent bien. Qu'ils éprouvent du plaisir à s'entraîner. Quand on n'est pas bien dans sa tête, on n'assimile pas bien les consignes. C'est l'ancien joueur qui parle, car je l'ai moi-même ressenti. Comme entraîneur, je considère qu'il faut sentir les hommes, comprendre leurs sources de motivation ou de démotivation. Avec moi, un joueur n'aura jamais de problème s'il s'implique à 100 %. Je ne lui en voudrai jamais s'il joue mal. Mais lorsque je vois un joueur qui n'a pas envie, cela me rend fou. Un footballeur doit être conscient qu'il pratique le plus beau métier du monde. Lorsqu'un joueur sera triste, il devra m'expliquer pourquoi. Cela peut arriver à tout le monde d'avoir des problèmes privés. Je peux comprendre qu'un joueur me dise : - Coach, jen'aipasl'espritaufootball, parcequ'ilm'estarrivécecioucela ! Mais si tout va bien à la maison, il n'y a aucune raison d'être malheureux à l'entraînement. Et je ne le leur demanderai pas, contrairement à ce que certains pensent. Je me montre toujours beaucoup plus exigeant vis-à-vis d'un bon joueur que d'un joueur moyen. Je comprends parfaitement que tous les joueurs n'ont pas nécessairement le niveau que j'atteignais jadis. Ceux qui accusent un certain retard peuvent compter sur moi. J'ai envie de les faire progresser et je prendrai mon temps pour cela. Faut-il être capable de faire trembler un vestiaire pour être un bon entraîneur ? Les meilleurs entraîneurs que j'ai côtoyés n'ont jamais eu besoin de pousser un coup de gueule pour se faire respecter. Arsène Wenger est une référence pour moi. J'ai travaillé sous ses ordres à Monaco et je ne l'ai jamais entendu hausser la voix. Je sais que je serai parfois amené à prendre des décisions qui ne plairont pas à tout le monde, mais je le ferai. J'espère gagner le respect autrement qu'en gueulant. Le football, ce n'est pas la guerre. J'ai horreur du combat. En revanche, le football fait appel à la stratégie : il faut exploiter les forces de sa propre équipe et profiter des faiblesses de l'adversaire. Celle d'un club sympathique et chaleureux, où je me rendais toujours avec beaucoup de plaisir. C'était l'un des seuls clubs où j'étais applaudi lorsque j'y jouais avec Anderlecht. Il y avait aussi les infrastructures qui faisaient envie. Aujourd'hui, je peux l'avouer : j'avais toujours rêvé d'entraîner Mouscron. J'ai flirté avec ce club à plusieurs reprises. Il y a quatre ou cinq ans déjà, j'avais eu des touches. Il y a deux ans, Jean-Pierre Detremmerie m'avait convoqué dans son bureau. L'année suivante, re-belote. En juin 2007, je suis encore passé tout près d'un engagement. Aujourd'hui, l'affaire s'est enfin concrétisée et j'en suis très heureux. Mais je tiens à rendre hommage à Marc Brys. Je sais qu'aujourd'hui, il est très malheureux. Lorsqu'il me verra à la télé, il se dira : - Merde, c'estmoiquiauraisdûêtrelà ! J'espère qu'il retrouvera rapidement un boulot et qu'il ne restera pas plusieurs années au chômage technique, car cela le rongerait comme cela m'a rongé. Ce fut l'une de mes premières exigences lorsque j'ai rencontré Philippe Dufermont. Je l'ai directement prévenu : - Sivouscomptezm'imposerdesjoueurs, cen'estmêmepaslapeined'entamerladiscussion ! Il m'a rassuré : - Jamaisjenem'occupedusportif ! Son discours fut bref et déterminé. J'ai compris comment ce mec fonctionnait. Il vit le football comme un supporter, mais n'a pas la prétention d'imposer ses vues comme un technicien. Il veut simplement se faire plaisir, et indirectement, faire plaisir aux gens. Pour cela, il veut créer une ambiance, obtenir des résultats et mettre des joueurs en valeur. Si l'on veut. Mais si l'on parvient à vendre un joueur, cela sous-entend qu'il a été bon. Et lorsqu'il part, il faut avoir quelqu'un derrière, prêt à prendre la relève. Tout le travail est là. Soyons réaliste : en Belgique, aucun club (à part peut-être Anderlecht) ne peut fonctionner autrement. par daniel devos