"Au FC Bussy Saint-Georges, celui qui renonce à devenir meilleur cesse déjà d'être bon ", lit-on sur le site internet de ce club amateur d'Excellence de la Ligue Paris-Ile de France. C'est là que William Vainqueur a révélé pour la première fois son talent.
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"Au FC Bussy Saint-Georges, celui qui renonce à devenir meilleur cesse déjà d'être bon ", lit-on sur le site internet de ce club amateur d'Excellence de la Ligue Paris-Ile de France. C'est là que William Vainqueur a révélé pour la première fois son talent. Né à Neuilly-sur-Marne, le 19 novembre 1988, William grandit en Seine-Saint-Denis avant de débuter son écolage à Bussy vers la dizaine. Là, près de chez lui, il révèle très vite des qualités plus élevées que la moyenne. Responsable de l'Ecole de football du FC Bussy, Ahmed Gueninèche, le prend vite son aile. Et quand il en parle, sa voix est baignée d'émotion : " Pour moi, quelque part, c'est mon gamin. Il fallait être aveugle pour ne pas relever son jeune talent : il avait tout pour réussir à s'imposer dans les hautes sphères du foot français. Nous avons immédiatement noté des qualités de milieu récupérateur, courageux, tenace, prêt à tout donner pour ses équipiers. Il lavait parfaitement les ballons difficiles dans le jeu, ce qui est important, mais n'était pas qu'un relais mais bien un décideur de jeu aussi. A Bussy, personne ne doutait du fait qu'un grand club ne tarderait pas à frapper à notre porte pour se renseigner à propos de notre jeune prodige. Et hier, comme plus récemment, j'ai reçu de nombreux appels de clubs huppés. Je n'ai pu qu'être positif à son propos, je vous prie de le croire. Quand j'évoque William, mon gamin, je le répète, j'ai la chair de poule. Tout Bussy est tellement fier de lui, certain que ce n'est finalement que le début d'une belle aventure espérée et surtout méritée. Il ne faut pas oublier que tout ne fut pas toujours facile pour lui. "Depuis quelques années, les grands scouts du football français ont pris la bonne habitude de sillonner l'Ile de France où on peut mettre à jour des filons d'or dans un tissu très serré de petits clubs. Le regard de l'AJ Auxerre est rapidement attiré par la dynamo de Bussy. Une invitation à se rendre au pays du célèbre chablis ne se refuse pas mais le déracinement fut difficile à vivre. A 13 ans, Vainqueur a besoin de son terroir, de sa famille, de ses proches, de la chaleur des siens. Il ne reste scotché qu'un an au centre de formation de l' Abbé-Deschamps avant de revenir chez lui, à Bussy. Il n'avait fait que humer l'atmosphère d'un club de l'élite. " A Auxerre, comme dans tant d'autres centres de formation, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus ", souligne Bernard David, actuel T2 des Bourguignons et ancien directeur du centre de formation de l'AJA. " Il a peut-être manqué de régularité à ce moment-là de sa carrière et par rapport à la concurrence de cette époque. Nos centres de formation tournent à plein régime et on s'y bouscule. Un jeune peut rebondir ailleurs comme ce fut son cas à Nantes. Les jeunes ont souvent un problème de stabilité dans un milieu où, quand les problèmes surviennent, ceux qui les entourent les incitent à changer d'air. A 22 ans, Vainqueur doit maintenant s'installer dans la régularité et la confirmation. Et il a l'occasion de le faire dans un bon club qui, de plus, a un programme européen : c'est une chance à saisir. " Son passage à Auxerre n'est pas un échec mais une aventure tentée trop vite pour un gamin doué mais tellement attaché au cocon familial vite déserté par son père d'origine guadeloupéenne. Ces épreuves marquent petit à petit son caractère, solidifient ses certitudes et son envie de réussir pour lui et pour les siens. Quand Nantes frappe à sa porte en 2003, la donne a changé. La confiance est désormais bien ancrée. Si Auxerre et Nantes, deux des plus prestigieux dépositaires de la formation à la française s'intéressent à un jeune homme, c'est que le talent est réel. " Je l'ai souvent accompagné jusqu'à la Jonelière, le centre de formation des Canaris ", explique Gueninèche. " Là, j'ai compris que William arpentait désormais les chemins du progrès. Je le voyais au moins une fois tous les 15 jours. "Si Auxerre a toujours donné la priorité à l'engagement et à la discipline, Nantes se distingue par sa technicité, son jeu court, groupé, vif, bien léché. La philosophie à la nantaise, héritage d'entraîneurs légendaires comme José Arribas ou Jean-ClaudeSuaudeau, a mis à jour la classe de Didier Deschamps, Marcel Desailly, ChristianKarembeu, José Touré, etc. Vainqueur est à bonne école même si la Maison Jaune, longtemps prospère, ne tarde pas à connaître des soucis financiers inédits qui plombent ses ambitions. Son abattage lui permet de monter les échelons et il accoste sur les rives de l'équipe première en 2006-07. Il flirte avec les 18 ans et sa fraîcheur séduit, notamment à l'occasion de ses débuts professionnels le 18 février 2007 à l'occasion d'un déplacement à Marseille. Le Stade Vélodrome crache sa passion mais l'enfant de la Jonelière n'est pas impressionné même si Nantes est déjà malade. Georges Eo a cédé son tablier de coach à Michel Der Zakarian, aidé par Japhet N'Doram. Cette sérénité juvénile en des temps délicats, c'est la marque des grands. " J'étais certain que mon gamin avait décollé ", se souvient Gueninèche. William était considéré comme un des Espoirs français les plus prometteurs. Mais la malchance lui a mis des bâtons dans les roues. William se blesse grièvement au genou (ligaments croisés) avec l'équipe de France des -19 ans. A cette époque déjà, Jean-François de Sart entend parler de lui et apprécie, en tant que coach des Espoirs belges, le talent français. Cette connaissance en profondeur du football de nos voisins du sud lui permet de comprendre tout de suite que Vainqueur entre parfaitement dans la nouvelle philosophie de jeu du Standard. Après son gros pépin physique, Vainqueur revient lentement à la surface. " Sans cela, je suis persuadé qu'il aurait été engagé par un ténor français ou étranger ", signifie Gueninèche. Il a perdu du temps avant qu' Elie Baup le relance. Le coach à la casquette est réputé pour l'excellence de son travail avec les jeunes. Il en a formé beaucoup et le défi nantais le passionne. Baup mise tout de suite sur Vainqueur : " Pour moi, c'était encore un diamant brut. J'étais certain d'en faire un beau bijou. William prenait de la place dans la ligne médiane. Oui, c'est un travailleur qui ne lâche rien sur le terrain. Ce numéro 6 chasse bien le porteur du ballon mais il n'y a pas que cela. A 22 ans, on n'est pas un joueur accompli. Il détient des potentialités techniques intéressantes qui seront améliorées avec le boulot, le temps de jeu, les expériences européennes. Cet essuie-glace dégage une belle puissance, c'est évident, mais, et c'est ce qui peut engendrer la différence, il a du ballon. Autrement dit, Vainqueur est à l'aise balle au pied même quand il est mis sous pression et il ne fait pas n'importe quoi. Il sait garder un ballon chaud et en faire le meilleur usage possible. "Baup signale aussi que Vainqueur montre le bout du nez alors que les Jaune et Vert plongent en plein marasme. En fin 2006-07, Nantes est relégué en L2 pour la première fois de son histoire après 44 ans de présence en L1. Le coup est terrible et les choses se précipitent : échec de la politique des transferts, valse des entraîneurs, changement de propriétaire avec l'arrivée de l'homme d'affaires Waldemar Kita, un bref retour en L1 en 2007-2008 puis immédiatement un nouveau plongeon en L2 qui se poursuit. Cette confusion chronique ne constitue pas le meilleur terreau qui soit pour les jeunes pousses du club. " Du coup, la célèbre formation à la nantaise a été mise à mal ", précise tout de suite Baup. " Il n'en reste quasiment rien car on a renoncé à ce qui a fait la richesse et la tradition de ce club : le jeu en une touche, la confiance et la patience accordées aux jeunes du cru. Ce changement de cap explique pas mal de choses. J'ai favorisé l'éclosion de jeunes et William aurait certainement pu creuser son sillon dans les meilleurs clubs français. Vainqueur risquait d'ensabler sa carrière en restant à Nantes. Il a bien fait de signer au Standard, de tenter un défi inédit, de prendre de la distance. Je sais qu'il a signé un bon match contre Hanovre. Il faudra répéter cela, oser, s'inscrire dans les mécanismes tactiques et être décisif. Vu de France, son choix de carrière est excellent. C'est un pas en avant car le Standard est bien organisé et a un palmarès. Ses dernières campagnes européennes ne sont pas passées inaperçues ici. " En avril dernier, la presse française faisait état d'un incident qui en dit long sur les problèmes nantais et le caractère de Vainqueur. Le site internet de L'Equipe affirmait que " lors de l'entraînement matinal à la Jonelière, Vainqueur et SergeDeblé en sont venus aux mains. Tout serait parti d'un petit jeu en fin de séance, le ton serait monté à la suite d'une passe mal ajustée et d'une remarque désobligeante de Vainqueur. Puis Deblé aurait asséné un coup de poing dans la bouche de son homologue. Bilan : dix points de suture posés au niveau de la lèvre du jeune Espoir Canari. Absents à Châteauroux, les deux joueurs ont été punis financièrement et écartés pour le match à Dijon. " Le journal Ouest-France a souvent souligné les qualités de Vainqueur qui tranchait un peu dans l'univers jaune. S'il a été formé au jeu en une touche, ce jeune joueur adore aussi porter le ballon. La presse régionale française regrette le départ du taulier de Nantes mais a parfois évoqué un caractère difficile et un " esprit torturé ". A Sclessin, Vainqueur a balayé ces impressions médiatiques d'un revers de la main. Il donne l'image d'un jeune joueur bien en phase avec son nouveau club, ses ambitions, son avenir.PAR PIERRE BILIC-PHOTOS : REPORTERS" Il dégage une belle puissance, c'est évident, mais, et c'est ce qui peut engendrer la différence, il a du ballon. " (Elie Baup)