Les grands artistes ont du hasard dans leur talent et du talent dans leur hasard... Ce n'est pas Georges Leekens qui a déclaré cela un jour mais Victor Hugo. Il y a 150 ans, à l'hôtel des Colonnes de Waterloo, l'immense écrivain français mettait un point final au manuscrit de son plus grand chef-d'£uvre : " Les Misérables ". Cet événement est commémoré jusqu'au 30 septembre au Musée Wellington. On suppose que personne n'organisera d'exposition dans 150 ans pour retracer les différents chapitres de la bataille d' Eden, véritable Waterloo de la communication de l'équipe nationale.
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Les grands artistes ont du hasard dans leur talent et du talent dans leur hasard... Ce n'est pas Georges Leekens qui a déclaré cela un jour mais Victor Hugo. Il y a 150 ans, à l'hôtel des Colonnes de Waterloo, l'immense écrivain français mettait un point final au manuscrit de son plus grand chef-d'£uvre : " Les Misérables ". Cet événement est commémoré jusqu'au 30 septembre au Musée Wellington. On suppose que personne n'organisera d'exposition dans 150 ans pour retracer les différents chapitres de la bataille d' Eden, véritable Waterloo de la communication de l'équipe nationale. Si les Diables Rouges l'emportent à Bakou, ce sera peut-être la lueur d'espoir d'une qualification pour l'Euro 2012. Avant d'y arriver, les Diables Rouges, très prisés par les sponsors comme le prouve l'arrivée de la société GLS dans leur sillage, doivent répondre à des questions importantes. Le sélectionneur fédéral n'est jamais avare de surprises et il a suscité la sensation en retenant Eden Hazard pour la longue expédition de l'autre côté de l'Europe. Le Lillois avait été suspendu pour trois rencontres suite à son comportement lamentable en juin dernier après son remplacement en deuxième mi-temps contre la Turquie. Petit rappel : la partie visible de l'iceberg donnait entièrement raison au coach car il était inadmissible que ce joueur avale un hamburger à l'extérieur du stade avant le coup de sifflet final. La sanction fut sévère et prononcée avec fracas et retard près de trois mois plus tard. Elle suscita d'autant plus de questions que le coach national a parfois entretenu une relation conflictuelle avec les artistes. Leekens s'est forgé un magnifique palmarès en tant que joueur (une collection de titres et deux présences en finales européennes avec le Club Bruges) grâce à son engagement, sa discipline et sa roublardise. Cette confiance en soi, souvent gagnante, ne lui a pas permis cette fois de rebattre les cartes à son avantage. Il avait oublié que plus une punition est éloignée de la faute, moins elle est efficace. En révélant en exclusivité l'histoire des gros mots de Hazard (lus sur les lèvres du joueur par un sbire de la fédé !) destinés au T1 et au T2, Sport/Foot Magazine a diffusé l'image exacte de ce qui séparait les protagonistes : incompréhension, dialogue de mauvaise qualité voire manipulation, vraie raison de la mise au ban du Lillois, etc. Leekens s'est emmêlé les pinceaux dans ce qui devenait un brouhaha médiatique garni d'approximations et de silences. Au lieu de risquer de s'embourber, le patron des Diables Rouges a choisi d'en sortir à sa façon : " J'avais décidé de me passer d'Eden durant trois matches et j'ai revu cette sanction à la baisse. La page est tournée, tout le monde doit être gagnant, d'abord l'équipe nationale. "Leekens s'est-il déjugé ou a-t-il tout simplement mesuré qu'un tel changement de donne pouvait vraiment constituer une opération win-win pour tout le monde comme il l'a dit ? Ou alors, la pression médiatique a-t-elle fait basculer le cours de cette histoire même si Leekens a évidemment précisé : " Non !, si je passais mon temps à réagir à tout ce qui se dit dans la presse, je n'en sortirais pas. " L'explication est adroite mais ne reflète pas la réalité. A son actif, il faut préciser que la man£uvre de rapprochement a été entamée par le joueur. Son agent John Bico, a d'abord rencontré Leekens à la demande de Hazard. Et au lendemain de ce rendez-vous à l'Union Belge, Leekens a vu Hazard, en grand secret, afin de mettre tous les problèmes à plat comme cela aurait dû se faire depuis très longtemps. " Ce n'est pas le contact avec l'agent qui a provoqué ma réaction, pas du tout ", signale Leekens. " Tout s'est déclenché pendant l'échange avec Eden : ça, c'était décisif. L'équipe nationale a été au centre de notre débat. Quant au jeu, je n'ai rien promis car c'est impossible et Eden n'a rien exigé. La page est tournée. " C'est la fin des enfantillages mais que de temps perdu ! Surtout que, quand un jeune dépasse les bornes, les plus âgés doivent montrer l'exemple. Leekens affirme souvent qu'il adore ses joueurs et sans doute qu'il accepte, du coup, qu'ils le blessent parfois. Ça passera ou ça cassera en Azerbaïdjan. Il reste trois matches, dont le dernier en Allemagne, et les Diables Rouges sont obligés de faire le plein de points pour décrocher la deuxième place de leur groupe qualificatif, voie qui mène aux barrages. Avec Hazard, Leekens joue gagnant : si le Lillois brille, Long Couteau aura pris la bonne décision ; en cas de défaite avec Eden, on ne pourra pas reprocher au T1 de s'être privé des services d'un des meilleurs joueurs européens qui aura alors déçu.... Genk, le Standard, Anderlecht et le Club Bruges disputeront au moins 24 matches européens. Ils pourront hausser leur niveau de jeu et se mesurer à des adversaires plus coriaces et huppés que ceux de D1. Le football belge s'est réjoui en célébrant les mérites de ce carré magique. C'est bien, mais ces aventures ne concernent pas la majorité des Diables, dont tous les titulaires se retrouvent aujourd'hui dans des équipes étrangères. Leekens suivra peut-être le retour de Romelu Lukaku, avec Chelsea, sur les terres belges contre Genk. Equipiers en équipe nationale, Vincent Kompany et Daniel Van Buyten se livreront à des parties de bras de fer très attendues lors des deux chocs entre le Bayern Munich et Manchester City. Et Leekens est sous le charme, comme tout le monde, des exploits d' Axel Witsel sous le maillot de Benfica. " Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour trouver ses marques dans son nouveau club ", souligne Leekens. " La classe ! Et c'est du bonus pour l'équipe nationale car Axel a déjà acquis une nouvelle dimension à Benfica. A ce niveau, que ce soit lui ou les autres, on apprend à gérer de grands matches, à dompter le stress etc. Cette expérience a longtemps fait défaut à notre jeune équipe nationale. Elle résorbe très vite ce retard. Ce sera utile à l'occasion des derniers matches de qualification pour l'Euro 2012. Même si ce sera difficile, et que tout ne dépend pas de nous, j'y crois encore. Mais il faudra des nerfs solides et cela s'acquiert lors des matches européens. " On n'évolue pas de la même façon en France, au Portugal, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Russie ou en Allemagne. Les uns donnent la priorité au jeu court, les autres à l'engagement, etc. Ces différences n'expliquent-elles d'ailleurs pas aussi les soucis d'Eden Hazard, habitué à toucher beaucoup de ballons à Lille ? En 1992, le Danemark fut sacré Champion d'Europe avec des mercenaires vivant à travers toute l'Europe. Et les Pays-Bas ont toujours placé leurs meilleurs éléments dans les grands clubs européens. En Belgique, le phénomène est plus récent. " Il y a quelques années seulement, 80 % de nos internationaux jouaient en Belgique ", analyse Leekens. " La tendance s'est totalement renversée. Chaque championnat a ses caractéristiques. Cette diversité constitue une source de richesses. Et c'est bien qu'on ne pratique pas le même football partout. Mais il y a un dénominateur commun : le haut niveau. "C'est avec fracas que Lukaku a été transféré d'Anderlecht à Chelsea, le club de ses rêves. Il a fêté ses débuts en Premier League en entrant au jeu à la 83e minute contre Norwich, à la place de Torres. Les 42.765 spectateurs de Stamford Bridge l'ont applaudi à tout rompre pour ses premiers pas. Son temps de jeu est forcément limité pour le moment. Cela peut représenter un petit problème à plus long terme. C'est aussi le cas de Steven Defour (Porto) qui n'a pas été retenu. L'ex-Standardman n'a pratiquement pas joué depuis le début de la saison. En Slovénie (0-0), Leekens avait relancé Marouane Fellaini revenu après une blessure mais il s'agissait d'un match amical. La donne sera différente à Bakou où la Belgique sera attendue le couteau entre les dents. La puissance de Lukaku sera nécessaire vendredi en Azerbaïdjan. Leekens envisage-t-il de le placer seul en pointe ou avec, ce qui est plus sage, un compère à ses côtés ? Igor De Camargo n'a-t-il pas prouvé à Ljubljana qu'il pouvait l'aider à porter le poids de l'attaque ? Et ne faut-il pas tenir compte des atouts d'un Jelle Vossen au jeu plus varié que celui de Lukaku ? " Peut-être... même si je trouve que le Limbourgeois en fait trop dans son club, se dépense parfois trop, sans doser ses efforts ", relate Robert Waseige, le dernier coach à succès des Diables Rouges. A Ljubljana, la production offensive des Belges fut trop maigre avec le seul Lukaku, perdu en pointe. Leekens commettait la même erreur qu' Ariel Jacobs à Anderlecht. Cela se voit comme le nez en pleine figure : la tour noire a besoin de soutien à côté de lui. Le 4-3-3 de Ljubljana ressembla trop à un 4-5-1 en première mi-temps. Le staff a affirmé que Fellaini et Witsel n'alternaient pas idéalement leurs montées pour aider Lukaku. " En deuxième mi-temps, l'apport de De Camargo, qui est plus attaquant que médian a changé la donne. ", retient Waseige. " Le 4-5-1 frileux et de nature trop prudente s'est alors transformé en 4-4-2 moderne avec un des deux attaquants de pointe qui décrochent. On peut installer un autre joueur derrière Lukaku : Dries Mertens brillant au PSV, Hazard la vedette de Lille, Marvin Ogunjimi, Vossen, etc. Et, dans tous les cas de figure, il faut jouer plus haut. Je ne vois pas d'autre façon pour bien utiliser nos atouts actuels et profiter de l'apport de Lukaku. Leekens doit trancher : Lukaku a besoin de soutien. " La jeunesse de la division offensive tranche par rapport aux " vieux attaquants " des années 90 et même de 2002, dernière présence belge en phase finale d'une Coupe du Monde. Au Japon, le T2 actuel Marc Wilmots avait 33 ans, Branko Strupar 32 ans, etc. Cela fait, au bas mot, plus de 10 bonnes années de plus que Lukaku ou Hazard, à peine moins par rapport à Marvin Ogunjimi , Björn Vleminckx, Jelle Vossen, etc. " Il y a des avantages dans les deux cas de figure ", affirme Waseige. " Mes vieux briscards avaient du métier et ils géraient les moments chauds. Je me souviens avoir enregistré pas mal d'étonnements avec la présence d'un garçon comme Jacky Peeters en équipe nationale. Or, il m'a rendu de bons services. A 30 ans, on sait prendre du recul, attendre que le vent tourne, mettre le pied sur le ballon, être concret et réaliste. Nous en avons profité au Japon ou, de plus, le vestiaire était sain et positif. Mais une formation mûre ne détient forcément pas les atouts propres à une bande de gamins : insouciance, désir d'aller de l'avant, fraîcheur physique, idées nouvelles, etc. Sur cette lancée, le jeune talent offensif belge est très prisé à l'étranger. Je songe entre autres à Lukaku, Hazard, Mertens, De Camargo, etc. " " Leekens a t-il une attaque trop jeune ? Non, je ne pense pas. C'est, au contraire, un atout et une richesse. Ainsi, on ne peut pas sélectionner des éléments à vocation offensive et leur imposer prioritairement des tâches défensives. Si c'est le cas, cela provoque forcément des mécontentements, surtout avec des jeunes qui ont l'habitude de dire ce qu'ils ont sur le c£ur. Il ne faut pas tourner autour du pot : la Belgique doit assurer le jeu à Bakou et tirer les leçons de ce qui s'est passé récemment en amical en Slovénie. Les Diables y ont présenté deux visages totalement différents. Je préfère le deuxième, plus offensif, qui nous permet d'entretenir un espoir de qualification pour la phase finale de l'Euro 2012. La ligne médiane est riche et complémentaire avec, en star, un remarquable Witsel qui s'épanouit totalement à Benfica. Là, il distribue et percute mais le Liégeois est surtout impliqué dans la circulation du ballon. En équipe nationale, Axel doit être un médian offensif mais moins un deuxième attaquant. Derrière, il y a l'impressionnant Vincent Kompany mais je constate que nous n'avons toujours pas trouvé d'arrière droit ou gauche de métier. C'est gênant mais la différence doit venir d'ailleurs, d'un comportement global offensif. Or, c'est un problème pour les coaches belges qui évoquent des idées offensives mais ne les mettent pas en pratique. Il faut être organisé mais l'excès de prudence ne paye plus. " PAR PIERRE BILIC-PHOTOS: REPORTERS" Il faut jouer plus haut. Je ne vois pas d'autre façon pour bien utiliser nos atouts actuels et profiter de l'apport de Lukaku. " (Robert Waseige)