Mourinho avait laissé les Blues complètement délavés. Essorés, Conte arrive et le beau linge retrouve toutes ses couleurs. L'un est-il si fort, l'autre si nul ? Apparemment pas puisque le Mou a gagné sa 4e finale européenne. Un quatrième voyage au bout de l'ennui mais comme il dit : "Les poètes ne remportent pas de titre. "
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Mourinho avait laissé les Blues complètement délavés. Essorés, Conte arrive et le beau linge retrouve toutes ses couleurs. L'un est-il si fort, l'autre si nul ? Apparemment pas puisque le Mou a gagné sa 4e finale européenne. Un quatrième voyage au bout de l'ennui mais comme il dit : "Les poètes ne remportent pas de titre. " Certes, mais si l'on sort de la logique "résultatique" du foot, ils apportent tellement plus. Ils font marcher à plein régime notre pompe à imagination, notre pompe à plaisir. Ce qu'une ligne de plus sur un palmarès ne nous apportera jamais. Il y a moyen d'être gagneur et... Conteur. De poétiser avec réalisme. La froideur des chiffres "Contesque" est impressionnante, surprenante mais aussi tellement évidente. 6e de la possession de balle, 4e des passes réussies. 6e au nombre des tirs. Mais Chelsea est n°1 de l'efficacité. 14,4 % de leurs tirs sont devenus des buts : n°1. Buts sur phases arrêtées : n°1. Le moins de tirs cadrés concédés à l'adversaire : n°1. Et puis 90 % des matchs, il a tourné avec 13 titulaires. Tout est dit ? Pour certains, oui. Pour nous, non ! Loin de là. Toute l'intelligence d'Antonio Conte est traduite dans son approche du foot. Arrivé dans un club de 112 ans d'existence, où la défense à quatre est aussi traditionnelle que la couleur du maillot, il ne va pas tout chambouler. Un peu d'humilité. Mais il se rend compte que ça n'ira pas. Le terrain lui donne l'autorisation de changer, les joueurs à disposition les moyens, la saison sans Coupe d'Europe le temps. Et hop, défense à trois, défense de passer. Ivanovic, trop lent à ses yeux, est sacrifié, John Terry dirige le... banc. Fallait oser. Victor Moses, que Mourinho avait enterré, est ressuscité. Marcos Alonso, qui faisait de l'intérim à gauche et à droite, devient temps plein derrière Eden. Eden refait du terrain sa cour de récréation après être passé par la case (cour) de prison. Azpilicueta devient énorme et Diego Costa pense de nouveau à marquer plutôt qu'à cogner. Mais la réussite de Conte est avant tout humaine. Du jardinier au délégué en passant par les dames du nettoyage, tout le monde s'est de nouveau senti important. Comme étant un pion gagnant de la réussite. Exemple : en Angleterre, la tradition veut que lors de la fête de Noël organisée pour les employés du club, l'entraîneur enregistre ses voeux dans un message vidéo qui sera diffusé lors de la soirée. Conte, lui, est venu. En personne. Il leur a parlé face à face. Sans filtre. Il est passé de table en table pendant deux heures. Il a organisé des barbecues pour le staff, les joueurs et leurs familles. Avec trampolines et autres joyeusetés pour les enfants. Une fois par mois, sortie avec les joueurs dans Londres. De temps à autre distribution de vins italiens et prosecco à son staff. Il lui est même arrivé d'inviter les journalistes au pub d'à côté après une conf' de presse. La boucle est bouclée. Les ondes positives ont circulé à tout va dans le club. Le résultat est là. Ça aussi c'est un superbe coup tactique d'Antonio. Autre bon coup : il a réussi la perf de refaire de David Luiz un footballeur. Luiz n'est pas une lumière du football. C'est plutôt une guirlande qui clignote. Alternatif le courant, très alternatif. Mais bon, faut admettre qu'il s'est remis en danger en revenant en Angleterre. Pays qui ne l'a jamais vraiment pris au sérieux. Et qui l'a toujours sérieusement critiqué. Luiz était peinard dans la Ville Lumière. Il gagnait tout avec le PSG, des titres et beaucoup d'argent. Cette saison, il a gagné l'essentiel. Le respect, et aussi un titre. Et pour l'argent, le fait de gagner moins qu'à Paris ne l'a pas empêché d'en sortir un paquet pour exprimer sa reconnaissance envers ses coéquipiers et le staff. Un cadeau à 1.000.000 £. Chacun (30 personnes) a reçu un bracelet en or rose orné de diamants. Un bracelet qui ouvre aussi les portes des voitures de luxe. Pas de doute, ces gens vivent dans un autre monde. Mais cette saison, le luxe, Chelsea l'a porté avec classe, élégance et même, parfois, poésie. Un Conteur est passé par là. Par Frédéric Waseige