C'est comme si, avec une régularité de métronome, il semait l'irritation. Souvent, quand Georges Leekens est présenté comme entraîneur (ou qu'il s'en va), il dérange. Comme dimanche dernier à Lokeren, où il a remplacé Bob Peeters, limogé. Avec sa gouaille bien à lui, le nouvel entraîneur a notamment parlé de respect et de collégialité. Une semaine auparavant, dans le programme télévisé flamand De Zevende Dag, Leekens avait publiquement sollicité le poste d'entraîneur à Daknam, après s'être flatté de quelques offres étrangères.
...

C'est comme si, avec une régularité de métronome, il semait l'irritation. Souvent, quand Georges Leekens est présenté comme entraîneur (ou qu'il s'en va), il dérange. Comme dimanche dernier à Lokeren, où il a remplacé Bob Peeters, limogé. Avec sa gouaille bien à lui, le nouvel entraîneur a notamment parlé de respect et de collégialité. Une semaine auparavant, dans le programme télévisé flamand De Zevende Dag, Leekens avait publiquement sollicité le poste d'entraîneur à Daknam, après s'être flatté de quelques offres étrangères. Ce genre de contradictions est typique de Georges Leekens. Il le sait et remet chaque fois le couvert. Car Leekens gère sa carrière lui-même, sans se soucier des autres. Il entame rarement son mandat dans une ambiance sereine mais ça glisse sur sa carapace. C'est inhérent à sa personnalité. Avant même la conférence de presse de dimanche midi à Lokeren, on pouvait deviner ce qu'il allait raconter. Il allait évoquer le service d'ami qu'il rendait au président Roger Lambrecht, il allait essayer de travailler dur, de rétablir la confiance et de stabiliser le club. Leekens maîtrise parfaitement ces discours de promo. Il s'en est souvent servi pour tenter de justifier ses coups les plus tortueux. Naturellement, on ne peut pas interdire à Leekens d'accepter une offre de Lokeren et, de fait, Roger Lambrecht a le droit de renvoyer son entraîneur après une victoire. Il a affirmé avoir pris sa décision une semaine plus tôt, après le revers contre OH Louvain. Indépendamment de ça, on ne doit jamais faire dépendre sa stratégie du dernier résultat. Ce serait penser à court terme. Bob Peeters ne parvenait pas à inspirer son équipe. Ça ne donne pas le droit à un club de renvoyer son entraîneur d'un froid coup de fil. Dans ces conditions, il est ridicule d'entendre son successeur parler de respect. Georges Leekens va modifier l'ambiance de Lokeren. L'ancien défenseur s'est toujours proclamé apôtre du professionnalisme et au début de sa carrière, en 1984, il évoquait déjà la nécessité d'entraînements spécifiques, élaborés sur des bases scientifiques. Il aimait à parler de travail en profondeur mais il n'a achevé sa mission nulle part. A l'exception d'une période à Gand, il n'a jamais entraîné un club plus de deux ans. Parce qu'il n'a jamais pensé qu'à lui-même, qu'à sa carrière. En 31 ans, Leekens a fait 21 clubs. Son passage de l'équipe nationale au Club Bruges le poursuivra le restant de ses jours. En déclarant qu'il avait accompli 90 % de son travail, il avait fait un faux-pas de taille. Il est d'ailleurs bizarre qu'un homme aussi intelligent que Georges Leekens ait répété cette phrase par la suite. A cause de ses choix étranges, Leekens a souvent dû parer des attaques personnelles. Il l'a fait avec sa verve habituelle. Jamais Leekens n'a reconnu la moindre erreur car selon lui, c'eût été s'exposer, se fragiliser. Jamais non plus il ne s'en est pris aux autres. Chaque fois qu'il a été sous le feu des critiques, qu'il a dû se rétracter et se défendre, il a répété vouloir conserver sa dignité. Il n'a pas voulu contrer frontalement les attaques, ne voulant pas s'abaisser au niveau de ceux qui le taillaient en pièces. Georges Leekens possède une forte personnalité. Il a appris à réfléchir vite pour compenser ses lacunes de footballeur. Elles ne l'ont pas empêché de se joindre à une délégation des joueurs du Club Bruges pour demander à Ernst Happel de passer à une couverture individuelle, après une défaite 6-1 des Blauw en Zwart à Anderlecht. A cette époque, le onze brugeois possédait des leaders. Georges Leekens n'est pas un entraîneur de classe mondiale mais il maîtrise différents atouts. Surtout quand il s'agit de réanimer une équipe qui se meurt. Reste à voir si ses méthodes fonctionnent toujours, s'il parviendra à dynamiser Lokeren. Dans un premier temps, il va certainement affûter les joueurs. Mais pour combien de temps ? Et ensuite, combien de temps voudra-t-il rester ? Nul ne le sait. Car Leekens est prévisible en ce sens qu'il est imprévisible. S'embarquer avec lui, ce n'est pas opter pour la continuité. Roger Lambrecht est bien placé pour le savoir. PAR JACQUES SYSLeekens est prévisible, en ce sens qu'il est imprévisible.