14 septembre 2011, Lille affronte le CSKA Moscou lors du premier match de phase de poules de la Ligue des Champions. Dans l'équipe russe, l'un des joueurs est particulièrement impatient d'en découdre. Il faut dire que Seydou Doumbia a bien failli atterrir au LOSC un an plus tôt. Pour son premier match dans la plus grande des compétitions européennes, le goleador veut prouver à tous que le CSKA n'a pas claqué 10 millions d'euros pour rien.
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14 septembre 2011, Lille affronte le CSKA Moscou lors du premier match de phase de poules de la Ligue des Champions. Dans l'équipe russe, l'un des joueurs est particulièrement impatient d'en découdre. Il faut dire que Seydou Doumbia a bien failli atterrir au LOSC un an plus tôt. Pour son premier match dans la plus grande des compétitions européennes, le goleador veut prouver à tous que le CSKA n'a pas claqué 10 millions d'euros pour rien. 90 minutes plus tard, c'est chose faite. Alors qu'on s'acheminait vers une victoire patiemment construite des Nordistes, l'habile Seydou est sorti de sa boîte pour planter deux goals tout en puissance dans les cages du pauvre Mickaël Landreau. Après le Japon, la Suisse et la Russie, c'est l'Europe entière qui découvre Seydou Doumbia. Né le 31 décembre 1987 à Yamoussoukro, le puncheur du CSKA n'a pas connu que des jours heureux. Gamin, il vit avec ses grands-parents et tape le ballon dans le club de son quartier, le Conservatoire Inter FC. C'est là qu'il fait la rencontre la plus déterminante de sa vie, le président du club, Olivier Koutoua. Alors qu'il vend en cachette des mouchoirs en papier dans le quartier d'affaires d'Abidjan pour ramener de l'argent à la maison, Seydou est surpris par Koutoua. "J'ai tout de suite compris sa détresse et j'ai décidé d'un coup d'un seul, de le prendre sous mon aile", explique ce dernier. Rapidement, le jeune footballeur va habiter chez celui qu'il considère encore aujourd'hui comme un père. A 16 ans, l'attaquant intègre la prestigieuse Académie Jean-Marc Guillou, où ont notamment transité de nombreux cadres de l'équipe nationale ivoirienne comme les frères Kolo et Yaya Touré, Emmanuel Eboué, Didier Zokora ou encore Gervinho. Mais le rêve tourne rapidement au cauchemar. Seydou est rejeté par les autres académiciens et un an après son arrivée, il rejoint l'AS Denguélé d'Odiénné, petit club de D1 ivoirienne. Sa première saison est un succès total, les buts tombent les uns après les autres et Doumbia est sacré meilleur buteur, de quoi attirer l'attention de plusieurs clubs français (Lille, Guinguamp et Nice). Mais il est écrit que rien ne sera jamais facile pour l'Ivoirien : des problèmes de visas l'empêchent de gagner la France et il atterrit finalement... au Japon. Le Kashiwa Reysol a fait le forcing pour l'acquérir mais l'acclimatation est difficile. Pendant les 18 premiers mois, il ne joue que des bouts de match et se retrouve finalement en prêt en D2 à Tokushima. Mais Seydou recule pour mieux sauter. En trois mois, il enfile les buts comme des perles et force le destin. A cette époque, la Côte d'Ivoire, entraînée par Vahid Halilhodzic, dispute la Kirin Cup au pays du Soleil-Levant. En manque de joueurs en cette fin de saison 2008, " Coach Vahid " décide de faire appel au talent local et c'est ainsi que Doumbia fait ses grands débuts avec les Eléphants. " En trois mois, je passe de remplaçant au Japon à joueur de l'équipe nationale de Côte d'Ivoire ! Un rêve absolu... ", s'extasie-t-il. Mais pour se faire une place au soleil en équipe nationale, la division 2 japonaise ne suffit pas. Le serial buteur doit rallier l'Europe et c'est grâce à un coup de pouce de son pote d'enfance Thierry Doubai, que Seydou se retrouve en Suisse. Pendant des semaines, Doubai, joueur des Young Boys Berne, harcèle son agent, Jean-Bernard Beytrison, pour le convaincre de présenter son ami aux dirigeants suisses. "J'ai rapidement été convaincu. Sa principale force, c'est sa folie. Il tente des trucs hallucinants", explique Beytrison qui est maintenant devenu son agent. Le transfert se fait et Doumbia se retrouve dans de bonnes conditions avec la présence de son compatriote. Il termine meilleur buteur de l'Axpo Super League (20 buts) dès sa première saison. Une véritable performance puisqu'en 32 apparitions, le rapide avant-centre n'est titularisé que... huit fois. Egalement élu joueur de l'année, il terrorise à nouveau les défenses la saison suivante où, fort de son statut d'indéboulonnable, il trompe 30 fois les gardiens adverses. Des stats à couper le souffle qui ne manquent pas d'interpeller Sven-Goran Eriksson, récemment nommé sélectionneur de la Côte d'Ivoire. Retenu dans le groupe des 23 pour la Coupe du Monde sud-africaine, il n'y dispute qu'onze minutes lors de l'ultime match face à la Corée du Nord. La Suisse devient alors trop petite pour lui et parmi les nombreux candidats acquéreurs (Saint-Etienne, Rennes,...), c'est le CSKA Moscou qui remporte le morceau contre 10 millions d'euros. "J'avais plusieurs possibilités mais le CSKA est le club idéal pour poursuivre ma progression", estime-t-il à l'époque. Et il voit juste. Lié au club russe jusque juin 2015, il inscrit 12 buts en 15 rencontres pour sa première demi-saison et le CSKA se qualifie pour la Ligue des Champions. Cette année, il a été contrarié par des petites blessures mais totalise déjà 15 réalisations en 23 matches et il a offert la Coupe de Russie aux Moscovites grâce à un doublé en finale contre Vladikavkaz. Pour courroner le tout, il est maintenant régulièrement repris en équipe nationale (11m/2b). "C'est pas mal pour le moment, mais je peux encore mieux faire. Je veux terminer meilleur buteur en Russie et bien figurer en Champion's League. Après, on verra bien les offres que j'aurai mais je rêve de jouer en Angleterre comme mon pote Gervinho. Mon club préféré ? Chelsea."JULES MONNIEREnfant, il vend des mouchoirs en papier dans le quartier des affaires pour se nourrir !