"Cela fait six ans que le club n'a plus gagné un match officiel. " Fabian Vandendries est coach de Vesqueville en 3e Provinciale luxembourgeoise. Arrivé en cours de saison passée, il n'a pu éviter à son équipe de battre un record du club : 315 goals encaissés pour 26 défaites en autant de matchs. Un bilan partagé par plusieurs clubs de Wallonie. Entre douches froides, absences de dernière minute et quelques casquettes, visite de ces clubs dits " du fond du panier ".
...

"Cela fait six ans que le club n'a plus gagné un match officiel. " Fabian Vandendries est coach de Vesqueville en 3e Provinciale luxembourgeoise. Arrivé en cours de saison passée, il n'a pu éviter à son équipe de battre un record du club : 315 goals encaissés pour 26 défaites en autant de matchs. Un bilan partagé par plusieurs clubs de Wallonie. Entre douches froides, absences de dernière minute et quelques casquettes, visite de ces clubs dits " du fond du panier ". " L'équipe existe depuis cinq ans, mais quand je suis arrivé en octobre dernier, elle n'était déjà plus très régulière ", se souvient Didier Van Warbeek, entraîneur des femmes de St-Hubert. " Par la suite, certaines joueuses sont parties, deux autres sont tombées enceintes et on a dû jouer jusqu'à la fin de la saison à neuf... " Au final, les filles ont enchaîné les défaites et ont terminé lanterne rouge de P2 luxembourgeoise avec 0 point et 228 goals encaissés en 18 matchs. À Vesqueville, c'est encore différent, c'est à la suite du départ d'un entraîneur et de plusieurs joueurs que le club a commencé à péricliter, il y a quelques années. " Le club a attrapé une mauvaise réputation ", glisse Fabian. " Ce n'est pas évident d'amener des joueurs valables dans un contexte pareil. En plus, la presse ne nous aidait pas. Je me souviens d'un média qui nous avait appelé 'les mineurs' parce qu'on creusait fort bien pour chercher des goals. J'ai vraiment entendu de tout ! " Du côté d'Hodimont, un quartier de Verviers, la commune a clairement dit au club qu'elle n'avait pas besoin de lui. " Quand on lui a demandé un coup de main pour trouver un nouveau terrain, elle nous a refourgué d'anciennes installations vétustes : vestiaires en tôle, douches froides, etc. ", peste Henri Larondelle, l'entraîneur d'Hodimont, club généralement habitué à finir dans la colonne de gauche de la P4 liégeoise. " En plus, fin d'année dernière, nos joueurs marocains - qui constituaient la majorité de notre équipe - nous ont demandé d'être payés... On a refusé, ils sont tous partis et on s'est donc tourné vers notre équipe réserve pour évoluer en P4. C'était le seul moyen pour que le club survive. " Chaque dimanche, les Hodimontois jouent donc deux matchs. " Ce n'était pas possible. Qu'on prenne des buts et des gamelles, c'était certain ", analyse Henri. " Mais nos joueurs ne voulaient pas arrêter une des deux équipes. S'ils venaient en Première, c'était uniquement pour pouvoir poursuivre en Réserves, justement. " Hodimont va donc aligner une équipe Réserve en Première, avec la chope de la buvette du premier match dans le ventre durant le deuxième, et avec Henri dans l'équipe. " À 61 ans, j'en suis à 1015 matchs en équipe première. Cette saison, quand on jouait contre des " Mammouths ", je préférais me mettre dans les cages pour éviter de saper le moral de notre gardien de 16 ans... Mais j'espère pouvoir passer en vétéran l'an prochain, il va être temps. " Dernier en P4D liégeoise, Hodimont ne récoltera aucun point. Le tout avec seulement 10 buts inscrits pour 343 encaissés. Mais comment réagit-on quand on se prend chaque semaine des lourdes défaites et qu'on sait que cela ne va pas changer le week-end suivant ? " L'amour du foot ", s'extasie Henri. " Dès la convocation des joueurs, il y a de l'excitation : on forme une bonne équipe, mais pas tellement au niveau footballistique... Et puis, sans me vanter, je leur ai inculqué le numéro 89, le matricule du club. Si on enlève de la liste tous les clubs qui ont déjà disparu, on est dans les 50 plus vieux clubs de Belgique. C'est pas de la gnognotte et ils respectent tous cela. " À Saint-Hubert, Didier avait une autre méthode pour motiver ses filles. " Moi, je leur disais en rigolant : 'Ne vous tracassez pas, il y a encore plus nul que nous avec l'équipe masculine de Vesqueville !' " Les hommes de Fabian, dont le terrain se situe à 4 kilomètres de Saint-Hubert, gardent eux une motivation intacte depuis six ans : " On a toujours envie de jouer, je n'ai pas d'autres explications ", sourit le coach. Quand rien ne tourne au niveau des résultats, les équipes se fixent alors quelques petits objectifs. Pour Saint-Hubert, il fallait tenir une mi-temps sans encaisser, ce que les filles ont réussi à deux reprises. Pour Hodimont, il s'agissait d'atteindre la barre des 10 buts inscrits. " On a vu de l'amélioration ", estime Henri. " Notre première tranche était abominable, la deuxième un peu mieux et la troisième, je ne vais pas dire extraordinaire, mais par rapport au nombre de goals encaissés, c'était beaucoup mieux ". Enfin, du côté de Vesqueville, l'objectif se résumait parfois à être assez... " En général, le samedi j'avais mon compte ", lance Fabian. " Mais le dimanche matin, c'était la bérézina : 'J'suis blessé', 'j'suis pas bien', ' j'ai trop bu'... et je me retrouvais à 13 h 30 avec neuf joueurs ". Pour autant, Vesqueville a toujours mis un point d'honneur à disputer tous ses matchs et a terminé la saison sans déclarer forfait une seule fois. " Nous, on l'a seulement fait à deux reprises mais c'était malheureux ", glisse Henri. " La première fois, on n'était que six sur place, on aurait bien voulu jouer, mais légalement il faut être minimum sept. Et pour le deuxième, c'était le jour de Standard-Anderlecht auquel quatre joueurs ont assisté... " Aller jusqu'au bout de la saison, voilà peut-être la plus grande victoire de ces équipes dont le caractère et la solidarité l'emportent sur la déception et la lassitude. À Saint-Hubert, il a néanmoins fallu remettre les choses au clair à certains moments. " C'est toujours difficile de prendre des volées, surtout que les filles sont beaucoup plus susceptibles que les hommes sur un terrain ", précise Didier. " Ça leur arrivait de répondre aux provocations adverses, puis j'ai installé une discipline pour qu'elles ne le fassent plus. La meilleure réponse aux attaques, c'est le silence... " Du silence et du sang-froid, il en a fallu à plusieurs reprises pour ces joueurs du dimanche parfois raillés par leurs adversaires. Fabian : " Je me souviens d'un match où on était neuf. Les spectateurs adverses nous ont accueillis en disant que c'était honteux de venir à si peu. Pendant la rencontre, les insultes fusaient des tribunes, même les gens du comité nous manquaient de respect. À la fin du match, on leur a dit qu'on ne voulait rien de leur part et on s'en est allé. On aurait pu avoir un casier de bières gratuitement, mais je ne voulais même pas de leur bouteille d'eau ". Henri et Hodimont ont vécu une expérience encore plus humiliante. " Après avoir vu nos installations, les joueurs et l'entraîneur du club voisin sont revenus chez eux pour s'habiller et, dès la fin du match, ils sont repartis et ont bu un verre dans leur buvette ! Le président adverse, qui n'était pas au courant, était gêné : il s'est excusé et a payé une tournée générale. " Heureusement, ce manque de respect est plutôt rare et c'est habituellement avec beaucoup d'estime que nos lanternes rouges sont accueillies. " Tout le monde vient me trouver en disant : " Mais comment faites-vous ? C'est incroyable, chez nous les joueurs se seraient déjà cassés ! ", sourit Henri. " On s'est déjà fait applaudir en sortant du terrain ", se souvient Fabian. " Beaucoup d'équipes comprennent notre situation et nous félicitent. " À Saint-Hubert, Didier est en train de faire le tour des joueuses pour sonder les motivées. " Mais il y aura des contraintes à respecter : je ne veux plus qu'on loupe un match parce qu'on doit aller chez le coiffeur, il faut un peu d'organisation... Notre objectif est d'avoir un bon noyau de 16 et de s'amuser. Si on gagne notre premier match, je serai content. Si on doit attendre, on attendra... " Pour Henri, les casquettes à Hodimont, c'est terminé, tout comme le club, d'ailleurs. " Nous allons déménager notre équipe en réserve chez les voisins de Wegnez, c'est le club de mon frère. Tout le monde reste, il n'y a pas un joueur qui part, même notre défenseur qui vit à Ninove. " Enfin, à Vesqueville, après 2077 buts encaissés pour seulement 10 victoires en dix ans, la direction a décidé de changer de cap. " Nous avons lancé une association avec le club de Bras ", renseigne Fabian. " On va donc récupérer quelques juniors du club ainsi que d'autres transferts. On a été courageux pendant longtemps, mais cette année il faut que ça change sinon on va dégoûter les jeunes. Il faut que ça bouge sinon ça pourrait signifier la fin de Vesqueville ". PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTOS : JELLE VERMEERSCHVesqueville n'a plus gagné de match officiel depuis 6 ans ! " On a dû déclarer forfait le jour de Standard-Anderlecht. 4 joueurs étaient au stade. " Henri Larondelle, coach d'Hodimont