Joueur mondial de l'Année LIONEL MESSI

A Barcelone, il bat tous les records d'efficacité et collectionne les trophées. Pourtant, les prestations sous le maillot argentin du joueur ESM de l'année demeurent une énigme.
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A Barcelone, il bat tous les records d'efficacité et collectionne les trophées. Pourtant, les prestations sous le maillot argentin du joueur ESM de l'année demeurent une énigme. Un coach a dû empêcher ses joueurs de lui demander un autographe, un arbitre a profité du toss au milieu du terrain pour se faire prendre en photo avec lui. Entre-temps, il est convoité par les services marketing du monde entier, les entraîneurs de l'équipe adverse s'arrachent les cheveux pour savoir comment l'arrêter et récemment le magazine Time envisageait de désigner Lionel Messi comme Personnalité de l'Année. Alors que sa célébrité atteint des sommets, ses performances sur le terrain suivent la même tendance. En 2011, Messi a remporté la Liga espagnole et la Ligue des Champions et a été élu meilleur joueur de ces deux compétitions. Il a gagné la Supercoupe d'Espagne, d'Europe et la Championnat du Monde des Clubs et en passant il a presque atteint la moyenne affolante d'un but par match. A 24 ans, il a déjà glané un nombre impressionnant de trophées collectifs et de distinctions individuelles, dont cinq titres de champion d'Espagne et deux Champions League. A présent qu'il est à nouveau sacré Joueur mondial de l'Année, que lui reste-t-il encore à accomplir ? Que peut-on encore attendre de lui ? Dans son pays natal, tout le monde n'est pas encore convaincu et nombreux sont ceux qui pointent un trou béant dans son palmarès de trophées. Ils estiment que Messi a encore beaucoup à accomplir pour l'Argentine. Le coach national Alejandro Sabella a récemment pris sa défense : " Messi est le meilleur joueur du monde. Il joue extrêmement bien pour Barcelone et donc lorsqu'il livre un bon match pour l'Argentine, sans plus, c'est comme s'il sous-performait. " L'aspect le plus tangible et impressionnant du jeu de Messi est sa productivité offensive. Depuis que Frank Rijkaard lui a offert ses premières minutes de jeu en équipe A de Barcelone en 2004, son instinct de buteur s'est affûté chaque année, culminant à la fin de la saison 2010-2011 à un hallucinant total de 53 buts en 55 rencontres. Cette saison, il dépasse même cette moyenne puisqu'il a déjà inscrit 29 buts en 26 rencontres. Au terme de la saison, il pourrait déjà égaler le record du club détenu par Cesar Rodriguez avec 235 réalisations. Sans oublier que pour deux buts marqués il délivre aussi un assist. Mais le contraste est frappant lorsqu'on le voit évoluer avec l' Albiceleste ou avec Barcelone. Son coefficient de buts par match est de 0,71 en club alors qu'avec l'équipe nationale il tombe à 0,28 % (19 buts en 66 rencontres). En octobre dernier, son but contre le Chili en qualification de la Coupe du Monde sur assist de Gonzalo Higuain était le premier en 16 rencontres officielles avec la sélection. Plus alarmant, ces stats incluent la Coupe du Monde 2010 et la Copa America 2011. Lors des deux compétitions, l'Argentine courba l'échine en quarts de finale et Messi devint une cible facile. Les plus nationalistes des supporters et des médias argentins ont mis en doute son patriotisme, suggérant qu'il se sentait davantage Espagnol qu'Argentin parce qu'il avait émigré en Europe très jeune. Sa dette envers le Barça est évidente puisque le club catalan a payé tous les traitements médicaux dont il avait besoin quand il connut ses problèmes de croissance à l'adolescence, alors que Newell's Old Boys et River Plate refusaient de payer. Mais si l'on ne peut lui reprocher d'être désintéressé des matches de l'Argentine, on a sans doute le droit de lui en vouloir de trop souvent tenter de tout régler seul sur le terrain. Cependant, il y a d'autres explications aux différences de rendement comme la qualité de l'équipe qui l'entoure. Le noyau actuel blaugrana est considéré comme l'une des meilleures équipes de tous les temps. Dans la liste des 55 nominés pour le Onze mondial, l'association de footballeurs FIFPro a inclus tous les titulaires de Barcelone : Victor Valdes, Dani Alves, Carles Puyol, Gerard Piqué, Eric Abidal, Andres Iniesta, Xavi, Sergio Busquets, Cesc Fabregas, David Villa et bien sûr Messi. Le seul autre représentant argentin dans cette liste de nominés est Sergio Agüero, de Manchester City. Alors que Barcelone plaçait trois joueurs dans le quintette gagnant du Joueur mondial de l'Année - Xavi, Messi et Andres Iniesta - Lionel était le seul Argentin dans le top 10. Et la shortlist du Ballon d'Or FIFA reflète à peu de choses près les mêmes tendances, avec 7 joueurs du Barça mis en avant dont Messi et le seul Agüero pour sauver l'étendard argentin. Cette série de nominations donne du poids à l'argument selon lequel le grand pays des gauchos ne forme plus autant de joueurs talentueux, en tout cas de classe mondiale, que par le passé. Et il y a peu de positions sur le terrain où le premier choix de l'entraîneur argentin s'impose tout de suite. La classe individuelle, toutefois, n'est qu'un facteur d'explication. Ainsi, Edinson Cavani et Luis Suarez étaient les seuls Uruguayens dans la fameuse liste FIFPro, mais l'Uruguay est actuellement l'équipe à battre dans la zone AmSud et l'une des meilleures formations du monde, grâce au travail d'orfèvre d' Oscar Tabarez qui en a fait un team soudé. Interrogé après son succès en Copa America en juin de cette année, Tabarez explique qu'il a tout simplement copié le modèle de José Pekerman, qui consiste à développer le talent des jeunes joueurs. Pekerman est l'un des anciens mentors de Messi. Après avoir atteint de très beaux résultats avec l'équipe argentine des moins de 20 ans, il a repris l'équipe A en 2004 et a permis un an plus tard à Messi d'y faire ses débuts. Une entrée en matière ratée puisque Leo prit une carte rouge quelques minutes à peine après être monté au jeu. Pekerman quitta peu après l'équipe nationale et depuis lors Messi a travaillé avec Alfio Basile, Diego Maradona, Sergio Batista et actuellement Sabella. Le meneur de jeu a dû chaque fois se réadapter. De Basile qui ne démordait pas de son système avec un enganche, un meneur de jeu créatif, jusqu'à Maradona et sa défense à quatre arrières centraux, en passant par Batista dont l'objectif était de copier le système barcelonais sans toutefois laisser aux arrières latéraux la même liberté de monter en ligne. Il n'y a pas eu de continuité, ni dans le staff ni dans l'approche du jeu. Tout ceci contraste évidemment avec la situation en Catalogne, où Messi n'a connu pour l'instant que deux entraîneurs : Rijkaard et Pep Guardiola. Son rang d'institution oblige Barcelone à maintenir une politique cohérente dans la formation donnée à l'école des jeunes depuis maintenant des décennies - et ça porte ses fruits. Malgré le ballet des entraîneurs à la tête de l'Argentine, Messi devint vite la seule force centrale créative de l'équipe, surtout depuis le départ de Juan Roman Riquelme. Devant assumer de trop nombreuses tâches au service de l'équipe, le rendement de Messi s'en est ressenti au marquoir. Ironiquement, le joueur présenté comme l'héritier naturel de Maradona a produit son plus mauvais football sous l'ère du Pibe de Oro, avec tout juste 3 goals en 16 matches. Suite à la débâcle de la Copa America cette année, la tâche qui revient à Sabella est désormais de ne pas s'attarder trop aux résultats chiffrés mais plutôt de construire une équipe dans la perspective de la Coupe du Monde 2014 chez le voisin brésilien. L'une de ses premières décisions fut de retirer le brassard de capitaine à Javier Mascherano et de le confier à Messi. Pour Sabella, il doit être le skipper de l'équipe. Le coach espère de la sorte que le joueur devienne le caudillo, qui tire toute une équipe mentalement. " Messi est le joueur-clé ", dit-il. " Quand on lui passe le ballon, on s'attend à ce que quelque chose de spécial se produise. " C'est cet espoir qui grandit chez les Argentins à chaque tape sur l'épaule, à chaque dribble, à chaque passe géométriquement parfaite, à chaque hat-trick. Ses deux buts en automne pour l' Albiceleste suggèrent qu'il approche de la forme qui ferait taire tous les critiques, même les plus exigeants. WORLD SOCCER (ESM) - PHOTOS: IMAGEGLOBE; PAR JOEL RICHARDS (ESM) Le coach de l'Argentine a donné le brassard à Messi dans l'espoir qu'il devienne le caudillo, qui tire toute l'équipe mentalement. Les plus nationalistes des supporters et des médias argentins ont mis en doute son patriotisme.