Tout commence durant la saison 2007-2008, la première de l'UR Namur en D2. Au premier tour, elle joue bien et prend des points. Des managers commencent à monter la tête de joueurs qui ne gagnent pas des fortunes. Le président Jean-Claude Baudart est un gestionnaire raisonnable. Son entraîneur de l'époque, Marc Wuyts, ne cesse de le lui répéter : il faut des contrats de deux ans, sous peine de vivre un exode.
...

Tout commence durant la saison 2007-2008, la première de l'UR Namur en D2. Au premier tour, elle joue bien et prend des points. Des managers commencent à monter la tête de joueurs qui ne gagnent pas des fortunes. Le président Jean-Claude Baudart est un gestionnaire raisonnable. Son entraîneur de l'époque, Marc Wuyts, ne cesse de le lui répéter : il faut des contrats de deux ans, sous peine de vivre un exode. En janvier, Baudart commence à discuter avec ses joueurs. Mais les sommes qu'il propose sont tellement basses que nul ne mord à l'hameçon. Sur le terrain, toute âme a disparu de l'équipe. Namur accumule les revers et doit disputer les barrages pour assurer son maintien. Baudart a décidé de ne pas ouvrir son portemonnaie. Namur bat Visé en finale et se maintient mais les joueurs partent et Baudart n'a plus d'équipe. Il organise des matches pour tester des dizaines de joueurs en quête d'un contrat. L'entraîneur René Hidalgo, un Chilien qui vit en Belgique depuis vingt ans, est proche du désespoir. Aucun test ne convient. Baudart se fâche : c'est ça ou rien. Namur entame une saison difficile avec un noyau composé à la hâte. Grâce à son ami Mogi Bayat, Baudart obtient cinq joueurs du Sporting Charleroi. Un ancien joueur, Christian Negouai, réalise quelques importations de France et le Croate Bojo Ban pêche quelques compatriotes dans l'ancienne Yougoslavie. Hidalgo croise les doigts. Le début de saison est prometteur. Namur signe un six sur neuf grâce à ses victoires contre Deinze et Eupen. Ce seront ses seuls succès. Fin août, un groupe d'Italiens du Sud arrive en bord de Sambre et Meuse. La situation commence à se dégrader. Le 2 septembre 2008, Fabio Cordella est officiellement annoncé représentant de Zerozeronove, la société transalpine avec laquelle Baudart affirme avoir un accord pour la reprise de l'UR Namur. La reprise doit avoir lieu au terme de la saison. On ne pipe mot des activités de Zerozeronove et tout ce qu'on sait de Cordella, c'est qu'il a dirigé Africa Sports, un club de Côte d'Ivoire, en 2006-2007. Son entraîneur est Francesco Moriero, un ex-joueur de l'AS Roma et de l'Inter. Trois autres Italiens complètent le staff. L'encre du contrat de Moriero est à peine sèche que la presse italienne rapporte que l'ancien international serait impliqué dans un trafic d'autos assorti de fraude fiscale et de fausses factures. Il est emprisonné douze jours avant même de commencer à travailler. Cordella affirme dans Le Matin d'Abidjan qu'il s'agit d'un malentendu. La rédaction namuroise de La Meuse se méfie et appelle Patrice Beket, l'auteur de l'article. Elle apprend que les investisseurs promis par Cordella ne se sont jamais montrés à Abidjan. Beket n'y va pas par quatre chemins : l'Italien est un beau parleur. Africa Sports remporte le titre mais Cordella le quitte au bout d'une saison. En juillet 2007, Moriero est limogé mais il réapparaît quelques jours plus tard à Lanciano, un club italien de D3, aux côtés de Cordella. Quelques mois plus tard, le club tombe en faillite. Cordella semble connaître un Belge : Daniel Striani, l'agent de joueurs qui a introduit le Chinois Zheyun Ye à Mons, avec son associé d'alors, Nenad Petrovic. Dans une interview, Striani reconnaît avoir traité une fois avec Cordella pour faire tester un joueur à Zulte Waregem. Confrontés à ces propos, Vincent Mannaert et le manager sportif Luc Dhaenens affirment ne se souvenir de rien. Striani déclare : " Fabio Cordella ne m'a laissé que de bons souvenirs. Il se bat pour ses idées et il veut réussir tout ce qu'il entreprend. " En partant de Striani, Mons et Cordella, il n'y a qu'un pas à Sergio Brio. Brio entraîne Mons quand le club est battu 0-9 par le Club Bruges, lors de l'avant-dernière journée de la saison 2003-2004. Théâtral, l'Italien effectue un tour d'honneur et sabre le champagne : malgré ce revers, Mons se maintient car l'Antwerp a été battu. Le 0-9 entre dans l'histoire comme le premier match probablement influencé par Zheyun Ye à avoir fait flamber les cours des bookmakers asiatiques. Le 24 juin 2007, la Gazetta dello Sport annonce que Brio peut signer en Chine et que Cordella est son manager. Jusque-là, Pietro Allatta, la main droite de Ye, tentait de l'attirer en Grèce. " Tout a commencé un mois plus tôt ", explique Brio au quotidien italien. " Cordella, originaire de Salentino, comme moi, et directeur général d'Africa Sports, a communiqué mon nom aux gérants de Shanghai, qui avaient acheté deux joueurs du club ivoirien. " Brio n'ira finalement pas en Chine. Baudart dit avoir été placé sur la piste de Cordella par un club de l'EXQI League qui connaissait un Italien intéressé par un club belge. Baudart ne cite pas de nom mais il semble s'agir de l'Olympic Charleroi, dont Alidhai Aziz est l'homme fort depuis 2004 et Julie Tadei le manager - jusqu'à l'année dernière. Tadei est l'ex-femme de Jean-Marc Guillou, Aziz est un homme d'affaires indien doté de la nationalité française, actif dans la construction de routes en Côte d'Ivoire, où il a fait la connaissance de Guillou. Baudart affirme aussi avoir obtenu des informations sur Cordella auprès du frère du gardien BoubacarCopa, apparemment manager. A Liège, Luciano D'Onofrio le rassure quant aux investisseurs italiens. Armé de ces références, le président de Namur se défend quand la presse locale publie le récit des frasques de Cordella en Côte d'Ivoire. Cordella apparaît aux joueurs de Namur lors d'un entraînement sur les terrains de Jambes mais il ne se présente pas. Il parcourt le terrain en ignorant tout le monde et ne laisse planer aucun doute sur l'identité du nouveau patron. Lunettes solaires, queue de cheval, costume à la dernière mode, l'apparition est remarquée. Au terme de l'entraînement, il s'installe dans le vestiaire à côté de l'entraîneur, Hidalgo. Il veut transformer le club selon le modèle italien et va bientôt emmener Hidalgo en Italie ; celui-ci est séduit. Une période difficile débute pour les joueurs. On amène des tests en vrac, la tension croît. Les conditions d'entraînement restent abominables, il y a toujours un problème. Cordella balaie le mécontentement : il va faire venir des tracteurs d'Italie et les terrains vont devenir des billards. Des catalogues des équipements les plus modernes, made in Italy, apparaissent sur les tables. Tout sera picco bello et l'UR Namur sera un club pro. Rien ne change. Ceux qui se plaignent au président en essuient les foudres. Baudart, surnommé Napoléon à cause de sa petite taille et de son autoritarisme, comprend qu'il n'a plus de capital joueurs à monnayer et que le club ne fait que lui coûter de l'argent. Il veut s'en défaire le plus vite possible et place tous ses espoirs en Cordella. Baudart a succédé à Armand Kaida il y a cinq ans, quand celui-ci s'est retrouvé en prison, avec toute la direction du club. Directeur de casino, Kaida avait dissimulé pendant des années des profits issus du jeu et on avait retrouvé dans la comptabilité du club des revenus impossibles à justifier. Baudart, cuisinier de formation et professeur jusqu'il y a quelques années, était alors le gérant de sa propre société de catering, BD Food. Quand il la vend en 2007, il en obtient 16,7 millions. Il paraît qu'en cinq ans, Baudart a investi 1,5 million dans l'UR. Voulant les récupérer, il est du genre sympa avec Cordella. Donc, quand l'Italien estime qu'on ne s'entraîne pas assez spécifiquement, il fait venir un deuxième adjoint d'Italie, Dario Marigo. L'autre adjoint, Kurt Jacobs, se fâche de son emprise croissante. Hidalgo, lui, laisse faire. Fin septembre, Cordella et Cie sont à Namur depuis un mois et l'équipe essuie plusieurs revers étonnamment lourds. Elle réalise des nuls contre le Lierse et Renaix puis encaisse seize buts en quatre matches et n'en marque qu'un seul. Sa défaite 0-5 à domicile contre le Brussels fait jaser. Après le cinquième but bruxellois, un supporter namurois mécontent monte sur le terrain. Les journaux rappellent les critiques de Jacobs, qui soulignent la division du club. Pendant le match, Marigo et Jacobs échangent des gestes. Le premier cité, installé dans la tribune, insulte les joueurs. La dispute des deux entraîneurs trouve son origine dans un incident survenu la veille. Comme d'habitude, l'entraînement est tactique et les phases arrêtées en constituent un pan important. Elles sont l'apanage de Jacobs mais pas cette fois : Marigo veut changer toutes les conventions, avec l'accord d'Hidalgo, mais Jacobs refuse. Aujourd'hui, Jacobs revient sur l'incident : " Comment faut-il l'interpréter ? Quel entraîneur au monde fait-il cela la veille d'un match ? "Ce samedi-là, il se produit un autre incident étrange, avant l'entraînement. Cordella arrive sur le parking, Hidalgo monte dans sa voiture. De la cafétéria, des gens voient les deux hommes partir faire un tour et revenir. Quand Hidalgo sort de l'auto, il tient ce qui ressemble à une enveloppe, la dépose dans son véhicule et se prépare ensuite au dernier entraînement. Après la pantalonnade face au Brussels, une discussion éclate, dans le stade, entre le clan italien et Bojo Ban. Ban est le parrain croate du football namurois. L'ancien attaquant de Namur et de La Louvière avait introduit Milan Mandaric dans le football belge des années 80, successivement à Liège, à Namur, au Standard et au Sporting Charleroi. Ban avait fait la connaissance de Mandaric, un homme d'affaires serbe naturalisé américain, à l'automne de sa carrière, quand il jouait aux States. Depuis 2007, Mandaric est propriétaire de Leicester City, un club de D2 anglaise. Ban est las de voir Hidalgo faire tout ce que dit Cordella, aligner les mauvais joueurs de celui-ci au lieu de ceux de son compatriote, Marijo Curtak. Tout le monde comprend que la situation est intenable. Baudart sépare les parties et on convient que les Italiens vont prendre leurs distances pendant quelques semaines, le temps d'apaiser les esprits. Les footballeurs qu'ils ont amenés, des Italiens inconnus et un Norvégien actif dans la Botte, ne joueront pas non plus. Ils vont s'entraîner séparément sur les terrains des jeunes, sous la direction de Marigo. Cet éloignement provisoire est le début de la rupture finale. Trois semaines plus tard, après la défaite 3-1 contre OH Louvain durant lequel Nemanja Cvetkovic se penche dans le mur sur le coup franc qui permet à Louvain d'ouvrir la marque (voir www.exqileague.be), Baudart jette Cordella et Hidalgo. On obtient la preuve de l'emprise de la mafia sur Namur durant cette période. Par une sombre soirée automnale, une voiture est coincée sur une route mal éclairée qui sillonne les collines autour de Namur. Deux hommes masqués en sortent et passent le doigt le long de leur gorge en direction du conducteur, sans dire un mot. Ils déguerpissent en apercevant les feux d'une autre voiture. La scène n'a pas duré plus d'une minute. Derrière son volant, quelqu'un sent l'adrénaline gicler dans ses artères. A cette époque, Baudart fait part à l'UB de rumeurs selon lesquelles il se passerait de drôles de choses lors des matches de son club. Certains le trouvent hypocrite car quand Cordella était là, il ne l'avait jamais affronté et n'a commencé à parler et à jouer au chevalier blanc qu'après avoir compris qu'il ne verrait jamais le moindre euro. Comme Hidalgo est viré, Jacobs assure l'intérim puis, fin novembre, Georges Heylens est un spectateur attentif du match face à l'Antwerp, perdu 4-0. Quelques jours plus tard, l'ancien international d'Anderlecht, âgé de 68 ans, est le nouvel entraîneur principal de Namur. Son début est dramatique : 7-1 contre Waasland. Baudart a l'intention de faire le ménage au sein du noyau pendant la trêve hivernale. Il se pose ouvertement des questions sur ce qu'il appelle " des défaites étranges " et les liens étroits entre le défenseur Michaël Blanc et Cordella. Ce dernier avait l'habitude de prendre des joueurs à part pendant l'entraînement. Il allait plus loin avec Blanc, loué par le Sporting Charleroi. Le jeune défenseur français accompagnait les Italiens à leur hôtel. Mais est-il corrompu pour autant ? Baudart n'hésite pas : Blanc doit partir. Il rejoint le FC Brussels au terme d'une demi-saison. Il est maintenant de retour à Charleroi, où il se rétablit d'une thrombose. Son départ est le résultat d'un conclave entre Baudart, Ban, Curtak et Heylens. Curtak, introduit par Ban, est déjà connu. Il tient parole, il est droit et poli, l'opposé de Cordella, nous confie-t-on. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il habite à Nuremberg, en Bavière, parfois aussi à Mönchengladbach et souvent en Grèce. Le défenseur slovène Goran Blagus, le meneur de jeu serbe Nemanja Cvetkovic, l'avant bosniaque Dragan Bubic (qui joue peu) et le défenseur suédois Nadir Bencheena font partie de son portefeuille. Le conclave décide du départ de dix joueurs. Heylens et Curtak s'occupent des arrivées. Heinz Lienhart, un gardien, vient de l'Austria Kärnten, et deux jeunes Suisses d'origine serbe débarquent, nourris et logés à ses frais. Seul un des Suisses jouera contre Beveren mais il est incroyablement mauvais et on ne le reverra plus. Curtak ne fait pas de problème. C'est différent quand Lienhart ne semble pas qualifié pour son premier match, début février, contre Renaix. Baudart a en effet engagé un autre gardien, l'ancien Namurois Sébastien Cousin de l'URS Centre. On raconte qu'il a sciemment retardé la procédure de qualification de Lienhart pour que Cousin puisse jouer. Curtak met les points sur les " i " : c'est lui qui apporte les joueurs et les paie, donc ils joueront tant que d'autres ne seront manifestement pas meilleurs. Namur perd 2-4 et on dit à Cousin qu'il n'a pas été très bon. Une semaine plus tard, contre Beveren, Lienhart prend place dans le but. Le même mois, Curtak et Ban intègrent le conseil d'administration de l'UR Namur, prenant les places de deux vieux serviteurs remerciés par Baudart. Selon la presse locale, Curtak injecte 100.000 euros dans le club et annonce connaître un éventuel investisseur turc. Il promet d'investir 250.000 euros de plus et de devenir propriétaire du club s'il se maintient. Baudart retrouve espoir. L'embauche de Georges Heylens, grâce à Bojo Ban, flatte l'ego de Baudart, comme quand il avait engagé Alphonse Costantin, ancien arbitre et directeur du Standard, après la promotion en D2. Mais celui-ci n'avait pas résisté plus de quelques mois aux côtés de l'imprévisible président. L'aura de Heylens se ternit rapidement. Entraîneur de l'année en 1984, à Seraing, il semble dépassé. Il se contente d'organiser des petits matches à l'entraînement. L'équipe perd tout le temps : un point en trois mois et puis arrive le match Olympic Charleroi-Namur ; un des matches que la police allemande et l'UEFA soupçonnent d'avoir été falsifiés, selon le Süddeutsche Zeitung. Beaucoup de gens froncent les sourcils ce jour-là. Lienhart annonce qu'il est blessé. Cousin est déjà blessé et Nico Van Grootenbruel, le troisième gardien, doit prendre place dans le but. Il se retourne après sept minutes : 1-0. Olympic-Namur s'achève sur le score de 3-0. Les deux derniers buts sont inscrits en fin de partie, sous le regard de Marijo Curtak, dans la tribune, à côté de Cvetkovic, suspendu et, un peu plus loin, de Bojo Ban. L'UR Namur est reléguée. Elle ne compte que 13 points, près de trois fois moins que Deinze, l'avant-dernier. Curtak disparaît, de même que l'investisseur turc. On a vu celui-ci à Namur à deux reprises. Il n'a pas dit grand-chose et on ne souvient pas de son nom, sauf qu'il était couvert de bijoux en or. Le 19 novembre 2009, la police allemande arrête Curtak. D'après les magazines allemands Der Spiegel et Focus, elle considère le sponsor namurois comme un des piliers du réseau d' Ante Sapina. Sapina est le gangster germano-croate qui, depuis le Café King de Berlin, dirigeait le cartel du pari qui a conduit l'arbitre Robert Hoyzer à sa perte. Der Spiegel affirme que Curtak était déjà soupçonné de formation de bande criminelle et de fraude en 2006. Il dirigeait plusieurs agences des paris à Nuremberg. La veille de son arrestation, il se trouvait à Lugano, où il aurait remis 50.000 euros à l'arbitre bosniaque du match des -21 ans Suisse-Géorgie. Deux Turcs, Deniz C. et Nurretin G., se sont également retrouvés en prison. Sans doute l'un d'entre eux était-il l'investisseur de Namur. Depuis, la place de Marijo Curtak au conseil d'administration de Namur est vacante, comme celle de Bojo Ban. Le Namurois est gravement malade et est retourné se faire opérer en Croatie fin octobre. Georges Heylens, lui, entraîne toujours Namur, mais la collaboration avec Lille, qu'il avait fait miroiter, n'a pas abouti. Et Jean-Claude Baudart ? Il a tourné le dos à Namur et est dé-sormais entraîneur des gardiens de Petit-Waret, lanterne rouge en Promotion D. Une situation qui ne lui est pas étrangère. par jan hauspieFin août 2008, un groupe d'Italiens a débarqué à Namur. A partir de ce moment, tout est allé de mal en pis.La comptabilité de l'UR Namur faisait état de rentrées qui n'étaient pas justifiables.