L'été de Daniel Bacquelaine était chargé. Au mois de juillet de l'année dernière, le ministre des Pensions du gouvernement Michel chapeaute les négociations entre patrons et syndicats. Au milieu de la table se trouve le dossier de la pénibilité du travail. Et une question : comment définir si un métier est assez " pénible " pour mériter une retraite anticipée, et éviter de devoir faire du métro-boulot-dodo jusqu'à l'âge de 67 ans.
...

L'été de Daniel Bacquelaine était chargé. Au mois de juillet de l'année dernière, le ministre des Pensions du gouvernement Michel chapeaute les négociations entre patrons et syndicats. Au milieu de la table se trouve le dossier de la pénibilité du travail. Et une question : comment définir si un métier est assez " pénible " pour mériter une retraite anticipée, et éviter de devoir faire du métro-boulot-dodo jusqu'à l'âge de 67 ans. Autour de la table, on parle enseignants, infirmières ou encore agents de police. Mais quand les débats sont finalement clos, le 30 août, personne n'a évoqué les attaquants de Charleroi. Sans doute parce que David Pollet, Hamdi Harbaoui et Chris Bedia auront déjà rangé les crampons depuis bien longtemps quand la soixantaine frappera à leur porte. Il n'empêche que, dans le vestiaire des Zèbres, tout le monde est prêt à accorder ce statut particulier aux attaquants du noyau. " Nos attaquants courent énormément pour nous aider à ne pas trop souffrir ", concède déjà Cristophe Diandy dans les travées de Sclessin en début de saison, après un 0-0 marqué par un jeu offensif quasi inexistant. Quelques mois plus tard, c'est Steeven Willems qui vient au secours de ses buteurs muets : " Nos attaquants doivent beaucoup défendre. Ils ont un rôle assez ingrat. " " Le problème est simple, on ne marque pas ", se lamente Mehdi Bayat après la défaite à domicile contre Gand, la première des play-offs. Hamdi Harbaoui, pourtant recruté l'hiver dernier pour régner sur le rectangle adverse, a déjà traversé une passe de 424 minutes sans marquer depuis son arrivée à Charleroi. Bedia et Pollet, quant à eux, ont dépassé les 1.000 minutes d'abstinence. C'est donc au bureau des plaintes médiatiques que se succèdent Harbaoui, Pollet et Bedia pour exprimer leur frustration. C'est le Tunisien qui commence : " Je sais que je peux faire mieux mais en même temps, je n'ai pas en tête un match où je peux me dire que j'aurais pu en mettre deux ou trois. " Pollet, pourtant meilleur buteur du club, enchaîne sur le même ton avant le coup d'envoi des play-offs : " Je suis un peu déçu de mon rendement en termes de chiffres. " Et le son de cloche n'est pas différent chez le jeune Ivoirien débarqué de Ligue 2 l'été dernier : " C'est sûr que je ne suis pas satisfait de mes statistiques personnelles. " Même Mamadou Fall, pourtant attaquant très occasionnel, se joint à la complainte. " Je ne suis pas satisfait de mes stats ", affirme le Sénégalais, qui enchaîne avec son analyse du phénomène : " C'est l'équipe qui prime. On a des valeurs ici, on doit penser au collectif avant les individualités. " Pour compléter les dires de l'ancien joueur du Port autonome de Dakar, on rappelle Hamdi Harbaoui à la barre : " Il y a un travail en plus à faire, qui demande beaucoup d'énergie, et qui peut nous rendre moins frais et lucides à la finition. " N'en jetez plus, Felice Mazzù plaide volontiers coupable : " Si les attaquants ne marquent pas, c'est de ma faute. Parce que je leur demande énormément de choses défensivement. " " Le supporter ne voit que le but que l'attaquant doit marquer mais moi, je vois ses courses et son travail ", explique le coach des Zèbres, qui ne manque jamais de rappeler l'importance des reconversions défensives chez ses attaquants, qu'il joue avec un seul ou deux hommes devant. Mazzù en parle souvent devant les micros, lors des conférences de presse. Quand David Pollet marque son premier but de la saison, en plein mois d'août face à Gand, Felice n'oublie pas de parler des deux versants de sa prestation : " Pollet a marqué, mais je retiens aussi son travail défensif qui a empêché Gand de développer deux situations intéressantes. " Les compliments se font aussi dans l'intimité du vestiaire, quand le coach distribue les bons points à ses joueurs, vidéos à l'appui. David Pollet, encore lui, est ainsi félicité par Mazzù pour ses courses défensives sur la pelouse d'Ostende, au mois de janvier, quand l'attaquant va jusqu'au bout de ses forces pour courir après un latéral côtier dans les derniers instants du match. Une technique qui porte ses fruits, puisque Hamdi Harbaoui nous parle spontanément de son admiration pour le travail de son acolyte offensif : " Je le respecte beaucoup. Le coach nous a montrés pourquoi David joue. Parce qu'il se donne énormément pour l'équipe. Il donne tout ce qu'il a dans le ventre. " " Quand on me dit que je défends beaucoup pour un attaquant, je le prends positivement ", raconte Pollet à La Nouvelle Gazette avant les play-offs. " Un gars peut être transparent pendant nonante minutes et marquer en fin de match, alors qu'un autre peut respecter les règles et travailler pour l'équipe, sans forcément marquer. C'est au coach de décider ce qu'il préfère. " Felice Mazzù a choisi. Et il s'explique : " En tant que staff, on sait qu'on doit avancer avec ce qu'on sait faire. Et cette saison, ce qu'on fait très bien, c'est défendre. Parce que c'est en étant la deuxième meilleure défense de Belgique qu'on est arrivé en play-offs 1. " Et comme l'analysait pour nous Ivan Leko avant les play-offs, " Charleroi est énorme en défense, parce que ce sont les dix joueurs de champ qui défendent. " L'histoire devient paradoxale quand on se rappelle qu'au printemps dernier, c'est un attaquant de Charleroi qui a fini avec le Taureau d'or sur le dos. Mais une fois Jérémy Perbet parti, Charleroi s'est transformé en se reconstruisant depuis l'arrière. Puisque David Pollet et Chris Bedia ne constituaient pas la même garantie de buts que leur prédécesseur, ils n'ont pas non plus hérité de la relative liberté qu'accordait Mazzù au Français, et que Perbut rendait à son coach en faisant trembler les filets toutes les semaines. Sans doute inquiet de ne voir apparaître aucun joueur de Charleroi dans les hautes sphères du classement des buteurs, et interpellé par le fait de voir son coach opter pour un système à deux attaquants malgré le manque de ressources à ce poste dans le noyau, Mehdi Bayat a débauché Harbaoui dès le début du mois de janvier. Le Tunisien, qui admet lui-même que dans sa carrière, il a " souvent joué en pointe " et qu'on lui a " rarement demandé de revenir défendre ", s'imagine bien épouser la trajectoire zébrée de Perbet. " Si je peux atteindre les dix buts, ce sera déjà bien ", expliquait Hamdi à son arrivée. Quatre mois plus tard, il n'a marqué que quatre fois. Un but toutes les 275 minutes, pour celui qui a toujours été habitué à voguer sous la barre du but tous les deux matches (un but toutes les 168 minutes à Lokeren, toutes les 122 minutes à OHL, toutes les 116 au Qatar et même toutes les 146 à Anderlecht). Les choses auraient peut-être été différentes si la machine à marquer avait posé ses valises à Charleroi en début de saison. Parce que l'histoire de la saison carolo aurait alors pu se raconter autrement. Depuis janvier, Mazzù n'a rien fait d'autre que ce qu'il a toujours fait : rester fidèle à des principes qu'il nous avait expliqué lors d'une interview, quelques jours après l'arrivée de Cristian Benavente dans le Pays Noir. " Le joueur le plus fort du monde arriverait aujourd'hui dans mon équipe, demain il ne joue pas. Parce que pour moi, c'est dévaloriser celui qui sort. Tu ne dois pas oublier que tu viens de faire les trois quarts de la saison avec certains joueurs. Je pars du principe que quand un groupe t'a donné beaucoup de satisfaction, tu ne peux pas jeter comme ça d'un claquement de doigts un ou deux joueurs parce qu'un nouveau arrive. Pour moi, c'est un manque de respect. " Felice Mazzù a reçu Harbaoui, mais il a directement expliqué à son nouvel artilleur qu'il ne pouvait pas bouleverser l'équilibre défensif de son équipe, pierre angulaire de la saison zébrée, pour lui offrir quelques buts de plus. Alors, Hamdi s'est fondu dans la masse, et a placé les play-offs en objectif numéro 1. Le collectif avant les buts. Parfois difficile à envisager pour des attaquants qui, comme le rappelle souvent Mazzù, " sont une race à part, qui ne pensent qu'à marquer. C'est très difficile de les faire se replacer 99 % du temps dans les bonnes zones en perte de balle. " Faut-il vraiment blâmer quelqu'un dans cette histoire ? David Pollet n'a marqué que huit fois cette saison, soit deux fois plus que Bedia et Harbaoui, mais les chiffres de ce début de play-offs sont là pour prouver l'ampleur de leur tâche. En sept matches, Pollet a tiré neuf fois au but, soit une fois toutes les 42 minutes passées sur le terrain. Pour ses deux partenaires, la moyenne chute à un tir toutes les 58 minutes de jeu. Bien loin des attaquants de Bruges, meilleure attaque des play-offs avec douze buts marqués, soit le double du compteur carolo. Chez les Blauw en Zwart, Jelle Vossen frappe une fois toutes les 25 minutes, et Wesley une fois toutes les 38 minutes. Question de mathématiques. Tout ça, c'est donc de la faute de Felice Mazzù. Mais le coach des Zèbres a fait un choix. La saison dernière, Charleroi a eu le Taureau d'or, mais Perbet l'a arboré en play-offs 2. Cette année, pas de maillot distinctif, mais une présence dans le peloton de tête des play-offs 1. Celui qui gagne n'a-t-il pas toujours raison ? par Guillaume Gautier - photos Belgaimage" Si les attaquants ne marquent pas, c'est de ma faute. Parce que je leur demande énormément de choses défensivement. " Felice Mazzù