La délivrance est survenue au bout d'un voyage presque aussi long que sa disette. À plus de 200 kilomètres du stade Arc-en-ciel, sa terre d'accueil depuis cet été, Cyle Larin a trouvé le chemin des filets sur la pelouse du Kehrweg pour mettre un terme à 585 minutes de mutisme. S'il avait déjà offert trois buts à ses coéquipiers depuis le coup d'envoi de la saison, le colosse canadien avait le sourire qu'arborent les hommes libérés au moment de raconter sa première rose, plantée avec le front dans le jardin confidentiel des Cantons de l'Est.

Depuis, l'attaquant du Essevee a encore frappé trois fois. Un solo sur le côté gauche et deux coups de casque, comme pour épouser la marque de fabrique d'un club qui a pris l'habitude de régner sur les airs. Sur les quatre dernières saisons, Zulte Waregem a planté 61 buts de la tête. De quoi devenir l'une des références nationales en la matière, du haut du crâne de Mbaye Leye à celui d' Hamdi Harbaoui.

Posé au sommet d'un robuste mètre 88, Cyle Larin a de quoi assumer l'héritage. Le problème venait plutôt de la faculté de son équipe à lui envoyer des centres dans la surface, stratégie qui nécessite généralement une certaine domination dans les échanges.

Réduits à une possession de balle de 43,5% depuis le début de saison (contre 47% l'an dernier), positionnés plus bas sur le terrain pour éviter d'exposer de façon trop criante les limites individuelles d'un secteur défensif naufragé lors de sa visite à Sclessin au début du mois d'août, les Flandriens devaient conclure leurs actions par un jeu dominant tout en partant de reconversions rapides depuis leur moitié de terrain.

Une équation finalement résolue quand Saido Berahino s'est installé dans le dos de Larin. " On a dû chercher, mais le puzzle est maintenant complet ", se réjouit déjà Francky Dury au coeur du mois de septembre.

CYLE ET SAIDO

Le retour d' Ibrahima Seck devant la défense a évidemment joué un rôle dans la bonne santé de Zulte Waregem après le 0/6 initial, mais c'est surtout offensivement que la transformation a été spectaculaire. Muets durant les deux premières journées, les hommes de Dury ont ensuite planté vingt buts en dix sorties, ce qui fait d'eux la meilleure attaque du pays sur cette période, en compagnie de Courtrai et du Standard. Au sommet de la pyramide flandrienne, Larin et Berahino ont planté quatre fois chacun.

" On se trouve très facilement ", raconte Larin au sujet de sa relation avec l'ancien joueur de Premier League. Au-delà des clichés habituels sur l'association entre un grand format en pivot et un joueur dynamique dans l'axe offensif, le duo a rapidement semblé bénéficier d'une complémentarité naturelle. Capable de faire jouer ses coéquipiers, mais aussi de prendre les espaces grâce à sa pointe de vitesse, Berahino profite des portes ouvertes par le jeu de Larin, souvent enclin à décrocher pour faire parler ses qualités ballon au pied, parfois surprenantes pour un joueur de son gabarit. " Quand j'ai le ballon, je décroche parfois en 10. Alors, Saido peut s'infiltrer ", confirme le Canadien.

On a dû chercher, mais le puzzle est maintenant complet " - Francky Dury

Berahino s'éloigne rarement de l'axe du jeu, contrairement à Larin qui a tendance à faire des appels sur les côtés. L'attaquant brille dans sa capacité à se libérer du marquage pour demander le ballon dès que ses coéquipiers le récupèrent, et peut ensuite le garder jusqu'à ce que le reste de l'équipe s'installe de l'autre côté du rond central. Un atout précieux pour permettre au Essevee de se déployer sur les ailes et de distiller ces centres devenus sa marque de fabrique. L'autre alternative pour franchir la ligne médiane, les courses balle au pied de Luka Zarandia, est moins fréquemment utilisée par les hommes de Dury, qui ont trouvé en Larin une référence qui rappelle les déplacements de Mbaye Leye, longtemps resté l'attaquant-clé du stade Arc-en-ciel.

Cyle Larin, belgaimage
Cyle Larin © belgaimage

LE CASTING DE FRANCKY

À l'heure de faire le casting de ses profils offensifs, Francky Dury laisse peu de place à l'improvisation. L'adaptation du jeu de Waregem aux qualités des joueurs est rare, car les joueurs sont précisément choisis pour s'adapter à un football qui reste, dans les grandes lignes, imperméable à l'emprise du temps et des hommes qui passent. En pointe, Larin a certes un profil plus complet en possession du ballon que son prédécesseur Hamdi Harbaoui, mais évolue avec un style qui se rapproche de ceux de Leye et même d' Habib Habibou, voire d' Idrissa Sylla, autres occupants historiques de la pointe du système du Essevee.

Derrière son 9, Dury aime installer un profil créatif. Plus que la mobilité impressionnante de Berahino, le coach a d'ailleurs vanté son " énorme vista " à l'heure de pointer la qualité majeure de l'une des recrues les plus inattendues de l'été. Avant le Burundais, ce rôle avait été confié au pied droit de Franck Berrier, puis aux coups d'éclat dorés de Thorgan Hazard et au toucher de balle raffiné de Sander Coopman. Idéalement, le 10 sauce Dury est capable de boucler une saison aux alentours des dix buts et des dix passes décisives, sachant à la fois déposer des ballons dans la surface et y jaillir au bon moment pour les placer au fond des filets.

C'est Omar Govea qui sert le plus souvent de rampe de lancement  au duo Berahino-Larin., belgaimage
C'est Omar Govea qui sert le plus souvent de rampe de lancement au duo Berahino-Larin. © belgaimage

Même les flancs ne semblent pas échapper à la rigueur du casting. Zulte Waregem court à droite et crée à gauche. Du côté des bons pieds, le coach a successivement placé Thorgan Hazard, Onur Kaya et Theo Bongonda, généralement bien positionnés dans le classement des passeurs décisifs à la fin de la saison. Un rôle aujourd'hui dévolu à Zarandia, pas toujours élégant mais particulièrement redoutable dans ses percées balle au pied, et bien plus souvent passeur (4 assists depuis le début de saison) que buteur, puisque le Géorgien n'a toujours pas trouvé le chemin des filets.

À l'opposé, le rôle du joueur qui brille plus par ses appels de balle que par ses passes est occupé alternativement par la pointe de vitesse de Dimitri Oberlin et le sens du jaillissement de Gianni Bruno, tous deux plus présents à la finalisation des actions qu'à leur construction. Là aussi, l'héritage est marquant, partant de profils comme Jens Naessens et Ibrahima Conté lors des années de gloire du Essevee, qui était alors un candidat au titre, jusqu'aux prestations plus récentes de Nill De Pauw voire de Mikael Soisalo, encore présenté par Dury comme l'un des joueurs les plus rapides de son noyau.

L'INVITÉ-SUPRISE ?

Les rôles sont castés de façon rigoureuse, et la qualité d'une saison de Zulte Waregem dépend généralement de celle des profils choisis pour les occuper. Avec Berahino et Larin à la manoeuvre, souvent mis sur orbite par les pieds précis d' Omar Govea, le Essevee bénéficie d'un duo qui ne nécessite pas une désorganisation excessive de toute l'équipe pour créer le danger.

Moins sollicités que lors des saisons précédentes, les arrières latéraux peuvent donc se concentrer sur leurs tâches défensives, évitant les débordements incessants qui laissaient souvent les deux défenseurs centraux accompagnés d'un seul milieu défensif pour endiguer les éventuelles contre-attaques adverses. Une stratégie qui ne fonctionnait que quand les longues jambes et les poumons inépuisables de Soualiho Meité couvraient un terrain énorme avec une réussite insolente.

Assemblé dès que Berahino est entré dans l'équipe, le puzzle s'est mis à attirer les regards quand Larin a ajouté des buts à son registre, déjà étoffé par des passes décisives à la pelle. Le Canadien s'est parfaitement fondu dans la tradition locale. " Nous avons pour habitude de faire de notre numéro 9 un buteur ", argumente Dury, auréolé du Taureau d'or ramené au stade Arc-en-ciel par Hamdi Harbaoui la saison dernière.

Lors des meilleures saisons du Essevee, le meilleur buteur du club tournait généralement au-delà des dix buts au bout de la phase classique. Un total que pourrait bien atteindre Larin s'il poursuit sur sa lancée des dernières semaines, malgré un sens du collectif qui le distingue de son prédécesseur, très souvent buteur mais rarement enclin à offrir à quelqu'un d'autre la sensation de faire trembler les filets.

Les qualités d'un secteur offensif qui semble taillé sur mesure pour le football de Francky Dury suffiront-elles à offrir une nouvelle présence dans le top 6 à Zulte Waregem, trois ans après la dernière invitation du Essevee au grand bal des play-offs 1 ? Difficile de prévoir l'étendue du réveil anderlechtois et la durée de l'irrégularité de Genk, mais en cas de défaillance de l'un des pensionnaires attendus, les Flandriens semblent être les mieux armés pour récupérer l'invitation de celui qui aura dû la décliner.

La délivrance est survenue au bout d'un voyage presque aussi long que sa disette. À plus de 200 kilomètres du stade Arc-en-ciel, sa terre d'accueil depuis cet été, Cyle Larin a trouvé le chemin des filets sur la pelouse du Kehrweg pour mettre un terme à 585 minutes de mutisme. S'il avait déjà offert trois buts à ses coéquipiers depuis le coup d'envoi de la saison, le colosse canadien avait le sourire qu'arborent les hommes libérés au moment de raconter sa première rose, plantée avec le front dans le jardin confidentiel des Cantons de l'Est. Depuis, l'attaquant du Essevee a encore frappé trois fois. Un solo sur le côté gauche et deux coups de casque, comme pour épouser la marque de fabrique d'un club qui a pris l'habitude de régner sur les airs. Sur les quatre dernières saisons, Zulte Waregem a planté 61 buts de la tête. De quoi devenir l'une des références nationales en la matière, du haut du crâne de Mbaye Leye à celui d' Hamdi Harbaoui. Posé au sommet d'un robuste mètre 88, Cyle Larin a de quoi assumer l'héritage. Le problème venait plutôt de la faculté de son équipe à lui envoyer des centres dans la surface, stratégie qui nécessite généralement une certaine domination dans les échanges. Réduits à une possession de balle de 43,5% depuis le début de saison (contre 47% l'an dernier), positionnés plus bas sur le terrain pour éviter d'exposer de façon trop criante les limites individuelles d'un secteur défensif naufragé lors de sa visite à Sclessin au début du mois d'août, les Flandriens devaient conclure leurs actions par un jeu dominant tout en partant de reconversions rapides depuis leur moitié de terrain. Une équation finalement résolue quand Saido Berahino s'est installé dans le dos de Larin. " On a dû chercher, mais le puzzle est maintenant complet ", se réjouit déjà Francky Dury au coeur du mois de septembre. Le retour d' Ibrahima Seck devant la défense a évidemment joué un rôle dans la bonne santé de Zulte Waregem après le 0/6 initial, mais c'est surtout offensivement que la transformation a été spectaculaire. Muets durant les deux premières journées, les hommes de Dury ont ensuite planté vingt buts en dix sorties, ce qui fait d'eux la meilleure attaque du pays sur cette période, en compagnie de Courtrai et du Standard. Au sommet de la pyramide flandrienne, Larin et Berahino ont planté quatre fois chacun. " On se trouve très facilement ", raconte Larin au sujet de sa relation avec l'ancien joueur de Premier League. Au-delà des clichés habituels sur l'association entre un grand format en pivot et un joueur dynamique dans l'axe offensif, le duo a rapidement semblé bénéficier d'une complémentarité naturelle. Capable de faire jouer ses coéquipiers, mais aussi de prendre les espaces grâce à sa pointe de vitesse, Berahino profite des portes ouvertes par le jeu de Larin, souvent enclin à décrocher pour faire parler ses qualités ballon au pied, parfois surprenantes pour un joueur de son gabarit. " Quand j'ai le ballon, je décroche parfois en 10. Alors, Saido peut s'infiltrer ", confirme le Canadien. Berahino s'éloigne rarement de l'axe du jeu, contrairement à Larin qui a tendance à faire des appels sur les côtés. L'attaquant brille dans sa capacité à se libérer du marquage pour demander le ballon dès que ses coéquipiers le récupèrent, et peut ensuite le garder jusqu'à ce que le reste de l'équipe s'installe de l'autre côté du rond central. Un atout précieux pour permettre au Essevee de se déployer sur les ailes et de distiller ces centres devenus sa marque de fabrique. L'autre alternative pour franchir la ligne médiane, les courses balle au pied de Luka Zarandia, est moins fréquemment utilisée par les hommes de Dury, qui ont trouvé en Larin une référence qui rappelle les déplacements de Mbaye Leye, longtemps resté l'attaquant-clé du stade Arc-en-ciel. À l'heure de faire le casting de ses profils offensifs, Francky Dury laisse peu de place à l'improvisation. L'adaptation du jeu de Waregem aux qualités des joueurs est rare, car les joueurs sont précisément choisis pour s'adapter à un football qui reste, dans les grandes lignes, imperméable à l'emprise du temps et des hommes qui passent. En pointe, Larin a certes un profil plus complet en possession du ballon que son prédécesseur Hamdi Harbaoui, mais évolue avec un style qui se rapproche de ceux de Leye et même d' Habib Habibou, voire d' Idrissa Sylla, autres occupants historiques de la pointe du système du Essevee. Derrière son 9, Dury aime installer un profil créatif. Plus que la mobilité impressionnante de Berahino, le coach a d'ailleurs vanté son " énorme vista " à l'heure de pointer la qualité majeure de l'une des recrues les plus inattendues de l'été. Avant le Burundais, ce rôle avait été confié au pied droit de Franck Berrier, puis aux coups d'éclat dorés de Thorgan Hazard et au toucher de balle raffiné de Sander Coopman. Idéalement, le 10 sauce Dury est capable de boucler une saison aux alentours des dix buts et des dix passes décisives, sachant à la fois déposer des ballons dans la surface et y jaillir au bon moment pour les placer au fond des filets. Même les flancs ne semblent pas échapper à la rigueur du casting. Zulte Waregem court à droite et crée à gauche. Du côté des bons pieds, le coach a successivement placé Thorgan Hazard, Onur Kaya et Theo Bongonda, généralement bien positionnés dans le classement des passeurs décisifs à la fin de la saison. Un rôle aujourd'hui dévolu à Zarandia, pas toujours élégant mais particulièrement redoutable dans ses percées balle au pied, et bien plus souvent passeur (4 assists depuis le début de saison) que buteur, puisque le Géorgien n'a toujours pas trouvé le chemin des filets. À l'opposé, le rôle du joueur qui brille plus par ses appels de balle que par ses passes est occupé alternativement par la pointe de vitesse de Dimitri Oberlin et le sens du jaillissement de Gianni Bruno, tous deux plus présents à la finalisation des actions qu'à leur construction. Là aussi, l'héritage est marquant, partant de profils comme Jens Naessens et Ibrahima Conté lors des années de gloire du Essevee, qui était alors un candidat au titre, jusqu'aux prestations plus récentes de Nill De Pauw voire de Mikael Soisalo, encore présenté par Dury comme l'un des joueurs les plus rapides de son noyau. Les rôles sont castés de façon rigoureuse, et la qualité d'une saison de Zulte Waregem dépend généralement de celle des profils choisis pour les occuper. Avec Berahino et Larin à la manoeuvre, souvent mis sur orbite par les pieds précis d' Omar Govea, le Essevee bénéficie d'un duo qui ne nécessite pas une désorganisation excessive de toute l'équipe pour créer le danger. Moins sollicités que lors des saisons précédentes, les arrières latéraux peuvent donc se concentrer sur leurs tâches défensives, évitant les débordements incessants qui laissaient souvent les deux défenseurs centraux accompagnés d'un seul milieu défensif pour endiguer les éventuelles contre-attaques adverses. Une stratégie qui ne fonctionnait que quand les longues jambes et les poumons inépuisables de Soualiho Meité couvraient un terrain énorme avec une réussite insolente. Assemblé dès que Berahino est entré dans l'équipe, le puzzle s'est mis à attirer les regards quand Larin a ajouté des buts à son registre, déjà étoffé par des passes décisives à la pelle. Le Canadien s'est parfaitement fondu dans la tradition locale. " Nous avons pour habitude de faire de notre numéro 9 un buteur ", argumente Dury, auréolé du Taureau d'or ramené au stade Arc-en-ciel par Hamdi Harbaoui la saison dernière. Lors des meilleures saisons du Essevee, le meilleur buteur du club tournait généralement au-delà des dix buts au bout de la phase classique. Un total que pourrait bien atteindre Larin s'il poursuit sur sa lancée des dernières semaines, malgré un sens du collectif qui le distingue de son prédécesseur, très souvent buteur mais rarement enclin à offrir à quelqu'un d'autre la sensation de faire trembler les filets. Les qualités d'un secteur offensif qui semble taillé sur mesure pour le football de Francky Dury suffiront-elles à offrir une nouvelle présence dans le top 6 à Zulte Waregem, trois ans après la dernière invitation du Essevee au grand bal des play-offs 1 ? Difficile de prévoir l'étendue du réveil anderlechtois et la durée de l'irrégularité de Genk, mais en cas de défaillance de l'un des pensionnaires attendus, les Flandriens semblent être les mieux armés pour récupérer l'invitation de celui qui aura dû la décliner.