M argarita Louis-Dreyfus ne met jamais les pieds à Sclessin. Pas sûr qu'elle connaisse la différence entre le mauve et le rouge. Pourtant, c'est elle qui détient les clés du club. Elle en est l'actionnaire de référence et peut donc décider de son avenir à tout moment, si elle décide de revendre ses parts et trouve un acheteur.
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M argarita Louis-Dreyfus ne met jamais les pieds à Sclessin. Pas sûr qu'elle connaisse la différence entre le mauve et le rouge. Pourtant, c'est elle qui détient les clés du club. Elle en est l'actionnaire de référence et peut donc décider de son avenir à tout moment, si elle décide de revendre ses parts et trouve un acheteur. C'est une jolie femme de caractère. Née à Leningrad, orpheline dès l'âge de 7 ans quand ses parents sont tués dans un accident de train. Mariée au richissime Robert Louis-Dreyfus en 1992, ils ont eu trois enfants. Veuve depuis juillet 2009. Après la mort de RLD, Margarita annonce qu'elle va poursuivre toutes ses £uvres. Dans les affaires (commerce de coton, riz, céréales, oranges, etc. ainsi qu'immobilier et énergie) comme dans le foot (implication comme actionnaire majoritaire à Marseille et au Standard). Promesse en l'air ? Aujourd'hui, elle cherche à vendre les parts qu'elle possède (avec ses enfants) au Standard. Etonnant ? Non. La Tsarine, surnom que lui donnent ses adversaires, n'a pas peur de trancher dans le vif. Marguerite peut être vache. Exemple le plus frappant : le C4 récent de Jacques Veyrat, qui était le bras droit de Robert Louis-Dreyfus depuis plus que 15 ans. Avant de mourir d'une leucémie, RLD avait confié tous les pouvoirs de son groupe à Veyrat. Mais l'entente entre ce capitaine d'industrie et la veuve s'est vite détériorée. Quand il a cherché à introduire le groupe Louis-Dreyfus en Bourse, elle l'a soupçonné de vouloir s'enrichir personnellement. Elle a un jour confié : " Veyrat veut voler ma famille, mon empire, mes enfants. " Alors, elle l'a harcelé, lui a envoyé des sms et mails menaçants, et Veyrat a finalement dû partir. Avec un fameux parachute : on parle de 150 à 200 millions d'euros. Mais quelle importance pour une patronne/héritière d'entreprise qui emploie 35.000 personnes, dont le groupe réalise un chiffre d'affaires d'environ 40 milliards d'euros et pèse près de 6 milliards ? Depuis quelques semaines, c'est Margarita - et plus Veyrat - qui est dans le fauteuil de président du holding. Dans le business, Margarita Louis-Dreyfus ne prolonge donc pas tout à fait l'£uvre de son mari défunt. Et dans le foot ? Il semble qu'elle continuera à s'impliquer à Marseille (voir encadré) mais pas au Standard. Presque tous les échos concordent : elle veut se débarrasser rapidement des actions qu'elle possède dans le club. " Je ne suis pas aussi catégorique, vous allez un peu vite ", nous dit IvoHungerbühler, avocat du bureau zurichois bratschi wiederkehr & buob et gestionnaire de l'héritage familial de Robert Louis-Dreyfus. " Il y a eu plusieurs réunions ces derniers temps et nous en planifions encore dans les prochaines semaines. Jeudi dernier, j'ai reçu Lucien D'Onofrio pour aborder la vente éventuelle des actions de Mme Louis-Dreyfus et de ses enfants. Vendre, c'est une possibilité. Mais cela ne se fera pas à n'importe quel prix et à n'importe quelles conditions ou circonstances. Margarita Louis-Dreyfus se préoccupe d'abord de l'avenir du Standard. Elle ne cédera ses parts que si un acheteur vient avec un bon projet et le montant qu'elle réclame. Elle veut d'abord que le Standard s'installe au top du football belge, qu'il devienne le meilleur club de Belgique et refasse parler de lui en Europe. Si elle a le sentiment que tout cela n'est pas possible avec un nouvel actionnaire majoritaire, elle gardera simplement ses actions. " A quoi faut-il s'attendre dans un futur proche ? Le Standard va-t-il changer de mains ? Si oui, quelles en seront les conséquences concrètes ? Important à savoir : Margarita Louis-Dreyfus détient des actions, pas des créances. Elle ne peut donc récupérer les billes investies par son mari qu'en trouvant un acheteur. En aucun cas, elle ne peut exiger sur-le-champ un remboursement de l'investissement de RLD, estimé à une petite trentaine de millions. Enquête. Robert Louis-Dreyfus et Lucien D'Onofrio ont repris le Standard en 1999. Jusqu'en 2002, ils y ont injecté près de 35 millions au total. Depuis lors, il n'y a plus eu d'investissement : le club s'auto-suffit. Preuve de son excellente santé financière : les actionnaires ont touché deux fois des dividendes au cours des dernières années (4 millions en 2009, 2 millions en 2010). Aujourd'hui, ses actifs (immobilisations, joueurs, etc) sont évalués à 60 millions. Un résultat exceptionnel. A titre de comparaison, Anderlecht est à 23 millions et... Charleroi à 13 millions. Le Standard possède aussi 33 millions de fonds propres. Remarquable. Sur le dernier exercice comptable, le club a enregistré un bénéfice d'exploitation de plus de 10 millions, grâce à sa première campagne en Ligue des Champions. Bref, tous les voyants sont au vert. Lorsque Louis-Dreyfus et D'Onofrio ont racheté le Standard, il était en négatif d'environ 20 millions. Aujourd'hui, on estime sa valeur entre 25 et 30 millions. Joli retournement de situation comptable ! L'actionnariat du Standard se décompose en trois pans. L'ancien président AndréDuchêne et Robert Lesman possèdent encore quelques parts : c'est anecdotique. Lucien D'Onofrio a environ 10 % des actions via sa société Kick International, basée aux Pays-Bas. Et le gros morceau, c'est la Financière du Standard, une société anonyme établie à Bruxelles et qui détient 89 % des actions du club. Il y a trois actionnaires dans cette Financière : le président suisse Reto Stiffler, Lucien D'Onofrio et Margarita Louis-Dreyfus. En cumulant Kick International et sa participation dans la Financière, Lucien D'Onofrio possède plus de 20 % de la valeur totale du club. Et Mme Louis-Dreyfus, avec ses enfants, approche des 80 %. Elle en est donc l'actionnaire clairement majoritaire. En partant du principe que le Standard vaut 30 millions, ses seules parts représentent environ 25 millions. Et les parts cumulées de la famille de la Tsarine et de Lucien D'Onofrio peuvent donc être chiffrées à une trentaine de millions. " C'est fort théorique ", explique Pierre Delahaye, ancien directeur du Standard. " C'est facile de coller une valeur sur une entreprise cotée en Bourse ou sur une société qui vend des clous ou des boulons. Le cas d'un club de football est différent. C'est compliqué de chiffrer ce qu'il vaut, comme c'est difficile d'attribuer une valeur à un footballeur qui peut valoir 10 millions aujourd'hui mais se casser la jambe demain et ne plus avoir beaucoup de valeur après-demain. " Tout cela va-t-il bientôt voler en éclats ? Quels sont les scénarios envisageables ? Un statu quo est toujours possible. Margarita Louis-Dreyfus reste l'actionnaire majoritaire et laisse la gestion quotidienne du club à Lucien D'Onofrio, nommé vice-président en 2004 puis administrateur délégué en 2010. C'est une issue envisageable car la Russe n'a toujours pas trouvé de repreneur prêt à racheter à ses conditions (prix et projet sur le long terme) alors qu'elle cherche depuis plusieurs mois. Possible aussi car rien ne presse pour elle. Un membre de son entourage reconnaît : " Elle n'a pas besoin d'argent. "Bon à savoir : Margarita Louis-Dreyfus ne veut pas laisser Lucien D'Onofrio dans l'embarras. Si elle vend ses seules actions, D'Onofrio se retrouve subitement avec un nouveau patron et 20 % de parts : il n'a plus rien à dire dans le club et il a de l'argent qui dort à Sclessin. Actuellement, il est un actionnaire minoritaire qui peut diriger uniquement parce que Robert Louis-Dreyfus lui avait offert ce privilège qui n'a pas été remis en cause après son décès. Margarita semble avoir fait une promesse à D'Ono : elle ne vendra ses actions qu'à un acheteur qui reprendrait aussi celles de Lucien D'Onofrio et posséderait ainsi presque les 100 % du Standard. Ou alors, la Russe vend ses parts à un acheteur qui laisse D'Onofrio aux commandes du club. Mais c'est très peu probable car qui est prêt à débourser plusieurs dizaines de millions sans devenir le nouveau patron ? Pierre Delahaye : " Ce serait pourtant la meilleure solution. Tout bouleverser en une fois, ça peut être dangereux. " Dans ce cas, Lucien D'Onofrio confirme ce qu'il a déclaré dans la presse il y a quelques semaines : il ne s'accrochera pas au Standard, il est un peu fatigué de son boulot à Liège. Dans le texte : " Je suis peut-être au Standard depuis trop longtemps. Peut-être que certains de mes choix ne conviennent pas, ou ne conviennent plus ? Je me pose des questions. Aujourd'hui, je suis dans l'incapacité de dire si je continuerai mon travail dans ce club. Je prendrai ma décision en fin de saison. "Il a aussi lâché : " Je suis arrivé avec Robert Louis-Dreyfus, je ne crois pas que je resterai si un autre actionnaire vient. " Va-t-il quitter Sclessin et entamer un nouveau chapitre de sa vie ailleurs ? Un de ses proches nous a confié récemment qu'il avait été approché pour devenir le nouveau manager général de la Juventus. Il y occuperait le rôle qu'il joua autrefois au FC Porto. Autre piste à suivre : un contrat l'attend à Benfica, il n'a plus qu'à signer. En cas de départ, Lucien D'Onofrio ferait en tout cas une bonne affaire financière, vu la valeur actuelle du club (et donc de ses actions) par rapport à ce qu'il y a investi. Panique à Liège ? Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie et habitué de Sclessin où il partage souvent la loge de l'administrateur délégué, ne veut pas imaginer son départ : " La perte de Lucien D'Onofrio serait plus dramatique pour le Standard que la revente des actions de Madame Louis-Dreyfus. Je ne vois pas qui d'autre que lui a la capacité de maintenir le club au niveau où il est aujourd'hui. Je le rencontre régulièrement mais je ne connais pas ses intentions : ce n'est pas l'homme le plus bavard de la terre sur les sujets importants. " " Je ne pense pas qu'il quittera le club ", dit Jean-Marie Valkeners, responsable du sponsoring de VOO, sponsor du Standard. " Je suis persuadé que la situation va se décanter très vite, mais pour moi, ce sera toujours avec Lucien D'Onofrio. Les négociations doivent être assez dures entre Madame Louis-Dreyfus et lui, mais ils ne se bagarrent quand même pas comme des requins. Les familles se connaissent très bien, il y a de la compréhension des deux côtés. On n'est pas dans une guerre de succession sans pitié. Ce n'est plus une relation entre deux amis, comme autrefois avec Lucien D'Onofrio et Robert Louis-Dreyfus, les héritiers ne s'intéressent pas au Standard, mais le respect est toujours là. " C'est peu probable car il a déjà essayé et ça n'a pas fonctionné. Il a fait plus d'une offre de rachat à Margarita Louis-Dreyfus, qui n'a jamais accepté le prix proposé. On a signalé récemment Lucien D'Onofrio au Qatar. Dans cet émirat sans doute parce que Zinédine Zidane est un de ses anciens clients et qui a été le testimonial hyper bien payé de la candidature qatari au Mondial... D'Onofrio y aurait négocié un transfert ou un partenariat plutôt qu'un rachat du Standard. La famille royale qatarie est folle de foot et serait sur le point de faire une offre de rachat de Manchester United, mais elle ne semble pas intéressée par le Standard ! La solution pourrait-elle passer par un autre pays de cette région ? " Dans le football actuel, beaucoup de fonds proviennent de pays émergents ", dit Pierre Delahaye. " Des clubs européens deviennent les nouvelles danseuses de grosses fortunes exotiques. On en voit plusieurs en Angleterre. Pourquoi pas le Standard ? Dans ces pays, on trouve encore des gens qui sont prêts à perdre beaucoup d'argent dans le football, prêts à se lancer même s'ils savent qu'ils ont peu de chances de récupérer un jour leur investissement. "Il y a quelques semaines, la presse italienne a avancé une autre piste. AntonioGiraudo, ancien administrateur délégué sulfureux de la Juventus, aurait fait une offre de reprise du Standard. Son avocat n'a pas démenti, disant seulement que toute conclusion était très prématurée. Toujours dans les rumeurs : la solution se trouverait dans un grand pays anglophone, chez un membre de la liste Forbes des plus grosses fortunes du monde. Et tout se décanterait dès la fin des play-offs. Ou encore ceci : le week-end de Pâques, des touristes belges ont aperçu Lucien D'Onofrio sur le yacht de Bernard Tapie dans le port de Monaco : alors, Nanard à Liège ? Selon nous, la piste la plus probable mène à des repreneurs belges. " Lucien D'Onofrio cherche des investisseurs depuis longtemps, c'est connu, il ne s'en cache même pas ", dit Valkeners. " Le Standard est une société anonyme comme une autre ", lance Pierre Delahaye. " Il peut y avoir à tout moment des modifications dans l'actionnariat et la vie continue. Trouver des personnes intéressées ne doit pas être si difficile. Le produit est bon, les résultats sont là, le public suit. Mais j'imagine mal un conglomérat d'entreprises pour reprendre les actions de Mme Louis-Dreyfus. Se mettre d'accord à deux n'est pas toujours facile. Alors, à cinq ou six, ça devient très aléatoire. Je sens mal un scénario pareil. Je vois plutôt une seule personne fortunée ou un groupe fort qui rachèterait l'ensemble des parts de la veuve et deviendrait majoritaire. Après cela, il faudrait envisager l'avenir des actionnaires minoritaires. Ils devraient se repositionner. Quand tu es dans la minorité, tu es satisfait (par exemple parce que tu conserves une minorité de blocage), ou tu es mécontent parce que tu n'as rien à dire. Et si tu n'es pas content, en général, tu vends à ton tour et tu t'en vas en réclamant tes dividendes. Avec ses contacts, Lucien D'Onofrio devrait être capable de trouver des repreneurs qui lui conviendraient et lui laisseraient les rênes du club au quotidien. "Quid du politique dans l'opération ? Il pourrait avoir son mot à dire. Et cela ne passerait plus par Michel Daerden (qui a perdu beaucoup de son influence politique) mais plutôt par Jean-Claude Marcourt. Qui ne cache pas ses intentions et ce qu'il est prêt à faire pour le club : " Aucun projet ne nous a été présenté jusqu'à présent. Je ne suis pas au courant de tout, je sais seulement que Lucien D'Onofrio s'interroge sur son propre futur et l'avenir du club. S'il a besoin d'un soutien, d'un relais vers le monde industriel, nous pouvons ouvrir un dossier. S'il nous sollicite, nous pourrons nous mettre directement en marche. Un club de football a une valeur monétaire mais c'est aussi une symbolique forte. A Liège, personne n'est indifférent à l'avenir du Standard. On ne parlerait pas de tout cela si Margarita Louis-Dreyfus avait pour le club le même attachement que son mari. Mais elle ne l'a pas, c'est son droit, c'est légitime aussi qu'elle se préoccupe de son patrimoine. " Le ministre wallon de l'Economie signale également que " des industriels qui reprendraient le Standard ne pourraient plus être comparés aux mécènes qui investissaient dans le foot il y a 20 ans et avaient les yeux de Chimène pour leur club. Cela n'existe plus. Aujourd'hui, un investisseur exige de récupérer ses billes tôt ou tard. "PAR PIERRE DANVOYE 25 à 30 millions suffiraient pour racheter toutes les actions du Standard. " Le départ de Lucien D'Onofrio serait plus dramatique pour le Standard que la revente des actions de Madame Louis-Dreyfus. " (Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l'Economie) " Margarita Louis-Dreyfus ne cédera ses parts que si un acheteur vient avec un bon projet pour le Standard et le montant qu'elle réclame. " (Ivo Hungerbühler, gestionnaire de fortune de la famille Louis-Dreyfus)