C'est ce qui s'appelle passer par le chas de l'aiguille...Au printemps dernier, alors qu'il s'est apparemment tout à fait remis de sa deuxième opération à un genou horriblement mutilé, Ronaldo est le plus souvent gardé sur le banc de l'Inter Milan par le coach argentin Hector Cuper. Le Mondial asiatique approche à grand pas et Ronaldo ne joue que sporadiquement avec les Milanais et ses réapparitions dans l'équipe du Brésil ne rassurent pas tout le monde.
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C'est ce qui s'appelle passer par le chas de l'aiguille...Au printemps dernier, alors qu'il s'est apparemment tout à fait remis de sa deuxième opération à un genou horriblement mutilé, Ronaldo est le plus souvent gardé sur le banc de l'Inter Milan par le coach argentin Hector Cuper. Le Mondial asiatique approche à grand pas et Ronaldo ne joue que sporadiquement avec les Milanais et ses réapparitions dans l'équipe du Brésil ne rassurent pas tout le monde. Au même moment, le président de la FIFA Sepp Blatter a le visage blême d'un véliplanchiste imprudent pris dans un violent orage estival sur le Lac Léman Il voit les rives mais ne sait pas comment les rejoindre. Alors que le congrès de Séoul est proche, il est critiqué et menacé jusque dans l'immeuble même de la FIFA. Que des membres de l'UEFA trouvent sa gestion financière à la limite de l'honnêteté et aillent jusqu'à déposer plainte, passe encore. Ce peut être considéré comme la règle du jeu entre la tête mondiale du foot et les représentants du Vieux Continent. Mais que son propre secrétaire général Michel Zen Ruffinen - Suisse comme lui de surcroît - leur emboîte le pas, c'est comme si sa voile se déchirait et que le mât lui tombait sur la tête. Ronaldo ronge son frein sur le banc de l'Inter alors que Feyenoord est en train de gagner la Coupe de l'UEFA. Et Blatter est aussi blanc que les feuilles de papier posées devant lui à Séoul. Deux images fortes de la première moitié de 2002.Et puis, Ronaldo écrit l'une des plus belles pages de l'histoire du jeu en devenant champion du monde et en marquant huit buts dont deux en finale. Dans la foulée, il tourne le dos à l'Inter et signe au mythique Real Madrid, se blesse et revient juste à temps pour gagner la Coupe Intercontinentale. Au même moment, Blatter reçoit la confirmation de la justice helvétique qu'il n'a en rien truqué les comptes de la FIFA. El fenomeno et ZizouIl y a une semaine, à Madrid, les deux bonshommes avaient très bonne mine. Le Brésilien recevait le prix du Joueur FIFA de l'année (décerné par les entraîneurs nationaux de tous les pays affiliés!) et le Suisse présidait avec une énergie et un aplomb totalement retrouvés le comité exécutif de l'organisme mondial. Le lieu était très bien trouvé puise le Real local fêtait son centenaire et que le ton était réellement à la bonne humeur. L'été de tous les dangers et de toutes les incertitudes était totalement oublié.Depuis 1998, Ronaldo n'avait pratiquement plus joué et on ne pensait plus à un retour possible. Pendant deux ans, il a été plongé dans les affres de sa rechute mais est redevenu El fenomeno sur la plus belle scène qui soit: aucun attaquant n'avait marqué autant depuis Gerd Muller en 1970. Médicalement guéri, il devait encore trouver grâce aux yeux du sélectionneur brésilien Luiz Felipe Scolari, qui décida de le couver comme le trésor qu'il est: "J'avais décidé de ne jamais renoncer à l'idée de l'aligner au Mondial". Clairvoyant sélectionneur de la sélection auriverde! Mardi passé, donc, Ronnie brûla la politesse à Oliver Kahn (déjà mortifié deux fois en finale à Tokyo) et à son coéquipier madrilène Zinedine Zidane pour devenir Joueur FIFA de l'année pour la troisième fois après 1996 et 1997. S'il n'avait pas été blessé si gravement, il n'aurait sans doute jamais permis à Zizou (1998 et 2000), Rivaldo (1999) et Luis Figo (2001) de remporter le titre depuis... "Attention: gagner la Coupe de du Monde a été le plus merveilleux", disait Ronaldo. "Ce prix de la FIFA est purement individuel, certes, mais il couronne une année qui m'a permis de redevenir l'un des meilleurs joueurs du monde. Ne vous trompez pas, ces dernières semaines, j'ai surtout passé du temps à tout faire pour m'adapter à mon nouveau club. Je suis arrivé tard et me suis claqué musculairement quelque fois aussi. J'ai dû retrouver la condition, le rythme et trouver des automatismes avec mes fabuleux coéquipiers dont Zizou. Il est très gentil quand il dit que je suis toujours bien placé sur le terrain, mais lui aussi fait tout ce qu'il faut pour que le Real vive à la hauteur de sa réputation. Je vais de plaisir en plaisir, jour après jour, à Madrid. Et la lutte que j'ai livrée pour revenir à mon niveau augmente encore le plaisir que j'éprouve ici". "Pour moi, Ronaldo a toujours été le meilleur joueur du monde et il l'est à nouveau. Point", rétorque un Zizou toujours aussi précisément laconique. "Ah, Zizou est incroyable", réplique Ronaldo en riant. "Il a toutes les qualités. D'ailleurs, on est très amoureux l'un de l'autre". Président omniprésentAu lendemain de la remise des trophées FIFA et à quelques heures du match Real Madrid-Reste du Monde au Stade Santiago Bernabeu, Blatter recevait la presse internationale en faisant preuve de l'humeur primesautière qu'il avait déjà affichée la veille lors de la remise des prix. C'était lui qui avait présidé à toutes les remises de récompenses, aussi omniprésent sur scène que l'avait été son secrétaire général Zen Ruffinen lors des éditions précédentes. "Je suis très heureux de conclure de cette manière une année très perturbée", commentait un Blatter très souriant. "On a plus parlé de politique sportive que de sport pendant tout ce temps, mais tout se termine dans la satisfaction et la joie. Et c'est le plus important. On a vécu une très belle Coupe du Monde en Corée et au Japon. Ce fut le Mondial du sourire. Ce fut vivant et surprenant. On a pu constater que le produit football restait un bon produit même s'il faut continuer à bien le présenter et à le protéger aussi ".Et le Suisse d'embrayer sur un thème qui lui est cher: celui de la dualité permanente du foot comme vecteur d'éducation permanente et de grand divertissement planétaire."Cette semaine, à Madrid, on a surtout évoqué le haut niveau", souligne le Suisse. "C'était le rendez-vous des stars dans une ambiance de centenaire madrilène mais il y aussi tous ces jeunes - garçons et filles, j'insiste - pour qui notre sport est une école de vie ".Passé rapidement son couplet sur la pyramide du foot, le pharaon du ballon rond insista sur le fait que le théâtre est bien tenu. "Quatre ans avant la prochaine Coupe du Monde en Allemagne, il faut se réjouir du fait que 15 sponsors aient signé tous leurs engagements pour quatre ans. Or, un an avant le dernier Mondial, nous n'en avions toujours que neuf sur 15, ne l'oublions pas. Malgré la crise économique, nos partenaires commerciaux croient toujours dans notre sport, dans l'organisateur allemand et forcément dans la FIFA".Là, le sourire pastoral se fait un rien carnivore: "Le verdict du tribunal de Zurich vient de retirer un gros poids des épaules de la FIFA. Certains ont voulu mettre en doute notre façon de conduire des affaires, mais ils avaient tort. Le tribunal a compris que nous nous occupions bien de notre sport".Une FIFA plus affairisteEt sur ce, Blatter insista sur le nouvel équilibre totalement serein atteint au sein du comité exécutif de l'organisme mondial. Mais qu'on ne se fasse pas d'illusions, il y aura encore des tiraillements sinon des révolutions de palais comme c'est toujours le cas dans la vie des grandes fédérations internationales. Ici, évidemment, la plainte en justice avait souligné la mort de feu le schisme. Mais si la justice zurichoise n'a rien trouvé à redire (à propos d'une FIFA quand même sise sur le territoire helvétique...), c'est qu'il n'y avait sans doute pas de quoi fouetter un chamois. "On avait dit que la FIFA allait droit à la faillite et qu'on allait devoir fermer boutique", continue Blatter. "La réalité est toute différente. Je peux vous dire que nous avons actuellement 300 millions de francs suisses en caisse. Il faut évidemment tenir compte de taxes annuelles à payer en début d'année, mais c'est une situation tout à fait saine. Toutes les critiques disparaissent maintenant comme le brouillard que fait fuir le soleil".Après cet intense moment lyrique, Blatter confirma la nomination de son compatriote Urs Linsi comme secrétaire général, celui-là même qui avait remplacé Zen Ruffinen en juin dernier sur décision du comité exécutif. Linsi, un docteur en économie, est également responsable des finances de la FIFA et succède à un juriste. On se dirige sans doute vers une conduite politique plus affairiste de la FIFA après un passage légaliste: "Depuis six mois, on s'attache effectivement à réduire les coûts et à augmenter les revenus", explique Linsi avec la concision d'un coucou quasi mort de froid. Voilà un secrétaire général qui n'est pas là pour faire de l'étalage.Actuellement, la FIFA doit d'abord veiller à contenter tout son monde, notamment par le principe de la rotation de l'organisation de la Coupe du Monde. On parle d'un organisateur africain pour 2010 mais comment satisfaire tout le monde? "On n'en est plus aux discussions de marchands de tapis", coupe court Blatter. "Nous voulons établir des critères rigoureux en tenant compte d'une répartition géographique harmonieuse et des mérites sportifs. C'est l'idée de Michel Platini qui est en train de mettre un système inattaquable en place. Il faut que notre stratégie soit au point dès l'an prochain parce que nous négocierons bientôt de nouveaux engagements de sponsoring et de droits de télévision pour la période qui suivra le rendez-vous en Allemagne. Nous devons mettre en place un avenir raisonnable et rationnel ". Une chose est sûre: le format de 32 équipes n'est pas près de changer. "C'est un des moyens d'être juste avec tout le monde", affirme Blatter. "Les grandes nations comme les petites. C'est comme pour le football féminin ou le football pour les jeunes".Où en est le championnat du monde des clubs? "Depuis 1960, il y a toujours eu la Coupe Intercontinentale disputée entre les champions européen et sud-américain mais nous avons voulu lancer une compétition opposant tous les vainqueurs de nos associationscontinentales ".Bonne idée, mais après la première de janvier 2000 au Brésil, plus rien. Normalement, il devrait à nouveau avoir lieu en 2005. "Quand le calendrier international le permettra", dit un Blatter bien conscient qu'il est déjà plein pour des années. D'autant qu'en 2004, ce sera le centenaire de la FIFA avec en mai, à Paris, un match de gala entre la France et le Brésil, les derniers vainqueurs européens et mondiaux. Un symbole pour une coexistence (enfin) pacifique entre les deux blocs? Au-delà des voeux de circonstances, ce serait bien de le souhaiter. Mais Batter - comme Ronaldo - ont déjà eu droit à leur miracle. En demander plus serait être trop gourmand. John Baete, envoyé spécial à Madrid"Zizou et moi, on est très amoureux l'un de l'autre" (Ronaldo)"On a dit que la FIFA allait droit à la faillite. La réalité est toute différente" (Blatter)