Ces avertissements n'ont pas servi à grand-chose. Quarante-trois milliardaires, au moins, ont débarqué dans le monde du football. Ci-dessous un ranking des vingt plus grands investisseurs. Et ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan du football moderne.
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Ces avertissements n'ont pas servi à grand-chose. Quarante-trois milliardaires, au moins, ont débarqué dans le monde du football. Ci-dessous un ranking des vingt plus grands investisseurs. Et ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan du football moderne. Amateur de bière corpulent, Mike Ashley est à la tête de deux clubs : les Glasgow Rangers et Newcastle United. Cet ancien joueur de squash a bâti son empire en achetant les marques de produits sportifs Lonsdale et Umbro. Ce célibataire retraité préfère toutefois sortir en rue vêtu d'un vieux jeans, un sachet en plastique lui servant d'attaché-case. Au début, on le prenait pour un supporter. Un jour, il fut repéré avec un gobelet de bière en plastique dans la tribune d'Arsenal. Depuis, ses rapports avec les fans n'ont fait que se détériorer. Ceux-ci reprochent au milliardaire d'utiliser le club à son profit personnel. Ils ont lancé une grande campagne (Mike Ashley OUT) visant à le faire partir. L'Américain Stanley Kroenke est l'homme qui investit le plus au monde dans des équipes de sport. Il possède un club de basket en NBA, un club de hockey sur glace en NHL, un club de football américain en NFL et un club de football en MLS. En Europe, il est connu pour être l'actionnaire majoritaire d'Arsenal. Les fans du clubs anglais se sont énervés lorsque les prix ont augmenté de 3 % et que Kroenke a transféré 3 millions de livres du compte du club au sien. Alors que les autres actionnaires veulent aider Arsène Wenger à être champion, Kroenke est beaucoup plus matérialiste. Bizarre quand on sait que sa femme est la fille du fondateur de la chaîne Walmart et est encore plus riche que son mari. Pour RinatAkhmetov, il n'y a pas de problème, il n'y a que des solutions. Le Shakhtar a survécu à la révolution orange, à l'accident du vol MH17 et à la crise de Crimée. Malgré le bombardement de la Donbass Arena, il s'est qualifié pour la phase de poules de la Ligue des Champions. Akhmetov construit son empire footballistique dans son jardin. Tout a commencé en 1996, lorsque le président de l'époque et ses gardes du corps ont été assassinés. Akhmetov, qui a lui-même survécu à un attentat, veut remporter la Champions League mais aujourd'hui son club doit jouer à 1000 km de chez lui et les joueurs refusent de se déplacer dans les territoires en guerre : tout est devenu plus difficile. Officiellement, en Allemagne, un individu ne peut pas détenir un club de football mais tout le monde sait que Hoffenheim appartient depuis des années à Dietmar Hopp. Le roi du software l'a amené de la D5 à la Bundesliga. En principe, les supporters allemands n'aiment pas trop les multimilliardaires qui achètent des clubs. Hopp en sait quelque chose. Un jour, une banderole représentant le viseur d'un tireur d'élite a été déployée dans un stade. On pouvait y lire : Hasta la vista, Hopp. Reste qu'en Allemagne, si on travaille au moins 20 ans pour un club, on peut désormais l'acheter à titre personnel. Hopp fut le premier à le faire. Les Allemands ont d'ailleurs rebaptisé le club Hoppenheim. Organiser des bunga bunga et entretenir une quarantaine de femmes, ça coûte cher. Voici peu le magnat des médias a vendu pour 480 millions 50 % des parts de l'AC Milan à un Thaïlandais du nom de Bee Taechaubol. Une surprise car, que l'on sache, cet homme-là n'est pas fortuné. Il est donc sans doute l'homme de paille d'un très gros investisseur. Tandis que l'ex-Premier ministre italien faisait surtout parler de lui à l'occasion de scandales ou d'orgies, le club était à la dérive. La dernière saison fut assez catastrophique mais le sauveteur thaïlandais a des projets : " Nous allons refaire de l'AC Milan un des plus grands clubs au monde ", dit-il. Véhicules blindés, sous-marins et milice privée : le propriétaire de Chelsea est un vrai JamesBond. Ses faits et gestes sont suivis 24h/24 et 7 jours/7 depuis un centre relié directement au pouvoir russe. Cela lui a bien servi lorsque son yacht croisait au large des Caraïbes et que sa télévision est tombée en panne alors que Chelsea jouait. Abramovich a appelé le Kremlin pour demander qu'on tourne le satellite. Il y a douze ans, le milliardaire russe fut l'un des premiers à acquérir un club de football. A défaut d'être un des plus riches de la liste, il semble être l'un des seuls que le football intéresse sincèrement. Il a investi deux milliards d'euros avant de pouvoir toucher la Champions League. La seule dame de la liste. Comme Abramovich, il y a longtemps qu'elle est dans le monde du foot. Elle a aussi pu vérifier un proverbe russe qui dit que " les êtres deviennent grands ". Cette orpheline de père et de mère (ses parents ont trouvé la mort dans un accident de train) a rencontré Robert Louis-Dreyfus dans un avion en 1988. Après le décès de celui-ci des suites d'une leucémie, elle a hérité de l'entreprise de grains familiale, un empire de 160 ans, mais également de l'OM. Pour sa première année à la tête du club méridional, elle a conquis le titre. Deux deuxièmes places ont suivi mais, depuis, Marseille a été dépassé par des clubs encore plus riches comme Monaco et le PSG. Ce milliardaire n'a pas acheté son club : il l'a fondé. Le FC Krasnodar, au sud de la Russie n'existe que depuis 2008 mais, depuis le premier jour, il fonce vers les sommets. Monté deux fois de suite, il a terminé troisième du dernier championnat. Quand on sait que son propriétaire est encore plus riche que RomanAbramovich, on ne s'étonne même pas. Ce self made man n'a pourtant pas fait fortune grâce au pétrole ou à l'acier : il est le magnat des supermarchés. Il a débuté avec un magasin à Krasnodar. Aujourd'hui, il en possède 7.500. Son slogan (Les prix les plus bas) ne s'applique pas à son club de football : après une victoire de prestige, il lui arrive d'offrir des Rolex de grand luxe à ses joueurs. Quatre milliards de dollars : le patron de Monaco détient le record du divorce le plus cher du monde. Son mariage a duré 26 ans : à la grosse louche, ça fait donc 150 millions d'euros par an ! Même si Rybolovlev n'est pas sur la paille, il semble que son infidélité l'empêche toutefois d'investir davantage dans l'AS Monaco. Il faut dire qu'il a beaucoup dépensé au cours des dernières années. Outre le club de football, il a acheté une île grecque, une villa à Donald Trump en Floride et la maison de Will Smith à Hawaï. Il a également offert un cheval d'une valeur d'un million à sa fille afin qu'elle ne dise pas qu'elle l'avait aperçu en compagnie de sa maîtresse selon son ex-femme, Elena. Personne au monde ne possède autant de réservoirs de pétrole que John Fredriksen. Le Norvégien est un aventurier qui a négocié le prix du pétrole à Beyrouth, a loué des bateaux aux Américains pour leur permettre d'envahir le delta du Mekong lors de la guerre du Vietnam et d'exporter du pétrole d'Iran pendant le conflit armé avec l'Irak. Convaincu de fraude, il a ensuite passé de longs mois en prison en Norvège. Une fois sorti, il a tout vendu et a émigré à Chypre, un paradis fiscal. A la tête de Valerenga, club moyen du championnat de Norvège, Fredriksen ne semble pas très ambitieux mais les fans apprécient son investissement. En 1984, Dietrich Mateschitz eut la riche idée d'acheter 48 % de la firme de boisson thaïlandaise Kratingdaeng pour 500 000 dollars. Le goût n'était pas bon, le logo ne ressemblait à rien et le nom encore moins. " Red Bull créera lui-même son marché ", a prédit l'Autrichien. Et c'est ce qui s'est passé. Le football constitue un outil de promotion idéal. C'est ainsi qu'on a vu renaître des clubs à New York, à São Paulo, à Salzbourg et à Leipzig. Mateschitz a changé les couleurs de l'Austria Salzbourg en rouge et bleu, couleurs des boîtes de Red Bull. Il a remplacé le logo par des taureaux rouges. Et ça marche : en dix ans, Red Bull a été six fois champion d'Autriche et quatre fois deuxième. La plupart du temps, peu importe aux investisseurs le nom du club qu'ils achètent. Tout ce qui les intéresse, c'est de faire partie de la jet set du football. Soyons honnête : l'Indien Lakshmi Mittal n'a jamais porté de pyjama aux couleurs de QPR. Il a d'abord tenté en vain de racheter Wigan et Everton. Finalement, il a pu s'introduire au club dont son ami Bernie Ecclestone détenait encore un paquet d'actions. Pour Mittal, le club n'est qu'un instrument de son empire. Il voit d'énormes possibilités sur le marché asiatique, où la Premier League est très populaire. Il s'est cependant fourvoyé quant aux investissements nécessaires pour maintenir QPR en Premier League. Arsenal est dirigé par trois milliardaires : Kroenke, AlicherOusmanov et l'Iranien Farhad Moshiri. Ousmanov, un Ouzbek, a lancé ses tentacules dans l'acier, le fer, la téléphonie et les chaînes de télévision. En 2007, le richissime oligarque se proclamait fan d'Arsenal. Les supporters étaient sceptiques et déployaient des banderoles à son encontre tandis que les médias dénonçaient les magouilles du monde des affaires en Ouzbékistan. Il était question de viol, d'implication dans l'assassinat d'un journaliste, de liens avec un trafiquant d'héroïne... Mensonges, selon cet ancien détenu qui, après avoir investi dans Facebook, s'est offert l'avion privé le plus cher d'Europe : un Airbus A340. Ce collectionneur d'art est plus connu pour posséder des oeuvres de Mondrian et Warhol que pour être le propriétaire du Stade Rennais. Le capital qu'il a investi dans son musée privé lui aurait sans doute suffi à devenir champion de France. Depuis qu'il a repris le club en 1998, l'expert vinicole breton n'a pas encore remporté le moindre titre. La seule chose qui ait de l'allure, à Rennes, c'est la tribune d'honneur. On le doit surtout à Pinault junior, désormais officiellement à la tête de l'empire. Il a épousé Salma Hayek, la star mexicaine de Hollywood qui promène parfois son impressionnante poitrine au stade : la seule raison pour laquelle les journaux étrangers parlent encore du Stade Rennais. On parle moins de lui que de la famille Glazer mais Manchester United est détenu en partie par un autre Américain, un vieillard qui pèse 22 milliards. Il n'est donc pas étonnant que Louis van Gaal dépense sans compter. En Angleterre, cet homme d'origine hongroise est surnommé l'homme qui a fait sauter la banque. Soros est un méga-spéculateur, un publiciste et un philanthrope qui a déjà offert huit milliards d'euros tout au long de sa vie. Pour lui, United n'est qu'un hobby, ses idéaux vont bien plus loin. Il a investi dans les mouvements démocratiques en ex-Europe de l'Est et dans l'opposition à George Bush. Ses détracteurs le disent dangereux et affirment qu'il veut maîtriser le monde avec son argent. Après avoir créé son propre musée Guggenheim, son Louvre et son projet de navette spatiale, le cheikh a voulu s'offrir un club de football. Jusqu'en 2008, la Premier League semblait se résumer à une guerre entre Russes et Américains. Un milliard d'euros plus tard, le vice-premier ministre des Emirats Arabes Unis était champion d'Angleterre avec Manchester City. La plupart du temps, il ne célèbre pas ses victoires au stade mais sur le Topaz, un vaisseau qui n'est guère plus petit que le Titanic. " Nos ambitions sont illimitées ", tonne Mansour. Mais hormis en Angleterre, on n'a pas encore beaucoup vu City. Kevin De Bruyne permettra-t-il au club de faire mieux ?Après les Russes, les Américains et les Arabes, voilà que les Chinois débarquent dans le football européen. Fils d'un militaire de l'Armée Rouge, WangJianlin est le patron du Dalia Wanda Group. Il possède des centres commerciaux, des parcs d'attractions, des hôtels, des cinémas, des karaokés et une entreprise de vedettes. Il n'a pas un mais deux avions personnels et on dit qu'il a autant d'ambition que Napoléon. Après avoir acquis un Picasso et un Monet, il a voulu s'offrir un club de football. Il est le premier Chinois propriétaire d'un club de Champions League. Il a payé 45 millions d'euros pour pouvoir parader dans la tribune d'honneur des Colchoneros.Ce Mexicain fait partie du club des trois hommes les plus riches du monde depuis des années. Dans son pays, il possède deux clubs. Mais pourquoi Oviedo, un club de D3 espagnole ? Au début du siècle, ce club des Asturies aux supporters fidèles affrontait encore le Barça et le Real mais des erreurs de gestion l'ont précipité au bord de la faillite. Sur Twitter, les fans furent incités à acheter des actions. Du Népal à l'Argentine, on récolta ainsi 1,9 millions d'euros mais ce n'était pas suffisant. Au dernier moment, il manquait encore deux millions pour éviter la disparition du club. C'est alors que Slim, touché par cette collecte, intervint pour verser la somme manquante. Surprise à la deuxième place : un Espagnol de l'âge de Sepp Blatter. Pourtant, lorsqu'on évoque les richards qui font partie du paysage européen, personne ne songe à citer cet ancien commerçant en lingerie. A l'ère ultra-connectée, Ortega parvient à vivre caché. Jusqu'en 1999, aucune photo de lui n'avait été publiée. Le magnat de l'habillement a ouvert son premier magasin Zara en 1975 à La Corogne et il est toujours resté fidèle à la ville. Vous ne le verrez jamais en tribune d'honneur : il préfère prendre ses repas à la cantine de l'entreprise, avec ses employés. Un pour cent de sa fortune lui suffirait à concurrencer Barcelone ou le Real Madrid mais il n'a jamais voulu se lancer dans la course. Le PSG appartient à un pays. Nasser Al-Khelaifi a beau en être président, ce quadragénaire n'est qu'un pion de l'autorité d'investissement du Qatar, un fonds géré par l'émir du pays pétrolier. Volkswagen, Shell, Barclays... Le Qatar achète tout. Le fonds vaut déjà plus de 150 milliards d'euros. Le PSG en fait partie. Juste après avoir obtenu le droit d'organiser la Coupe du monde, le Qatar a acheté le club et l'émir a décidé de lui consacrer 200 millions d'euros par an pour le renforcer. Ibrahimovic ? Pas de problème : un salaire de quinze millions. Le PSG est la nouvelle star du football mondial. Il investit non seulement dans les joueurs mais aussi dans le confort de son stade, avec des sièges plus larges ou des tapis roulants. PAR TOM KNIPPING - PHOTOS BELGAIMAGELe yacht d'Abramovich croisait au large des Caraïbes quand les images de Chelsea ne lui sont plus parvenues. Il a alors appelé le Kremlin pour demander qu'on incline le satellite. "Je n'aime pas qu'un club change de mains. Le football doit permettre aux gens de s'identifier à une région, à une ville. Aujourd'hui, il ne sert plus qu'à faire de l'argent." (Michel Platini, 2007) "Ils injectent des montants indécents dans les clubs. Ils ne comprennent pas que le football est un divertissement, qu'il ne doit pas servir à assouvir des ambitions personnelles." (Sepp Blatter, 2008)