Cela fait quelques années qu'on l'attend. Grande absente de la Coupe du Monde 2010, la génération 1987, représentée par Jérémy Menez, Karim Benzema, Samir Nasri, Blaise Matuidi et Hatem Ben Arfa, est revenue en force en équipe de France.
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Cela fait quelques années qu'on l'attend. Grande absente de la Coupe du Monde 2010, la génération 1987, représentée par Jérémy Menez, Karim Benzema, Samir Nasri, Blaise Matuidi et Hatem Ben Arfa, est revenue en force en équipe de France. " Certains avaient enterré un peu vite cette génération ", explique l'ancien défenseur international, Bixente Lizarazu. " Et c'est vrai qu'elle aurait pu percer un peu plus vite, au vu du talent additionné de ces joueurs. Mais le rythme d'un joueur n'est pas celui d'un autre. Et puis, s'ils n'arrivent au pouvoir en équipe de France que maintenant, c'est aussi parce qu'on ne leur a jamais confié les clés de l'équipe. Raymond Domenech ne leur faisait pas confiance. S'il avait amené Benzema, Menez, Ben Arfa et Nasri à la Coupe du Monde, qui sait si les choses n'auraient pas mieux tourné ? L'important, finalement, c'est qu'ils confirment tous les espoirs placés en eux. Pour le même prix, ils auraient pu disparaître de la circulation. " Tous ces joueurs nés en 1987 ont débuté comme pros très tôt et sont suivis par toute la France depuis leurs débuts. A tel point que certains avaient déjà fait de Ben Arfa, le nouveau Zidane, dès ses premiers pas pour l'Olympique lyonnais. Il y a deux ans, France Football, fatigué d'attendre l'éclosion définitive de tous ces joueurs, posait le débat : " 1987, génération incomprise ? ". Dans l'article le bihebdomadaire français se demandait " s'ils étaient mal utilisés en équipe de France ou s'ils avaient le melon ". En détaillant un à un les joueurs, il parlait de Ben Arfa comme d'un talent gâché, de Nasri comme de quelqu'un qui payait son irrespect pour les anciens et se demandait si Menez allait un jour devenir un grand joueur décisif. Deux ans plus tard, la question ne se pose plus. La génération 1987 a pris le pouvoir. Nasri a ébloui son monde et fait taire les critiques contre l'Angleterre, et Menez a réalisé une grande rencontre contre l'Ukraine, décrochant ses galons de titulaire pour le reste du tournoi. Quant à Benzema, la question de son importance ne se pose plus depuis longtemps, surtout après la saison époustouflante qu'il a réalisée pour le Real Madrid. Mais certains ne sont pas encore totalement convaincus. " Pour moi, on ne peut pas dire qu'ils ont pris le pouvoir ", explique l'ancien international, Jean-Alain Boumsong, consultant pour la nouvelle chaîne BeINSport. " Pour dire cela, il faudrait qu'ils enchaînent les performances. Ils peuvent le faire mais on ne pourra parler de belle génération que si la France remporte quelque chose. " Critiqué par la presse française suite à sa mauvaise saison à City et parce qu'il n'arrivait pas à prendre le jeu des Bleus à son compte, qu'il le ralentissait et qu'il portait trop le ballon, Nasri a répondu en réalisant une grande prestation contre l'Angleterre. Jusqu'à cette saison, sa trajectoire était linéaire mais son transfert en Angleterre l'a un peu fait rentrer dans le rang. A son arrivée, Laurent Blanc voulait en faire un des dépositaires du jeu des Bleus aux côtés de Yoann Gourcuff. Nasri représentait le visage de cette nouvelle équipe en rédemption. D'autant plus qu'il n'avait pas été repris par Domenech pour l'Afrique du Sud. Pourtant, jamais Nasri n'a réussi à porter cette équipe de France et son comportement après son but face à l'Angleterre a terni son image. En réglant publiquement ses comptes avec la presse, Nasri a montré qu'il ne supportait pas les critiques (pourtant fondées et tempérées) mais a surtout remis en mémoire les comportements égoïstes des footballeurs français actuels. Des attitudes qui, en Afrique du Sud, avaient débouché sur la grosse crise du football français. En pleine opération re-séduction, cela faisait désordre. Les dirigeants et membres du staff de l'équipe de France ont minimisé le mouvement d'humeur de Nasri mais cela ne l'aura certainement pas aidé auprès de l'opinion publique. " Il faut placer son geste dans le contexte émotionnel d'un but ", tempère dans un premier temps Boumsong. " Il a le droit de s'exprimer et il a bien fait de ne pas aller trop loin. Mais la colère n'est pas un bon sentiment. Sur le long terme, cela ne paye jamais. Et puis, si son but lui a permis de retrouver la confiance, je l'ai trouvé moins présent contre l'Ukraine. Or, le haut niveau, c'est avant tout confirmer et répéter les grandes prestations. "Louis Nicollin avait bien résumé le cas Menez : " Il est aussi fort que Zidane. C'est le seul joueur de Ligue 1 qui m'impressionne. C'est dommage qu'il n'a rien dans le ciboulot. " Depuis des années, tout le monde reconnaît que Menez, l'ancien médian de l'AS Rome est bourré de talent mais qu'il ne se comporte pas comme un vrai pro. Et c'est vrai que parfois, il a l'air de s'en foutre. Pourtant quand il décide de se montrer, Menez peut faire pencher la balance. Comme contre l'Ukraine où, préféré à Florent Malouda, il a dynamité le flanc droit. " Là encore, il va falloir répéter plusieurs matches d'affilée avant d'en faire un grand joueur ", ajoute Boumsong. " Le talent est bien présent mais Menez est beaucoup trop inconstant. Même dans un bon jour, il peut parfois disparaître de la rencontre pendant une demi-heure avant de nous gratifier de quelques éclairs. S'il pouvait être plus régulier, ce serait un joueur fabuleux. " Révélé à Sochaux, Menez a toujours fait des choix de carrière bizarres. Certains lui reprochent de choisir davantage le club pour le contrat que pour le défi sportif. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé à Monaco où il a failli s'enterrer, avant de rebondir à Rome. Avec le PSG, il a enfin trouvé un défi sportif à la hauteur du contrat qu'il demandait. Au contraire de Nasri et de Menez, on n'attendait pas de Benzema qu'il éclate. C'était déjà chose faite. Dès sa prise de pouvoir, Blanc a fait de Benzema (absent lui aussi en Afrique du Sud) son choix numéro un en attaque. En débutant le tournoi, l'attaquant du Real Madrid disposait de statistiques flatteuses avec l'équipe de France : 45 sélections et 15 buts. Pourtant, sa saison exceptionnelle avec le Real (21 buts) a généré beaucoup de pression sur lui. Certains voulaient qu'il débloque la situation à chaque rencontre. " On a un peu vite oublié son âge et le fait qu'il évolue seul en pointe ", explique Lizarazu. Il n'en fallait pas plus pour générer les premières critiques. Lors de France-Angleterre, on a reproché à Benzema de ne pas être assez présent dans le rectangle. Lors de France-Ukraine, on a noté qu'il avait, en moyenne, évolué plus bas que Franck Ribéry... un médian. Mais la qualité de ses passes (notamment sur le deuxième but de Yohan Cabaye) a sauvé son match. " Je ne suis pas sûr que Blanc lui demande de jouer si bas. Par contre, je suis certain qu'il lui dit de servir de point d'appui. Sa technique doit permettre de faire une première différence dont pourront profiter les médians ", ajoute Boumsong. Il constituait déjà la grosse surprise de la sélection. En janvier, personne n'aurait misé un zloty sur sa présence en Ukraine. Mais sa très bonne deuxième partie de saison lui a permis d'accrocher le wagon. L'enfant terrible du foot français a tout pour faire la différence en équipe de France. Pour cet EURO, il devra sans doute se contenter d'un rôle de joker mais nul doute qu'il deviendra un pion incontournable s'il confirme. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: IMAGEGLOBE" On ne pourra parler de belle génération que si la France remporte quelque chose. " (Jean-Alain Boumsong)