Paul Clement s'excuse pour le léger retard sur le planning de l'interview. Le dépistage Covid obligatoire a un peu chamboulé le programme. Mais tout va bien... Il s'installe pour nous raconter sa vie. Une vie bien remplie ! La conversation va s'articuler autour de trois grands axes : sa jeunesse, sa vie sportive avant de débarquer au Cercle, et son nouveau boulot là-bas.
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Paul Clement s'excuse pour le léger retard sur le planning de l'interview. Le dépistage Covid obligatoire a un peu chamboulé le programme. Mais tout va bien... Il s'installe pour nous raconter sa vie. Une vie bien remplie ! La conversation va s'articuler autour de trois grands axes : sa jeunesse, sa vie sportive avant de débarquer au Cercle, et son nouveau boulot là-bas. Cette jeunesse, elle se passe à Londres. Elle est intense, parfois dramatique. Son père, Dave Clement, a été joueur pro et international anglais. " C'était fantastique de grandir dans un environnement pareil. Mon père a joué plus de dix ans dans le club où il avait été formé : QPR. Je n'ai pas énormément de souvenirs de sa carrière parce que j'étais encore très jeune, mais j'ai quand même quelques images. De ses entraînements, de ses matches. " Mais tout s'est arrêté brutalement. Le 31 mars 1982. Dave était passé à Wimbledon au cours de l'été précédent, et là, il s'était brisé la jambe, en octobre 1981. Début 82, il accordait une interview dans laquelle il s'interrogeait publiquement sur ses chances de revenir à son niveau. Il l'espérait, mais craignait le pire. La dépression n'était pas loin. Puis, le drame : il s'est suicidé dans l'appartement de son beau-père." J'avais dix ans, mon frère Neil trois ans. À cet âge-là, tu ne comprends pas ce qui t'arrive. Je suis un peu devenu le père de substitution de mon petit frère. Il fallait avancer. Pas le choix. À l'époque, le monde du football ne consacrait pas beaucoup de temps aux joueurs en souffrance mentale. C'est un domaine auquel je m'intéresse beaucoup. Dans le temps, vu le côté macho du football, personne ne demandait de l'aide. Aujourd'hui, les gars qui sont confrontés à des souffrances osent en parler, c'est vu comme une force alors que c'était autrefois considéré comme une faiblesse. J'ai compris qu'un coach devait aussi être un psy. Je ne dis pas qu'il faut avoir suivi une formation en psychologie, mais l'expérience peut t'apporter beaucoup. " Neil Clement est aussi devenu pro. Il a été formé à Chelsea, a joué un match avec l'équipe A, puis s'est posé pendant dix ans à West Brom. " Moi, j'ai abandonné mon rêve de faire carrière à quatorze ou quinze ans. Mais j'avais envie de rester dans le sport, c'est pour ça que je suis devenu prof d'éducation physique. J'étais bon dans plusieurs sports, mais excellent dans aucun. " Parallèlement à ses études supérieures, il a suivi des cours pour devenir entraîneur de foot. " Je constate que les profs sont les meilleurs coaches. Devoir transmettre son message dans une classe ou sur un terrain, c'est la même chose. " Via les jeunes de Fulham et Chelsea, il se retrouve entraîneur adjoint des Blues. Tout ça sans expérience de joueur professionnel. " J'apprenais très vite. En même temps, je me mettais une très grosse pression. Je voulais constamment être le meilleur et montrer aux joueurs que si j'étais là, c'était parce que je le méritais. C'était pour moi une question de survie. À certains moments, c'était difficile. Mais je suis d'accord avec une citation d' Arsène Wenger : Ce qu'un coach veut, c'est une semaine difficile et un week-end facile. Pas l'inverse. " Dans le vestiaire de Chelsea, il y a pas mal de grands noms et de personnalités XXL. Plusieurs joueurs sont capitaines de leur sélection. On y trouve par exemple Petr Cech, John Terry, Michael Ballack, Didier Drogba. " C'était une équipe très mature avec des gars au sommet de leur art. Quand Carlo Ancelotti est devenu coach, on a gagné le championnat et la Cup. Calcule le nombre d'équipes anglaises qui ont fait le doublé. Je pense qu'il y en a huit, pas plus. " Ancelotti a dit de Clement qu'il était le meilleur adjoint de sa carrière. " C'est un fameux compliment. Ce n'est pas difficile de travailler avec Ancelotti parce que c'est un excellent communicateur. Il donne beaucoup de confiance et il reste toujours très calme. " Paul Clement et l'Italien ont travaillé sept ans ensemble. À Chelsea, au PSG, au Real, au Bayern. " Pendant notre deuxième saison à Chelsea, il m'a demandé si j'accepterais de le suivre ailleurs. À l'époque, j'avais un lien très fort avec Chelsea, j'aimais vraiment ce club. Mais bon, la proposition d'Ancelotti était fantastique et j'ai aussi un côté aventurier. Donc, j'ai accepté. " Le PSG a été sa première aventure à l'étranger. " Je ne parlais pas français, j'ai suivi des cours accélérés. Depuis que je suis à Bruges, je remarque que j'ai perdu beaucoup, mais ça reviendra vite. Sortir de ma zone de confort et travailler dans une culture différente, j'ai vu ça comme un grand défi. Quand je suis arrivé à Paris, le club était encore dans une phase de transition, c'était un an après les débuts des Qataris, il y avait beaucoup de choses à modifier. Le club était resté 19 ans sans gagner le titre. On a d'abord fini à la deuxième place, derrière Montpellier. Puis le beau monde a débarqué : Zlatan, Thiago Silva, Thiago Motta, Marco Verratti, David Beckham. Adrien Rabiot est monté dans le noyau, Kinglsey Coman était sur le point de percer. Et on a été champions. " Il a gardé précieusement des maillots offerts par Beckham et Zlatan, avec des dédicaces qui font plaisir ! " Merci pour tout ", a écrit Beckham. " Pour une belle personne et un excellent coach, même si tu es Anglais ", a mis Zlatan. " Beaucoup de ces grands joueurs ont une mauvaise réputation, on dit qu'ils ont un ego surdimensionné, qu'ils sont difficiles à diriger, mais je n'ai jamais ressenti ça. Les meilleurs footballeurs sont souvent des gars très bien et c'est fantastique de bosser avec eux. Ils veulent gagner, toujours. Zlatan, c'est un très bon exemple. En même temps, ils sont conscients que pour remporter des titres, ils ont besoin d'une équipe autour d'eux. Quand tu es avec Zlatan, tu as envie d'aller à la guerre. Physiquement et mentalement, c'est le top. " Pendant sa période parisienne, Paul Clement est confronté à un nouveau drame humain. Nick Broad, un type du staff d'Ancelotti qui gère l'alimentation, les GPS et d'autres données, tombe en panne sur une autoroute de la capitale. Il appelle un dépanneur et attend, au volant de sa Mini. Un bus l'emboutit. Il est tué. " J'ai été fort marqué par cet accident. On devait aller jouer à Bordeaux, mais personne n'avait la tête à jouer un match de foot. Ça a été une période fort compliquée. " Halte suivante : le Real. " Pour moi, c'est le plus grand club du monde. À Madrid, tout le monde est obsédé par la Ligue des Champions, elle compte plus que tout le reste. Alors, ne pas la gagner pendant douze ans, ça leur semblait une éternité. Quand on est arrivés en finale, on pouvait conquérir le dixième titre européen de l'histoire du club. En plus, contre l'ennemi, l'Atlético. On avait l'impression que toute la ville était à Lisbonne. En plus, ça a été un match dingue. On a égalisé à la 93e minute, puis gagné 4-1 aux prolongations. Ce sont des émotions que tu ne peux pas absorber sur le moment même. Au plus haut niveau, profiter du moment présent, c'est très difficile. Le trajet pour arriver au dernier stade t'a bouffé tellement d'énergie que tu es mort quand c'est le jour J. " Comment un adjoint décide-t-il subitement de tenter sa chance comme T1 ? " Quand j'étais encore au PSG, j'ai reçu une proposition d'une équipe scandinave. Ça m'intéressait, mais il était question qu'on parte au Real, et quand tu as l'occasion d'aller dans un club pareil, tu la saisis. Même, à la limite, si c'est pour être responsable du matériel. Une fois à Madrid, j'ai commencé à vraiment intéresser des clubs. En D2 anglaise et même en Premier League. " Il a choisi Derby County. Le propriétaire lui a proposé de " devenir l' Alex Ferguson de County ". Il raconte : " C'était la Championship, mais un très bon club. On jouait à domicile devant 30.000 personnes, on avait des bons terrains d'entraînement, j'avais un bon noyau. J'ai amené deux fois le club tout en haut du classement, mais la connexion avec le patron était compliquée et il a décidé de prendre un autre entraîneur. Pour moi, c'était une erreur. " Là-bas, il a saisi les différences entre les deux professions. " Ce sont des métiers différents. Une fois qu'on devient T1, on est responsable de tout. On a des responsabilités par rapport aux supporters, aux propriétaires, aux médias. Tous les jours, on doit prendre beaucoup de grandes décisions, mais aussi plein de décisions moins importantes. C'est un défi quotidien. Dès que tu n'as plus de club, ça te manque. Ancelotti était brillant pour gérer cette pression. Si tu commences à perdre le contrôle quand ça va moins bien, à crier, à t'agiter, à prendre des décisions foireuses, ça part mal. Justement, dans les moments où il y a beaucoup de pression, il faut prendre des décisions parfaitement réfléchies. Ancelotti le faisait très bien, même dans les plus grands clubs, en présence de 85.000 personnes dans le stade. Il savait faire ça à Madrid, dans une ville où deux grands journaux sportifs consacrent chaque jour une petite quinzaine de pages à ton équipe. Je ne l'ai jamais vu se disputer avec qui que ce soit. C'est un expert dans la construction de bonnes relations. " Après sa courte aventure de T1 à Derby County, Clement a retravaillé comme assistant de l'Italien, au Bayern. " Mais je n'y suis resté que six mois parce que j'avais envie de redevenir entraîneur principal. Swansea City lui a offert le poste. Au moment de sa signature, l'équipe était à la dernière place, avec douze petits points. " J'y ai connu la période la plus faste de ma carrière, on a pris 29 points en six mois et Swansea a sauvé sa tête en Premier League. Malheureusement, le recrutement qui a suivi a été foireux. " Le club était dirigé par des Américains qui l'ont viré pendant sa deuxième saison. Son équipe suivante, Reading, était détenue par des Chinois. Des défis supplémentaires ? " Dans les propriétaires américains de Swansea, il y avait un type de la côte est et un de la côte ouest. Avec le décalage horaire, c'était compliqué de communiquer. À Reading, un propriétaire chinois habitait à Hong Kong et il ne parlait pas anglais. Moi, je ne parle pas le mandarin... Là-bas, la communication était carrément inexistante. "