Ils ne ressemblent pas du tout à John Lennon ou Paul McCartney mais les deux jeunes Rouches composent souvent paroles et musique de leur groupe. Au fil de la saison, leurs notes sont parfois devenues plus faciles à déchiffrer par les équipes adverses, comme à Zulte Waregem samedi passé, mais Steven Defour et Axel Witsel se complètent de plus en plus au c£ur de la ligne médiane du Standard.
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Ils ne ressemblent pas du tout à John Lennon ou Paul McCartney mais les deux jeunes Rouches composent souvent paroles et musique de leur groupe. Au fil de la saison, leurs notes sont parfois devenues plus faciles à déchiffrer par les équipes adverses, comme à Zulte Waregem samedi passé, mais Steven Defour et Axel Witsel se complètent de plus en plus au c£ur de la ligne médiane du Standard. Quand l'un met le nez à la fenêtre, l'autre garde la baraque. Sans se pousser du col, ils s'inspirent comme ils le peuvent du jeu à la mode en Espagne et renouent avec une époque bénie, celle du 4-2-4 du début des années 60 quand les numéros 6 n'avaient pas la prétention d'être des chefs d'orchestre. " J'ai déjà entendu parler de cette comparaison, surtout depuis que le Standard a retrouvé une occupation de terrain avec deux attaquants de pointe ", avance Defour. " En possession de balle, nous avons sans cesse quatre éléments offensifs devant nous. Et, de toute façon, dans tous les cas de figures tactiques que nous avons connus, le Standard opte le plus souvent pour deux numéros 8 devant sa défense. Cela signifie clairement que notre ambition première est de prendre le contrôle du jeu. En général, les autres équipes de D1 alignent au moins un pare-choc défensif pur et dur. Notre philosophie de jeu est différente mais, quand il le faut pour préserver un résultat ou créer de nouveaux équilibres, le Standard peut aussi miser sur un fameux brise-glace : Benjamin Nicaise. " La mise en place du duo Defour-Witsel résulta évidemment du départ de Marouane Fellaini vers le pays des Beatles en début de saison. Avant cet événement, Laszlo Bölöni s'était déjà rendu compte que Witsel perdait son temps à gauche comme ce serait le cas d'un grand violoniste à qui on demanderait de jouer à l'accordéon durant un bal du 14 juillet. Axel était bien sûr l'homme indiqué pour combler l'espace libéré au centre de la pelouse par le juteux transfert du grand Marouane. " Je ne renie rien de ce que j'ai appris à gauche ", note Witsel. " Cette place a finalement constitué ma porte d'entrée en équipe première. Je n'ai jamais rechigné à la tâche mais ma place naturelle se situait dans l'axe. En équipes de jeunes, j'ai notamment joué dans cette zone avec Marouane. Je le trouvais les yeux fermés et j'ai immédiatement ressenti la même chose avec Steven, même si leurs caractéristiques respectives sont totalement différentes. Marouane est un ami, Steven aussi. Si le football au plus haut niveau est forcément impitoyable, l'estime mutuelle est un facteur de réussite qui compte. Steven a le même âge que moi et il n'est pas mon pote que sur le terrain. En match, il suffit d'un regard pour deviner ce qu'il y a lieu de faire pour créer la différence ou résoudre un problème urgent. J'ai sans cesse l'impression de savoir où il est. Nous essayons de ne pas attaquer ensemble et les glissements se déroulent sans trop de problèmes. Le coach insiste sur ce point car on ne peut pas s'exposer trop dangereusement aux contres. Entre nous, il y a tout de suite eu une espèce de réaction chimique intéressante. Je ne cherche pas trop à comprendre le comment et le pourquoi. A mon avis, nous sommes deux joueurs très techniques : c'est là que réside probablement notre secret. "Entre la théorie et la pratique, il y a de la marge. Defour ne se meut pas de la même façon sur une pelouse aux côtés de Fellaini ou de Witsel. La gestion du trafic aérien ou de la circulation au sol n'est plus du tout comparable. Fellaini est un bombardier B52, Witsel un avion de reconnaissance qui se promène entre les premières lignes de défense adverse. Il virevolte, Big Mo retroussait les manches. Si le changement de donne convenait à Witsel, il a aussi libéré Defour. Le capitaine travaille encore comme un galérien, ce que le public apprécie au plus haut point, mais ne se cantonne plus devant sa défense : il s'exprime de plus en plus à la percussion. Il n'est plus l'homme de l'avant-dernière passe et, comme les statistiques le prouvent, le lutin de Sclessin éclaire le jeu des siens et agrandit progressivement sa collection de passes décisives. Alors, est-il le grand gagnant de la formule actuelle ? " Quand un joueur comme Fellaini s'en va, c'est toujours une immense perte ", commente Defour. " Marouane possédait son style à lui. Il voulait être présent partout sur le terrain. De plus, il avait l'art d'être décisif à la récupération mais aussi à la finition quand c'était nécessaire grâce à sa puissance et à sa taille. Comme il se multipliait sans cesse, je devais tenir compte de lui, veiller à assurer la garde devant notre défense. Je jouais beaucoup en fonction de mon ami Marouane et, vu ce qu'il apportait au Standard, c'était assez normal. Maintenant, je suis moins au service de mon associé le plus direct dans la ligne médiane, je combine finalement plus avec lui. Ce ne fut pas le seul ajustement. Je n'ai évidemment pas la présence de Fellaini dans les airs, Witsel non plus. Pour nous permettre de bien nous exprimer, le coach a demandé à Igor de Camargo de décrocher dans le jeu en cas de perte du ballon. Michel Peud'homme y avait déjà pensé mais, cette fois, c'était plus systématique. Et, dans le fond, je considère même qu'Igor est désormais plus un médian qu'un attaquant : quand il est là, il tire sans cesse le rideau devant nous. Grâce à lui, entre autres, le Standard a pu mettre au point un intéressant 4-2-3-1. " " Le Standard termine le championnat en 4-4-2 mais je n'oublie pas les acquis du système précédent. Le quadrillage du terrain est très intéressant, efficace et moderne en 4-2-3-1. C'est une variante du 4-3-3 car Igor est la pointe du triangle médian. L'avantage de cette formule est de nous permettre de multiplier les possibilités de triangles aux quatre coins du terrain : il y a toujours deux équipiers très proches de soi. En phase de repli, la ligne médiane compte alors cinq joueurs : l'axe est contrôlé par trois éléments et les flancs sont fermés à double tour. Je comprends le retour au 4-4-2 dans le cadre belge mais je peux vous assurer qu'Axel et moi, nous avons désormais plus de travail, beaucoup plus même. Les attaquants ne doivent surtout pas l'oublier et être nos premiers défenseurs pour que les médians ne soient finalement pas victimes un jour ou l'autre de la loi du nombre. En D1, on se retrouve souvent avec cinq médians adverses dans les pattes. "Witsel partage en gros les mêmes idées que son capitaine. " Il doit de toute façon y avoir une réflexion collective ", explique Witsel. " Je ne suis pas du genre à me poser mille questions. En Belgique, le Standard doit imposer son jeu : ce n'est pas à nous mais aux autres à chercher des solutions défensives. En ce qui nous concerne, la meilleure défense, c'est l'attaque. En 4-2-3-1, Milan Jovanovic et Wilfried Dalmat se repliaient mais il fallait parfois leur rappeler de le faire alors que de Camargo s'y appliquait sans réfléchir. La ligne médiane demeure le principal champ de bataille d'un match. Les espaces y sont de plus en plus restreints. C'est difficile de s'y frayer un passage mais je ne considère pas que ce soit le cimetière des manieurs de ballons, au contraire. Comme tout y est touffu, seuls ceux qui disposent d'une technique intéressante peuvent trouver des chemins inédits. La surprise y est un atout. Steven m'apporte beaucoup. A son âge, c'est déjà un leader. Sa force de travail est impressionnante. Il ne lâche jamais rien alors que je suis parfois un peu plus cool. Je dois lutter contre cette forme de décontraction. Steven n'est pas très grand mais défend à mort devant sa défense. Quand il faut couvrir un back ou un arrière central, il est le premier à se retrousser les manches. Cette attitude a un effet entraînant sur les autres. Je m'en inspire et sa rapidité de décision balle au pied est intéressante. Steven n'est pas du style à tergiverser. Sa reconversion offensive est instantanée et il offre des ballons propres, que ce soit dans le jeu court ou en profondeur. Sa modestie m'épate. Ses changements d'aile sont judicieux et précis. Il a finalement l'art de dépouiller son jeu au profit de l'efficacité et de la rentabilité collective. Moi, j'ai parfois tendance à trop garder la balle : c'est mon péché mignon mais, quand cela chauffe, cela permet de respirer. Steven est une pile électrique alors que je dois travailler mon explosivité. Il y a déjà des progrès en la matière mais je ne sortirais jamais aussi vite de mes starting-blocks que lui. En principe, je suis le plus offensif des deux. Cette différence tend toutefois à s'estomper. Il faut varier les coups. Mais, c'est vrai, à domicile, il nous arrive à tous les deux de mettre la pression en même temps à hauteur du rectangle adverse. Il y a alors des retours défensifs qui peuvent être longs et fatigants. En gros, la production de Steven est défensive à 60 % et offensive à 40 %. Moi, c'est le contraire : 60 % offensif, 40 % défensif. "Leur recette pour distiller le jeu liégeois n'est finalement pas aussi secrète que la formule qui permet aux moines chartreux de préparer leurs célèbres liqueurs : le talent doit macérer dans le travail. L'image du médian défensif qui ne songe qu'à annuler les offensives adverses est-elle écornée pour de bon ? En Belgique, l'essor de deux jeunes médians comme Defour et Witsel change-t-il profondément la donne dans ce secteur où il ne suffit plus d'avoir des biceps en acier et de cuisses comme des bielles de camion ? " La taille n'est plus nécessairement l'atout décisif ", remarque Defour. " Je ne dis pas qu'être grand ne peut pas être intéressant mais il faut plus. Iniesta et Xavi ne sont pas des tours mais y a-t-il un plus bel entrejeu que celui de Barcelone ? Je ne pense pas. Iniesta est au four et au moulin. A mon avis, c'est la référence numéro un pour le moment. Quand le Standard s'est retrouvé sur la scène européenne, il n'a jamais été question de trouille dans notre comportement. Nous avons toujours joué le jeu. Cette audace a permis à tout le groupe de progresser. Si le Standard s'était enterré devant son grand rectangle, cela aurait été un signe de pauvreté. Il a 20 ans, moi 21 : c'est le moment d'être généreux. La ligne médiane a su faire preuve de maturité en modifiant sa formule gagnante de la saison passée. Je connais d'autres équipes qui auraient eu plus de difficultés que nous après le départ d'un pion de l'importance de Fellaini. Tout le monde savait qu'Axel se sentait plus à sa place dans l'axe que sur les flancs. C'est un joueur de construction, pas un ailier de débordement comme peut l'être Dalmat à droite ou Jovanovic quand il se décale plus bas sur la gauche. Dans les duels d'homme à homme, il n'est facilement impressionnable. Il joue son jeu et essaye toujours de trouver une solution technique. Axel ne balance pas ses ballons au petit bonheur la chance : ce n'est pas sa façon de voir le football. Selon moi, personne ne possède une meilleure couverture de balle que lui en Belgique. Il est presque impossible de lui enlever le cuir. Axel le garde parfois un peu trop mais, par contre, il sort avec élégance et simplicité des situations les plus difficiles. Ses progrès se devinent aussi quand le Standard exerce le pressing sur le porteur du ballon. Il comprend tout très vite et c'est un plaisir de jouer avec un ami qui sent aussi bien le football. Axel est un esthète mais il sait aussi mettre sa salopette pour accomplir largement sa part du travail défensif. Après son sacre au Soulier d'Or, il a traversé un petit creux. C'est normal. Il savait aussi que les regards et l'attente des autres ne seraient plus les mêmes. Cette reconnaissance et cette exigence ne l'ont en rien changé : Axel est resté le même homme et le même amoureux du beau jeu : c'est un signe de maturité. "par pierre bilic photos : reporters/ hamers