"This is like Christmas for me. " À la veille du match à Salzbourg, Ivan Leko, est détendu. Son équipe reste sur deux victoires à domicile, face aux Autrichiens et contre Genk. À l'aéroport d'Ostende, en attendant l'embarquement, il a donc le sourire. Il discute dans un coin avec Brandon Mechele et le président. On le sent calme et confiant.
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"This is like Christmas for me. " À la veille du match à Salzbourg, Ivan Leko, est détendu. Son équipe reste sur deux victoires à domicile, face aux Autrichiens et contre Genk. À l'aéroport d'Ostende, en attendant l'embarquement, il a donc le sourire. Il discute dans un coin avec Brandon Mechele et le président. On le sent calme et confiant. Après avoir infligé leur première défaite de la saison aux Autrichiens, Leko avait préfacé le match contre Genk en disant que " le vainqueur serait la meilleure équipe du moment. " Le dimanche soir, dans l'euphorie de la victoire, il a répété cette phrase en oubliant la dernière partie. C'était humain, tant la tension précédant ce duel était forte. Tout le monde sait cependant qu'à Salzbourg, ce sera encore une autre affaire. Au moment du tirage, les Brugeois s'étaient voulus rassurants. Sur le plan sportif, les Autrichiens étaient certes un peu plus forts. L'an dernier ils avaient disputé la demi-finale de l'Europa League contre Marseille et auraient mérité d'aller en finale. Mais le résultat du match aller et le fait que Salzbourg sort à peine d'une longue trêve tout en devant digérer le départ du Malien Amadou Haidara à Leipzig font en sorte que Bruges est confiant. Quand on lui demande comment il va jouer et s'il se montrera plus prudent, comme à Dortmund, Leko répond : " Salzbourg jouera son jeu et nous le nôtre. Dortmund, c'était différent. " Bruges va donc jouer comme il le fait généralement, en misant sur ses qualités. Offensivement. D'ailleurs, en conférence de presse, c'est Siebe Schrijvers qui accompagne Leko, ce qui veut dire qu'il va jouer. À Dortmund, Wesley n'était soutenu que par Vanaken.Salzbourg nous séduit. Les gens sont extrêmement accueillants et souriants, il n'y a pas beaucoup de circulation, le soleil réchauffe les coeurs (et les rues) et le centre-ville est magnifique. C'est ici qu'est né Wolfgang AmadeusMozart tandis que des places portent le nom du célèbre chef d'orchestre Herbert von Karajan et de l'écrivain Stefan Zweig. Ce dernier a vécu vingt ans au pied de la colline des Capucins, en plein coeur de Salzbourg. Il fait bon flâner sur les berges de la Salzach. De plus, outre la Sachertorte et le Schnitzel, on y trouve du football rapide et moderne. Que retenir du modèle autrichien ? Le championnat est petit. Ces dernières années, il a été dominé par les Bulls. Le stade est suffisamment grand pour une ville de 150.000 habitants (mais il ne compte que 30.000 places et pas de restaurant). Enfin, le club doit transférer chaque année des joueurs pour survivre. Les parallèles avec le Club ne manquent pas et éveillent donc la curiosité des dirigeants brugeois. Certes, Salzbourg peut compter sur l'argent de Red Bull et de Dietrich Mateschitz mais à Bruges, on sait que, pour avoir du succès, il faut travailler. Salzbourg fait partie d'une toile d'araignée dans laquelle on retrouve aussi Leipzig. Dieter Deprez va donc observer le fonctionnement des fameuses videoboxes dans lesquelles les jeunes joueurs peuvent prendre place afin de mieux gérer la pression lorsqu'ils ont un adversaire dans le dos. Elles coûtent 300.000 euros. C'est l'avantage d'avoir un sponsor puissant : lorsque qu'une nouveauté permettant de faire progresser les joueurs apparaît sur le marché, Salzbourg peut se l'offrir tout en jouant dans un petit championnat aux possibilités commerciales limitées. À Salzbourg, on trouve du Red Bull partout. La marque a son propre flagship store (boutique vendant exclusivement ses produits) près de la maison où est né Mozart mais elle est aussi présente dans les magasins, dans les hôtels... Et il y en a pour tous les goûts. Wir sind Zukunft. (Nous sommes l'avenir). Lors du dîner offert aux sponsors et à la presse, Bart Verhaeghe remarque : " Quand nous faisons du scouting, nous retrouvons toujours les mêmes clubs : Séville, Copenhague, Brighton & Hove Albion, Midtjylland et Salzbourg. D'un côté, c'est la preuve que nous travaillons bien. De l'autre, la concurrence est rude. " Le lendemain, Vincent Mannaert parcourt la feuille de match et confirme : quatre des onze titulaires de Salzbourg avaient été repérés par Bruges. Un cinquième était sur le banc. Pascal De Maesschalck, coordinateur des jeunes du Club, est du voyage également et il en profite aussi pour étudier le fonctionnement du club autrichien. Le jeudi, il visite le centre d'entraînement et discute avec les responsables du club. Ici, 90 chambres peuvent accueillir 180 joueurs. Chaque catégorie d'âge a son propre staff, y compris un entraîneur des gardiens. Comme la Belgique, l'Autriche fait partie de l'Union européenne. Elle est donc tenue aux mêmes règles : les jeunes étrangers ne peuvent venir qu'à partir de l'âge de 18 ans. Mais ils sont repérés et mis sous contrat plus tôt, parfois jusqu'à deux ans avant de pouvoir venir. À leur arrivée, ils entament leur formation avec, pour atout, ces infrastructures de logement (à Westkapelle, le Club Bruges aura un hôtel mais pas un internat), des staffs techniques complets et... une deuxième équipe, le FC Liefering, calfeutrée au milieu du classement de Zweite Liga.Le FC Liefering est en fait l'équipe espoir du RB Salzburg. C'est l'exemple même de ce que les grands clubs belges veulent depuis des années : un moyen d'assurer la post-formation des jeunes joueurs. " Ça fait longtemps que nous cherchons une solution en ce sens mais nous ne la trouvons pas ", dit Bart Verhaeghe. Il s'est rendu en Scandinavie et aux Pays-Bas et il a essayé avec Roulers mais le changement de formule en D1B l'en a empêché : dans ce format, avec aussi peu d'équipes, chaque club lutte pour quelque chose et ne peut le faire avec des joueurs de moins de 19 ans. En D2 autrichienne, Salzbourg n'a pas ce problème. Si le club a remporté la Youth League en 2016-2017 après avoir éliminé Manchester City, le Paris Saint-Germain, l'Atlético Madrid, Barcelone et Benfica, il le doit au... FC Liefering, à qui il loue actuellement 11 joueurs. " Ces jeunes talents sont ainsi confrontés pour la première fois à un vrai championnat ", dit Pascal De Maesschalck. Voici peu, Liefering a battu Horn 4-0. Moyenne d'âge de l'équipe : 18,8 ans. " Il n'y a pas de secret ", dit De Maesschalck. " Un bon recrutement, de bonnes installations, des entraîneurs professionnels et des profils de joueurs bien ciblés : grands et forts. " Mais surtout, Salzbourg recrute dans le monde entier. À Bruges, ces dernières années, on était moins convaincu par l'idée d'aller chercher de jeunes Africains chez eux. Cela posait trop de problèmes : l'accueil, la logistique, le visa, l'adaptation... De temps en temps, un joueur débarquait en test mais ça se traduisait rarement par un contrat. Comme Gand, Bruges préférait recruter des Africains en Europe. Dennis est passé par l'Ukraine (Luhansk), Diatta par la Norvège (Sarpsborg). À Salzbourg, Patson Daka, le bourreau du Club, est arrivé directement de Zambie tandis que le médian DiadieSamassékou est arrivé de Bamako (Mali). Mais Sadio Mané et NabyKeïta, aujourd'hui à Liverpool, venaient de France. Ce n'est donc pas la provenance qui compte, c'est le talent. Vincent Mannaert & Cie connaissent le modèle depuis des années. Le seul secret, c'est l'argent de Mateschitz. Les dirigeants brugeois profitent donc du séjour à Salzbourg pour tenir un conseil d'administration le mercredi et visiter Hangar 7 le jeudi. Ce bâtiment/musée/restaurant/shop à l'aéroport de Salzbourg appartient à Mateschitz. " Cet homme a son aéroport privé, ça en dit long ", dit Mannaert. " Salzbourg n'a pas de budget, Mateschitz allonge. C'est un autre monde. " Et cela se voit le jeudi soir sur le terrain. En première mi-temps, le jeu aérien des Autrichiens est efficace tandis que le pressing empêche Bruges de ressortir. Marco Rose, qui entraînera Hoffenheim la saison prochaine, prône un jeu offensif et son occupation de terrain surprend Leko. Le cadeau de Noël dont parlait l'entraîneur de Bruges est empoisonné. Bruges hérite de quelques belles occasions mais il ne parvient pas à les transformer en but. Et il fait même des cadeaux aux Autrichiens. Amrabat, Denwsil et Poulain contribuent malencontreusement à trois buts autrichiens. Les chiffres (54 % de possession de balle pour le Club et pratiquement autant de tirs au but que l'adversaire, soit 10 contre 9) masquent la réalité : 4-0, Bruges est éliminé. L'entrejeu, trop offensif, était déséquilibré. De plus, six des tirs autrichiens étaient cadrés et quatre ont fait mouche tandis que seuls deux des neuf envois brugeois ont obligé le gardien à intervenir. Et Bruges n'a pas marqué. Ce n'est pas la première fois cette saison que la question de l'efficacité se pose. Tant mercredi que vendredi, Mannaert et Verhaeghe estiment que les play-offs constituent un frein à l'évolution du Club Bruges. " Le président de Salzbourg m'a dit qu'il était contre les play-offs. " En Bundesliga autrichienne (12 clubs), la phase classique se termine à la mi-mars puis le tour final commence, avec division des points par deux. " Et il n'aime pas cela ", dit Verhaeghe. " À cause de la division des points et parce que ces matches ont lieu en même temps que les rencontres européennes. Ils doivent donc faire un choix et c'est absurde. " À l'heure de la réforme du football belge, le Club reste un adversaire des play-offs. " Nous voulons un championnat normal avec le moins de clubs possible (seize, comme maintenant), des matches de coupe le week-end et de la place pour les matches européens ", dit Mannaert, qui songe aussi à une BeNeLigue. Verhaeghe dit qu'on ne doit pas craindre un championnat dominé par un seul club comme Salzbourg en Autriche, le PSG en France, le Bayern, la Juventus, Copenhague ou le Celtic. Pour lui, ce ne sont pas les play-offs qui ont causé un nivellement par le haut mais l'assainissement financier des clubs. Vendredi matin, à l'aéroport de Salzbourg, les Brugeois font la moue et parlent peu. Tout le monde a déjà la tête à Anderlecht. Leko doit regretter de ne pas avoir accepté de prolonger son contrat l'été dernier, les joueurs n'ont pas encore digéré la défaite et les dirigeants se disent que les Autrichiens étaient prenables. Dimanche, sur le terrain, Bruges est beaucoup plus dynamique qu'en Autriche. Son pressing haut pousse le Sporting à la faute et rapporte immédiatement un but. Mais le Club oublie de tuer le match et Anderlecht revient dans le coup, se ménageant même les meilleures occasions. Aussi étonnant que ça puisse paraître, Leko se dit content du résultat : quatre sur six contre l'Antwerp, Genk et Anderlecht, c'est la preuve qu'il ne faut pas craindre les play-offs. D'autant que le moteur de Genk a des ratés aussi. Et après, il s'en ira...