Waasland-Beveren n'est évidemment pas le SK Beveren d'autrefois. Mais le club actuel reste associé à celui qui a collectionné quelques beaux succès dans les années 70 et 80. On se demande bien quel regard portent les grands noms de l'époque sur l'état de santé de l'équipe d'aujourd'hui.
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Waasland-Beveren n'est évidemment pas le SK Beveren d'autrefois. Mais le club actuel reste associé à celui qui a collectionné quelques beaux succès dans les années 70 et 80. On se demande bien quel regard portent les grands noms de l'époque sur l'état de santé de l'équipe d'aujourd'hui. Prenons par exemple Urbain Braems, l'entraîneur qui a coaché Beveren à deux périodes différentes. Lors de son premier séjour, de 1975 à 1978, il a remporté une Coupe de Belgique (1978). Lors de son deuxième passage, de 1981 à 1984, il a refait le coup (1983) et il a carrément été champion de Belgique (1984). Cinq ans après le premier titre du SK avec Robert Goethals à la barre. Cet entraîneur avait succédé en 1978 à Braems, qui lui avait lâché que Beveren était arrivé à son plafond et qu'il n'y avait plus rien à tirer de cette équipe. Mais Goethals a su déjouer le pronostic en menant Beveren à la première place finale, puis en le hissant en demi-finale de la Coupe des Coupes. Il y a des anecdotes mémorables de cette période. Le défenseur central Paul Van Genechten était pompier dans la vie et il devait chercher un remplaçant à la caserne les jours de matches. Il était fréquent qu'il débarque au stade en tenue de combattant du feu. Jean Janssens, le capitaine, travaillait dans les docks et il lui arrivait de devoir aller bosser les matins de jours de matches. C'est le coach qui lui servait de taxi entre le port et le stade. Bob Stevens, ingénieur commercial, téléphonait parfois à Goethals pour lui annoncer qu'il serait en retard à l'entraînement parce qu'une réunion se prolongeait. Urbain Braems a lui aussi connu des moments mémorables à Beveren. Il avait des étincelles dans les yeux quand il en parlait. Par exemple quand il évoquait le perfectionnisme maladif de Jean-Marie Pfaff, qui faisait des exercices spécifiques pour améliorer la performance de ses... bouts de doigts. Il parlait aussi de l'Allemand Heinz Schönberger, un top mondial qui s'ignorait. Braems tombait dans les superlatifs quand il se remémorait la vista et la technique de ce joueur. Schönberger lui confirmait ce qu'il avait toujours dit : les footballeurs les plus extraordinaires sont ceux qui donnent l'impression que le foot est d'une simplicité enfantine. Le Beveren de cette époque était un puzzle dont toutes les pièces s'imbriquaient parfaitement. C'était une équipe facile à diriger. Poussée par une motivation hors normes. Un jour, Jean Janssens est arrivé directement de son boulot pour un match à Beringen. Il a rejoint ses coéquipiers à l'hôtel, il était encore en (sales...) habits de travail, a vite avalé un bout, a écouté le briefing tactique de Braems, puis est monté sur le terrain. Beveren s'est imposé 1-5. Janssens a marqué trois fois... C'était un club de cumulards. Goethals était enseignant à Bruges, en plus de son poste de coach. Quand Beveren est allé jouer un match européen sur le terrain de l'Inter, il a donné cours jusqu'à treize heures, puis il a filé vers Milan en compagnie de Bob Stevens, qui lui non plus n'avait pas pu prendre congé le matin. Tous deux sont arrivés en Italie deux heures avant le match. Beveren a arraché un nul blanc à San Siro, avant d'assurer sa qualification au match retour : 1-0, but de Stevens à quatre minutes de la fin. Les Waeslandiens ont fêté ça toute la nuit. Mais le lendemain, Goethals était à nouveau devant sa classe. Même topo après le match de demi-finale à Barcelone. Goethals est reparti le soir même, il est arrivé chez lui sur le coup de trois heures du matin, et à huit heures, il était à l'école pour donner six heures de cours. Le soir, il a donné entraînement à ses joueurs qui rentraient tout juste d'Espagne. Goethals est seulement amer quand il évoque ses adieux à Beveren. Durant sa dernière saison, il savait que la direction allait engager un autre coach, mais on n'a jamais voulu lui en parler de façon transparente. Il estimait que c'était contraire aux valeurs familiales de ce club. Même si son successeur n'était pas un inconnu là-bas. C'était... Urbain Braems. Braems va fêter ses 87 ans. Goethals, lui, est décédé il y a neuf ans.