Ce papier aurait dû parler de la crise. Il aurait pu parler de la crise. Il n'en sera rien. Tant en coulisses que sur le terrain, le Sporting de Charleroi a su étouffer le feu qui menaçait la maison zébrée. Au bout du compte, Charleroi que les propos présidentiels avaient fragilisé, reste sur un bilan de huit points sur douze, soit quatre matches sans défaite. Son hôte du jour, le Standard, adulé par la Belgique entière suite à ses prestations européennes et où le mot crise semblait avoir été banni du vocabulaire, affiche lui un bilan de quatre points sur 12. Se serait-on trompé de cible ?
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Ce papier aurait dû parler de la crise. Il aurait pu parler de la crise. Il n'en sera rien. Tant en coulisses que sur le terrain, le Sporting de Charleroi a su étouffer le feu qui menaçait la maison zébrée. Au bout du compte, Charleroi que les propos présidentiels avaient fragilisé, reste sur un bilan de huit points sur douze, soit quatre matches sans défaite. Son hôte du jour, le Standard, adulé par la Belgique entière suite à ses prestations européennes et où le mot crise semblait avoir été banni du vocabulaire, affiche lui un bilan de quatre points sur 12. Se serait-on trompé de cible ? Le surréalisme a donc prévalu durant toutes les vacances de Toussaint, du côté du Mambourg. Les propos d' Abbas Bayat ont fait grand bruit et, pourtant, le groupe semblait à l'écart de tout cela. Nullement traumatisé, encore moins secoué comme s'il connaissait désormais la musique et que les sorties intempestives du patron ne faisaient plus leur effet. A la sortie du vestiaire, après le partage contre Lokeren et la diatribe du président iranien, les joueurs n'étaient au courant de rien. Et le lundi, à la surprise de beaucoup de supporters, Thierry Siquet encadrait bien ses troupes dans une ambiance de travail qui ne laissait en rien supposer qu'une crise couvait. La victoire au Standard a démontré que le groupe n'a jamais été atteint par la colère présidentielle. Il a pu préparer sereinement le déplacement au Standard et le mérite en revient à Siquet qui a su préserver son noyau des bruits et le maintenir dans sa bulle. Le coach a également réussi à garder son sang froid alors que son travail avait été publiquement remis en cause. On sait que le président devient intenable quand on le lance sur un sujet qui lui déplaît. Pourtant, à Lokeren, il était quasiment à l'autre bout de la zone mixte quand un journaliste l'a interpellé. Et, à la surprise générale, Abbas Bayat ne s'est pas dérobé, répondant calmement mais avec foi. Son discours ne ressemblait pas à celui d'un homme qui sous le coup de l'émotion, lâche quelques vérités qu'il n'aurait pas dites en d'autres temps. Le lendemain, d'ailleurs, Abbas Bayat ne reniait en rien ses propos. Après un tel discours, tout le monde parlait déjà du limogeage de Siquet. " Pendant deux à trois jours, on s'attendait à une décision ", explique un joueur, " et puis quand on a vu que rien ne se passait, on s'est focalisé sur le match. Mais c'est vrai qu'on peut qualifier le début de la semaine de bizarre. "Propos corroborés par un autre joueur : " En début de semaine, on avait un entraîneur qui l'était sans plus l'être vraiment. "" Je n'ai pas à commenter avec les journalistes les décisions que je prends, ni encore moins celles que je ne prends pas ", dit Bayat en fin de semaine. Reste à se demander pourquoi il ne s'est pas séparé de Siquet. Jamais Bayat n'a été un chaud partisan de Siquet comme T1. Son choix fut dicté par des raisons financières. " Avec la réputation qu'a désormais le président, on peut se demander qui va encore signer à Charleroi ", lâche un proche du club. " Les grands coaches pros vont décliner l'offre et n'hésiteront pas à dire que l'objectif fixé est irréalisable. Il ne restera alors que des menteurs qui affirmeront que le titre est envisageable et que ce groupe est merveilleux. Bref, ce que veut entendre le président. "Charleroi aurait donc mauvaise réputation, les entraîneurs chevronnés jugeant qu'ils ne seraient pas assez libres avec la famille Bayat. Sans compter que les conditions financières proposées ne permettent pas d'attirer un gros poisson. Ces deux raisons ont abouti au refus de Luka Peruzovic en décembre dernier, et à sans doute celui d' Hugo Broos récemment. Mais Siquet n'a pas coûté cher puisqu'il faisait déjà partie du staff. De plus, il accepté un contrat à durée indéterminée, ce qui limite les indemnités en cas de licenciement. " Je ne suis pas le seul ", se défend Siquet, " Ronny Van Geneugden a le même type de contrat et on ne peut pas qualifier Genk de petit club. " Car, après avoir essuyé plusieurs échecs ( Dante Brogno et Philippe Vande Walle) en lançant des jeunes entraîneurs, Abbas Bayat se retrouve devant deux solutions : soit garder Siquet, soit investir dans un élément réputé. Il a choisi la première solution. Les propos d'Abbas Bayat étaient peut-être destinés à seulement secouer le cocotier et à provoquer un déclic en vue du déplacement au Standard. Dans ce cas-là, mission remplie. Mais pourquoi alors s'en prendre au staff technique et pas aux joueurs ? " On m'a posé une question et j'ai répondu ", ajoute Bayat, " Je n'étais pas sur le coup de l'émotion et j'ai dit ma façon de penser. Je ne regrette pas mes propos mais ne pensez surtout pas qu'il y a quelque chose de machiavélique derrière tout cela. Je ne fais pas dans l'intrigue. "" Après un match nul contre Lokeren, on pouvait se douter de la réaction du président mais on aurait pu s'en passer ", résume le gardien Bertrand Laquait. " Il nous manque des points, c'est clair, mais on fait en sorte de se battre. Le groupe vit ensemble, travaille et écoute ce qui se dit mais on n'a pas à commenter de tels propos. J'espère simplement que cela ne va pas nous perturber ", ajoutait-il en semaine. Effectivement, le groupe a semblé imperturbable comme si la nouvelle ne lui était jamais arrivée. Silence, même si le ton était parfois à l'ironie. Lorsqu'une session d'entraînement avait été déplacée du matin à l'après-midi, un des joueurs avait lâché - Vous ne savez pas ? On a pris trois jours de congé !Ce n'est qu'après la victoire au Standard que certains se sont lâchés. " Le vestiaire fut un peu touché ", lâchait Sébastien Chabaud, " On a préféré ne rien dire et parler sur le terrain. La réponse, elle est là ! " " Je pense que c'était la meilleure façon de réagir ", continue Tim Smolders, " et j'ai senti qu'on avait vraiment bien travaillé. Il y a toujours des moments où certains ne sont pas concentrés. Ce ne fut pas le cas cette semaine. Est-ce la perspective du déplacement au Standard ou les propos du président ? On ne le saura jamais. " En restant parfaitement organisés, les joueurs ont mouillé leur maillot au Standard. Cela a au moins démontré que le noyau faisait corps derrière son entraîneur. Il n'aurait pas été trop compliqué de saboter le coach vu sa fragilité. En se répandant dans la presse, en ne se montrant pas autant appliqué aux entraînements, en critiquant les options de l'entraîneur. Ce ne fut jamais le cas. " On a un bon entraîneur et cela ne sert à rien de se précipiter ", ajoute Laquait, " Pour l'instant, on est dans une phase dans laquelle le groupe ne sait pas encore situer son potentiel. Mais Thierry Siquet a les capacités et les qualités requises pour entraîner notre équipe. "En début de saison, le Sporting essayait de développer un beau jeu mais cela ne rapportait rien. Depuis quelques semaines, le Sporting a renoué avec ses qualités d'engagement, de solidarité, abandonnant souvent le jeu à l'adversaire. " La manière ? Euh, Pfff. Chacun joue avec ses atouts ", affirme Siquet, " Quand la manière était là, on ne prenait aucun point. Là, on reste sur un bilan de huit points sur 12 avec notamment trois déplacements. Dans le football, il n'y a pas que les belles envolées. Être engagé et solidaire, cela fait aussi partie du football. Pour juger de l'évolution d'une équipe, vous avez beau faire, on ne regardera que les points. Les joueurs s'en foutent de bien jouer et de ne prendre aucun point. "Propos corroborés par Laquait : " Après les quatre premières rencontres, Siquet était déjà sur la sellette. On fournissait du jeu mais on perdait. Inconsciemment, ça a joué dans les têtes. On s'est regardé et on s'est dit : 1. On perd des points et 2. On perd de l'argent puisqu'on ne touchait plus de primes. D'où notre schéma plus défensif, plus solidaire. On a renoué avec nos valeurs. Attention ! Ce n'était pas une volonté de Siquet. Mais, on doit constater que moins on a le ballon, plus on est dangereux. "Que ce soit à Mons, au Germinal Beerschot ou au Standard, une défaite aurait plongé les Zèbres dans la lutte pour le maintien. A chaque fois, ils ont réagi en mouillant leur maillot. " C'était tangent car on avait connu un début de saison en dents de scie ", explique Siquet. " Cela a conduit à davantage de pression mais il faut savoir gérer la pression et on a vu que ce groupe savait le faire. "Et quoi de mieux pour éviter la crise que de signer une victoire chez le leader et champion en titre ? Bref, tout va bien à Charleroi. C'étaient les vacances, la semaine dernière, non ? Il y avait en tout cas un petit air de colonie... par stéphane vande velde