La semaine dernière, The Times a annoncé que le gouvernement japonais avait conclu en comité restreint que les Jeux Olympiques devaient être annulés, suite à la pandémie. C'est du moins ce qu'a divulgué un membre de l'Exécutif nippon, en souhaitant conserver l'anonymat. Il a déclaré que le Japon cherchait surtout un moyen d'annuler les Jeux sans perdre la face. "Nous cherchons une excuse. Si le président Joe Biden venait à annoncer que les sportifs américains ne peuvent pas y participer, nous embrayerons en disant: C'est devenu impossible."
...

La semaine dernière, The Times a annoncé que le gouvernement japonais avait conclu en comité restreint que les Jeux Olympiques devaient être annulés, suite à la pandémie. C'est du moins ce qu'a divulgué un membre de l'Exécutif nippon, en souhaitant conserver l'anonymat. Il a déclaré que le Japon cherchait surtout un moyen d'annuler les Jeux sans perdre la face. "Nous cherchons une excuse. Si le président Joe Biden venait à annoncer que les sportifs américains ne peuvent pas y participer, nous embrayerons en disant: C'est devenu impossible." Sa déclaration a déclenché une avalanche de rumeurs. Un quotidien de qualité comme The Times compromettrait-il sa crédibilité sur base d'un témoignage peu fiable? En outre, c'est un journaliste réputé, Richard Lloyd Parry, Asia Editor du journal, qui est à l'origine de l'information. Et dans un second article, samedi dernier, Parry a confirmé ses infos: "La décision est quasiment prise." La déclaration est encore plus tranchée que celle du ministre Taro Kono, responsable de la stratégie de vaccination au Japon. Celui-ci avait déjà déclaré que "le sort des Jeux pouvait basculer d'un côté comme de l'autre". D'aucuns critiquent pourtant le compte-rendu du journal londonien, qui ne s'appuie que sur une seule source. Il s'agit peut-être d'une voix dissonante au sein d'un gouvernement partagé. Le Premier ministre Yoshihide Suga, qui a remplacé Shinzo Abe, malade, en septembre, gère mal la pandémie et est en chute libre dans les sondages. Un autre facteur intervient: les élections parlementaires, qui doivent se dérouler en octobre. Des voix s'élèvent déjà pour écarter Suga du poste de président du Parti démocratique libéral. Sa position s'affaiblit d'autant plus que les Jeux provoquent des controverses, suite à leur coût gigantesque et aux risques sanitaires qu'ils impliquent. L'article du Times a suscité de vives réactions du gouvernement japonais, du comité d'organisation, le TOCOG, du CIO et de nombreux comités olympiques nationaux. En résumé, ce sont des rumeurs "ridicules". D'après Thomas Bach, le président du CIO, il n'y a "aucune raison" de renoncer aux JO. Néanmoins, de nombreux observateurs se sont remémorés le printemps dernier. Bach et le gouvernement japonais avaient soutenu que les Jeux auraient lieu, envers et contre tout, avant d'être contraints d'annoncer leur report le 24 mars. Bach estime toutefois que la situation est complètement différente: il n'y avait alors pas de stratégie de tests élaborée ni de vaccins, alors qu'on en distribue maintenant dans le monde entier. Ces vaccins sont la bouée de sauvetage des Olympiades. Même si Bach répète que les athlètes ne sont pas obligés de se faire vacciner, le CIO oeuvre en coulisses pour convaincre les gouvernements de tous les pays de faire vacciner leurs athlètes avant le début des Jeux, le 23 juillet. Le CIO soutient également le projet Covax de l'Organisation mondiale de la Santé, pour permettre aux sélectionnés des pays pauvres d'obtenir un vaccin. Pour le moment, il n'est donc pas question d'une annulation olympique. La déclaration de Jerry Colangelo, le patron de l'équipe de basket-ball américaine, en relation avec les hautes sphères, est éloquente. "On m'a dit: it's a go. À moins que de nouvelles variantes du virus n'engendrent de graves problèmes dans le monde. Et en fonction des contaminations au Japon, plus précisément à Tokyo." Ce qui est de plus en plus probable, à en croire les déclarations de toutes les parties organisatrices, c'est que si les Jeux ont lieu, ce sera sans public, même si ça engendre plusieurs milliards de pertes. Dans le meilleur des cas, le public serait très restreint. On n'admettrait que les Japonais. On en saura davantage en février, lors de la divulgation des playbooks de tous les participants. La décision définitive ne peut en tout cas pas être prise au-delà du 25 mars, puisque la flamme olympique doit normalement entamer sa tournée ce jour-là.