Il n'a pas juré, ne s'est pas énervé et n'a pas élevé la voix. Zen. " Ce n'était pas notre jour. Dommage ! Je suis passé tout près de réaliser mon rêve d'enfant : remporter un Grand Prix de Formule 1. Mais ce n'était pas pour aujourd'hui. J'espère que ce n'est que partie remise. "

Lâché par la mécanique à Bahreïn, Charles Leclerc analysait la situation avec un calme rarement vu à ce niveau. Après avoir dominé les séances de qualification, il avait perdu deux places au premier tour mais il avait immédiatement mis les choses au point, dépassant le deuxième pilote Mercedes Valtteri Bottas, et son équipier Sebastian Vettel tout en creusant l'écart sur le quintuple champion du monde, Lewis Hamilton. Un fameux exploit pour un gars de 21 ans qui n'en est qu'à sa deuxième saison en F1 et disputait ce jour-là son deuxième Grand Prix au volant d'une Ferrari.

Charles Leclerc, BELGAIMAGE
Charles Leclerc © BELGAIMAGE

Le jour de gloire est arrivé, se disait le jeune Monégasque. Mais à onze tours de la fin, la Ferrari 064 le laissait tomber. A l'issue d'une lutte inégale avec les deux Mercedes, qui montaient encore à fond dans les tours, il terminait à la troisième place. La course est une garce. Dure et impitoyable mais tellement fascinante. En analysant sa prestation et sa réaction, tant ses collègues que les consultants avaient la confirmation de ce qu'ils soupçonnaient déjà : un jour, ce jeune homme sera champion du monde.

" Belle course, l'avenir te sourit ", lui lançait Hamilton. " Il est modeste et rapide mais il est aussi capable de relativiser les bonnes et les mauvaises choses. J'ai rarement vu, ces dernières années, des pilotes qui possédaient toutes ces qualités ", ajoutait Toto Wolff, le grand patron de Mercedes. " C'est un garçon impressionnant à tous les niveaux. "

Petit menteur

Leclerc a grandi à Monaco. Du balcon de la maison familiale, il avait vue sur le premier virage - Sainte-Dévote - du circuit urbain le plus emblématique, sur lequel ses parents le promenaient dans la poussette à la fin des années '90. Plus tard, en se rendant à l'école, à pied ou à vélo, il passait par les célèbres virages - Massenet, Mirabeau Haute, Grand Hotel Hairpin ou Louis Chiron - le seul Monégasque à avoir remporté le Grand Prix (1931).

Chaque année, les jours précédant le Grand Prix étaient synonymes de fête pour l'enfant qui, avec un ami, refaisait la course sur son balcon à l'aide de miniatures. " Je ne me rappelle plus de la couleur de sa voiture mais la mienne était rouge. Rouge vif ", dit-il. Plus tard, ils faisaient des courses de voitures à pédales sur le circuit.

" Je ne me souviens plus de qui gagnait ", racontait-il voici quelques années dans The Guardian. " Mais ce sont mes premiers beaux souvenirs du GP de Monaco. " Il découvrait le kart à l'âge de quatre ans. Il avait dit à son père, Hervé, qu'il était malade et ne pouvait pas aller à l'école.

C'était une ruse car il savait que ce jour-là, son père rendait visite à son meilleur ami, Philippe Bianchi, qui possédait un circuit à Brignoles. C'est là qu'il effectuait ses premiers tours dans un kart relié par une corde au kart d'un pilote chevronné. Après un tour, on coupait la corde et sur le chemin du retour, le petit Charles disait à son père que, plus tard, il voulait devenir pilote.

Prince Albert

Il admirait son parrain, Jules Bianchi, qui n'avait que huit ans de plus que lui et qui, en 2007, à l'âge de 18 ans, effectuait ses débuts en Formule 3. Pendant des années, Jules allait être son ami, son modèle et son mentor.

Lorsque la famille Leclerc ne pouvait plus suivre financièrement pour assouvir la passion de Charles, alors âgé de 13 ans, c'est Nicolas Todt, l'agent de Jules, qui intervenait.

" Nous avions un accord très clair : tant que Charles se montrait performant, je les aidais. Il a fait beaucoup mieux que ce que j'espérais. " Huit ans plus tard, Leclerc est toujours client d'All Road Management, l'agence de Todt. Il n'a pas oublié ce que celui-ci a fait pour lui.

En 2013, alors que Charles avait 15 ans, Todt l'alignait en classe KZ, des karts à vitesse qui sont en principe réservés à des pilotes plus expérimentés et sortant de l'adolescence. La saison était exceptionnelle et dominée par des gamins de 15 ans. Leclerc se classait deuxième derrière... Max Verstappen.

Mais à Monaco, il était considéré comme le vrai numéro un. Son plus grand supporter de l'époque, le Prince Albert, allait devenir un ami personnel. " Lorsque j'ai pris le départ de mon premier Grand Prix ici, nous étions tous les deux très émus. C'était très particulier. "

Drames familiaux

Mais plus que les victoires et les louanges, ce sont deux drames de jeunesse qui ont forgé le caractère de Charles. Lorsque son parrain, Jules Bianchi, est devenu la première victime mortelle en F1 depuis 21 ans - accidenté au GP du Japon, il est décédé en juillet 2015 après neuf mois de coma - il n'a pas songé une seule seconde à arrêter et il est devenu champion du monde en GP3 (2016).

L'année suivante, celle de sa première saison en FIA Formula 2 Championship, il a perdu son père, décédé des suites d'une longue maladie. Trois jours plus tard, il s'imposait à Bakou et, en fin de saison, il s'emparait du titre mondial. Seuls trois rookies avaient réussi cela (à l'époque des GP2 Series) : Nico Hülkenberg, Nico Rosberg et Lewis Hamilton.

" Il y a eu des moments que j'aurais voulu ne pas connaître mais ils m'ont rendu plus fort comme pilote et sur le plan mental. Le décès de Jules, celui de papa... Perdre son père quand on est jeune, ça vous marque à vie. "

Dès 2016, il avait été repris dans la Ferrari Driver Academy. Après son titre en Formule 2, il était logique qu'il effectue ses débuts au sein de l'écurie Alfa Romeo Sauber F1 - équipée de moteurs Ferrari. Il n'avait que 20 ans mais le patron, Frédéric Vasseur, avait travaillé avec lui dans son équipe de kart et en GP 3 : il savait à qui il avait affaire. " Ce gars a du charisme. Et il sait parfaitement quand il doit attaquer ou lever le pied. "

Six podiums

Sergio Marchionne, président de Ferrari et Alfa, suivait cela de loin et voyait le Monégasque décrocher une sixième place dès son quatrième Grand Prix. C'était le meilleur résultat de toute l'histoire de l'écurie suisse. Plus important encore : lors des derniers tours en Azerbaïdjan, il n'avait éprouvé aucun problème à se défaire de Fernando Alonso, double champion du monde, qui tentait de le dépasser. En septembre, à deux mois de la fin de la saison, Ferrari surprenait tout le monde en faisant appel à lui pour remplacer l'ex-champion du monde Kimi Räikkönen.

Max Verstappen, BELGAIMAGE
Max Verstappen © BELGAIMAGE

Du jamais vu à Maranello, où on avait l'habitude de choisir des noms et des pilotes expérimentés. Mais alors qu'on approche de la mi-saison, personne ne le regrette : six podiums, c'est autant que son équipier allemand qu'il a dû laisser passer en Australie et en Chine sur ordre de l'équipe. Jusqu'ici, il comprend.

Max la menace

Verstappen vit aussi à Monaco mais la comparaison avec Leclerc s'arrête là. Le Belgo-Hollandais de l'écurie Red Bull est monté sur le podium à cinq reprises cette saison, soit une fois de moins que Leclerc. Mais il s'est imposé en Autriche et en Allemagne. A sa façon et sans compromis, comme toujours.

Après sa première année chez Toro Rosso, en 2015 (il avait 17 ans), il avait été l'une des stars du gala de la FIA à Paris, où il avait décroché trois prix : Rookie of the Year, Personality of the Year et Action of the Year, pour son dépassement de Felipe Nasr à Spa-Francorchamps.

A 300 km/h dans le virage de Blanchimont, un des plus spectaculaires de tous les Grands Prix. " Fantastique ", avait dit Helmut Marko. " Mais ne fais plus jamais ça, OK ? "

Max n'avait pas écouté. La saison suivante, au volant de sa Red Bull, il enchaînait les manoeuvres spectaculaires. Parfois avec succès, parfois avec pertes et fracas. Ce qui énervait certains rivaux, ceux-ci trouvant son style de conduite trop agressif et trop dangereux. Mais Max n'en démordait pas.

" Si les Ferrari me barrent la route, je ne les laisse plus passer. Je préfère encore les envoyer dans le décor. " Ou bien : " Le prochain qui me pose des questions sur mon style de conduite, je lui donne un coup de boule. Je ne changerai jamais de style. C'est grâce à cela que j'en suis là aujourd'hui. "

Première pole pour un Hollandais

La saison dernière, il touchait le fond : il était impliqué dans un incident au cours de chacun des six premiers GP. En Azerbaïdjan, il entrait même en collision avec... son équipier, Daniel Ricciardo. Christian Horner, le boss de l'écurie Red Bull, était dans tous ses états. " Max doit cesser de commettre de telles erreurs, il doit prendre exemple sur Daniel. " Un sérieux avertissement.

Après s'être imposé en Espagne (2016), en Malaisie et au Mexique (2017), en Autriche et à nouveau au Mexique (2018), il a remporté cette année ses sixième et septième Grands Prix. En Hongrie, trahi par ses pneumatiques, il a été dépassé par Hamilton à quatre tours de la fin mais il était entré dans l'histoire la veille en devenant le premier pilote hollandais à décrocher une pole position.

Après ses cinquième (2016) et quatrième (2018) places au championnat du monde, il peut tout doucement se mettre à rêver du podium. Voire plus si affinités. Avec ses 250 points, Lewis Hamilton semble inaccessible mais Bottas, deuxième au classement, ne compte que sept points de plus que lui.

" Il est le seul qui puisse encore menacer Hamilton cette saison ", dit Scott Mitchell, d' Autosport.com. " C'est un pilote brillant mais un grand problème se pose : Red Bull dépend trop de lui. De par sa présence, l'écurie n'a plus la même richesse en profondeur qu'il y a quelques années. C'est une forte personnalité et sans doute le pire équipier dont on puisse rêver en Formule 1 : il humilie les autres pilotes du team. "

Grand et lourd

Après cinq ans chez Red Bull, Ricciardo est parti chez Renault l'hiver dernier tandis que, voici peu, Pierre Gasly a été rétrogradé (dans la filiale Scuderia Toro Rosso) et remplacé par Alexander Albon, un pilote anglo-thaïlandais qui, pour sa première saison, a déjà terminé cinq fois dans les points.

" Le nom de mon équipier m'importe peu ", dit Verstappen dans De Telegraaf. " La seule chose qui compte, c'est que la deuxième auto fasse au mieux et ramène des points pour l'équipe. " Selon Horner, Verstappen donne l'impression d'avoir mûri. Il et plus calme, aussi. Moins vindicatif lorsqu'un problème se pose.

Il doit redevenir Max, un Belge du Limbourg qui ne fait pas de chichi et peut rire de tout, voire même se montrer drôle à l'occasion. Une journaliste du Guardian a pu le constater il y a quelques semaines quand elle lui a demandé ce qu'il aimait manger.

" Tout ce qu'il ne faut pas ", a-t-il répondu : " Des hamburgers, des pizzas, des pâtes... Je suis un des pilotes les plus grands et les plus lourds. C'est génétique, on est presque tous comme ça dans la famille. Si je mangeais tout ce dont j'ai envie, je devrais sans doute changer de sport, faire du sumo ou un truc pareil. "

Pour le moment, son seul combat, c'est face aux Mercedes qu'il le livre. L'inévitable légion orange le soutient. Dimanche après-midi, à Francorchamps, elle sera plus présente que jamais.

Il n'a pas juré, ne s'est pas énervé et n'a pas élevé la voix. Zen. " Ce n'était pas notre jour. Dommage ! Je suis passé tout près de réaliser mon rêve d'enfant : remporter un Grand Prix de Formule 1. Mais ce n'était pas pour aujourd'hui. J'espère que ce n'est que partie remise. " Lâché par la mécanique à Bahreïn, Charles Leclerc analysait la situation avec un calme rarement vu à ce niveau. Après avoir dominé les séances de qualification, il avait perdu deux places au premier tour mais il avait immédiatement mis les choses au point, dépassant le deuxième pilote Mercedes Valtteri Bottas, et son équipier Sebastian Vettel tout en creusant l'écart sur le quintuple champion du monde, Lewis Hamilton. Un fameux exploit pour un gars de 21 ans qui n'en est qu'à sa deuxième saison en F1 et disputait ce jour-là son deuxième Grand Prix au volant d'une Ferrari. Le jour de gloire est arrivé, se disait le jeune Monégasque. Mais à onze tours de la fin, la Ferrari 064 le laissait tomber. A l'issue d'une lutte inégale avec les deux Mercedes, qui montaient encore à fond dans les tours, il terminait à la troisième place. La course est une garce. Dure et impitoyable mais tellement fascinante. En analysant sa prestation et sa réaction, tant ses collègues que les consultants avaient la confirmation de ce qu'ils soupçonnaient déjà : un jour, ce jeune homme sera champion du monde. " Belle course, l'avenir te sourit ", lui lançait Hamilton. " Il est modeste et rapide mais il est aussi capable de relativiser les bonnes et les mauvaises choses. J'ai rarement vu, ces dernières années, des pilotes qui possédaient toutes ces qualités ", ajoutait Toto Wolff, le grand patron de Mercedes. " C'est un garçon impressionnant à tous les niveaux. " Leclerc a grandi à Monaco. Du balcon de la maison familiale, il avait vue sur le premier virage - Sainte-Dévote - du circuit urbain le plus emblématique, sur lequel ses parents le promenaient dans la poussette à la fin des années '90. Plus tard, en se rendant à l'école, à pied ou à vélo, il passait par les célèbres virages - Massenet, Mirabeau Haute, Grand Hotel Hairpin ou Louis Chiron - le seul Monégasque à avoir remporté le Grand Prix (1931). Chaque année, les jours précédant le Grand Prix étaient synonymes de fête pour l'enfant qui, avec un ami, refaisait la course sur son balcon à l'aide de miniatures. " Je ne me rappelle plus de la couleur de sa voiture mais la mienne était rouge. Rouge vif ", dit-il. Plus tard, ils faisaient des courses de voitures à pédales sur le circuit. " Je ne me souviens plus de qui gagnait ", racontait-il voici quelques années dans The Guardian. " Mais ce sont mes premiers beaux souvenirs du GP de Monaco. " Il découvrait le kart à l'âge de quatre ans. Il avait dit à son père, Hervé, qu'il était malade et ne pouvait pas aller à l'école. C'était une ruse car il savait que ce jour-là, son père rendait visite à son meilleur ami, Philippe Bianchi, qui possédait un circuit à Brignoles. C'est là qu'il effectuait ses premiers tours dans un kart relié par une corde au kart d'un pilote chevronné. Après un tour, on coupait la corde et sur le chemin du retour, le petit Charles disait à son père que, plus tard, il voulait devenir pilote. Il admirait son parrain, Jules Bianchi, qui n'avait que huit ans de plus que lui et qui, en 2007, à l'âge de 18 ans, effectuait ses débuts en Formule 3. Pendant des années, Jules allait être son ami, son modèle et son mentor. Lorsque la famille Leclerc ne pouvait plus suivre financièrement pour assouvir la passion de Charles, alors âgé de 13 ans, c'est Nicolas Todt, l'agent de Jules, qui intervenait. " Nous avions un accord très clair : tant que Charles se montrait performant, je les aidais. Il a fait beaucoup mieux que ce que j'espérais. " Huit ans plus tard, Leclerc est toujours client d'All Road Management, l'agence de Todt. Il n'a pas oublié ce que celui-ci a fait pour lui. En 2013, alors que Charles avait 15 ans, Todt l'alignait en classe KZ, des karts à vitesse qui sont en principe réservés à des pilotes plus expérimentés et sortant de l'adolescence. La saison était exceptionnelle et dominée par des gamins de 15 ans. Leclerc se classait deuxième derrière... Max Verstappen. Mais à Monaco, il était considéré comme le vrai numéro un. Son plus grand supporter de l'époque, le Prince Albert, allait devenir un ami personnel. " Lorsque j'ai pris le départ de mon premier Grand Prix ici, nous étions tous les deux très émus. C'était très particulier. " Mais plus que les victoires et les louanges, ce sont deux drames de jeunesse qui ont forgé le caractère de Charles. Lorsque son parrain, Jules Bianchi, est devenu la première victime mortelle en F1 depuis 21 ans - accidenté au GP du Japon, il est décédé en juillet 2015 après neuf mois de coma - il n'a pas songé une seule seconde à arrêter et il est devenu champion du monde en GP3 (2016). L'année suivante, celle de sa première saison en FIA Formula 2 Championship, il a perdu son père, décédé des suites d'une longue maladie. Trois jours plus tard, il s'imposait à Bakou et, en fin de saison, il s'emparait du titre mondial. Seuls trois rookies avaient réussi cela (à l'époque des GP2 Series) : Nico Hülkenberg, Nico Rosberg et Lewis Hamilton." Il y a eu des moments que j'aurais voulu ne pas connaître mais ils m'ont rendu plus fort comme pilote et sur le plan mental. Le décès de Jules, celui de papa... Perdre son père quand on est jeune, ça vous marque à vie. " Dès 2016, il avait été repris dans la Ferrari Driver Academy. Après son titre en Formule 2, il était logique qu'il effectue ses débuts au sein de l'écurie Alfa Romeo Sauber F1 - équipée de moteurs Ferrari. Il n'avait que 20 ans mais le patron, Frédéric Vasseur, avait travaillé avec lui dans son équipe de kart et en GP 3 : il savait à qui il avait affaire. " Ce gars a du charisme. Et il sait parfaitement quand il doit attaquer ou lever le pied. " Sergio Marchionne, président de Ferrari et Alfa, suivait cela de loin et voyait le Monégasque décrocher une sixième place dès son quatrième Grand Prix. C'était le meilleur résultat de toute l'histoire de l'écurie suisse. Plus important encore : lors des derniers tours en Azerbaïdjan, il n'avait éprouvé aucun problème à se défaire de Fernando Alonso, double champion du monde, qui tentait de le dépasser. En septembre, à deux mois de la fin de la saison, Ferrari surprenait tout le monde en faisant appel à lui pour remplacer l'ex-champion du monde Kimi Räikkönen. Du jamais vu à Maranello, où on avait l'habitude de choisir des noms et des pilotes expérimentés. Mais alors qu'on approche de la mi-saison, personne ne le regrette : six podiums, c'est autant que son équipier allemand qu'il a dû laisser passer en Australie et en Chine sur ordre de l'équipe. Jusqu'ici, il comprend. Verstappen vit aussi à Monaco mais la comparaison avec Leclerc s'arrête là. Le Belgo-Hollandais de l'écurie Red Bull est monté sur le podium à cinq reprises cette saison, soit une fois de moins que Leclerc. Mais il s'est imposé en Autriche et en Allemagne. A sa façon et sans compromis, comme toujours. Après sa première année chez Toro Rosso, en 2015 (il avait 17 ans), il avait été l'une des stars du gala de la FIA à Paris, où il avait décroché trois prix : Rookie of the Year, Personality of the Year et Action of the Year, pour son dépassement de Felipe Nasr à Spa-Francorchamps. A 300 km/h dans le virage de Blanchimont, un des plus spectaculaires de tous les Grands Prix. " Fantastique ", avait dit Helmut Marko. " Mais ne fais plus jamais ça, OK ? " Max n'avait pas écouté. La saison suivante, au volant de sa Red Bull, il enchaînait les manoeuvres spectaculaires. Parfois avec succès, parfois avec pertes et fracas. Ce qui énervait certains rivaux, ceux-ci trouvant son style de conduite trop agressif et trop dangereux. Mais Max n'en démordait pas. " Si les Ferrari me barrent la route, je ne les laisse plus passer. Je préfère encore les envoyer dans le décor. " Ou bien : " Le prochain qui me pose des questions sur mon style de conduite, je lui donne un coup de boule. Je ne changerai jamais de style. C'est grâce à cela que j'en suis là aujourd'hui. " La saison dernière, il touchait le fond : il était impliqué dans un incident au cours de chacun des six premiers GP. En Azerbaïdjan, il entrait même en collision avec... son équipier, Daniel Ricciardo. Christian Horner, le boss de l'écurie Red Bull, était dans tous ses états. " Max doit cesser de commettre de telles erreurs, il doit prendre exemple sur Daniel. " Un sérieux avertissement. Après s'être imposé en Espagne (2016), en Malaisie et au Mexique (2017), en Autriche et à nouveau au Mexique (2018), il a remporté cette année ses sixième et septième Grands Prix. En Hongrie, trahi par ses pneumatiques, il a été dépassé par Hamilton à quatre tours de la fin mais il était entré dans l'histoire la veille en devenant le premier pilote hollandais à décrocher une pole position. Après ses cinquième (2016) et quatrième (2018) places au championnat du monde, il peut tout doucement se mettre à rêver du podium. Voire plus si affinités. Avec ses 250 points, Lewis Hamilton semble inaccessible mais Bottas, deuxième au classement, ne compte que sept points de plus que lui. " Il est le seul qui puisse encore menacer Hamilton cette saison ", dit Scott Mitchell, d' Autosport.com. " C'est un pilote brillant mais un grand problème se pose : Red Bull dépend trop de lui. De par sa présence, l'écurie n'a plus la même richesse en profondeur qu'il y a quelques années. C'est une forte personnalité et sans doute le pire équipier dont on puisse rêver en Formule 1 : il humilie les autres pilotes du team. " Après cinq ans chez Red Bull, Ricciardo est parti chez Renault l'hiver dernier tandis que, voici peu, Pierre Gasly a été rétrogradé (dans la filiale Scuderia Toro Rosso) et remplacé par Alexander Albon, un pilote anglo-thaïlandais qui, pour sa première saison, a déjà terminé cinq fois dans les points. " Le nom de mon équipier m'importe peu ", dit Verstappen dans De Telegraaf. " La seule chose qui compte, c'est que la deuxième auto fasse au mieux et ramène des points pour l'équipe. " Selon Horner, Verstappen donne l'impression d'avoir mûri. Il et plus calme, aussi. Moins vindicatif lorsqu'un problème se pose. Il doit redevenir Max, un Belge du Limbourg qui ne fait pas de chichi et peut rire de tout, voire même se montrer drôle à l'occasion. Une journaliste du Guardian a pu le constater il y a quelques semaines quand elle lui a demandé ce qu'il aimait manger. " Tout ce qu'il ne faut pas ", a-t-il répondu : " Des hamburgers, des pizzas, des pâtes... Je suis un des pilotes les plus grands et les plus lourds. C'est génétique, on est presque tous comme ça dans la famille. Si je mangeais tout ce dont j'ai envie, je devrais sans doute changer de sport, faire du sumo ou un truc pareil. " Pour le moment, son seul combat, c'est face aux Mercedes qu'il le livre. L'inévitable légion orange le soutient. Dimanche après-midi, à Francorchamps, elle sera plus présente que jamais.