Eupen, Visé, Tubize, Lierse, White Star, Mouscron... aujourd'hui Courtrai, racheté par un homme d'affaires malaisien. Un club de plus qui passe entre des mains étrangères. Dans les mains d'un investisseur dont on ne sait pas s'il vient pour faire du profit ou - en priorité - pour rendre de la vie à son nouveau jouet. Tout cet argent venu d'ailleurs... faut-il en rire ou en pleurer ? Les investisseurs immigrants sont-ils un bien ou un mal pour notre football ?
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Eupen, Visé, Tubize, Lierse, White Star, Mouscron... aujourd'hui Courtrai, racheté par un homme d'affaires malaisien. Un club de plus qui passe entre des mains étrangères. Dans les mains d'un investisseur dont on ne sait pas s'il vient pour faire du profit ou - en priorité - pour rendre de la vie à son nouveau jouet. Tout cet argent venu d'ailleurs... faut-il en rire ou en pleurer ? Les investisseurs immigrants sont-ils un bien ou un mal pour notre football ?" Je suis tout à fait contre ", tonne le président de La Gantoise. D'ailleurs, chez lui, il est carrément stipulé dans un document officiel que le club ne tournera pas avec des fonds en provenance d'autres pays, ou avec des fonds d'un repreneur tout court. " C'est un accord avec la Ville de Gand et l'idée, au départ, vient de nous. Il est mentionné dans les statuts que nous avons l'occupation exclusive du nouveau stade pendant 50 ans mais aussi qu'il ne peut pas y avoir d'apport financier en provenance de l'étranger, et qu'il ne peut carrément pas y avoir de repreneur. Le club doit rester dans les mains de l'ASBL existante. Nous voulons que La Gantoise reste associée à une communauté, la communauté gantoise avec ses supporters, ses sponsors, sa propre structure. L'assemblée générale est d'ailleurs constituée exclusivement de personnes de cette communauté. L'investisseur étranger cherche généralement un return. C'est normal, le football est un business comme un autre. Mais ce return ne doit pas lui être octroyé par la communauté, sous la forme de mise à disposition des forces de l'ordre, ou sous la forme de mesures fiscales avantageuses. Parce qu'il n'y a pas droit en n'étant pas belge. Je constate aussi que les investissements étrangers ne durent qu'un temps. On vient encore de le voir à Mouscron, où le LOSC ne s'est pas éternisé. Dès que Lille s'est retiré, Mouscron a failli disparaître. On dit maintenant que ce club est sauvé, mais pour moi, cette histoire n'est pas bouclée, il va encore y avoir des rebondissements. " " J'ai été le premier étranger à racheter un club belge, en 2000 ", lance l'ex-patron de Charleroi. " Le premier qui a osé... " Donc, il ne va pas dire que les investisseurs étrangers sont un mal pour notre football ? Détrompez-vous ! " C'est une mauvaise chose, je ne vois pas l'intérêt pour la D1. Si le propriétaire étranger a déjà un club dans un autre pays, il est probable qu'il s'oriente vers le marché belge pour y placer des joueurs qui ne jouent pas avec son autre club, pour une question de niveau ou de nationalité. Il va essayer de les faire progresser ici pour qu'ils prennent de la valeur, pour les utiliser ensuite dans son autre club ou les vendre en faisant un bénéfice. C'est bon pour lui, pas pour le championnat de Belgique en général. J'imagine que ce sont les motivations du nouveau propriétaire de Courtrai, qui est aussi le patron de Cardiff. Plus de patrons étrangers, ça voudra dire plus de joueurs étrangers, ça me paraît inévitable. Alors que les jeunes joueurs belges ont déjà beaucoup de mal à faire leur trou. " Il revient spontanément sur son aventure à Charleroi. " Je n'ai jamais vu le Sporting de Charleroi comme un moyen de gagner de l'argent. Je l'avais racheté pour deux raisons : parce que le Hainaut était la province où je vendais le plus de bouteilles de Chaudfontaine et parce que je voulais sauver un club qui était sur le point de disparaître. " Le nouvel administrateur délégué de la Pro League ne met pas l'accent sur des nationalités, plutôt sur des projets. " Lille, c'est l'étranger, mais pour Mouscron, c'est bien plus proche qu'Anvers. Est-ce moins naturel comme rapprochement sous le seul prétexte que cet investisseur vient d'un autre pays ? On ne peut pas dire que toutes les reprises de clubs par des étrangers provoquent un effet positif. Tout comme on ne peut pas dire que ça implique automatiquement des inconvénients. Le plus important, pour moi, est le respect des caractéristiques du club concerné. Si le nouveau propriétaire tourne le dos à son ADN, je ne trouve pas ça positif. S'il en tient compte, s'il cherche même à le faire évoluer dans la bonne direction, c'est bien. Et est-ce que le fait d'avoir un nouveau propriétaire étranger implique qu'il y aura plus de joueurs d'autres nationalités sur la pelouse ? Ce n'est pas automatique. Et quand bien même ! Si ce nouveau propriétaire possède déjà un club dans un autre pays et prête des bons joueurs dans sa nouvelle équipe belge, c'est quand même positif pour notre championnat. " Il conclut sur le thème de transactions qui lui semblent bien plus douteuses que le passage d'un club belge en mains étrangères. " Le marchandage de matricules, ça me semble bien plus essentiel à analyser. C'est sur ce point du règlement de l'Union Belge qu'il faut travailler. Un club rachète le matricule d'une équipe qui n'est pas du tout dans la même région, ça veut dire que c'est un club qui déménage subitement, et là, on peut parler d'un ADN passé à la déchiqueteuse. Cela me choque bien plus que la reprise de Courtrai par un Malaisien. " " Ces reprises étrangères ne sont pas une bonne chose pour notre football ", affirme cet économiste du monde du sport. " Qui peut me citer des exemples de reprises réussies ? Regardez le Lierse, Eupen, Visé, Tubize, le White Star. C'est la même chose aux Pays-Bas avec ADO La Haye et Vitesse, pareil en Suisse avec Neuchâtel, idem en Angleterre avec Portsmouth. Dans le pire des cas, Courtrai va devenir un nouveau Lierse avec une vaste légion étrangère de joueurs. Parce que chez nous, tout est possible, au contraire de ce qui se passe en Angleterre par exemple. Le football n'intéresse pas ces repreneurs, ils ne pensent qu'à l'aspect financier. Bien souvent, l'argent injecté l'est sous forme d'emprunts, ainsi on accumule les dettes, et quand le propriétaire se retire, c'est terminé pour le club. Et ça ne dure jamais. A Courtrai, on est occupé à enterrer le KaVé traditionnel, je trouve ça grave pour les supporters qui se déplacent dans la pluie et le froid. Je crains aussi pour les jeunes, je crains la disparition de l'âme du club. En général, on dit au début que des personnes à responsabilité vont pouvoir rester, mais il en reste combien au Lierse ? Je m'attends à ce qu'on amène à Courtrai un vassal du propriétaire malaisien, éventuellement le vassal d'un agent, et c'est parti. " PAR PIERRE DANVOYE ET CHRISTIAN VANDENABEELE