" Le Standard se paye la tête de son entraîneur ". " Sa tête roule sur le billot ". " Le Standard tranche dans le vif ". Ce sont des titres que l'on a déjà lus et que l'on aurait pu lire au lendemain du " lâchage " d'IvanVukomanovic. Violent hein ! Ça ne choque personne !
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" Le Standard se paye la tête de son entraîneur ". " Sa tête roule sur le billot ". " Le Standard tranche dans le vif ". Ce sont des titres que l'on a déjà lus et que l'on aurait pu lire au lendemain du " lâchage " d'IvanVukomanovic. Violent hein ! Ça ne choque personne ! Un tifo, c'est aussi de l'encre mais diluée et colorée pour faire passer un message. Avec humour ou maladresse. Parfois les deux. Parfois ça passe, parfois ça casse. Le légendaire entraîneur de Liverpool, BillShankly nous a offert cette citation : " Le football n'est pas qu'une question de vie ou de mort, c'est bien plus que cela. " Personne ne l'a traité d'incitateur à la haine. Ce n'était qu'une formule. Cet homme a toujours enseigné le respect de l'adversaire. Sortis de leur contexte, on fait ce qu'on veut des mots. " Il faut tuer le match ! " On va se les faire ! " Il faut les agresser dans leur camp ! " " On est chez nous, on va leur botter le cul et les renvoyer chez eux ! " " Je veux des guerriers ! " Paroles de vestiaire. Violentes, hein ! Des images pour susciter ou réveiller l'envie de conquête des joueurs. Le foot est violence ! Dans ses mots, dans sa pratique. N'oublions pas que dans ses règles, le foot interdit de jouer l'homme pour récupérer le ballon. On ne voit que ça. Un stade de foot, c'est un concentré de la vie. Des vies. Les jolies, les laides, les épanouies, les frustrées. Mais toutes se voient plus belles lorsqu'elles vont en tribunes. Qu'elles soient populaires ou d'honneur. Pourtant, les donneurs de leçons viennent souvent du même bloc. OK, ce tifo est allé loin. Et pourtant, beaucoup en ont ri et l'ont pris pour ce qu'il était. D'autres en font une affaire d'Etat ou d'éducation : " Imaginez les enfants qui voient ça ". J'en ai parlé avec mon fils. Il m'a dit que ça l'avait fait rire. Je lui demande si ça lui a donné l'envie de couper des têtes. Il me demande de ses yeux rieurs si je le prends pour un idiot avant de replonger dans son assiette pour s'attaquer à un oiseau sans tête que je lui avais préparé avec amour. Les enfants voient bien pire. Si voir ça est un danger pour nos enfants, alors reprenons et brûlons toutes leurs consoles de jeu. Coupons-leur à jamais leur connexion internet ! Messieurs les décideurs, ressaisissez-vous ! L'important est ailleurs. Car quand je lis que le ministère de l'Intérieur va sanctionner les " tifoseurs ", je ne peux m'empêcher de penser à notre ministre de l'Intérieur. Celui-là même qui a beaucoup fréquenté des soirées où l'idéologie d'extrême droite était reprise en choeur. Où les tifos accrochés aux murs incitaient à la haine de l'autre. Ça, ça me fait peur pour l'avenir de nos enfants. Ces derniers temps, le monde du foot, le monde tout court, a tendance à avoir des indignations sélectives. Aussi dangereuses que l'objet du débat. Et réjouissons-nous que dans nos contrées, on se batte pour la liberté d'expression. Dans d'autres, c'est la liberté d'exécution qui ne sera jamais débattue. 13 gamins assassinés en Irak parce qu'ils regardaient un match de foot. Là, il y a de quoi s'indigner. Hurler, haïr. On n'a rien entendu. La FIFA, l'UEFA, notre fédé, nos dirigeants, nos politiques ? Rien. Une dépêche de trois lignes dont on préfère ne pas trop parler. Même pas 13 secondes de silence dans tous les stades du monde. 13 secondes pour 13 vies, histoire de ne pas oublier. Avec le tifo, certains étaient morts de rire, d'autres morts de honte ou parfois les deux en même temps. C'était le droit de chacun. Eux sont morts. Tout court. Mort parce qu'ils aimaient ce que nous aimons. Le foot. Nous, on pourra continuer à l'aimer. Malgré la connerie ou la maladresse de certains. Pierre Desproges a dit : " On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui ". Il a raison, alors restons vigilants. Je suis une caricature. Nous sommes tous des caricatures. Pour le meilleur et pour le pire. Pierre Desproges a dit : " On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. "