René Weiler n'est pas du genre à tirer la couverture à lui ou à s'emballer outre-mesure. Il est un peu plus de 20 heures, dimanche dernier, quand le coach suisse quitte la conférence de presse le visage satisfait alors que son homologue du jour, Michel Preud'hommme, a les traits encore plus tirés que d'habitude. Dans les catacombes du stade Constant Vanden Stock, nous poursuivons la discussion entamée un peu plus tôt sur fond de domination athlétique. Car si Anderlecht a rapidement noyé Bruges dans un Topper à sens unique, il le doit à la justesse technique de ses meilleurs éléments mais aussi et surtout à l'impact physique imposé durant la quasi-intégralité de la rencontre.
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René Weiler n'est pas du genre à tirer la couverture à lui ou à s'emballer outre-mesure. Il est un peu plus de 20 heures, dimanche dernier, quand le coach suisse quitte la conférence de presse le visage satisfait alors que son homologue du jour, Michel Preud'hommme, a les traits encore plus tirés que d'habitude. Dans les catacombes du stade Constant Vanden Stock, nous poursuivons la discussion entamée un peu plus tôt sur fond de domination athlétique. Car si Anderlecht a rapidement noyé Bruges dans un Topper à sens unique, il le doit à la justesse technique de ses meilleurs éléments mais aussi et surtout à l'impact physique imposé durant la quasi-intégralité de la rencontre. Et pourtant, Weiler relativise, comme souvent, et insiste sur la part psychologique importante de ce genre de rencontre. " Le premier but nous a libérés, ça nous a donné l'influx nécessaire, sans oublier la rencontre de jeudi qui a aussi un impact positif sur tout le groupe. " Quelques instants plus tard, le coach suisse est alors réquisitionné par une dizaine de fans qui souhaitent le remercier et immortaliser le moment avec leur smartphone. René Weiler s'y prête, sourit, mais toujours avec beaucoup de retenue. Si Weiler est certain d'une chose, c'est que dans le foot, tout peut aller très vite. Dans un sens comme dans l'autre. Il n'aura d'ailleurs fallu que quatre jours pour euphoriser un public mauve resté assez divisé jusque-là. Il y a deux mois seulement, lors d'un déplacement à Ostende, une frange des supporters anderlechtois avait même décidé d'afficher son mécontentement envers la politique sportive du club en boycottant les dix premières minutes du match. Aujourd'hui, Anderlecht s'apprête à fêter un 34e titre qui lui tend les bras lors d'une saison marquée par un parcours européen remarquable. Car l'élimination de Manchester en quarts de finale de l'Europa League, s'est transformée très vite en succès d'estime symbolisé par les félicitations de José Mourinho adressées tant aux supporters mauves présents à Old Trafford qu'au vestiaire anderlechtois, que le Portugais a tenu à visiter après la rencontre. Le petit Anderlecht et son budget riquiqui à l'échelle européenne a donc tenu tête à l'un des clubs les plus puissants du monde. Cette opposition entre David et Goliath était d'ailleurs perceptible à plusieurs niveaux. Il suffisait, par exemple, d'assister jeudi dernier à l'arrivée du car des joueurs d'United s'engouffrant au milieu de la meute des supporters mancuniens et touristes-supporters pour se rendre compte de l'ampleur du phénomène " ManU ". A la descente du car, ce sont des cris de groupies surexcitées qui accompagnaient David De Gea jusqu'à son entrée dans l'enceinte des Red Devils. Quelques minutes plus tard, par contre, l'indifférence est totale quand la délégation anderlechtoise se fraie un chemin à travers les fans locaux, avant de rejoindre ses quartiers. Herman Van Holsbeeck tape la discussion avec la légende Eddy Merckx alors qu'Adrien Trebel et Mile Svilar ferment la marche. Le contingent mauve est heureux d'être là, à ce stade de la compétition, face à un adversaire aussi prestigieux. La veille, lors d'une soirée qui réunissait, à quelques kilomètres du centre de Manchester, membres de la presse et une cinquantaine d'invités, dans un monastère transformé en salle de réception scintillante et grandiloquente, Roger Vanden Stock affichait un contentement marqué par un discours très dé-contracté autant dans le fond que dans la forme. Le lendemain, Jo Van Biesbroeck, longtemps bras droit d'Alexandre Van Damme chez AB-INBEV, arrivé au RSCA pour structurer l'entreprise et la professionnaliser (il y a notamment le dossier du stade dans ses prérogatives) et réputé pour son sérieux à toute épreuve, se lâche même quelque peu à une dizaine de minutes du début de la rencontre et tente un selfie avec Old Trafford en arrière-plan. Herman Van Holsbeeck retrouve Marc Wilmots, fraîchement nommé sélectionneur de la Côte d'Ivoire du monstrueux défenseur central de Manchester United, Eric Bailly. Durant une bonne partie de la première mi-temps, Van Holsbeeck et Wilmots vont converser ensemble. Durant la seconde période, c'est Lucien D'Onofrio, éternelle casquette vissée sur la tête, qui s'installe à côté du directeur général des Mauves. Les deux hommes n'échangent quasiment pas et restent concentrés sur une rencontre où les Bruxellois font jeu égal avec leur prestigieux hôte pendant 70 minutes. A nouveau critiqué cette saison par une base de supporters qui lui reprochait la perte du style maison ou l'absence de politique sportive envers les jeunes, HVH, dont le cuir s'est épaissi en quatorze années de maison, tient sa revanche avec l'extérieur mais aussi avec quelques figures internes à la maison mauve qui ont tenté de le faire vaciller de son trône. Il y a plus de deux ans, le 4 novembre 2014, Michael Verschueren quittait l'Emirates Stadium au côté de Lucien D'Onofrio, après une rencontre épique où Anderlecht avait remonté dans la dernière demi-heure un retard de trois buts (de 3-0 à 3-3). La cote du fils de Mister Michel était alors au plus haut dans le cénacle anderlechtois. Aujourd'hui, Michael Verschueren est toujours invité à la table de la direction mais est descendu de plusieurs rangs dans la hiérarchie. La position de Van Holsbeeck s'est, elle, renforcée. Et pourtant, il n'avait plus droit à l'erreur après deux saisons sans titre. Une éternité qu'il fallait impérativement balayer. Van Holsbeeck a osé et misé sur un coach étranger méconnu. Il était impératif, selon lui, de sortir du carcan habituel belgo-belge ou assimilé afin de donner un coup de fouet à un club qui avait perdu son rang. Et pourtant, on pouvait penser, en première moitié de saison, que le choix Weiler lui serait fatal. Après la défaite à Zulte Waregem (3-2), suite à une seconde période désastreuse et des choix tactiques foireux, Weiler, qui s'était signalé au préalable par des sorties médiatiques très maladroites, a reçu un ultimatum. Quatre jours plus tard, alors que le Sporting est longtemps malmené à Qarabag, Massimo Bruno lui donne la victoire, chanceusement, dans les derniers instants. Une saison tient à très peu de choses. Depuis lors, Anderlecht n'a concédé qu'une défaite à Malines et est monté en puissance semaine après semaine, sans pour autant proposer une partition rêvée. Critiqué avec virulence après la dernière campagne de transfert estivale, Herman van Holsbeeck peut aujourd'hui se frotter les mains. Face à Bruges, Appiah, Spajic, Trebel, Chipciu, Hanni et Teodorczyk ont brillé. Rien que des nouvelles têtes cette saison. Personne aujourd'hui n'oserait d'ailleurs échanger le plan last-minute " Spajic " pour Nicolas Lombaerts que Van Holsbeeck a préféré laisser cet hiver à la concurrence ostendaise et brugeoise. Seul " l'homme aux dix millions " (qui en aura coûté un peu plus de huit en finalité) Nicolae Stanciu tarde à s'imposer malgré quelques jolis coups de patte distillés au milieu d'une trop grande inconstance. En coulisses, les tractations pour espérer maintenir l'équipe à niveau ont déjà commencé. " Je sais très bien que si l'on termine champion, on risque de perdre 5 top joueurs ", reconnaît d'ailleurs Van Holsbeeck. Et l'on pense en premier lieu au duo Tielemans-Dendoncker, qui semble irremplaçable, à Kara Mbodj, qui malgré un genou en mauvais état, a, à nouveau, marqué des points en vue d'un transfert en Premier League après deux grosses prestations face à United, à Lukasz Teodorczyk, mal en point en cette fin de saison mais également suivi par plusieurs formations anglaises, et dans une moindre mesure, à Frank Acheampong, dont la vitesse et les prestations européennes auraient convaincu des formations du milieu de tableau anglais. par Thomas Bricmont - Photos BelgaimageL'élimination en Europa League s'est vite transformée en succès d'estime.