Stéphane Pauwels : " Ils redonnent du crédit au foot belge "

" Lors de mes voyages de prospection comme scout de l'AS Monaco, j'ai souvent l'occasion de parler du Standard avec les collègues. Quand ils savent que je suis Belge, ils me disent : -Nous n'allions plus visionner en Belgique car Anderlecht était mauvais. Nous y retournons car le Standard aligne une équipe séduisante, avec beaucoup de jeunes. C'est important, surtout que notre championnat n'avait plus bonne réputation à cause des affaires de corruption. Les scouts sont souvent unanimes : Fellaini n'est pas le roi de l'élégance mais il a le talent pour évoluer dans un grand club anglais. Defour n'est pas fait pour les championnats italien ou français, mais il aurait sa place aux Pays-Bas. Et ils ont tous remarqué Witsel : il n'est pas encore taillé pour Lyon ou l'Inter mais il a les qualités pour y parvenir. Ce sont des joueurs à qui l'on a donné le temps de grandir, contrairement à des talents co...

" Lors de mes voyages de prospection comme scout de l'AS Monaco, j'ai souvent l'occasion de parler du Standard avec les collègues. Quand ils savent que je suis Belge, ils me disent : -Nous n'allions plus visionner en Belgique car Anderlecht était mauvais. Nous y retournons car le Standard aligne une équipe séduisante, avec beaucoup de jeunes. C'est important, surtout que notre championnat n'avait plus bonne réputation à cause des affaires de corruption. Les scouts sont souvent unanimes : Fellaini n'est pas le roi de l'élégance mais il a le talent pour évoluer dans un grand club anglais. Defour n'est pas fait pour les championnats italien ou français, mais il aurait sa place aux Pays-Bas. Et ils ont tous remarqué Witsel : il n'est pas encore taillé pour Lyon ou l'Inter mais il a les qualités pour y parvenir. Ce sont des joueurs à qui l'on a donné le temps de grandir, contrairement à des talents comme Vadis ou Lamah. Le mérite en revient à Preud'homme, un entraîneur capable de faire passer un message ". " Dans le temps, on sentait qu'il y avait toujours un problème à Sclessin. On a maintenant l'impression qu'il n'y a que des solutions ! Si tout le monde se réjouissait de voir le Standard perdre ; désormais, les gens n'ont plus envie de rire de ce club. Beaucoup se reconnaissent dans cette équipe. Mais ce n'est pas par ferveur. Je dirai plutôt que c'est la ranc£ur qui disparaît. Certains supporters n'osaient plus se dire supporter du Standard. Ils avaient honte de leurs couleurs et ne sortaient plus leur vieille écharpe d'il y a 10 ou 20 ans. Ou alors, ils ne venaient plus au stade. Pendant 25 ans, être supporter du Standard a été synonyme de looser. Cette renaissance du Standard est bonne pour le marketing et le moral de Liège. La Cité ardente s'est toujours sentie complexée par rapport à Bruxelles, comme les Wallons par rapport aux Flamands. Je travaille dans une télévision nationale et mes collègues néerlandophones pensent la même chose que moi. Je suis content pour les supporters, même si on a l'impression qu'un esprit de suspicion plane toujours au-dessus de Sclessin "." Mon coup de c£ur va à Preud'homme qui agit dans un contexte où l'attente est énorme. Avec un noyau jugé trop court en début de saison, il a créé une super ambiance. Il est de plus en plus pointilleux et résistant à la pression. A Sclessin, on est passé par tous les sentiments : désespoir, grandes espérances, impuissance... Les années sans titre ont créé une immense frustration. C'est un comportement très humain : le manque de joie ne fait que décupler le bonheur. Des années 80 à 2007, Anderlecht a trusté les lauriers, ce qui engendré une certaine lassitude et une banalisation. Certains supporters d'Anderlecht en viennent même à dire : -Pourquoi pas ? Après tout, il faut bien leur laisser une fois. Ils ont mis le champagne au frais depuis si longtemps qu'il doit être millésimé. On sent que quelque chose d'historique va se produire, ce qui alimente les conversations de bistrot. Un titre du Standard est bénéfique à tous les niveaux. On peut vraiment parler d'un phénomène. On le constate à nos audiences ou à celles de RTL-TVI, qui sont en hausse dès que les Rouches jouent. Cela donne un coup de fouet à cette saison, qui restera pour nous une grande année. Et cela ne nous empêchera pas de couvrir le prochain sacre d'Anderlecht avec la même passion... Je préfère d'ailleurs que le titre revienne à l'un de ces deux clubs ". " La confiance dans la jeunesse paie. Et le Standard récolte les fruits de sa propre jeunesse. La force du Standard est dans son nom. On ne s'identifie pas à une ville (Charleroi, Courtrai, Tournai,...) mais à un club. Cela offre beaucoup plus de possibilités pour fédérer du monde. Le Standard dépasse le cadre de la Wallonie et tout un courant de sympathie se développe en sa faveur : c'est un effet Poulidor, l'affection que l'on porte à l'éternel deuxième. En outre, les gens s'identifient aux valeurs attachées à ce club. Il y a ce côté on parvient toujours à relever la tête. Les gens sont heureux de voir le Standard damner le pion à Anderlecht et à Bruges avec un budget beaucoup moins élevé. Le label Standard, c'est aussi un jeu spectaculaire et une confiance dans ses moyens. Lors du quart de finale retour de la Coupe, contre le Cercle, on sentait que les Standarmen avaient les capacités pour renverser la situation. Cela plait forcément au grand public. Les audiences l'attestent. Il y a deux semaines, l'écart de spectateurs entre la demi-finale aller du Standard et celle d'Anderlecht était spectaculaire. Une qualification du Standard pour la Ligue des Champions serait du pain bénit pour nous ".