La relance belge

Vingt ans après Michel Verschueren (voir cadre), c'est au tour de Roland Duchâtelet de monter aux créneaux pour défendre l'idée. Avec quelques aménagements.

" En l'espace de deux décennies, la situation a évolué sur un certain nombre de tableaux ", dit le boss du Standard. " Démographiquement d'abord, les Pays-Bas comptent aujourd'hui 17 millions d'habitants pour 11 en Belgique. Footballistiquement parlant, nos voisins du Nord ont également réalisé durant tout ce temps des résultats plus enviables que nous. Non seulement à l'échelon de leur sélection nationale, finaliste de la Coupe du Monde 2010, mais aussi à celui de leurs meilleurs clubs, qui s'inscrivent aussi plus facilement dans la durée en compétitions européennes. C'est pourquoi, au lieu d'une répartition paritaire de huit clubs par pays, je songe plutôt à une formule avec 12 représentants néerlandais et 8 belges.

Au lieu de 16 équipes, il y en aurait donc 20, ce qui représente un total de 38 matches. Depuis l'instauration des play-offs en Belgique, nous en sommes à un total de 40 : 30 pour la phase classique et 10 pour le tour final. Dans cette nouvelle mouture bicéphale, il n'y aurait bien sûr pas de place pour des play-offs. Cette formule, qui ne recueille déjà pas l'adhésion de tout le monde, est de toute façon appelée à devoir s'effacer tôt ou tard. Jusqu'ici, elle n'a pas répondu totalement à l'attente : bénéfique au niveau du suspense, elle n'a pas rehaussé la qualité du jeu, loin s'en faut, et elle n'a pas eu, non plus, l'effet escompté auprès du public. Je lui donne encore une espérance de vie de trois ans, après quoi il faudra bien passer à autre chose. Et la Beneligue serait une solution de rechange idéale. Elle engloberait les formations les plus représentatives des deux pays, mais chaque nation conserverait une élite, de façon à garder un système de vases communicants au niveau des montants et des descendants.

Le rassemblement des forces entre clubs belges et néerlandais vise une extension de marché. Forte de ses 65 millions d'habitants, la France palpe 600 millions d'euros annuels de droits télé. Ce qui revient grosso modo à 10 euros par personne. Avec une population cumulée de 28 millions d'habitants, la Belgique et les Pays-Bas pourraient arriver à 250 millions d'euros. Or, on est loin du compte puisque les accords actuels portent sur 90 millions, répartis de manière quasi équitable entre les deux pays. Même si 50 millions sont prélevés de ce joli montant pour être ristournés aux D1 des deux pays, il resterait 200 millions pour 20 équipes engagées en Beneligue, ce qui est appréciable. Sans compter qu'en matière de sponsoring et de billetterie, le nouveau concept aurait un énorme impact aussi. Il attirerait à la fois un nouveau public et de nouveaux investisseurs.

Mais il y aurait d'autres avantages également : derrière les cinq grands que sont l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et, dans une moindre mesure déjà, la France, la Beneligue pourrait contrer deux autres nations montantes que sont la Turquie et surtout la Russie. Le cas épineux de la D2, dans nos Plats Pays, serait réglé aussi puisque la formation d'une nouvelle élite, amputée des 8 meilleures équipes, permettrait à des clubs de tradition, comme l'Antwerp par exemple, de retrouver sa place en D1 belge ou les Go Ahead Eagles en Hollande, pour ne citer qu'eux ".

Indépendamment de Roland Duchâtelet, les autres présidents du G5 belge sont aussi favorables à un rapprochement avec les Pays-Bas. Mais avec des nuances.

" A l'époque des premiers pourparlers, à l'entame des années 90, nous traitions quasiment d'égal à égal avec les clubs néerlandais ", observe RogerVanden Stock d'Anderlecht. " Depuis, ils nous ont dépassés au niveau des résultats et, surtout, des infrastructures. Voilà des années que nous demandons une implantation pour un nouveau stade. Et nous sommes toujours au point mort. Pour tenir la dragée haute aux clubs néerlandais, il faudrait pouvoir rivaliser avec eux à l'échelon des stades. Mais si l'Ajax évolue devant 50.000 personnes et nous devant 20.000, avec les conséquences financières qui en découlent, nous ne jouerons toujours pas dans la même pièce ".

" Notre problème est le même que celui du Sporting ", embraie Bart Verhaeghe, l'homme fort du Club Bruges. " Nous avons l'argent pour une nouvelle enceinte mais pas de localité. Cette extension est une priorité si nous voulons nous allier aux clubs hollandais. Pour le reste une fusion serait essentiellement bénéfique sur le plan du jeu. Ce n'est pas un hasard si 6 coaches hollandais exercent désormais leur métier en Belgique ".

" Concernant la Beneligue, on se trouve toujours dans une période de réflexion ", souligne Ivan De Witte, le grand manitou des Buffalos gantois. " Par rapport à la concurrence belge, nous aurons l'avantage de disposer d'un formidable outil de travail, le stade Artevelde. Mais, pour avoir dirigé la Ligue pro, j'ai bien peur que l'idée d'une Beneligue n'aura jamais l'assentiment des petits clubs. A moins d'une compensation financière énorme ".

" Géographiquement, nous sommes les plus proches des Pays-Bas ", dit Herman Houben, le chairman de Genk. " Il existe déjà, chez nous, une certaine tradition hollandaise, puisque nous avons toujours compté en nos rangs des footballeurs ou des coaches de ce pays, tels Sef Vergoossen ou, à présent, Mario Been. Une synergie ne nous décontenancerait nullement dans ce cas ".

A noter que lors d'un sondage effectué par les coaches actifs en D1 la saison écoulée, 52 % se disaient favorables à une future Beneligue, pour 38 % de réfractaires et 10 % de sans avis.

La position hollandaise

Si le top du foot belge est favorable à une Beneligue, son homologue hollandais n'est, par contre, pas demandeur.

" Voilà 7 ans que je suis directeur de la Eredivisie Commanditaire Vennoostchap, l'équivalent néerlandais de votre Ligue professionnelle ", précise Frank Rutten. " Et, durant tout ce temps, il n'a jamais été question d'une Beneligue au masculin, contrairement à son pendant féminin, qui a fait l'objet de négociations avant de déboucher sur un projet concret : la Women's BeNe League. Du côté des hommes, en revanche, il n'y a pas eu la moindre réflexion profonde à ce sujet et aucune étude de faisabilité n'a été réalisée non plus. Au gré des rencontres de coupes d'Europe qui ont opposé Anderlecht à l'Ajax et à l'AZ, ou le Standard face au même club d'Alkmaar, le sujet a peut-être été évoqué dans la presse. Mais sûrement pas au niveau de notre organe.

Contrairement à ce qui se passe chez vous, j'ai la nette impression que nous sommes moins branchés, aux Pays-Bas, sur un rapprochement avec la Belgique. Nous n'avons pas vraiment besoin de nous unir, dans la mesure où, depuis toujours, nous avons su nous débrouiller pour vivre en complète autarcie. Et, globalement, nous ne voyons pas en quoi une éventuelle synergie avec les clubs belges pourrait changer la donne. Un match entre le SC Heerenveen et l'ADO La Haye aura toujours un attrait chez nous, malgré la différence de niveau entre eux. Je ne suis pas sûr qu'une rencontre entre le NAC Breda et Lokeren aurait le même impact. Et ce qui vaut dans ce cas est également d'application pour un match entre Heracles et Malines, pour ne citer que cet autre exemple.

Certains diront qu'il en va là de sans-grade et que le topo serait différent avec des clubs de renom. En tout cas, ici, on n'en est pas convaincu. Les visites d'Anderlecht à l'Arena d'Amsterdam n'ont jamais débouché sur un stade plein. Idem quand le même club bruxellois et le Standard se sont déplacés à l'AZ et vice-versa. Si le sommet de la Premier League ou de la Bundesliga était annoncé chez nous, c'est sûr que nos clubs refuseraient du monde. Mais pas pour l'élite du football belge. A choisir, les gens préfèrent encore des adversaires qui leur ont toujours été familiers. Les chiffres ne mentent pas, car le taux de fréquentation de tous les stades de l'élite avoisine, chez nous, les 90 %. Dans ce domaine, nous faisons partie du top 3 européen avec l'Angleterre et l'Allemagne. Je ne pense pas que la Belgique s'aligne sur un pourcentage pareil.

Et puis, d'autres questions se posent : chaque année, pas moins de 7 clubs néerlandais et 5 belges participent aux compétitions européennes. Peut-on, dans ce cas, réellement s'orienter vers un championnat où 12 clubs sur 16 ou sur 20, en fonction du nombre de représentants souhaités par pays, entreraient en ligne de compte pour une qualification ? C'est énorme. Et si d'aventure ce chiffre devait être raboté, suite à l'union de nos forces, c'est sûr que la mesure susciterait un tollé. D'autre part, en cas de Beneligue, qu'adviendra-t-il des clubs restés sur le carreau, tant chez nous que chez vous ? Et quelle sera la manne financière à laquelle ils auront droit ? Aux Pays-Bas, nous sommes plutôt généreux sur ce point, car pas moins de 6 millions d'euros sont versés chaque année à la D2, afin qu'elle reste compétitive. Chez vous, cette somme se limite à 1 million d'euros. La différence est sensible. Quant aux chiffres avancés par Duchâtelet, il faut les nuancer.

D'accord, un marché de 28 millions de personnes est plus intéressant que 17 d'un côté et 11 de l'autre. Mais de là à générer 250 millions en droits télé, c'est surréaliste. Sur base de cette proportion, les Pays-Bas auraient dû empocher 150 millions et la Belgique 100, vu leur nombre d'habitants. Or, on est loin du compte. Ce que le président du Standard oublie, c'est que chaque pays a sa spécificité. Un montant de 10 euros par tête, c'est peut-être possible en France en raison de la lutte acharnée que se sont livrée plusieurs opérateurs pour diffuser le football. Mais en Turquie, avec 60 millions d'habitants aussi, ce chiffre n'est que de 250 millions. Tout est relatif. Il ne faut donc pas faire de projections de ce côté.

Toujours sur le plan financier, il faut tenir compte aussi d'une différence de législation d'un pays à l'autre. En Belgique, les joueurs extra-communautaires doivent percevoir un minimum de 65.000 euros par an. Aux Pays-Bas, ce montant est de l'ordre de 500.000 euros. Une fois encore, l'écart est énorme. Si les deux pays s'allient pour ne posséder qu'une seule élite il faudra régulariser cette solution. Pour nous, il s'agirait là d'une concurrence déloyale. Avant d'arriver à un consensus, pas mal d'obstacles devraient être franchis. Pour l'heure, on en est toujours au point mort aux Pays-Bas. Bien entendu, tout peut évoluer. L'Italie est allée disputer sa Supercoupe nationale, à un moment donné, en Libye. Et la France entend disputer la même épreuve à New York. Si une même demande devait nous parvenir en Hollande d'un pays étranger, nous serions sots de ne pas l'examiner. Personnellement, je me dis que si l'homme a su mettre un pied sur la lune, il peut immanquablement s'atteler à des missions plus simples. Et le football, comparativement, en est une.

Dans l'immédiat, je ne vois toutefois pas de changement au niveau de la Beneligue, sauf chez les dames, bien sûr, puisque ce rapprochement-là a eu l'aval de l'UEFA. Si d'autres synergies se font jour, je suis d'avis qu'elles concerneront en priorité des petites nations qui n'ont pas les moyens d'entretenir une élite. Je songe notamment aux pays issus de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, par exemple. A ce niveau-là, une élite transnationale est envisageable. Je ne pense pas que cette mesure s'étendra de sitôt à nos deux pays. Nous sommes toujours parvenus à nous en sortir, sans l'aide des autres. Pourquoi changer, dans ces conditions ?

PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE

" Je donne encore trois ans à la formule actuelle des play-offs. Ensuite, la Beneligue serait la bienvenue. " - (Roland Duchâtelet)

" Aux Pays-Bas, nous ne sommes pas demandeurs. Aucune étude de faisabilité n'a d'ailleurs été réalisée en ce sens. " - (Frank Rutten)

Vingt ans après Michel Verschueren (voir cadre), c'est au tour de Roland Duchâtelet de monter aux créneaux pour défendre l'idée. Avec quelques aménagements. " En l'espace de deux décennies, la situation a évolué sur un certain nombre de tableaux ", dit le boss du Standard. " Démographiquement d'abord, les Pays-Bas comptent aujourd'hui 17 millions d'habitants pour 11 en Belgique. Footballistiquement parlant, nos voisins du Nord ont également réalisé durant tout ce temps des résultats plus enviables que nous. Non seulement à l'échelon de leur sélection nationale, finaliste de la Coupe du Monde 2010, mais aussi à celui de leurs meilleurs clubs, qui s'inscrivent aussi plus facilement dans la durée en compétitions européennes. C'est pourquoi, au lieu d'une répartition paritaire de huit clubs par pays, je songe plutôt à une formule avec 12 représentants néerlandais et 8 belges. Au lieu de 16 équipes, il y en aurait donc 20, ce qui représente un total de 38 matches. Depuis l'instauration des play-offs en Belgique, nous en sommes à un total de 40 : 30 pour la phase classique et 10 pour le tour final. Dans cette nouvelle mouture bicéphale, il n'y aurait bien sûr pas de place pour des play-offs. Cette formule, qui ne recueille déjà pas l'adhésion de tout le monde, est de toute façon appelée à devoir s'effacer tôt ou tard. Jusqu'ici, elle n'a pas répondu totalement à l'attente : bénéfique au niveau du suspense, elle n'a pas rehaussé la qualité du jeu, loin s'en faut, et elle n'a pas eu, non plus, l'effet escompté auprès du public. Je lui donne encore une espérance de vie de trois ans, après quoi il faudra bien passer à autre chose. Et la Beneligue serait une solution de rechange idéale. Elle engloberait les formations les plus représentatives des deux pays, mais chaque nation conserverait une élite, de façon à garder un système de vases communicants au niveau des montants et des descendants. Le rassemblement des forces entre clubs belges et néerlandais vise une extension de marché. Forte de ses 65 millions d'habitants, la France palpe 600 millions d'euros annuels de droits télé. Ce qui revient grosso modo à 10 euros par personne. Avec une population cumulée de 28 millions d'habitants, la Belgique et les Pays-Bas pourraient arriver à 250 millions d'euros. Or, on est loin du compte puisque les accords actuels portent sur 90 millions, répartis de manière quasi équitable entre les deux pays. Même si 50 millions sont prélevés de ce joli montant pour être ristournés aux D1 des deux pays, il resterait 200 millions pour 20 équipes engagées en Beneligue, ce qui est appréciable. Sans compter qu'en matière de sponsoring et de billetterie, le nouveau concept aurait un énorme impact aussi. Il attirerait à la fois un nouveau public et de nouveaux investisseurs. Mais il y aurait d'autres avantages également : derrière les cinq grands que sont l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et, dans une moindre mesure déjà, la France, la Beneligue pourrait contrer deux autres nations montantes que sont la Turquie et surtout la Russie. Le cas épineux de la D2, dans nos Plats Pays, serait réglé aussi puisque la formation d'une nouvelle élite, amputée des 8 meilleures équipes, permettrait à des clubs de tradition, comme l'Antwerp par exemple, de retrouver sa place en D1 belge ou les Go Ahead Eagles en Hollande, pour ne citer qu'eux ". Indépendamment de Roland Duchâtelet, les autres présidents du G5 belge sont aussi favorables à un rapprochement avec les Pays-Bas. Mais avec des nuances. " A l'époque des premiers pourparlers, à l'entame des années 90, nous traitions quasiment d'égal à égal avec les clubs néerlandais ", observe RogerVanden Stock d'Anderlecht. " Depuis, ils nous ont dépassés au niveau des résultats et, surtout, des infrastructures. Voilà des années que nous demandons une implantation pour un nouveau stade. Et nous sommes toujours au point mort. Pour tenir la dragée haute aux clubs néerlandais, il faudrait pouvoir rivaliser avec eux à l'échelon des stades. Mais si l'Ajax évolue devant 50.000 personnes et nous devant 20.000, avec les conséquences financières qui en découlent, nous ne jouerons toujours pas dans la même pièce ". " Notre problème est le même que celui du Sporting ", embraie Bart Verhaeghe, l'homme fort du Club Bruges. " Nous avons l'argent pour une nouvelle enceinte mais pas de localité. Cette extension est une priorité si nous voulons nous allier aux clubs hollandais. Pour le reste une fusion serait essentiellement bénéfique sur le plan du jeu. Ce n'est pas un hasard si 6 coaches hollandais exercent désormais leur métier en Belgique ". " Concernant la Beneligue, on se trouve toujours dans une période de réflexion ", souligne Ivan De Witte, le grand manitou des Buffalos gantois. " Par rapport à la concurrence belge, nous aurons l'avantage de disposer d'un formidable outil de travail, le stade Artevelde. Mais, pour avoir dirigé la Ligue pro, j'ai bien peur que l'idée d'une Beneligue n'aura jamais l'assentiment des petits clubs. A moins d'une compensation financière énorme ". " Géographiquement, nous sommes les plus proches des Pays-Bas ", dit Herman Houben, le chairman de Genk. " Il existe déjà, chez nous, une certaine tradition hollandaise, puisque nous avons toujours compté en nos rangs des footballeurs ou des coaches de ce pays, tels Sef Vergoossen ou, à présent, Mario Been. Une synergie ne nous décontenancerait nullement dans ce cas ". A noter que lors d'un sondage effectué par les coaches actifs en D1 la saison écoulée, 52 % se disaient favorables à une future Beneligue, pour 38 % de réfractaires et 10 % de sans avis. Si le top du foot belge est favorable à une Beneligue, son homologue hollandais n'est, par contre, pas demandeur. " Voilà 7 ans que je suis directeur de la Eredivisie Commanditaire Vennoostchap, l'équivalent néerlandais de votre Ligue professionnelle ", précise Frank Rutten. " Et, durant tout ce temps, il n'a jamais été question d'une Beneligue au masculin, contrairement à son pendant féminin, qui a fait l'objet de négociations avant de déboucher sur un projet concret : la Women's BeNe League. Du côté des hommes, en revanche, il n'y a pas eu la moindre réflexion profonde à ce sujet et aucune étude de faisabilité n'a été réalisée non plus. Au gré des rencontres de coupes d'Europe qui ont opposé Anderlecht à l'Ajax et à l'AZ, ou le Standard face au même club d'Alkmaar, le sujet a peut-être été évoqué dans la presse. Mais sûrement pas au niveau de notre organe. Contrairement à ce qui se passe chez vous, j'ai la nette impression que nous sommes moins branchés, aux Pays-Bas, sur un rapprochement avec la Belgique. Nous n'avons pas vraiment besoin de nous unir, dans la mesure où, depuis toujours, nous avons su nous débrouiller pour vivre en complète autarcie. Et, globalement, nous ne voyons pas en quoi une éventuelle synergie avec les clubs belges pourrait changer la donne. Un match entre le SC Heerenveen et l'ADO La Haye aura toujours un attrait chez nous, malgré la différence de niveau entre eux. Je ne suis pas sûr qu'une rencontre entre le NAC Breda et Lokeren aurait le même impact. Et ce qui vaut dans ce cas est également d'application pour un match entre Heracles et Malines, pour ne citer que cet autre exemple. Certains diront qu'il en va là de sans-grade et que le topo serait différent avec des clubs de renom. En tout cas, ici, on n'en est pas convaincu. Les visites d'Anderlecht à l'Arena d'Amsterdam n'ont jamais débouché sur un stade plein. Idem quand le même club bruxellois et le Standard se sont déplacés à l'AZ et vice-versa. Si le sommet de la Premier League ou de la Bundesliga était annoncé chez nous, c'est sûr que nos clubs refuseraient du monde. Mais pas pour l'élite du football belge. A choisir, les gens préfèrent encore des adversaires qui leur ont toujours été familiers. Les chiffres ne mentent pas, car le taux de fréquentation de tous les stades de l'élite avoisine, chez nous, les 90 %. Dans ce domaine, nous faisons partie du top 3 européen avec l'Angleterre et l'Allemagne. Je ne pense pas que la Belgique s'aligne sur un pourcentage pareil. Et puis, d'autres questions se posent : chaque année, pas moins de 7 clubs néerlandais et 5 belges participent aux compétitions européennes. Peut-on, dans ce cas, réellement s'orienter vers un championnat où 12 clubs sur 16 ou sur 20, en fonction du nombre de représentants souhaités par pays, entreraient en ligne de compte pour une qualification ? C'est énorme. Et si d'aventure ce chiffre devait être raboté, suite à l'union de nos forces, c'est sûr que la mesure susciterait un tollé. D'autre part, en cas de Beneligue, qu'adviendra-t-il des clubs restés sur le carreau, tant chez nous que chez vous ? Et quelle sera la manne financière à laquelle ils auront droit ? Aux Pays-Bas, nous sommes plutôt généreux sur ce point, car pas moins de 6 millions d'euros sont versés chaque année à la D2, afin qu'elle reste compétitive. Chez vous, cette somme se limite à 1 million d'euros. La différence est sensible. Quant aux chiffres avancés par Duchâtelet, il faut les nuancer. D'accord, un marché de 28 millions de personnes est plus intéressant que 17 d'un côté et 11 de l'autre. Mais de là à générer 250 millions en droits télé, c'est surréaliste. Sur base de cette proportion, les Pays-Bas auraient dû empocher 150 millions et la Belgique 100, vu leur nombre d'habitants. Or, on est loin du compte. Ce que le président du Standard oublie, c'est que chaque pays a sa spécificité. Un montant de 10 euros par tête, c'est peut-être possible en France en raison de la lutte acharnée que se sont livrée plusieurs opérateurs pour diffuser le football. Mais en Turquie, avec 60 millions d'habitants aussi, ce chiffre n'est que de 250 millions. Tout est relatif. Il ne faut donc pas faire de projections de ce côté. Toujours sur le plan financier, il faut tenir compte aussi d'une différence de législation d'un pays à l'autre. En Belgique, les joueurs extra-communautaires doivent percevoir un minimum de 65.000 euros par an. Aux Pays-Bas, ce montant est de l'ordre de 500.000 euros. Une fois encore, l'écart est énorme. Si les deux pays s'allient pour ne posséder qu'une seule élite il faudra régulariser cette solution. Pour nous, il s'agirait là d'une concurrence déloyale. Avant d'arriver à un consensus, pas mal d'obstacles devraient être franchis. Pour l'heure, on en est toujours au point mort aux Pays-Bas. Bien entendu, tout peut évoluer. L'Italie est allée disputer sa Supercoupe nationale, à un moment donné, en Libye. Et la France entend disputer la même épreuve à New York. Si une même demande devait nous parvenir en Hollande d'un pays étranger, nous serions sots de ne pas l'examiner. Personnellement, je me dis que si l'homme a su mettre un pied sur la lune, il peut immanquablement s'atteler à des missions plus simples. Et le football, comparativement, en est une. Dans l'immédiat, je ne vois toutefois pas de changement au niveau de la Beneligue, sauf chez les dames, bien sûr, puisque ce rapprochement-là a eu l'aval de l'UEFA. Si d'autres synergies se font jour, je suis d'avis qu'elles concerneront en priorité des petites nations qui n'ont pas les moyens d'entretenir une élite. Je songe notamment aux pays issus de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, par exemple. A ce niveau-là, une élite transnationale est envisageable. Je ne pense pas que cette mesure s'étendra de sitôt à nos deux pays. Nous sommes toujours parvenus à nous en sortir, sans l'aide des autres. Pourquoi changer, dans ces conditions ? PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE " Je donne encore trois ans à la formule actuelle des play-offs. Ensuite, la Beneligue serait la bienvenue. " - (Roland Duchâtelet) " Aux Pays-Bas, nous ne sommes pas demandeurs. Aucune étude de faisabilité n'a d'ailleurs été réalisée en ce sens. " - (Frank Rutten)