Père de la chrétienté polonaise, Adalbert de Prague est le premier saint martyr d'outre-Oder. Décapité en 997 alors qu'il tente de convertir des tribus prussiennes, il est canonisé deux ans plus tard par le pape Sylvestre II. Sa tombe devient du même coup un lieu de pèlerinage chrétien. Vieille de quelques années seulement, la Pologne va alors se baser sur cette religion pour se construire, au point d'être encore aujourd'hui le pays " où le taux de catholiques, ou de ceux qui se déclarent comme tels, reste le plus élevé au monde, soit 92,2 % ", d'après le Pew Research Center de Washington.
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Père de la chrétienté polonaise, Adalbert de Prague est le premier saint martyr d'outre-Oder. Décapité en 997 alors qu'il tente de convertir des tribus prussiennes, il est canonisé deux ans plus tard par le pape Sylvestre II. Sa tombe devient du même coup un lieu de pèlerinage chrétien. Vieille de quelques années seulement, la Pologne va alors se baser sur cette religion pour se construire, au point d'être encore aujourd'hui le pays " où le taux de catholiques, ou de ceux qui se déclarent comme tels, reste le plus élevé au monde, soit 92,2 % ", d'après le Pew Research Center de Washington. Au moment de perdre la tête du côté de l'ancienne ville prussienne d'Elblag, Adalbert était évidemment loin de se douter de sa future influence sur l'identité de son pays. Et encore moins que, près de 1000 ans plus tard, la création d'un club de foot à 1000 kilomètres de Libice nad Cidlinou, sa ville natale, se reposerait notamment sur la vénération de sa personne. Et sur un peu d'amour, aussi. En 1985, quand Wieslaw Cielen s'en va rendre visite à des amis en Belgique, il ne tient pas à s'éterniser dans ce pays qui l'a contraint à obtenir un passeport espagnol avant de quitter sa Pologne. " Mais très vite, j'ai rencontré ma future femme, une étudiante en sciences économiques à Louvain-la-Neuve. On s'est mariés et on s'est promis de rester douze mois à Bruxelles. C'était il y a 39 ans. " Tombé amoureux de la Belgique, Wieslaw Cielen n'en oublie pas ses origines pour autant. Averti de la tenue d'offices regroupant la communauté polonaise dans certaines églises bruxelloises, il ne loupe pas un dimanche. Il faut dire qu'une fois la bénédiction effectuée, il file au parc avec ses copains expatriés pour taper le ballon. " Après quelques mois de rassemblement, on a été assez pour lancer une équipe, on a donc créé le Polonia Bruxelles. " De l'aveu de Wieslaw Cielen, les débuts sportifs du Polonia en KAVVV (l'ABSSA flamande) sont compliqués : les joueurs ne sont pas bons et les revers se succèdent. " Mais à force d'affronter des équipes belges - qui ont le foot dans le sang - on a rapidement progressé ", affirme celui qui deviendra rapidement président du club. À force de persévérance, l'équipe d'immigrés gravit ainsi les différents échelons et finit par enchaîner cinq titres en D1 au début des années 2010. " On était arrivé au top de la KAVVV, on ne pouvait plus progresser ", soutient David Orzepowski, actuel CQ et capitaine. " On a donc décidé de s'inscrire à l'Union Belge pour se lancer en P4. " Désormais active en P3 du Brabant, la formation bruxelloise est reconnue pour son engagement de tous les instants. En septembre 2015, elle a pourtant fait son apparition dans Téléfoot suite à l'incroyable coup franc inscrit face à El Hikma B par son médian Marek Piekarski. Au Polonia, c'est une tradition : le 11 de base est exclusivement constitué de joueurs ayant au minimum des origines polonaises. " Du coup, beaucoup nous voient comme un club fermé ", se désole Pavel Sidorczuk, successeur de Wieslaw Cielen à la présidence. " Mais s'il n'y a pas de joueurs étrangers en équipe première, c'est parce qu'on a déjà un noyau de 25 et qu'on ne dispose pas d'équipe réserve. " À l'origine, au-delà de la volonté de jouer au foot, le club avait pour but de rassembler les Polonais de Bruxelles tout en servant de lieu d'intégration pour les nouveaux. À l'image de son équipe de vétérans - composée d'Albanais, d'Argentins, de Colombiens et même de Magalhaes Isaias (ex-Seraing, Metz et Mouscron, entre autres) - le Polonia accueille de plus en plus de joueurs de toute origine. " Mais on veut absolument garder l'esprit d'origine ", précise Pavel Sidorczuk. " Le stéréotype du Polonais qui travaille dans le bâtiment n'est pas tout à fait faux donc pour beaucoup d'entre nous, se retrouver au foot après 10 h de travail manuel est une bonne occasion de se vider la tête. " Le président en veut pour preuve le fait qu'aucun joueur n'est payé. " Certains pourraient évoluer plus haut, mais ils veulent jouer pour le blason. " Passé par les équipes de jeunes de Tubize et du Brussels, David Orzepowski observe néanmoins un changement dans la mentalité. " Le Polonais est toujours la langue n°1 du club, mais comme on a grandi à Bruxelles, je pense qu'on se caractérise de plus en plus comme tel. " Pas de lézard pour autant, le Polonia Boitsfort a toujours pour objectif de faire la part belle à la culture polonaise. À chaque anniversaire, les joueurs se lèvent ainsi dans le vestiaire pour chanter le "Sto Lat" (100 ans en polonais, ndlr). Quelques jours avant Noël, toutes les familles se rassemblent pour un repas avant que beaucoup d'entre elles ne rentrent en Pologne pour les fêtes. " On n'en est pas au point de chanter l'hymne national avant les matchs ", sourit David Orzepowski. " Mais les références à notre pays d'origine sont nombreuses. Rien que le nom peut être un clin d'oeil : Polonia boit fort (rires). " Tous les ans, au début de l'été, le club organise également sa traditionnelle Polonia Cup. Au programme : saucisses, bières et zumba polonaises pour encourager les équipes d'immigrés issues de coins aussi divers que Harelbeke, Anvers ou Tilburg et Almere (Pays-Bas). " On ne vit que pour la victoire ", assure le capitaine. " On n'est pas là pour participer ou figurer, on veut gagner pour passer une bonne semaine. " Du coup, la motivation du Polonia fascine et tous les quinze jours, ils sont plusieurs dizaines à venir les supporter le long du terrain synthétique du complexe des 3 Tilleuls, à Boitsfort. Sur place, les amis et les familles sont rejoints par des curieux qui ont entendu parler du club via la communauté polonaise. Un magazine résume même les matchs en polonais. " Dans les tribunes, ça se bagarre parfois pour savoir qui du Legia Varsovie, du Wisla Cracovie ou du Jagiellonia est la meilleure équipe de D1 polonaise ", rigole Pavel Sidorczuk. Mais petit à petit, le sujet de discussion principal pourrait être l'avenir du club. " Notre priorité, ce sont les jeunes ", pointe ainsi David Orzepowski. " Le problème, c'est que c'est très compliqué d'avoir des infrastructures à Bruxelles. Et à Boitsfort, le RRC attire tous les enfants, ce qui rend notre développement plus difficile. Mais on ne lui en veut pas, on sait que notre chance viendra. " En attendant, le Polonia arbore avec toujours autant de fierté le slogan Bóg, Honor i Ojczyzna, (Dieu, Honneur et Patrie), sur son maillot. Et Saint-Adalbert de se réjouir d'en avoir converti une trentaine supplémentaire. PAR ÉMILIEN HOFMAN - PHOTO PG