A La Louvière, on a décidé de faire de la place aux jeunes. Pourtant, voilà un petit temps que cette donne a été intégrée au niveau du poste de gardien. En accordant sa confiance à Silvio Proto depuis trois ans, la RAAL a fait de son jeune gardien un international. Mais les bonnes histoires ont une fin puisque Proto est parti à Anderlecht. Quoique...
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A La Louvière, on a décidé de faire de la place aux jeunes. Pourtant, voilà un petit temps que cette donne a été intégrée au niveau du poste de gardien. En accordant sa confiance à Silvio Proto depuis trois ans, la RAAL a fait de son jeune gardien un international. Mais les bonnes histoires ont une fin puisque Proto est parti à Anderlecht. Quoique... Dans le Centre, on aimerait bien rééditer l'expérience. Et c'est pour cette raison que le club a décidé de placer sa confiance dans les deux suppléants de Proto lors de la saison 2004-2005. Benoît Daniel, 19 ans, a pu signer sa première rencontre en D1 en ouverture du championnat à Anderlecht. Et même s'il encaissa six buts, sa prestation fut convaincante. Mais, il sait qu'il devra rester dans l'ombre de celui à qui on a confié les clefs du but : Michaël Cordier. A 21 ans, celui que l'on vit épisodiquement sous les ordres d'Albert Cartier, a conquis ses galons de titulaire et s'il ne fut pas aligné d'entrée de jeu, il le dut à une erreur administrative. Concurrents au travail, Daniel et Cordier n'en restent pas moins de fervents partisans l'un de l'autre. En agissant de la sorte, ils ne font que perpétuer l'ambiance instaurée la saison passée. Michaël Cordier : Comme nous, il a commencé jeune. Il constitue donc un exemple. Mais avec son jeu aussi, il nous servait de référence. Rien que par le regard, il nous apportait quelque chose. Benoît Daniel : Il suffisait de voir sa vitesse et sa présence sur le terrain. Cordier : Pour nous, ce n'était pas vraiment une concurrence. Il s'agissait avant tout d'un ami. C'est rare d'avoir une si bonne ambiance entre trois jeunes gardiens. Daniel : Il n'y a pas d'entraînements où on faisait la gueule. On avait vraiment envie de travailler. Cordier : Silvio avait, c'est vrai, une bonne personnalité. On parlait beaucoup de lui mais il est toujours resté lui-même. Daniel : Il n'hésitait pas à nous donner un coup de main. Mes chaussures, mes gants, c'est lui qui me les a donnés car cela n'est pas facile pour un jeune de trouver des sponsors. Et lui avait un contrat fort conséquent ( il rit) et il pouvait se permettre de nous aider. Daniel : Michel Piersoul y était pour beaucoup. Cordier : Pour nous, c'est comme un deuxième père même si c'est quelqu'un de très perfectionniste. S'il voit un détail de pieds de 10 centimètres, il va nous faire bouger. Et puis, il nous parle beaucoup et nous forge un mental à toute épreuve. Daniel : Même dans l'extra sportif, il est psychologue. Quand le matin, ça ne va pas. Il le voit toute de suite et prend de nos nouvelles. Cordier : Sur le plan des petites copines, aussi. Il nous dit qu'il faut avoir une copine qui soit à l'écoute. Mais de ce côté-là, il n'y a pas de problèmes ( il rit). Cordier : Je dois beaucoup à mes parents. Ils ont réalisé énormément de sacrifices pendant des années. Daniel : Mon papa m'a dit qu'il avait eu les larmes aux yeux quand je suis monté sur le terrain à Anderlecht. Depuis que j'ai débuté le foot, il a peut-être raté deux rencontres. Et maintenant, depuis trois ans, ma fiancée a pris le relais. Cordier : Moi, ça fait moins longtemps mais ma copine m'apporte également la stabilité nécessaire. D'ailleurs, si Proto reste sur une si bonne saison, c'est grâce aussi à sa copine. Cordier : Mon premier match, c'était contre Bruges lorsque le coach avait décidé d'aligner tous les jeunes. J'avais appris ma titularisation deux jours avant et cela m'avait emballé. Pourtant, la veille, j'étais quand même nerveux. J'avais eu du mal à m'endormir. C'est dans ce genre de rencontres que l'on se montre. Mais quand on a la chance de débuter en D1, on ne pense pas à l'adversaire. On est déjà trop content. Daniel : Moi, commencer à Anderlecht, c'est la meilleure chose qui pouvait arriver. En plus, c'était au Parc Astrid et il y avait du monde. Si on avait joué contre Westerlo, personne ne m'aurait vu. Là, je me suis fait remarquer. Daniel : On est assez copain pour se mettre en confiance et on ne pense pas au off day. Il vaut mieux pas. Cordier : On est conscient de nos qualités. Oui, ça peut foirer mais on ne va pas juger un gardien de 21 ans sur un match... Daniel : ... comme beaucoup de gens le font. Cordier : Même les grands gardiens font des erreurs. Cordier : Un bon souvenir. (Il réfléchit) Mais j'ai eu la chance d'encore évoluer à trois autres reprises et à chaque fois que je monte sur le terrain, c'est un rêve. Daniel : Anderlecht, cela restera toujours gravé dans ma tête. En plus, tout le monde a dit que j'avais réalisé un bon match et je pense ne pas avoir commis trop de fautes techniques. J'étais conscient d'avoir réalisé mon rêve depuis huit ans. Et puis, il y a l'envie de recommencer immédiatement. Daniel : Je sais que j'ai encore beaucoup de travail à accomplir. Et puis, grâce à Michel Piersoul, on est bien dans la tête. Cela faisait trois ans que j'avais envie de jouer. Depuis que j'avais pris place sur le banc à 16 ans, à Mouscron. Cordier : On doit toujours rester concentré car il y a une éventualité (aussi minime soit-elle) que l'on rentre. On essaie également de mettre son partenaire en confiance à l'entraînement. Car le match, il se joue à cet instant. Cordier : Débuter une saison à Anderlecht, c'était aussi un rêve. J'étais déçu quand j'ai appris la décision mais j'ai immédiatement encouragé Ben. Et les autres joueurs m'ont bien entouré. Cordier : Non. Si, après Anderlecht, l'entraîneur avait choisi Ben, j'aurais accepté même si j'en aurais eu gros sur la patate. Daniel : On travaille encore et encore. Contre Gand, je n'étais nullement décontenancé de retrouver le banc. Je me suis acquitté de ma tâche normalement. J'ai échauffé Mika le mieux possible. Cordier : Ce n'est pas parce qu' il y a concurrence que l'on va commencer à avoir peur. Comme il y a une bonne ambiance, on a envie d'aller plus loin, au bout de nos limites. Cordier : C'est le choix du club d'avoir trois ou quatre gardiens. Mais moi, je ne leur ferai pas de cadeaux. On a toujours eu une bonne ambiance et je ne voudrais pas que cela se détériore. Mais Michel Piersoul ne permettra pas que cela arrive. Daniel : Le club ne nous a pas parlé des renforts éventuels. Quoi qu'il arrive, on continuera à travailler... Cordier : ... et il faudra beaucoup pour nous bouger. Daniel : Cette phrase, j'aurais pu la dire aussi ( il rit). En tous cas, on ne sait si on sera premier, deuxième ou troisième gardien. Enfin, toi, tu sais... Cordier : Moi, je sais que le club me fait confiance. Daniel : Moi aussi, je pense que les dirigeants me font confiance car ils auraient pu mettre Cordier contre Anderlecht et que l'on perde par forfait 5-0. Daniel : Si. Quand même. Je n'aurais pas réalisé mon rêve. Cordier : Il ne faut pas croire qu'avec moi dans les buts, le score aurait été tout autre. Anderlecht était bien trop fort. Cordier : C'est un cadeau empoisonné de succéder à Silvio. Mais j'ai bossé pour y arriver. Il faudra désormais se dire que Cordier, c'est Cordier et pas Proto. On nous compare souvent car on a le même gabarit et le même style de jeu. Après le match de Gand, on comparait même ma coupe de cheveu à la sienne. C'est simplement une coupe à la mode. Nous ne sommes pas les deux seuls à avoir cette petite crête. Daniel : On peut se dire que c'est quelque chose dont on n'a pas envie mais il faudra faire avec. Moi, on m'ennuie moins. On me dit plutôt que je ressemble beaucoup à Michel Piersoul lorsqu'il était joueur. D'ailleurs, lui-même, préfère que je sois un gardien du style d'Oliver Kahn. Cordier : C'est difficile à dire. Chaque jour, on essaie de s'améliorer que ce soit au niveau de la première main, de la détente, de l'explosivité ou des dégagements. Silvio nous impressionnait par ses relances. Et j'ai commencé à prendre le geste. Daniel : Il y arrive tout doucement (il sourit). Cordier : Et puis, il y a le pied gauche. Daniel : Avant, il ne nous servait qu'à monter dans le bus. Cordier : Et à force de le travailler, il commence à être là. De toute façon, il ne faut pas trop copier Silvio. On tente de devenir le plus complet possible. Daniel : Cela ne sert à rien d'être exceptionnel dans les détentes et mauvais à ras de sol. Cordier : Benoît, c'est un robot, une masse de muscles. Et il a aussi une grosse personnalité. Daniel : C'est bien ce que tu dis sur moi. Mais c'est vrai que j'ai une forte personnalité et un bon gabarit. Quand je sors, j'essaie que cela soit 87 kilos qui déménagent. Mika fait davantage dans la finesse. Il a une bonne détente et est rapide. Cordier : Si on mixait nos qualités, on aurait un très bon gardien. Lui se remarque par ses qualités physiques, moi par mes qualités techniques. Daniel : C'est un gardien longiligne et vif. Moi, je suis davantage une grosse brute. Cordier : Moi, je suis plus libéré. Daniel : Et moi, je me sens bien. Cordier : Un gardien doit jouer pour se montrer, se mettre en valeur et progresser. Mais nos débuts en D1 ne changent rien à notre programme. Daniel : On doit continuer à se remettre en question avant chaque rencontre. Cordier : Je dois encore améliorer quelques points et je dois apprendre à mieux communiquer avec mes défenseurs. Mais je n'ai que 21 ans. Daniel : A Anderlecht, avec un peu plus d'expérience, je sortais deux des six goals. Cordier : C'est quelqu'un qui peut apporter les trois points à sa formation. C'est cela qui est motivant. Daniel : Il joue un rôle individuel fort dans un collectif. Cordier : Et puis, il n'a pas droit à l'erreur. Un attaquant peut galvauder une occasion et se refaire par après. Un gardien, s'il rate sa sortie, c'est tout de suite but. Stéphane Vande Velde" On ne va pas JUGER un gardien de 21 ans SUR UN MATCH " (Michaël Cordier) " A Anderlecht, avec un peu plus d'expérience, JE SORTAIS DEUX DES SIX GOALS " (Benoît Daniel)