Ils ont émergé de l'ombre du passé. Les joueurs de la sélection actuelle se sont émancipés des stars légendaires dont l'héritage accablait leurs épaules. La qualification de la Roumanie pour ce tour final constitue le haut fait provisoire d'une longue phase de transition.
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Ils ont émergé de l'ombre du passé. Les joueurs de la sélection actuelle se sont émancipés des stars légendaires dont l'héritage accablait leurs épaules. La qualification de la Roumanie pour ce tour final constitue le haut fait provisoire d'une longue phase de transition. Il y a huit ans, quand la génération en or du football roumain a pris congé de la scène internationale pendant l'EURO, la Roumanie s'attendait à des temps difficiles. Gheorghe Hagi, Ioan Lupescu, Gheorghe Popescu, Dan Petrescu et d'autres joueurs d'exception sont partis à la retraite alors que des jeunes pousses disputaient leur premier tournoi : Bogdan Lobont, Cristian Chivu, Cosmin Contra, Adrian Mutu, Florentin Petre. Ces footballeurs sont maintenant trentenaires. Ce tour final est peut-être leur dernière chance de briller. Autour de ces pions chevronnés, Victor Piturca a formé une nouvelle équipe stable, qui a remporté souverainement sa poule de qualification et fêté par la même occasion sa première victoire contre les Pays-Bas (1-0). Selon le coach, cette ère a débuté le 3 septembre 2005, quand une Roumanie très jeune a battu la Tchéquie 2-0, alors qu'elle était éliminée du Mondial. Depuis, en 13 matches officiels, la Roumanie n'a perdu qu'une seule rencontre, 0-1 en Bulgarie, durant les éliminatoires. Mais il s'agissait d'un match sans signification. Piturca a un avantage : tous les postes sont doublés. Ses réserves ont autant de talent que les titulaires. Au c£ur de la défense, les médians Mirel Radoi ou le capitaine, le combatif Chivu, constituent des alternatives de choix. Dans l'entrejeu, le coach a l'embarras du choix. A côté de Radoi et de Chivu, il peut compter sur Petre et Paul Codrea pour l'aspect défensif. Dans le compartiment offensif, il doit opérer un choix entre Petre, Banel Nicolita et Razvan Cocis. En attaque, Ciprian Marica et Mutu sont titulaires, même si Daniel Niculae et son homonyme Marius Niculae sont des attaquants redoutables, prêts à les remplacer. Le style de jeu correspond à la philosophie de son entraîneur : " Une équipe ne peut dépendre d'un seul homme. L'esprit collectif est l'essentiel ". Mutu est évidemment une exception car il peut décider d'un match à lui seul. Et il l'a déjà fait. Mais même quand la star n'est pas là, l'équipe obtient de bons résultats grâce à sa solidité. Si elle est aussi compacte, c'est avant tout parce qu'en perte de balle, elle coulisse bien et que les joueurs ne sont pas trop éloignés les uns des autres. Deux médians défensifs jouent un rôle crucial à la récupération. Piturca en aligne rarement un seul. Cependant, les éléments offensifs doivent également redescendre et accomplir leur part de travail défensif. Les flancs dont doublés car les ailiers, Contra et Razvan Rat, montent sans cesse et soutiennent parfaitement l'attaque. Là, Marica accomplit un important travail d'abattage, tenant de créer des brèches dans la défense adverse pour permettre à ses collègues de le rejoindre. Grâce à Piturca, l'équipe est animée d'un excellent esprit d'équipe, qui se marque sur le terrain. Les joueurs se plient sans broncher aux consignes tactiques de l'entraîneur, très pointilleux à cet égard. Cette discipline ne produit cependant pas un football dénué d'âme et stéréotypé. Elle laisse suffisamment de latitude aux éléments pour exploiter leur créativité et leur joie de jouer. Et c'est justement un des principaux atouts de la Roumanie : elle recèle plusieurs footballeurs capables de réaliser des actions inattendues. Leurs attaques sont imprévisibles. Mutu est évidemment génial. Ses dribbles et ses coups francs sont des armes importantes. Quand la star est dans un bon jour, elle est impossible à arrêter sans commettre de faute. Sur les phases arrêtées, les longilignes défenseurs centraux GabrielTamas et Dorin Goian montent et usent de leur jeu de tête. Tamas est également redoutable sur les longs tirs. Après une longue absence des tournois, les Roumains sont ambitieux, avides de montrer ce dont ils sont capables. Ils sont certes versés dans le groupe de la mort, où ils sont considérés comme des outsiders mais ils n'ont précisément rien à perdre. Quand elle est en forme, la Roumanie est capable de vaincre n'importe quelle équipe. Dans les jours moins fastes, elle peut aussi être vaincue par n'importe qui. Ce manque de constance est une carence traditionnelle chez les Roumains. Cette équipe-ci n'en est pas préservée. Si le tournoi ne se déroule pas comme l'équipe l'espère, elle court aussi le risque de se désolidariser, de s'effriter. Cela concerne surtout la défense, qui est alors incroyablement facile à berner. C'est Victor Piturca qui avait qualifié la Roumanie il y a huit ans. Il avait été limogé peu avant le début de l'EURO belgo-néerlandais, suite à un conflit avec les puissantes stars de l'équipe, en particulier Hagi et Popescu. Piturca va fêter ses débuts à un EURO avec un peu de retard. Il veut au moins égaler ce que l'équipe précédente avait réussi : atteindre les quarts de finale.